‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 151 sur 325 · I. Mss., 12.844, f · texte numérisé non relu

I. Mss., 12.844, f

en. IL PARIS ET MEAUX. 189

Louvre, qu'il n'y a pas lieu d'hésiter à le placer à la fin de l'année 1661.

Il faut regretter que non seulement la première partie du discours nous manque, mais aussi la fin, le seul cahier qui subsiste se terminant à ces mots, que M. Lâchât a eu grand tort de supprimer : « Mais pourquoi donc disons-nous que leur sainteté si bien confirmée n'est pas encore consommée? Cela dépend d'une autre doctrine qu'il faut encore que je vous explique pour vous renvoyer bien instruits de la foi de la sainte Église touchant le Purgatoire ('). »

Ce ton de catéchiste nous autorise à supposer que l'auditoire n'était autre, cette fois encore, que les Nouveaux Convertis.

— Vers 1661. Panégyrique de sainte Catherine, 2j novembre (r" rédaction.) (Plus de manuscrit.)

On est d'accord à placer cette œuvre entre 1659 et 1663. Voici quelques remarques qui permettront de préciser davantage, malgré la difficulté qui résulte de l'absence du manuscrit.

M. Floquet supposait que ce panégyrique avait été prononcé à Saint-Lazare if), sans doute parce que les belles leçons qu'il renferme, sur les trois abus à éviter dans la science, c'est-à-dire la curiosité, la vanité, la cupidité, soni fort utiles à méditer pour les ecclésiastiques. De là on a été amené à songer à la dernière année où saint Vincent de Paul avait pu entendre ces instructions si chrétiennes, et on a proposé la date de 1659 ; on sait que le saint mourut l'année suivante,

1. On s'est imaginé que ces deux phrases étaient effacées ; on n'a. pas pris garde que la barre portait sur l'ancien début, que nous avons cité ci-dessus, et qui se rencontrait ici, la double feuille ayant été retournée. — Deforis avait mieux vu que les éditeurs modernes.

2. L'auditoire de Saint-Lazare n'est pas sans doute désigné par ce passage du 2^ point : « Les dames modestes et chrétiennes voudront entendre en ce lieu les vérités de leur sexe. >> (Lâchât, XH, 418.) Si cette page est de la V^ rédaction, elle ferait plutùt penser à Saint-Thomas du Louvre. Mais peut-être vient-elle du remaniement de 1663, pour Saint-Nicolas du Chardonnet. Cette fois le 25 novembre était un dimanche.

La Prédication de Bossuet.

En comparant le texte imprimé à d'autres textes dont nous avons l'autographe, on sera amené à renoncer à cette hypothèse. Voulant montrer, dans le premier point, que la foi chrétienne ayant non pas « l'évidence qui satisfait la curiosité, » mais « la fermeté et la certitude capable de soutenir la conduite, » nous devons l'appliquer « à l'action, » et ne pas nous arrêter « à la connaissance» théorique; il établit cette doctrine par le raisonnement de saint Paul : Ut sapiens ai'cliitecius fundanientiun posiii, etc. (I Cor., m, 10, et seq.)

Or ce même développement se voit aussi dans un manuscrit daté, le premier des sermons pour le second dimanche de Carême. Il est de 1660. Là nous trouvons tant d'hésitations et de tâtonnements, qu'il est évident qu'on a sous les yeux la première ébauche de ces pensées. Il y a plus. Après bien des corrections et des ratures, l'auteur finit, dans ce sermon de 1660 (^Hic est Filius meus dilectus, etc.), par substituer une argumentation plus concentrée à sa démonstration primitive ; et voici ce qu'il jette à la hâte sur une petite feuille supplémentaire (•) : « (2) Ut sapiens atcJiitectns fiindamentum

posui : alius antem siiperœdificat. Quel fondement a-t-il mis .-* Fundametitiim aliiid nenio potest ponere nisi id quod positum est, quod est Christus JESUS. Qu'est-ce à dire ? Un Dieu anéanti et humilié: que peut-on bâtir dessus? Quelque chose qui ait rapport à ce fondement: Ut sapiens arcJiitectiis : s'il est sage, il y a proportion entre l'un et l'autre. — En particulier : un Dieu crucifié et anéanti ; dessus, une vie pénitente et mortifiée ; — Un Dieu souffrant ; l'amour des souffrances ; — un Dieu pauvre, etc., — un Dieu libéral jusqu'à donner son sang à ses ennemis ; que bâtir dessus .'* Des entrailles de charité pour nos frères. — Si les injures étaient aussi fâcheuses que vous le pensez, le Fils de Dieu n'y aurait pas été exposé.

1. Mss., 12.822, f. 124, v». — C'est la nouvelle p. lo, (au 2e point) ; elle est destinée à prendre la place de ce qu'on lit dans Lâchât, IX, 102, ligne 22, et page suiv. en entier, et des six premières lignes de la p. 104.

2. Le passage débute par cette remarque que si l'arcliitecte est sage, il met de la proportion dans les choses ; qu'il ne faut donc pas se défier du fondement. Cette réflexion revient plus loin.

Je ne m'étonne donc plus si, au nailieu de sa gloire, il parle de l'ignominie de sa mort. Ipsum audite : bâtissez l'obéissance à ses préceptes ; sur quel fondement? JéSUS-Christ obéissant jusqu'à la mort: Chris tu s \factus est pro nobis obediens'] usque \ad morte ui\ — Après cela, plus de difficulté dans l'Evangile, etc. »

A la place de ces idées entrevues, et encore informes dans l'expression, voj^ez dans le panégyrique de sainte Catherine des développements achevés. En voici quelques extraits :

« Que cet édifice est bien entendu ! que l'architecte est habile qui en a posé le fondement! Mais de peur que vous en doutiez, écoutez l'apôtre saint Paul : J'ai, dit-il, établi le fondement, ainsi qu'un sage architecte : Ut sapiens architectiis^ fiuidamentuiii posiii. Mais peut-être s'est-il trompé? A Dieu ne plaise, messieurs ; car il n'agit pas, dit-il, de lui-même ; il agit « selon la grâce qui lui est donnée, » il bâtit suivant les lumières qu'il a reçues: Seainduin gratiam quœ data est mihi. Il a donc gardé toutes les mesures ; et il ne pouvait se tromper, parce qu'il ne faisait que suivre le plan qui lui avait été envoyé d'en haut Dites-nous, ô grand Paul, quel fondement avez-vous posé? N'entendez-vous pas sa réponse? On ne peut point, dit-il, poser d'autre fondement, sinon celui que j'ai mis, qui est JÉSUS-CIIRIST : Fiindanientiim aliiid nenio potest ponere nisi id quod posituni est,quod est Christus J ESUS- O le merveilleux fondement qui est établi en nous par la foi ! et que .saint Paul a raison de nous avertir de prendre garde avec soin à ce que nous aurons à bâtir dessus ! Uniisquisque videat qiiomodo superœdificet... Un Dieu s'est humilié et anéanti ; voilà, messieurs, le fondement : qu'est-ce que notre sainte a bâti dessus? Un mépris de son rang et de sa noblesse, pour se couvrir tout entière des opprobres de jÉSUS-CllRlST et de la glorieuse infamie de son Évangile. Un Dieu est né d'une Vierge : voilà le fondement du christianisme ; et Catherine érige dessus, quoi ? L'amour immortel et incorruptible de la pureté virginale... ; enfin, en toute manière, il n'y a rien de plus convenable que ce fondement et cet édifice. »

Est-il téméraire de conclure, après cette comparaison, que ces pages si achevées sont postérieures à l'ébauche de 1660 ? D'autre part, elles sont antérieures au panégyrique de saint François de Sales (vers 1662), puisque dans le premier point de ce discours, Bossuet se reportait, nous dit Deforis, à son panégyrique de sainte Catherine. La date intermédiaire de 1661, admise par M. Lâchât, doit donc, se semble, être maintenue, de préférence à celle de 1659, à laquelle sont revenus les éditeurs de 1870 (Ed. Guérin).

Ce panégyrique a été repris, sous forme de méditation, dans un Séminaire, probablement à Saint-Nicolas du Chardonnet, en 1663.

— Vers lôôf. Consolation à M""^ de ScJionherg.

(Copie du temps, collection Rothschild.)

La Lettre à une dame de considération sur la mort de son mari, que les éditeurs désespéraient d'interpréter, a été adressée à Marie de Hautefort, duchesse de Schonberg. M. Floquet l'a démontré (^). Un lumineux commentaire des principaux passages de cet opuscule ne laissait plus de place au doute sur l'attribution. Il restait à fixer la date. Les éditions modernes, acceptant les données du savant historien sur la personne, se sont bornées à dire que cette lettre, où il est fait allusion à un entretien de la duchesse avec la Reine, est antérieure ou à la mort d'Anne d'Autriche (1666), ou à celle de Marie-Thérèse (1683). Les anonymes de l'édition Guérin (1870) optent pour 1665, en ajoutant avec (2) un aplomb admirable : «Le caractère de l'écriture et le style môme nous confirment dans cette pensée. » Or l'original n'est pas conservé ; et tel est le malheur de ces prétendues éditions savantes qu'elles n'invoquent jamais plus solennellement le témoignage des manuscrits que lorsqu'ils n'existent pas.

Si l'original de cette composition est introuvable, il en existe du moins un sommaire autographe, qui, en confirmant

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