Mémoires, p
— /j.juin i6y^. Profession de M""' de la V allier e.
(Manuscrit de la collection Floquet.)
Bossuet avait promis l'année précédente de prêcher la Véture de cette illustre pénitente ; mais obligé de suivre la cour en Bourgogne avec son élève, il avait été remplacé dans la Chaire des Carmélites par l'évêque d'Aire, Fromentières. Au commencement de 1675, il put craindre encore de nouveaux empêchements; et ce fut avec une vraie joie qu'il s'en vit affranchi, et qu'il conçut l'espérance de porter la bonne parole à cette âme, qu'il avait tant aidée dans l'œuvre de sa laborieuse conversion ('). L'idée générale de son discours, le choix de son texte, tout était arrêté dans son esprit : « Cette âme sera un miracle de la grâce, écrivait-il à la mère de Bellefonds... Dieu a jeté dans ce cœur le fondement de grandes choses. Vraiment « tout y est nouveau » ; et je suis persuadé plus que jamais de l'application de mon texte. {Ecce nova facio oinnia, A.i^oc., xxi.) Je crois au reste tout de bon, ma chère et révérende Mère, que je ferai le sermon; car apparemment nous ne voyagerons pas. J'en ai une joie sensible; et je prie Dieu de tout mon cœur que je puisse porter à cette âme une bonne parole. Mon cœur l'enfante ; et je ne sais ni quand ni comment elle sortira. Priez Dieu, ma chère Mère, que cette Parole incréée, conçue éternellement dans le sein du Père, et enfin revêtue de chair pour se communiquer aux hommes mortels, possède mon intelligence, » etc. (').
Ce beau discours sur l'état ancien d'une âme pécheresse, et l'état nouveau d'une âme oij règne le Saint-Esprit ; en d'autres termes, sur l'amour de soi-même poussé jusqu'au mépris de Dieu, et sur l'amour de Dieu poussé jusqu'au mépris
1. Voy. dans la Correspondance de Bossuet ses lettres au maréchal de Bellefonds, 1673- 1675. On y voit la preuve que Bossuet avait eu des Conférences avec la pénitente, dont la ferveur le consolait et lui fournissait une occasion de s'humilier : « Je parle, et elle fait ; j'ai les discours, elle a les œuvres, » etc. (Lettre du 6 avril 1674.) — La Vallière elle-même écrivait à Bellefonds (tg mai, 1674) '■ « M- de Condom est un homme admirable par son esprit, sa bonté, son amour de Dieu. »