‹ Histoire critique de l'inquisition d'EspagneChapitre 6 sur 34 · III. I · texte numérisé non relu

III. I

le (al)Icaii qu'iLs ont voulu nous prcîsenfer. J'écrîàl'hîstoire critique (le rinqnisilioii, el j'ai tdché de 'puiser (Ions ses archives et ses [)rocès ; je dois donc m'en tenir plutôt à* ce que Ces documens authentiques peuvent me fournir , qu'aux récits de ceux <pii n'ont pas eu les mêmes secours que uioi. Je vais réunir dans im seul ehapiire ce qu'iJ y a de* certain sur les [)rocès (|ue le Saint-Offuc a laits à des princes, à dos potentats et à d'autres grands personnages.

II. Le S oint-Tribun ai était à peine établi dans l'Aragon , qu'il commença à exercer son autorité contre un prince dont le nom était D. Jac(jues du Navarre, appelé par les uns Vinfant de Navarre et par les autres Vinfant de Tudeia, Ce prince était (ils naturel de D. Cliarlesde Navarre, prince de Viana et de Girone, dit Vin fortuné ^ k qui le roi son père, Jean. II d'Aragon, et I*' de Navarre, avait fait ôtersecrétemeiit la vie pour conserver la Navarre qui appartenait à D. Charles depuis la mort de sa mère la reine Blanche, souveraine héréditaire de cette couronne. D. Jacques était neveu du monarque, fondateur de l'Inquisition, dont la politique cruelle permit cet attentat sous les apparences du zèle pour la religion ; et pour quel crime? pour un acte de />ienfaisance. L'assassinat du ijienheureux Pierre Arbucs , chanoine de la cathédrale de Saragosse, et premier inquisiteur d'Aragon, qui eut lieu en i485, obligça plusieurs habitans de

cette ville de prendre la fuite. Un de ces malheureux proscrits se rendit à Tudeia de Navarre , résidence du prince D. Jacques ; il lui demanda et obtint un asile secret dans f.a maison pour quelques jours et jusqu'au moment où il pourrait passer en France. Les inquisiteurs ayant été informés de cet acte d'humanité le

tirent arrêter el traduire dans leui^s prUans en 1^1874 comme ennemi da Saint-0 (fice. Ils le condamnèrent à entendre debout dans rég;lise métropolitaine une messe solennelle en présence d'un grand concours de peuple et de son neveu D. Alphonse d'Aragon ( (ils naturel de Ferdinand V et archevêque de Saragosse^ à peine âgé de dix sept ails) et à recevoir l'absolution fies censures qu'on supposa qu'il avait encourues^ après qu'il aurait subi la peine du fouet de la main de deux prêtres et passé par toutes les cérémonies prescrites en pareil cas- par le rituel romain. La ville de Tudèle ne dépendait de l'Inquisition de Saragosse que pour le crime d'hérésie; car elle faisait partie du royaume de Navarre ^ qui était alors gouverné par Jean d'Albret et Catherine de Foix ^ nièce au second degré de D^ Jacques , petite- " iîUe de Dona Eléonore, reine de Navarre, et sœur de l'infortuné D* Charles dont nous avotis déjà parlé : ce qui a fait croire que Catherine et son mari avaient permis qu'il fût arrêté , parce qu'ils haïssaient et méprisaient D. Jacques comme -fils de là victime , qu'on avait sacrifiée à l'ambitieuse et pei-Tide reina Eléouore qui ne pouvait hériter de la couroime de son père qu'en faisant périr ( comme elle le fît par d'infâmes moyens y<'»on frère avant qu'il ne pût laisser des successeurs légitimes. '

Article IT.

Jean Pic de ta Mirandoit.

I. L'aSîîéb suivante 1488, l'Inquisition fit le procès à Jean Pic de la Mirandole et d« Concordia ^ prin»t

connu dans rhistoire comme un prodige de science dès Tâge de vingt trois ans. Innocent VIII provoqua celte mesure, en expédiant à Ferdinand et à Isabelle un bref en date du 16 décembre i^Sy, dans lequeP il disait qu'on l'avait informé que Jean Pic devait passer en Espagne, av^c Tiiitcnlion de soutenir dans Its univcrsîlés tt dans les aidies écoles du royaume la?^docliine erroiiéc de plusieurs ibèses qu'il avait déjà publiées à R( me ; qu'il.était d'autant plus coupolîle, qu'apiès tn a\oir élé convaincu il l'avait abjurée. Sa Saiiilelé ajoutait que ce qui l'aflfligeait le plus, élait de \oir que la jeunesse du prince, la douceur de ses manières , et les agrémens de sa conversation pouvaient séduire les esprits et lui faire un grand nombre de partisans; que cespuissaus motifs la poi talent à engager les deux souverains à faire arrêter ce prince, lorsqu'il serait arrivé en Espagne, attendu que la crainte des peines corporelles serait peut-être plus capable de le retenir, que celle des analbèmes de l'Eglise qui avait été impuissante. Jean Pic de la Mirandole eut sans doute vent de ce qui se tramait contre lui , puisqu'il ne s'exposa pas à faire le voyage ; je n'ai du reste rien vu dans les arcbives qiJ l'annonce. Le savant historien Fleury ignorait l'existence de • ce bref du pape puisqu'il dit que l'affaire du prince de la Mirandole se termina par la suppression de ses thèses laquelle eut lieu à Rome en i486. Ce prince avait publié et défendu neuf cents propositions tirées d'auteurs chaldéens, hébreux, grecs et latins, sur la théologie, les mathématiques, la physique , la cabale et d'.iutres sciences. On en avait dénoncé treize que le pape fit examiner par des théologiens; ceux-ci les qualifièrent àHUrétiques :

leur auteur publia une apologie, et donna à toutes ces propositions un sens catholique en faisant voir rignorance de ses juges. Je ne dois pas omettre qu'uu de ces tlK^ologiens , interroge'! par le prince sur la signification du mot Cabaic^ répondit que c'était un hérésiarque fameux qui avait écrit contre la divinité de Jesus-Christ 5 et que tons ses sectateurs se nommaient à cause de cela, Caùaliste^. Ses adversaires ne pouvant soutenir plus long-temps le combat, l'accusèrent de magie et prétendirent qu'un si grand fonds de science dans un âge aussi peu avancé ne pouvait venir que d'un pacte fait avec le Démon. Il faut convenir que cette anecdote faisait peu d'honneur à la capitale du monde chrétien où l'on prononce en dernier ressort sur toutes les discussions théologiques.

Article IIL

Le duc de Vaientinois.

I. En i5o7, l'Inquisition, excitée par Ferdinand V, entreprit de poursuivre et de faire arrêter César Borgia, duc de Vaientinois, beau-frère de Jean d'Albret , roi de Navarre , dont il avait épousé la sœur , Charlotte d'Albret. Le prince eût été probablement traduit dans les prisf^s secrètes de l'Inquisition de Logrogno , s'il n'avait pas été tué le 12 mars de la même année devant la ville de Yiana, non loin de Logrogno , par un gentilhomme castillan d'Agréda , nommé Jean Garces de los Fayos , qui défendait cette forteresse assiégée par César , capitaine général commandant les armées du roi > son beau-frère ,. contre

Louïs de Beaumont , comte de Lcrîn , connétable de Navarre et bcaii-fils de Ferdinand V, qui riifusait de 80 rendre. César Borgia était fds naturel de D. Rodrigue de Borgia, cardinal ( depuis pape souâ le nom d'Alexandre YI )5et de la fameuse Vanoci, Il avait été lui-même cardinal , évéque de Pampelune et archevêque de Yalence : mais en i409 *^" père cédant au désir du roi de France Louis XII , qui adoptait César pour son fils , lui accorda des' dis-, penses pour épouser la sœur du roi de Navarre ; il obtint alors les titres, les biens et les distinctiona dépendais du duché de Valentinois , la dignité Afi pair de France et la place de capitaine des gardes du corps de son père adoptif. Peu de temps après la mort de son père naturel, arrivé^ en i5o3, il fut arrêté à Naples , par ordre de Gonzale Fernandez de Cordova , dit ie grand capitaine^ vice-roi de cette monarchie , que le roi d'Espagne avait chargé de cette mesure , sous prétexte que César troublait la tranquillité du royaume. Il fut conduit eu Espagne , et enfermé , après plusieurs événemens , dans le château de Médina del Campo, d'où il parvint à s'évader et à gagner la Navarre avec le secours du duc de Benavente , pendant que Ferdinand était dans le royaume de Naples, César ne laissa de son mariage que Louise de Borgia , duchesse de Valentinois, mariée en i5i7 à Louis de la Trémouille , pair de ^i^nce ; et en iSSq ^à Philippe de Bourbon-Bousset de la maison royale de France, et petit -fils de- Louis de Bourbon, évêquo de Liège. L'histoire nous offre peu d'hommes aussi xnéchans que César de Borgia; il était beaucoup plus iligne du feu que tous les hérétiques à qui on ne pouvait çeproçher d^ troubler la tranquillité pubU^

que : néanmoios je suis loin de croire que le zèle pour la religion catholique ait inspiré l'ardeur qu'on mit à le poursuivre comme prévenu d'avoir proféré des blasphèmes hérétiques , et suspect d'être athée et matérialiste; sa conduite 9 au reste 9 fournissait autant de preuves qu'on pouvait en désirer. Ferdinand voyant que la reine de Navarre , ga nièce , ne voulait pas lui livrer ce prince , résolut de s'assurer de sa personne en se servant de l'Inquisition , et «ivoc le secours de D. Louis de Beaumont ^ connétable de Navarre , qui avait épousé sa fille naturelle , Jeanne d'Aragon.

Article IV.

De ia reine de Navarre et de ses en fans ^ He^irl et Catherine' de Bourbon.

I. J'ai déjà dit que l'Inquisition d'Espagne' ne fit pas le procès à la mémoire de Charles V ; il est vrai cependant qu'elle prit part en i5G5 , aux poursuites dirigées contre Jeanne d'Albrct, reine héréditaire de Navarre, veuve d'Antoine de Bourbon duc de Vendôme; contre son fils Henri de Bourbon, » prince de Béarn , duc de Vendôme , roi de Navarre , et ensuite de France, et contre Marguerite de Bourbon Albret , sœur d'Henri , laquelle épousa le duc souverain de, Bar. Le Saint-Ofïice ne joua cependant qu'un rôle passif dans cette affaire. Jeanne d' Albret n'était pas reconnue comme reine à Madrid , mais seulement comme princesse de Béarn. Depuis que Ferdinand V s'était emparé des cinq divStricts du royaume de Navarre , appelés Merindades , il n'avait pas voulu reconnaître Jeanne ni Henri d' Albret que

comme princes de Béarn : on n'avait laissé à ce prince que la sixième Merindade- de Navarre , dont la capitale est Saint-Jean-Pié-de-Port , située au nord des Pyrénées ; toifl cela s'était fait en vertu' d'une bulle de Jules II, expédiée en i5i2, et dont une copie fut affichée dans la cathédrale de Calahorra : la Cour de Rome leur avait également refusé ce titre, et e le ne l'accorda qu'en i56i. Le premier à qui elle le donna fut Antoine de Bourbon, à la suite des efforts de Catherine de Médicis , alors reine mère de Fr:ince, et chargée de la tutèle de Charles I\, son iiîs : elle voulait par ce moyen faire obtenir en France plus de considération à Antoine de Bourbon, qui en qualité de premier prince du sang , était lieuteuanfgénéral du roi pour commander les armées qui devaient agir contre les protestàus.

II. Charles-Quint avait ordonné par son testament d'examiner si la couronne de Navarre appartenait de droit à ses successeurs et de la rendre à ses maîtres légitimes , s'il était reconnu que la possession n'en avait pas été justement acquise. En i56i , Philippe qui n'avait pas encore pensé à exécuter les intentions de son père , voyant le roi Antoine pencher vers le calvinisme, entra en négociation nvec lui sur cet objet, afin de l'attacher au parti catholique et d'en faire un ennemi déclaré des protestans; Philippe lui promettait d'obtenir du Pape la dissolution de son mariage avec Jeanne qui était hérétique; de faire excommunier cette princesse par Sa Sainteté qui la dépouillerait en même temps de ses États pour les lui donner, avec le consentement des rois d'Espagne et de France ; de lui rendre la Navarre ou de lui donner en échange rtle de Sardaigue , et de procurer son mariage avoQ

Uarîe Shiart reine d'Ecosse veuve de François II , roi de France. Antoine accepta le traité : mais étant mort en i562 au siège de Rouen , les projets de Pliilippe Testèrent sans exécution. Au reste, ce prince, loin de vouloir renoncer à la haute Navarre songeait à s'emparer de Paulre partie de ce royaume ainsi que du Béarh et des autres États de Jeanne , situés entre les Pyrénées et la Garonne. Il obtint par le moyen de ses . agens qui intriguaient à Rome, que Jeanne serait excommuniée et déclarée hérétique obstinée; que ses États seraient offerts au premier prince catholique qui voudrait s'en emparer, après s'être engagé à en chasser les hérétiques. En effet, 4e 28 septembre i563 , Pie IV expédia une bulle qui excon^muniaît la reine Jeanne , poui* avoir renoncé à la religion catholique ^ embrassé l'hérésie de Calvin , propagé cette doctrine dans ses États, persécuté les catholiques et empêché l'exercice de leur religion , ainsi que l'Inquisition de Rome Pavait appris des déclarations de plusieurs témoins interrogée par l'inquisiteur général. En conséquence, d'après la réquisition du procureur fiscal du Saint-Office, Sa Sainteté ordonnait à la reine de comparaître en personne à Rome , dans le délai de six mois ( au lieu d^ trois termes de deux mois chacun ) devant l'inquisiteur général , ( canonisé depuis sous le nom de Saint Pie V ) , pour y répondre aux charges du procureur fiscal et satisfaire à tout ce qui lui serait demandé de manière à n'être point déclarée hérétique obstinée ni soumise aux peines portées par \% droit canon.

HT. Catherine de Médicis régente de France, qui était alors réconciliée avec Henri de Bourbon prince fl^ Condéj frère du feu roi AntoliDe^ fut très-mécoa*

C lO )

tente de rinqiiisitîon de Rome, parce que ses intérêts n'étaient plus les mêmes ; et afin d'arrêter la procédure , elle envoya au Pape un ambassadeur extraordinaire qui présenta un mémoire diplomatique trèssavant, qu'on a imprimé depuis avec la bulle du Pape dans les Mémoires du pmnce de C&ndé. On y prouvait d'abord que le Pape n'avait point le droit de délier les sujets du serment de fidélité, ni de permettre ou de trouver mauvais qu'un souverain voulût tolérer ou défendre dans ses états l'exercice d'un culte religieux ' ; secondement, que les princes de l'Europe devaient faire cause commune pour empêcher un tel abus donj'- les effels pouri'aient bien un jour retomber sur eux-mêmes : troisièmement , que quand même l'Inquisition aurait un juste motif de poursuivre Jeanne d'Albret, cela ne suffirait point pour dépouiller ses enfans de leurs droits à la courenne de leurs ancêtres, et que le roi de France avait un intérêt particulier h s'opposer à une pareille injustice, non-seulement à cause des liens multipliés de parenté qui l'unissaient avec la reine et ses enfans, mais encore parce que la plupart des Etats de celte princesse étaient des (îefs dépendans de la couronne de France; que quant à la Navarre, c'était une puissance intermédiaire entre l'Espagne et le France, et qu'il ne convenait pas que le monarque espagnol eût des possessions au nord des Pyrénées ; quatrièmement, qu'il paraissait très-extraordinaire que l'Inquisition de Rome voulût se faire remarquer par une conduite aussi nouvelle , en citant à comparaître personnellement à Rome, pour lui intenter uu procès criminel, la reine de Navarre, quoique l'In- quisitioQ n'eût rien fait de semblable contre Elizabeth

reine cF Angleterre ni contre les princes d'Allemagri» qui s'étaient trouvés dans le même cas bien long-^ temps auparavant ; que si de pareilles poursuites étaient fondées sur le droite il eût fallu les commencer contre le prince qui aurait le premier donné l'exemple de recevoir dans ses Etats la religion pro.-' testante^

IV. C|iarles IX et Catherine de Médîcis sa mère écrivirent à Philippe II, (alors mari d'Elizabelh de France , sœur de Charles et fille de Catherine ) ; ils lui firent part de ce qui s'était passé, et le prièrent d'agir d'un commun accord. Philippe répondit que nonseulement il désapprouvait la conduite de la Cour de Rome; mais qu'il offrait encore sa protection à la prinoesse Jeanne contre quiconque voudrait la dépouiller 4e ses États. Charles et Catherine annoncèrent cette résolution à la reine de Navarre qui pour lier plus particulièrement le Roi d'Espagne à sa promesse lui écrivit de sa main une lettre de remercîmens. Il est cependant prouvé par des lettres de Charles IX, et du cardinal d'Armagnac , que Philippe offrit dans le même temps des secours aux sujets catholiques de Jeanne afin de les aider à se révolter contre elle, et qu'il fit entrer secrètement dans ce pays des soldats espagnols; cet événement fut cause qu'il se forma dans le mois d'août i564, une confédération connue sous le nom de Ligue Catholique , entre le baron de Candala et d'autres seigneurs appuyés par l'Espagne; elle fit éclater en France une gueiTC civile qui dura plus de trente ans et dont les détails font par^-I.) des his^ foires de M, de Varillas et de Philippe de Conimines,

V. Le Monarque espagnol essaya d'obtenir par le moyen d^ rinquisitioo d*£spagatt ca qui lui avait M

refusé par celle de Rome. Le cardinal D. Diégue Espjnosa , inquisiteur général de la Péninsule et évéque de Siguenza, d'accord avec le cardinal de Lorraine, fit interroger quelques témoins pour prouver qu'il était public cl notoire que Jeanne d'Albret , princesse de Béarn, Henri de Bourbon son fils, duc de Vendôme , et Marguerite de Bourbon sa fille , étaient hérétiques huguenots ; qu'ils obligeaient tous leurs sujets à embrasser la nouvelle doctrine en persécutant les catholiques à qui ils ne permettaient plus Texercice de leur religion; que leurs états étant voisins de TAragon, de la INavarre et d'une partie de la Catalogne, provinces d'Espagne, il était à craindre que le commerce habituel que les habitant des deux royaumes ■ avaient les uns avec les autres ne propageât le venin de l'hérésie dans ce dernier pays, et qu'il fallait arrêter un si grand mal avant qu'il n'eût fait de plus grands progrès. Espinosa ( qui faisait semblant d'ignorer que Philippe II était instruit de toutes ses démarches et les approuvait) fit entendre au Conseil de l'Inquisition qu'on ne pouvait se dispenser d'informer le roi de tout ce qui se passait , et de le prier comme protecteur de la religion catholique en France, et de la Sainte ligue qui s'était formée dans ce pays contre les hérétiques , d'accorder tous les secours nécessaires au maintien de la religion , non-seulement en continuant d'envoyer des troupes en France , maisencore en employant tous les moyens qui étaient en son pouvoir pour empêcher Jeanne, Henri et Marguerite de'^^ntinuer à persécuter les catholiques.

VI. Philippe II dirigait secrètement de Madrid les affaires de la ligue de France , par le moyen des intelligences qu'il entretenait avec le» chefs de c%

parti -y le cardinal de Lorraine Charles dé Lorraine j le cardinal de Guise Louis de Lorraine ; Claude de Lorraine , duc d'Âumale ; René de Lorraine , duo d'Eibœuf ; tous quatre frères de François de Lorraine , duc de Guise 9 assassiné en i565 parles huguenots^ qui avaient à leur tête Jeanne reine de Navarre , Louis de Bourbon prince de Condé , Tamiral de Cliàtillon 5 et plusieurs autres personnag;es aussi ha^ biles à manier la plume que l'épée. L'inquisiteur général , d'après l'ordre qu'il en avait reçu de Philippe, forma le projet de faire enlever par surprise* la reine de Navarre et ses deux enfans , et de les faire emmener aussitôt en Espagne , pour les enfermer dans les prisons de l'Inquisition de Saragosse , et il espérai! rtéussir avec les secours que devaient fournir le cardinal de Lorraine et les autres chefs de la ligué.

YII. Les historiens français non contemporains { comme l'abbé de Saint-Réal, Mercier et d'autres ) , qui n'ont pas voulu prendre la peine d'aller chercher la vérité dans les premières sources , ont rejeté tout Todieux de ce projet sur Philippe II , et sur le fameux D. Ferdinand- Alvarez deToledo , duc d'Albe : comme la vérité est l'ame de l'histoire, et le premier devoir de ceux qui l'écrivent , je suis obligé de dire que les Guises furent les chefs de ce complot. Nicolas de Neuville, seigneur de Villeroi , ministre et premier secrétaire d'état sous Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis Xlli , a laissé des détails sur cette affaire , dans un Mémoire trouvé après sa mort parmi ses papiers, et qui a été imprimé avec beaucoup d'autres, connus sous le titre de Mérnoires secrets de M, de Viiieroi. Je pense que cet auteur qui était contemporain , instruit des secrets du gouvernement fran-

Çais, et qui /le pensait pas à publier [Pendant sa vie be quUl écrivait, mérite plus de conGande qu*àucUiii autre historien.

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