Bossuet orateur, p
cours ; maïs avant ces atténuations, les sévérités excessives ont déjà fait leur impression sur l'esprit du lecteur.
Ici nous avons pour la première fois devant nous un véritable discours funèbre. Bossuet, comme pour marquer ses débuts dans un genre dont il sera la personnification, nous donne dans l'exorde une sorte de préface à toutes les Oraisons funèbres du monde :
« Je commencerai ce discours en faisant au Dieu vivant des remercîments solennels de ce que la vie de celui dont je dois prononcer l'éloge a été telle par sa grâce que je ne rougirai point de la célébrer en présence de ses saints autels et au milieu de son Église. Je vous avoue, chrétiens, que j'ai coutume de plaindre les prédicateurs lorsqu'ils font les panégyriques funèbres des princes et des grands du monde. Ce n'est pas que de tels sujets ne fournissent ordinairement de nobles idées : il est beau de découvrir les secrets d'une sublime politique, ou les sages tempéraments d'une négociation importante, ou les succès glorieux de quelque entreprise militaire. L'éclat de telles actions semble illuminer un discours ; et le bruit qu'elles font déjà dans le monde aide celui qui parle à se faire entendre d'un ton plus ferme et plus magnifique. Mais la licence et l'ambition, compagnes presque inséparables des grandes fortunes ; mais l'intérêt et l'injustice toujours mêlés trop avant dans les grandes affaires du monde, font qu'on marche parmi des écueils ; et il arrive ordinairement que Dieu a si peu de part dans de telles vies qu'on a peine à y trouver quelques actions qui méritent d'être louées par ses ministres. »
On le voit, le ton et le style définitif du genre sont trouvés ; il ne manque plus que l'occasion et la matière pour faire apparaître les grands chefs-d'œuvre. Dans la circonstance présente, « si la simplicité vénérable d'un prêtre de Jésus-Christ, ennemi du faste et de l'éclat, ne présente pas à nos yeux de ces actions pompeuses qui éblouissent les hommes, » l'auteur s'en console facilement ; le zèle de son
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modeste héros, son innocence, sa piété éminente lui donneront des pensées plus dignes de la chaire chrétienne.
La date de la mort du P. Bourgoing (28 octobre 1662), donnée par les Annaiés de V Oratoire, par la Gazette de France, par la Muse historique de Loret, etc., est connue depuis longtemps. L'oraison funèbre fut prononcée le 4 décembre suivant (f).
— 1662, 28 décembre. Panégyrique de saint François de Sales.
(Plus de manuscrit.)
Le panégyrique du « bienheureux François de Sales » fut demandé au plus tard cette année à Bossuet, avant la canonisation officielle du saint. Il le prononça, un 28 décembre, dans un couvent de Visitandines. Le jour est indiqué par les premières phrases : « Laissons un spectacle de cruauté (2), pour arrêter notre vue sur l'image de la douceur même, » etc. Pour fixer l'année, M. Floquet (3) a choisi le moment intermédiaire entre la béatification du saint, déclarée à Rome, le 28 décembre 1661, et sa canonisation solennelle, célébrée le 19 avril 1665. Il reste quelque doute.
— 1663. Il faut, M. Gandar l'a définitivement établi (4), € rejeter ce que tous les biographes, tous les critiques, tous les éditeurs de sermons ont pu dire sur la foi de l'abbé Ledieu, de dom Deforis et de l'abbé Maury, d'un Carême que Bossuet aurait prêché en 1663, dans ce couvent des Bénédictines du Val-de-Grâce, oii la Reine Mère aimait à se retirer ». Les prédications dont l'existence nous est authentiquement attestée sont les suivantes :
— 166^. II F Vendredi de Carême aux Nouvelles Catholiques: « Deus tentavit eos. » (Mss., 12.824, f- 258.)
Le troisième vendredi de Carême, c'est-à-dire le vendredi
I. Floquet, Études .., II, 224. — 2. Le massacre des Innocents, avec lequel coïncidait le jour anniversaire de la mort du saint évêque de Genève. Cette circonstance a fait reculer sa fête au mois suivant (29 janvier). — 3. Études, II, 232. — 4. Bossuet orateur, p. 194 et 341.
qui précédait le 3^ dimanche, Bossuet est annoncé dans la Liste véritable et générale des prédicateurs, pour prêcher aux Nouvelles Catholiques. Nous avons son discours, qui fut un vrai sermon de charité. Son « exhortation » fut « partagée entre les deux sortes de personnes » qui composaient l'assemblée : le partage qu'il voyait dans son auditoire fit celui de son discours. Il dit aux religieuses et surtout à leurs pauvres pensionnaires : « Mes chères soeurs, souffrez avec soumission, et votre foi sera épurée par l'épreuve de la patience ;» il dit aux hommes du monde et aux dames charitables : « Donnez libéralement, et votre charité sera épurée par l'épreuve de la compassion. »
Le discours a pour texte : Deus tentavit eos, et invenit illos dignos se. (Sapîent., m, 5.) Il est intitulé par les éditeurs : Exhortation aux Nouvelles Catholiques et à la charité en leur faveur. On l'a relégué après les discours pour la fête de l'Exaltation de la sainte Croix (0, parce que les éditeurs n'ont point reconnu sa place dans l'ordre liturgique.
Notre date est justifiée par les caractères du manuscrit (2) et par des références à des discours antérieurs, à j-«/;;/ Thomas de Villeneuve (1659) et au Carême du Louvre (3) (1662). D'autre part ce sermon lui-même est cité parmi les pièces à consulter, sur l'enveloppe (■^) d'un sermon incomplet sur V Aumône, composé pour le second Carême de la Cour, en 1666.
— i66j. Quatrième Samedi de Carême (S), sermon sur la Femme adîiltcre( ou contre les Jugements humaiyis) : « Nemote condemnavit. » Atix Nouveaux Convertis. (Mss., 12.822, f. 284.)
La Liste véritable et générale annonce « M. l'abbé Bossuet»