I. Inédite
de Pâques ('), l'avis de chercher l'avant-propos dans un ancien sermon pour cette fête, des paroles comme celles-ci : « Allez dans les hôpitaux durant ces saints jours pour y contempler le spectacle de l'infirmité humaine : » tout cela avertissait de chercher la place de ce discours dans la dernière semaine du Carême. La disposition et la beauté du manuscrit montrent qu'il n'est pas antérieur à 1669.
On ne s'étonnera pas trop du sujet traité à pareil jour dans l'église de l'Oratoire, si l'on fait attention à la grande place que tient encore aujourd'hui la pensée des morts dans la solennité des Rameaux. D'ailleurs la préoccupation de la communion pascale est visible dans ce discours, surtout au second point.
Ce sermon du jour des Rameaux, mentionné dans la Gazette, grâce à cette circonstance que Henriette d'Angleterre (Madame) y vint assister, l'est également dans les Annales de VOratoire.Vl. Floquet en a inféré, non sans réserves toutefois (^), que Bossuet aurait prêché le Carême entier en cette église. Si le fait était exact, ces mêmes Annales n'auraient pas manqué, je crois, de l'enregistrer.
— 1669. AVENT DE SaINT-GeRMAIN-EN-LaYE, QUA- TRIÈME STATION A LA COUR.
— Toussaint : « Ut sit Deus ovinia in omnibus. »
(Mss., 12.821, f. 36.) C'est la dernière station que Bossuet, nommé le 8 septembre précédent à l'évêché de Condom, eut encore à fournir avant son sacre (3). Cet Avent était annoncé pour la chapelle du Louvre. La cour s'étant encore une fois transpor-
1. Il faut compléter la rédaction sommaire du 2^ point par un emprunt de quatre pages au sermon de Pâques, 1661, conformément à une indication du manuscrit.
2. Les éditeurs sont moins circonspects. L'édition de Bar-le-Duc (1870) nous donne toute une série de sermons assignés à cette station imaginaire, aux dépens d'autres époques. Celle de 1877 (l'abbé Guillaume) réduit ces erreurs à une seule : elle place ici le Nemo te condemnavit , de 1663, sur la Femme adultère.
3. Bossuet ne fut sacré qu'un an après sa nomination. Ce fut le 21 sept. 1670. Il s'était démis du décanat de Metz dès le 10 octobre 1669. (Floquet, Études, lll, 336.)
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tée à Saint-Germain, ce fut là que, le i^r novembre, s'ouvrit la station, qui au Louvre n'aurait commencé qu'au premier dimanche. Ce déplacement de la cour nous valut donc un chef-d'œuvre. On n'a jamais hésité sur la date, pour cette raison que ce sermon est le seul que notre orateur ait prêché devant le roi à pareil jour.
— lôôçy 16 novembre. Omison funèbre de la Reine d'Angleterre, à la Visitation de Chaillot.
(Plus de ms. Editée par l'auteur.)
Tout le monde sait la date de cet incomparable chefd'œuvre : elle était inscrite sur l'édition originale. Ce fut alors, pour la première fois, que Bossuet se décida à publier un de ses discours. Il y fut contraint par l'admiration reconnaissante de Madame. Sans cette heureuse violence faite à sa modestie, son oraison funèbre de Henriette de France aurait eu peut-être le sort de celle d'Anne d'Autriche, et Voltaire aurait pu se donner une fois de plus la satisfaction d'affirmer contre toute vraisemblance que « ce discours n'était pas encore digne de lui, » et d'alléguer comme preuve qu' « il ne fut pas imprimé, non plus que ses sermons ('). »
Notre orateur, après ce précédent, ne pourra refuser l'impression des cinq discours funèbres suivants. Mais, à part le sermon sur V Unité de l'Église, qui sera un acte autant et plus qu'un discours, il ne songera jamais à publier une seule de ses autres œuvres oratoires, tant sa gloire le préoccupait peu, tant le caractère était chez lui à la hauteur du génie !
— i"' décembre i66ç: <iHora est jam nos de somno sîirgere; » (!"' dimanche de VAvent.) (Mss., 12.821, f. 96.)
Ce beau discours, contre l'endurcissement da.ns le péché, appartient, nous l'avons dit, à notre station. C'est ce qui résulte
r. C'est ce qu'il dit de l'oraison funèbre d'Anne d'Autriche. [Siècle de Louis X!V< XXXII.) La belle péroraison, ajoutée au sermon d'ouverture de la station de 1666 f Purification J, montrait ce que Bossuet saurait faire dans le discours du bout de l'an, en 1667.
de la nécessité d'assigner le Tune videbunt (') à l'Avent de 1665. Le Hora est le suppose manifestement, loin de l'avoir devancé. Si le texte est pris cette fois dans l'épître du jour, c'est que l'orateur avait déjà prêché à cette cour l'évangile du Jugement dernier. Aussi dit-il, dans l'avant-propos de son nouveau sermon : « C'est l'intention de l'Eglise de les tirer (les pécheurs) de ce pernicieux assoupissement. C'est pourquoi elle nous lit dans les saints mystères de ce jour l'histoire du Jugement dernier, lorsque la nature étonnée de la majesté de Jésus-Christ rompra tout le concert de ses mouvements, et qu'on entendra un bruit tel qu'on peut se l'Imaginer parmi de si effroyables ruines et dans un renversement si affreux. Quiconque ne s'éveille pas à ce bruit terrible est trop profondément assoupi, et il dort d'un sommeil de mort. Toutefois, si nous y sommes sourds, l'Eglise, pour nous exciter davantage, fait encore retentir à nos oreilles la parole de l'Apôtre. Le grand Paul mêle sa voix au bruit confus de l'univers et nous dit d'un ton éclatant : O fidèles, l'heure est venue de vous éveiller : Hora est jam nos de somno surgere. Ainsi je ne crois pas quitter l'Évangile, » etc. (-).
Sans insister davantage à établir une date désormais acquise à la critique, je signalerai dans le discours une allusion à la mort de cette reine, dont l'orateur venait de faire l'oraison funèbre. C'était, dit-on, une pilule d'opium qui avait hâté sa fin. Henriette était « si bien préparée, que la mort n'a pu la surprendre, encore qu'elle soit venue sous l'apparence du sommeil : » voilà ce que dit l'oraison funèbre. De son côté notre discours Q) : « La mort ne viendra pas de loin avec grand bruit pour nous assaillir. Elle s'insinue avec la nourriture que nous prenons, avec l'air que nous respirons, avec les remèdes même par lesquels nous tâchons de nous en défendre. »