‹ Histoire critique de l'inquisition d'EspagneChapitre 7 sur 34 · VIII. Ce ministre rapporte que le premier aiiteui · texte numérisé non relu

VIII. Ce ministre rapporte que le premier aiiteui

OU projet fut le cardinal Charles de Lorraine : après l'avoir fait approuver par Philippe II , il on confia l'exécution à un certain Dimanche , capitaine d'une Compagnie de soldats qui était dans le pays des Basques. Celui-ci se rendit à Bordeaux pour se concerter avec quelques aflidés ; il se munit de lettres du cardinal et de son neveu Henri de Lorraine > duc de Guise 9 qui paraissait sur la scène des affaires depuis la mort de son père. Ces lettres étaient adressées au baroii de Montluc, au baron de TEscars^ au vicomte d'Or les , au gouverneur du château de Ha à Bordeaux 9 et à d'autres genlilshommes des plus considérables 9 tons membres de la ligue , qui entrèrent avec empressemi^nt dans le complot ; ils crurent servir en cela la religion catholique , ou tel était au moins le prétexte de leur conduite. Dimanche avait des lettres pour Philippe 11 et pour le duc d'Albe : on leur mandait que s'ils favorisaient l'entreprise avec les troupes qui étaient à BUrcelonne ^ Sa Majesté ' serait bientôt dél^arrassée de toutes les réclamations au sujet tlu royaume do Navarre. Le capitaine Dimanche passa en £spaghe où le duc d'Albe lui remit des lettres pour Philippe > qui était alors à Monzon 9 près de Lérida ^ oi\ les Corîès de la couronne d'Aragon étaient assemblés. L'oiticier français tomba malade à Madrid, et fui reçu par un de ses compatriotes nommé Vespicr , attaché à la maison de la reine Isabelle , conune brodeur : ses liaisons avec Dimanche devinrent A intimes , qut

celuî-cî lui confia son secret, en rassurant qu'avant deux mois la princesse de Béam et ses deux enfans seraient enfermés dans les prisons du Sainl-OlTicc*' de Saragosse ; il .alla jusqu^à lui montrer , comme preuve de son récit ^ les lettres adressées au roi et au duc d'Albe , par le duc de Guise.

IX.Vespîer était néàNérac, et par conséquent sujet de Jeanne d'Albret à la maison de laquelle il avait été attaché autrefois ; il s'empressa de faire part du secret au grand aumônier de la reine d'Espagne j celui-ci l'aida à le communiquer ensuite à celle princesse, qui n'eut rien dé plus pressé que d'en informer Charles IX son frère , Catherine de llédicis sa mère, et le baron de Saint-Sulpîce ambassadeur dd France alors à Monzon : les trois lettres furent confiées à un Gascon , domestique du premier aumônier, qui arriva à Monzon avant le capitaine. L'ambassrdeur ayant pris le signalement de celui-ci, le fit sui-^ vre et apprit qu'il était entré trois fois pendant la nuit chez le roi d'Espagne , accompagné par D. Frai:çois d'Alaba , chambellan de Sa Majesté, et depuis ambassadeur en France et dans d'autres Coui*s. 11 eifivoya les lettres à Charles IX et à sa mère , avec * une autre lettre de sa main à la reine Jeanne , par un homme de coniiance , son secrétaire , nomme Rouleau. La reine chargea l'envoyé de communiquer tous ces détails à de l'Aubépine, premier secrétaire d'état. Quoiqu'il Qû\ été très -facile d'arrêter Dimanche, on négligea cette mesure, parce que le cabinet de Paris était vendu aux Espagnols , comme l6 connétable de Montmorenci l'assura dans la suite. Quoi qu'il en soit, le projet échoua, parce qu'il fut découvert avant l'exécution ; voilà tout ce qu'il y a

de vrai sur c^ point dUiîstoîre ( malgré tout ce qu*eii ont publié les auteurs français que j*ai nommés )^ quand même on changerait les noms des personnes et les moyens par lesquels le complot fut découvert.

X. Philippe II ne laissa pas de tirer parti de cette tentative, quoique l'événement n'eût pas répondu à ses espérances. Il écrivit au pape pour lui représenter le danger que couraient ses sujets des provinces limitrophes de la France d'embrasser l'hérésie; il obtint un ordre pour séparer de l'évêché de Bayonne les villages de la Vallée de Ûaslan dans le royaume de Navarre , et ceux de l'archiprêtré de Fontarabîe, dans la province de Guîpuzcoa. Le cardinal Ëspinos^ elle Conseil de riiiquisition firent interroger des témoins qui déclarèrent que l'évèque de Bayonne était un huguenot déclaré : on n*avait cependant dénoncé à Rome comme tels que le cardinal de Chatillony l'archevêque d'x\ix, et les ("'vêques de Valence, de Troyes, de Pamiers, de Chaj-lres, d'Aîx, d'Usez, de Lescar et d'Oleron. Les instances réitérées de Philippe lui firent obtenir en i5G8 Je Saint Pie V , une bijlle par laquelle il détachait de l'évêché de Bayonne, les deux terrKoires que je viens dii nom.ner et les réunissait à celui de Pampelune, aufjuel ils appartenaient avant le di.T'ème «ièclc, ainsi qu'on peut le lire dans dvs diplômes aiUli. n!*ques (jie j'ai p.ibiiés dans mon ouvrage intiluJé : yoUe^s historijucs des trois provinces Basques. Lévêque de (^alahorra fut désigné pour être le mélrnpoiiiaîa de ces p:iys ; par cette mesure les liabitaiiS fuient plus p t'es du triJ-»unal de seconde instance qui devait connaître de leur» procès eccltsiasliques; j'ai eu occasion de jugfr quelques unes de ces aUaires pendant que j'étai:> proviseur

"il

Vicaîre général, oi&cial et juge ordinaire du diocèse

de Calahorra.

Article V.

Entreprises contre ie duc de Partne et d'autres

princes»

ï. En i565 riiiquisitîon de Murcie condamna à ded pénitences humiliantes un autre prince appelé Z>. Philippe d'Jragon , fils de l'empereur de ¥tit et de Maroc , qui avait renoncé au mahométisme et reçu le baptême. J'en ai parlé dans le chapitre 25 de cette histoire.

II. En i5G8 arriva la fin tragique de D. Carlos d'Autriche, prince des Asturies, fils unique de Philippe TI , et l'héritier présomptif de sa couronne. La procédure de ce prince dégagée de toutes lea erreurs qu'on y a mêlées m'a paru trop împortauta pour n'avoir psfs un chapitre particulier.

III. En i589 ^^ pi'iuce Alexandre Farnese, duc ds Parme, gouverneur général des Pays-Bas et de Flandre pour^hilippell son oncle et frère de Marguerite d'Autriche sa mère, fut dénoncé à l'Inquisition du royaume d'Espagne où il avait été élevé; on le signalait dans la dénonciation comme suspect de luthéranisme et fauteur des hérétiques ; on prétendait aussi qu'il songeait à s'emparer de la souveraineté de la Flandre dont il était gouverneur; que pour réussir dans cette entreprise il s'était intimement lié avec les protestai^ ; qu*il approuvait un grand nombre de leurs nouveautés, afin de leur persuader qu'il embrasserait leur parti, s'ils entreprenaient de se rendre indépendans. On reçut à Madrid les déclarations de plu^

sieurs témoins ; maïs il n'en résulta aucune preuve de propositions hérétiques individuelles , et D. Gaspard de Quiroga cardinal et archevêque de Tolède, fit suspendre les pournuites. La cause de cette persécution du prince Farnese fut sans doute dans le grai)^ nombre de calomnies dont on ne cessa de Taccabler cette année et la précédente , auprès de son oncie, dont le caractère soupçonneux et méfiant , encourageait 1rs hommes envieux de la gloire de ce second Alexandre , que l'histoire a reconnu pour le capitaine Je plus- habile et le plus vaillant de son siècle. Malgré les eilbrts que ses ennemis faisaient pour le perdre , Phiîîppc IJ lui laissa le gouvernement des Pays-Bas quoiqu'il , eût demandé la permission de se retirer en Italie, et il conserva le commandement jusqu'à sa mort, arrivée en 1692 : son successeur fut le comte de Fuentes. On prétend que Philippe l'avait fait empoisonner.

Article VL

Tentative faite par le Saint-Office contre D. Juan d' Autriche et d* autres princes.

1. Le cardinal Quiropa ef le Conseil de l'Inquisition traitèrent avec moins de ménagement qu'ils n'auraient dû 5 celui qui mérilail le plus leur respect et leur soumission : je veux parler du souverain Pontife 5îxte-Quinl leur chef, de qui ils tenaient leurs" pouvoirs. Ce Pape publia une traduction de la Bible en italien; il la fit précéder d'une bulie dans laquelle il en recommandait la lecture, et annonçait qu'elle devait produire les plus grands avantages pour les ûdè-

les. Cette conduite du Pape était contraire à tout ce qu^avaient statué les bulles et les décrets de ses prédécesseurs 9 depuis Léon X, époque à laquelle on avait vu paraître an si grand nombre de Ira-* duclious de la Bible faites par Marttn Luther et par d^autres protestans. Tous les ouvrages dogmatiques ^ en langues vulgaires avaient été défendus depuis cinquante ans, par les réglemens de Texpufgatoire dit du Concile^ et par les Inquisitions de Rome et de Madrid; la dernière disposition à cet égard, était d6 Tannée i585. Les cardinaux Quiroga en Espagne et Tolédo à Rome , ainsi que quelques autres personnes » représentèrent à Philippe II qu*ils prévoyaient de grands malheurs pour la religion, s*il n^empioyait tout son crédit auprès du Pape pour lui faire abandonner son dessein. Ce prince chargea le comte d'Olivarès son ambassadeur à Rome, de faire au Pape des représenta^ lions très-sérieuses à cet égard : le comte obéit , mais il pensa en être la victime ; Sixtc-Quint furieux contre d'Olivarès fut sui le point de lui faire ôter la \iè\ sans respect pour le droit des gens ni pour son privîlége d'ambassadeur. Le. redoutable Pontile étant mort le 25 août 1692, cet événement fit naître de violent .s5upçons sur le compte de Philippe ; on prétendit qu'il avait chargé quelqu'un de faire prendre au Pape un poison lent qui abrégea ses jours» Croirons-nous que ce fût pour la pius grande gloire de Dieu et pour le bien de l'humanité l Ce fut alors que l'In-^ quisitîon d'Espagne, après avoir reçu des déclarations de témoins pour constater le crime de fauteur des hérétiques imputé à l'oracle infaillible de la foi, condamna la Bible Sixtine comme elle avait condamné celles de Cassiodore de Reyna et de plusieurs autre#.

Je ne m'arrêterai pas à examiner si Sixte- Quint était plus digne de ce traitement pour avoir publié une traduction de la Bible q-.ie pour d'autres actions de sa vie ; je renvoie à l'histoire de ce Pape et à ce qu'en dit Gregorio Lcti dans la Vie de Philippe II.

II. Je ne répéterai pas non plus la fable d'une V pénitence imposée à Philippe Ilï, coiniTie ayant témoigné de la pilié dans un auto-da-fé, en faveur d'un condamné. Je me suis imposé trop de prudence pour adopter les réciîs que quelques voyageurs se sont pennis d'inventer , et les anecdotes qu'ils ont publiées , afin d'amuser leurs lecteurs.

m. Il n'en est pas de même d'une instruction préparatoire qui fut commencée contre D. Juan d'Autriche, fils naturel de Philippe IV, et frère de Charles II , et qui fut suspendue par l'ordre du roi. D. Juan avait pour mortel ennemi Jean Ëverard Nitardo, jésuite', inquisiteur général et confesseur de la reine mère. Tel fut l'effet des intrigues de ce prêtre , qu'il se trouva des hommes assez vils pour chercher à le flatter en dénonçant le frère du Roi en novembre 1668, comme suspect de luthéranisme, ennemi de l'état ecclésiastique et des instituts religieux , particulièrement des jésuites. L'enquéle n'offrit que dçs propositions vagues et générales qui ne donnaient aucune prise ; mais le chef du Saint-Oflice y ajouta la copie d'une lettre écrite par le prince à la reine mère en date du a 1 octobre de la même année; il en fit qualifier plusieurs propositions par des théologiens : elles furent présentées dans l'ordre suivant. 1". c J'aurais dû « tuer le père Nitardo pour le bien de l'État et pour le c mien. 2°. Cela m'a été conseillé par plusieurs théo— « logiens respectables qui m'ont pressé de le faire

€ comme étant une aciion permise. 3**. Je n'aî paa « voulu l'exécu 1er pour uc pas avoir part à sa dam- « nation éternelle, car il est probable que le jésuite « serait alors en état cîe péehé mortel. » Les censeursque rinquisiieur général chargea de ce travail , qualifièrent la première proposition d'' erronée et àUUro^ tique; la seconde àt téméraire et dHiuuitante ^ et quant au jugement qu'elle exprime, erri-Ue et liérétique ; la troisième de téméraire , de scan* daieuse et d'ojfensante "pour des oreilles pieuses. Le secret fut si mal gardé , que quelques jésuites poussèrent l'impudence jusqu'à déclamer en chaire conti-e les dangers « auxquels le royaume était « exposé par la cmiduile scandaleuse et hérétique , « d'un prince assez dénaturé pour poursuivre la rëli- « gion catholique dans la personne de ses ministres. » Les événejtnens politiques de la monarchie ( dont le récit est étranger à mon sujet ) obligèrent la reine mère d'ordonner au père Nitardo d'envoyer, au mois de mars i66(), sa démission de la place d'inquisiteur général, et de partir pour Rome : en 167a il fut nommé dans cette capitale du M on de- Chrétien , cardinal et archevêque titulaire d'Edesse. Après sou départ le roi nomma inquisiteur général D. Diégue Sarmîento Valladarès, évoque d'Oviedo et président du Conseil de Castîlle : celui-ci fit suspendre aussitôt la procédure commencée contre D. Juan d'Autriche.

IV. Ce chapitre est consacré à faire ^remarquer la hardiesse des inquisiteurs pour faire le procès à des princes ; je crois donc qu'on me permettra d'y comprendre les grands d'Espagne , puisque Charles-Quint les déclara princes, égaux en honneurs aux souverains des cercles de l'Allemagne, et a^'^ant le droit de s' as-

seoir et de se couvrir clans les assemblées lorsque le souverain était présent ^ comme celle par exempte où cet empereur fut couronné 9 et dans plusieurs autres semblables. Indépendamment de ce motif, il y a quelques grands d'Espagne qui sont véritablement princes souverains dans leurs états d'Italie , de Naples et d'Allemagne; tels sont les ducs de Médina Celi, d'Albe, del'Infantado, d'Altamira et quelques autres; il y en a aussi beaucoup qui descendent du côté des femmes des maisons royales d'Aragon et de Castille ; tels sont encore les comtes de] Viamanuel, en ligne masculine 9 par l^infant de Castille, D. Manuel, fils légitime de Saint Ferdinand III , roi de Castille et de Léon.

y.' Je dois donc comprendre dans la liste des princes humiliés par l'Inquisition , le marquis de Priego ; le comte de Cabra (1); le grand maître de l'ordre militaire de Montesa (2) ; le duc de Gandia ; Saint-François^ deBorgia; le bienheureux Jean de Ribera, elle vénérable D.Jean de Palafox (5). Il y en eut d'autres qu'on poursuivit à Yalladolid et. à Séville en iSSg, comme prévenue de luthéranisme, à la suite des déclarations faites dans les cachots par difTérens prîsonuiei s, particulièrement par F. Dominique de Koxas et Pierre Cazalla. De notre temps on a persécuté plusieurs autres grands d'Espagne , dont j'ai parlé dans le chap. 26. Le sort des grands pei*sonnages dont il s'agit , fut partagé par la comtesse de Monterrey , et par la marquise douairière d'Alcagnices Dona Elvîre de Roxas; par la marquise mariée d'Alcagnices ; Doua Jeanne do

(i) Voyez le chapitre 10.

{2) Voyez le chapitre a4.

(3} Voyez le chapitre 29, - "

Borgia, sœur de Saîut François de Borgia ; Dona Anne Ënriquez , fille du marquis d*Alcagnices , épouse de D. .Jean Alphonse de Fonseca xVIexia y baron de Santodmiau ; D. Antoine Manrique de Xara, duc de Naxera qui était décédé; D. Frédéric Enriqnez de Ribera, frère du marquis de Tarifa, depuis duc d*A)cala, et oncle du bieniieurèux Jean de Ribera ; D. Bernasdin de Mendoza , de la maison des ducs de l'Infautado 9 capitaine général des galères d'Espagne; D, Alvaro de Mendoza, et D. Marie de Mendoza de la même famille. Il est vrai que prèsqu'aucune de ces procédures n'entraîna pour les victimes ni l'arrestation ni la mise au secret; on se contenta d'une sérieuse remontrance pour chaque dénoncé, excepté à l'égard de la marquise douairière d' Alcagnices ; elle demanda et obtint d'avoir pour prison le couvent de Sainte-Catherine de Yalladolld , où deux de ses filles étaient religieuses; elle avait quelques raisons de craindre d'être enfermée , et elle évita ce malheur avec les bonnes protections qu'elle sut se procurer. Toutes ces personnes étaient innocentes; les soupçons qu'on avait sur leur compte , n'avaient d'autre fondement que leur liaison assez intime avec les docteurs Augustin et Pierre Cazalla, F. Dominique de Roxas , et D. Pierre Sarmiento de Roxas , frères de Dona Elvire ; on leur avait aussi reproché d'avoir entendu des conversations sur la justification et de ne les avoir pas dénoncées. Mais pouvaient - elles les dénoacer si elles ignoraient' que la doctrine en fût hérétique?

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