AVEC LES ROIS CATHOLIQUES
LES CAPITULATIONS. - ORGANISATION DE L'EXPÉDITION. LE DÉPART. - LA DÉCOUVERTE. - LE PILOTE SANS NOM.
ViGNAUD. Nouvelles Études. II
Pour la plus grande partie de l'intéressante phase de la vie de Colomb qui précède immédiatement son départ pour les régions qu'il allait découvrir, nous avons des sources d'information abondantes et sûres dont les principales sont les suivantes :
1. Les dépositions prises dans les enquêtes instituées de 1513 à 1535, à l'occasion des procès dits de Colomb, ainsi que les questionnaires et mémoires préparés par le ministère public.
Navarrete, Viages, Vol. III, n» LXIX, pp. 538-591. Par extraits seulement et d'une manière inexacte. Duro, Colon y Pinzon, informe... Par extraits également, mais d'une manière plus exacte et sans suppressions essentielles ; comprend les enquêtes de 1532 et 1535. Pleitos de Colon, formant les vol. 7 et 8 de la seconde série de la Coleccion de Documentos ineditos..'. On y trouve le texte intégral de toutes les dépositions, ainsi que les pièces relatives aux procès engagés, excepté celles qui ont déjà été publiées, mais avec l'indication des ouvrages où elles se trouvent. Ne comprend pas les enquêtes postérieures à l'année 1527, pour lesquelles il faut avoir recours à Duro.
Après la mort de Colomb, son héritier et successeur dans ses charges et dignités, Diego Colon, ne pouvant obtenir du roi la reconnaissance entière de ses droits, tels qu'il les entendait, sollicita l'autorisation, qui lui fut accordée, de porter ses réclamations devant les tribunaux. Il s'agissait principalement de savoir si c'était son père qui avait découvert la partie septentrionale de l'Amérique du Sud et si, par conséquent, il avait sur cette région les mêmes droits que ceux qui lui étaient reconnus sur les Antilles.
Les enquêtes motivées par ces réclamations et d'autres qui s'y rattachent commencèrent en 1512 et se poursuivirent jusqu'en 1535, parce qu'à la mort de Diego, sa veuve d'abord, et son fils
don Luis ensuite, continuèrent leurs instances. Au cours de ces longs procès, les Pinzon intervinrent pour revendiquer, comme appartenant à Martin Alonso Pinzon, une partie tout au moins des découvertes attribuées à Colomb. Mais les Pinzon se désistèrent et les héritiers de Colomb, Marie de Tolède et son fils Don Luis, se trouvèrent seuls en présence du fisc, qui défendit les droits de la couronne avec une ténacité passionnée qu'on a regardée comme malveillante.
On recueillit, tant à la requête des demandeurs qu'à celle des défendeurs, les dépositions de tous les survivants des expéditions de Colomb que l'on put trouver, ainsi que celles des personnes qui avaient été en rapports avec eux et qui pouvaient donner des indications utiles. Bien que les faits sur lesquels on voulait être renseigné se rapportassent plus particulièrement à la troisième expédition de Colomb, les témoins, au cours de leurs dépositions, parlèrent souvent des autres, surtout de la première, et, comme beaucoup d'entre eux étaient de Palos et des localités voisines, où Colomb recruta son équipage et où on était très bien informé sur ce qui se passa alors, ainsi que sur les péripéties de ce mémorable premier voyage, ils firent, à ce sujet, des dépositions qui sont une véritable mine de renseignements intéressants, dont les auteurs qui ne s'en tiennent qu'à la tradition colombienne n'ont guère tenu compte. Les faits, tels que les présentent ces dépositions, ne sont pas toujours, en efTet, conformes à ce que rapporte cette tradition, car ils montrent que Martin Alonso Pinzon prit, dans l'organisation et même dans la conduite de l'entreprise de 1492, une part bien plus grande que ne le reconnaissent les deux premiers biographes de Colomb. . On a vu là un motif de mettre en suspicion les témoins qui déposèrent dans ce sens et de croire qu'ils avaient été influencés par le dJsir de nuire à Colomb ou de servir les Pinzon. Rien n'est moins justifié que cette critique. Les Pinzon n'étaient plus intéressés dans ces procès. Martin Alonso était mort depuis près de vingt ans quand ils commencèrent et sou frère, Vincent Yanez, qui avait accompagné Colomb, n'y prit aucune part. Les témoins, dont la plupart ne vivaient plus à Palos ou dans les environs, et qui déposèrent daus des villes différentes et à de longs intervalles, n'avaient aucune raison d'altérer les faits dans un sens favorable à la famille des Pinzon, qui ne demandait rien. On croirait plutôt, si l'on voulait mettre en doute leur sincérité, qu'ils avaient des motifs d'être agréables aux Colomb qui occupaient alors une grande situation et qui étaient bien plus à ménager que les Pinzon. Il faut aussi noter que nombre de ces témoins furent cités à la requête des Colomb qui, vraisemblablement, ne les choisirent point parmi des gens mal disposés pour eux.
Ce n'est pas à dire que tous ces témoins déposèrent avec la
SOURCES d'information 5
plus stricte impartialité et que quelques-uns, qui avaient eu des rapports étroits avec Martin Alonso, n'aient pas exagéré la part qu'ils lui ont attribuée dans la grande entreprise de 1492. Ici, comme en toute chose, la critique a ses droits, et elle n'est pas embarrassée pour discerner, entre les faits qui nous viennent de cette source, ceux qui doivent être écartés ou qui ne peuvent être acceptés que sous réserve.
2. Les ordonnances royales pour mettre l'entreprise de Colomb a exécution; avril-mai 1492.
Ces documents, au nombre de sept, sont tous dans Navarrete,Vo1. II, n°= VII à XII, et Vol. III, supplément, n" XI. On en trouvera l'indication précise aux notes et aux ouvrages cités.
Ces pièces, qui ont toutes un caractère officiel, montrent dans quelles conditions l'entreprise de Colomb fut organisée. Leur témoignage qui n'est pas d'origine colombienne, est irrécusable.