‹ Histoire critique de la grande enterprise de Christophe Colomb, comment il aurait conçu et formé son projet, sa présentation a différentes cours, son acceptation finale, sa mise a exécution, - son véritable caractèreChapitre 90 sur 127 · II. — Martin Behaim · texte numérisé non relu

II. — Martin Behaim

Notre objet étant de ne parler de Behaim qu'au point de vue de l'influence que ses idées ont pu avoir sur Colomb, nous serons sobre en indications de bibliographie critique. Les documents et ouvrages sur lesquels nous nous arrêtons ici sont ou essentiels ou peu et mal connus. Pour les autres nous renvoyons le lecteur aux notes du bas des pages et aux observations qui

SOURCES d'information 400

accompagnent, quand il y a lieu, les titres des ouvrages dans la liste de ceux qui sont cités.

La bibliographie des écrits sur notre personnage est assez riche. On en trouvera un bon aperçu dans la note 4 du Behaim de GuNTHER. Parmi les plus remarquables, il faut citer celui de Gunther lui-même, et surtout le grand ouvrage anglais de Ra- VENSTEiN, Martin Behaim, his life and his 'globe, Londres, 1908. Les ouvrages antérieurs, où les documents relatifs à Behaim ont été donnés pour la première fois, sont celui de Murr et de Ghil- LANY. Voyez ces noms à la liste des livres et documents cités.

9. BEHAIM (Martin). — Son Globe terrestre, dit de Nuremberg, exécuté en 1492.

Globe monté sur des pieds en fer, ayant 507 millimètres de diamètre et appartenant à la famille de Behaim, qui l'a fait déposer au Musée germanique de Nuremberg, Construit en papier mâché formant carton et recouvert d'une peau de velin, sur laquelle furent copiés les dessins, légendes et inscriptions que Behaim avait tracés sur une carte plane, ce globe a subi les outrages du temps et a dû être plusieurs fois réparé, notamment en 1823. Malheureusement ces restaurations ont été confiées à des personnes qui n'avaient pas les connaissances géographiques et le sens critique nécessaires, de sorte que dans certaines de ses parties l'ancien globe est à peine reconnaissable. (Ravexstein, Martin Behaim, p. 59.) Nous en avons deux reproductions in solido, qui sont l'une et l'autre fautives, parce qu'elles ont été faites à une époque où la pièce originale était déjà détériorée.

La première est celle du département des cartes de la Bibliothèque nationale de Paris. Elle a été faite en 1847 sur les instructions de Jomard, qui était conservateur de ce riche dépôt. C'est un beau travail exécuté avec soin par un jeune artiste nommé Jean MiiUer, sous la direction de l'École des Arts de Nuremberg, mais qui contient néanmoins quelques inexactitudes, car il a fallu recourir à d'autres documents pour remplir les lacunes des parties qui ne pouvaient plus être déchiffrées ou qui l'étaient difficilement.

La seconde reproduction du globe est celle du Muséum national à Washington, qui a été faite en 1892, sur l'exemplaire de Paris, et sous la direction de l'auteurde ces lignes, par un peintre de marine nommé Gigot de Grandpré. On s'est efforcé de reproduire le fac-similé de Paris aussi fidèlement que possible. Malheureusement, ce fac-similé, comme l'original de Nuremberg, est déjà détérioré, et, pour reproduire certaines de ses inscriptions, il a fallu s'aider des indications fournies par la copie de Ghillany et par une carte que Jomard a insérée dans son atlas, carte qui donne une idée tout à fait inexacte du globe de Nuremberg.

Les reproductions in piano sont bien plus nombreuses, mais à une exception près, encore moins conformes à l'original de Nuremberg que l'exemplaire de Paris ; ce sont, par ordre de date, les suivantes :

1770. Dopi'BLMAYH, copie réduite faite pour accompagner son Hisiorische Nachrichtvon den Nurnbergischen Mathematicis und Kunstlern, Naremherg, 1770, in-folio. Les légendes sont transcrites sur les margss.

1778. MuRR. Copie donnée pour être fidèle et de la grandeur même de l'hémisphère occidental du globe, faite pour accompagner 17/js<(.ire diplomatique de Martin Behaim de l'auteur, qui fut publiée en 1778, puis en 1787, en 1801 et en 1802. Le livre est excellent et la carte, si défectueuse quelle soit, a pour ainsi dire révélé l'existence du globe. Il y en a une réduction dans le Pigafetta français d'AMORETTi, Paris, 1801.

1853. Ghillany (W.). Belle reproduction coloriée, en deux hémisphères, faite, sur l'original même, si l'on en croyait l'auteur, pour sa Geschichte des Seefahrers Ritter Martin Behaim. Wagner, en 1891 (Die Rekonstruktion der Toscanelli-Karle) et nous en 1902 (Toscanelli and Columbus) avons appelé l'attention sur les différences qui existent entre l'original et ce pseudo facsimilé, qui paraissait avoir été fait, et non pas très exactement, d'après le travail exécuté par Jean Mïiller pour la construction du globe de Paris. Ravenstein, qui a soumis les pièces à un rigoureux examen, a démontré, avec preuves à l'appui, que tel était le cas. (Martin Behaim, pp. 61-63.)

1854. JoMARD. Contrairement à ce que l'on suppose généralement la mappemonde en deux hémisphères qui figure dans les Monuments de la Géographie sous le nom de Behaim, n'est pas une représentation du globe, mais comme l'a dit d'Avezac dans une communication à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres du 30 août 1867, une copie d'une carte « qu'on sup- « pose à peu près contemporaine du globe même », carte que Ravenstein a identifiée avec un dessin en deux feuilles sur velin dont parle Murr (p. 12), que la famille de Behaim possédait, de son temps. Il serait intéressant de savoir ce que ce document est devenu.

1908 Ravenstein. Martin Behaim. Cet ouvrage donne pour la première fois une copie exacte du globe, faite avec un soin méticuleux sur les deux exemplaires que nous possédons de ce curieux monument géographique. L'auteur l'a représenté comme il fallait qu'il le fût : en fuseaux coloriés, dont on pourrait faire un globe. Cosmographe savant et cartographe habile, il a pu lire bien des noms que ses devanciers n'avaient pas compris, et a accompagné ses planches d'un travail critique et explicatif qui résout d'une manière définitive la plupart des questions, sinon toutes, qui se rapportent à la vie de Behaim et au caractère de son œuvre.

Il y a un assez grand nombre de copies réduites de ce globe qu'il est inutile de mentionner ici. Le lecteur en trouvera une liste dans notre Toscanelli and Columbus, p. 172 et sq.

Quelle que soit l'opinion que Ton se fasse de Behaim, comme explorateur et comme cosmographe, son globe est un des monuments les plus précieux qui nous restent de la géographie du moyen âge, bien qu'on ne puisse y voir un tableau fidèle des connaissances géographiques que Ton avait alors, car, sur nom-

SOURCES d'information 411

bre de points, on était mieux renseigné que ne paraît l'avoir été l'auteur de ce globe.

L'œuvre de Behaim tient aussi une place considérable dans l'histoire de la découverte de l'Amérique, parce que c'est une thèse très généralement accréditée qu'on y trouve l'expression des idées cosmographiques queToscanelli aurait communiquées à Colomb et que celui-ci se serait proposé de mettre à exécution. Dans notre manière de voir, ce jugement est à reviser. On ne peut soutenir aujourd'hui, sans soulever des objections formidables, que l'expédition de 1492 avait pour objet la découverte d'une route pour aller aux Indes, et la thèse que Toscanelli est pour quelque chose dans la formation des idées que Colomb, aussi bien que Behaim, ont formulées à cet égard, ne va pas non plus sans rencontrer de graves difficultés. Dans tous les cas, cependant, le globe de Nuremberg conserve son importance et son originalité, car c'est le seul document géographique du xv« siècle que nous ayons qui montre l'Asie s'étendant considérablement à l'est de ses limites véritables, et l'Océan occidental réduit à 130 degrés de largeur. Ce sont ces particularités qui donnent à l'œuvre de Behaim un caractère spécial, unique, et non la reproduction des curieuses légendes qu'il a réunies, dont il y a d'autres exemples, ni la répartition si souvent erronée de la nomenclature qu'il a empruntée, sans critique, à Marco Polo, à Ptolémée et à quelques auteurs mal lus et mal compris.

La conception extraordinaire qui a présidé à la confection du globe de Nuremberg appartient-elle à Behaim, ou l'a-t-il simplement empruntée à quelque autre document cartographique qui n'existe plus aujourd'hui et qu'il s'est borné à copier? C'est cette question qui fait le grand intérêt qu'on attache au globe de Nuremberg. Elle sera consciencieusement examinée dans cette Etude.

Page 1