‹ Histoire critique de la grande enterprise de Christophe Colomb, comment il aurait conçu et formé son projet, sa présentation a différentes cours, son acceptation finale, sa mise a exécution, - son véritable caractèreChapitre 87 sur 127 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La conclusion que Colomb ne pensait pas originairement à chercher les Indes par l'ouest, et que les pièces attribuées à Toscanelli, dans lesquelles on croit voir une preuve que tel était le but qu'il s'était tracé, sont apocryphes, conclusion à laquelle conduit inévitablement l'étude de tous les faits qui se rapportent à la période de gestation, de préparation et d'exécution du dessein qu'il a fait agréer aux Rois Catholiques, laisse un point obscur à éclaircir.

Il est certain qu'après ses découvertes, Colomb a soutenu que les Indes Orientales pouvaient être atteintes facilement par l'ouest ; mais s'il est démontré que cette idée resta étrangère à la conception de sa grande entreprise, ainsi qu'à son exécution, et qu'elle ne peut lui être venue de Toscanelli, d'où lui venaitelle ?

On a vu que c'est en arrivant aux Antilles que Colomb s'imagina qu'il se trouvait dans la région des îles de l'Inde, et qu'il n'avait plus que très peu de chemin à faire pour atteindre le royaume de Mangi, sur la côte asiatique. Il est possible, comme nous l'avons dit, que le projet caressé par Pinzon de redécouvrir Cypangu, île que notre Génois reconnut dans celle à laquelle il donna le nom d'Espagnole, ait contribué à la formation de son erreur. Cela ne suffit pas, toutefois, pour expliquer l'ardeur avec laquelle il embrassa cette chimérique conception et s'y attacha.

Colomb connaissait Marco Polo avant d'avoir entrepris son grand voyage ; les allusions qu'il fait dans son Journal de bord à des localités mentionnées par le célèbre Vénitien montrent cela très clairement ; mais les notions sur l'Asie Orientale qu'il a pu acquérir ainsi, bien que curieuses et pouvant frapper l'ima-

gination, ne sont pas non plus de nature à donner la raison de l'évolution qui paraît s'être faite ou s'être achevée dans sa pensée au moment de la découverte.

On peut admettre que l'attention de Colomb ait été appelée sur la possibilité de faire des découvertes dans le voisinage des Indes avant qu'il ait connu les textes de Marin de Tyr, d'Alfragan et autres, cités par d'Ailly, auxquels il emprunta les bases de sa théorie cosmographique. Mais cette théorie, étant postérieure à sa première et à sa seconde expédition, tout au moins, n'a pu avoir aucune influence sur la formation de son dessein, tel qu'il l'avait conçu originellement. Nous connaissons, et nous avons indiqué à une Étude précédente, la source des trois principes fondamentaux du système de Colomb :1a petitesse du globe, la réduction du degré équatorial à 56 milles 2 3 et le peu d'étendue des eaux par rapport à celle des terres, principes d'où il lui fut facile de déduire que l'espace maritime séparant les deux extrémités du monde n'était pas considérable ; mais cette théorie n'explique pas comment l'idée lui est venue de transformer une entreprise organisée uniquement pour découvrir des terres inconnues, en une expédition scientifique destinée à tracer une route nouvelle pour se rendre aux Indes.

Il n'est pas vraisemblable, en effet, que ce soit simplement parce qu'il crut avoir découvert Cypangu, dont à cette époque ni l'identité avec le Japon, ni la véritable situation n'étaient connues, que Colomb s'miagina être parvenu jusqu'aux Indes et qu'il a cherché et trouvé des raisons qui pouvaient expliquer cette croyance. D'autres faits, d'autres considérations, ou suggestions, durent le pousser dans cette voie, et peut-être n'est-il pas impossible de dire quels sont ces faits et d'où lui vinrent ces sug-gestions.

Du temps même de Colomb, il y eut deux projets de découverte au delà de l'Atlantique et de passage d'Europe aux régions asiatiques, en prenant par l'ouest, dont il est impossible qu'il n'ait pas eu connaissance et qui n'ont pu rester sans influence sur lui; l'un est celui de l'Açoréen Dulmo, auquel Behaim prit part, l'autre celui de Behaim même, dont Mûntzer se fit l'interprète. Entrons dans quelques détails à ce sujet.

Page 1