GO
Comprenne qui pourra. En tous cas, ce serait bel et bien , si la société était fondée sur des bases équitables; mais l'injustice est dans la place; elle règne et c’est elle qu’il faudrait combattre.
Spoliation! nous crie l’économiste bayonnais.
Mais lui qui s’est tant moqué de la prétendue /ofjomachie des doctrines socialistes, en général, et du droit au travail en particulier, aurait bien dû expliquer ce qu’il entend par spoliation de tous par tous.
Dans un livre célèbre, et que sa mort prématurée l’émpêcha d’achever, les Harmonies économiques ,
Basliat posa en fait l’harmonie lendantielle de tous les intérêts.
Théorie de T harmonisme. — Objections :
Les lois naturelles, dit-il, qui président à la production et à la distribution des richesses, uiililés de tous genres, composant nos richesses, lorsqu’elles agissent dans des conditions normales, c’est à dire lorsque Pétai des mœurs, des opinions, des institutions garantit pleinement la propriété et la liberté de chacun, sont harmoniques ; C’est à dire qu’elles concourent à l’amélioration du sort des masses et au perfectionnement de la vie. humaine sous tous les rapports.
( I) IVe pas s'y tromper: justice, est dit, dans le sens d’ortanisation judiciaire.
Le grand, Pindestractible ressort de notre activité, c'est l'intérêt personnel; mais il n’en résulte pas, comme le prétendent certaines écoles, que nous soyons portés à nous entre-nuire et que le profit de P un fasse le dommage de l’autre, au contraire, toutes les familles d’une même nation, toutes les nations du genre humain sont intéressées au succès et à la prospérité de chacune d’entre elle.
L’instinct qui nous pousse vers la liberté ne nous trompe pas; c’est une heureuse et noble inspiration, puisqu’elle tend à nous procurer le régime sous lequel toutes les facultés concourent au bien général. avec d’autant plus de puissance qu’elle sera plus dégagée d’obstacles.
La pari du travail augmentera d’une façon absolue et d’une façon relative.
Basliat a eu beaucoup de disciples en Italie et entre autres Ferrara et Boccardo. Voici quelques ligue de ce dernier :
A Bollon (crise de 1842 ) 5000 ouvriers, sur 8000, sont réduits à mourir de faim.
A Manchester, le plus grand nombre des ouvriers passaient souvent deux jours sans manger , et on en voyait étendus sur un peu de paille, au milieu des lamentations de leurs familles, devenir fous en attendant la mort par la faim, trop lente à venir.
Mais l’arbre de la civilisation a poussé en Angleterre de trop profondes racines pour que ces ouragans passagers puissent 1’ abattre.
Hier, tout était désolation et épouvante. Aujourd’hui les fabriques rouvrent ; le travail reprend, et la nation répèle d’une voix unanime le traditionnel cri de gloire:
Ail Bighl 1 (Jerolamo Boccardo écon. harmoniste.) Ne croirait on pas rêver, en lisant des lignes ,pareil les !
— Mais n’est-il pas vrai, diront les harmonistes, que la misère va en diminuant sous le régime de la liberté économique? donc les intérêts sont barmoniques.
— Si la condition des travailleurs s’améliore (1) ce n’est pas du tout à la liberté économique qu’il faut l’attribuer. Car, la misère aurait, au contraire, augmenté, si les ouvriers s’étaient prosternés devant te laisser faire des économistes.
Mais, poussés par la faim, par la douleur, par les abus de pouvoir dont ils sont victimes, les travailleurs se lèvent de temps à autre et s’insurgent contre les prétendues lois économiques dans le but hautement avoué de subordonner à la justice les phénomènes de la distribution des richesses.
Et les économistes qui, en général, n’ont su ni prévoir ni accepter cette intervention de plus en plus consciente, ordonnée et puissante du prolétariat, n’en continuent pas moins de parler de V immodificabilitè de phénomènes qu’on modifie tous les jours, et des coupables appétits de gens qui demandent leur part des richesses qn’ ils produisent et qui revendiquent leurs droits d’ôtres humains intelligents et libres.
C’est vraiment un grand crime; les émancipés de 89, les parvenus de l’industrie, ne le sauraientpar<
(1) Et cc u’est pas partout.
donner. Ils ne voient que des révoltés dans ces masses travailleuses qui réclament au nom de la justice sociale. Et la lutte s’est engagée, âpre, implacable. Les patrons ont pour eux, les économistes qui se chargent de glorifier le régime des privilèges et de l’égoïsme, et l’autorité politique, qui condamne, emprison, ne, tue, même, pour défendre les bénéfices menacés.
Les ouvriers sont seuls, et toutes les forces organisées de l’état et du monde économique sont contre eux: Aussi le champ de l’industrie, devenu celui de la guerre sociale, est il jonché de leurs cadavres. N’ importe! ils avancent toujours et, de grève en grève, d’association en association, de révolte en révolte, leur position s’améliore, aujourd'hui sur un point, demain sur un autre. Ils gagnent toujours du terrain et souvent par leurs ligues actives, ils neutralisent les mauvais effets de la liberté économique, autrement dit de la concurrence illimitée. Elles lois soi-disant éternelles , de la vieille économie politique, troublées dans leur expression, atteintes même dans leur existence ne peurent plus produire que des phénomènes contradictoires, en attendant qu’ elles soient remplacées par d’autres conditions qui prendront à leur tour le nom de lois et produiront de nouveaux phénomènes, plus en accord avec la justice.