‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 199 sur 325 · Gazier, Choix de sermons, p. 498, note · texte numérisé non relu

Gazier, Choix de sermons, p. 498, note

enfin autant de courage, quoique d'une autre manière, que la milice du monde ? Quel spectacle, lorsque ceux qui devaient combattre à la tête, ne savent par où commencer ; qu'un conducteur secret remue avec peine la faible machine; et que celui qui devait payer de sa personne paie à peine de mine et de contenance !.. Considérez tant de royaumes arrachés du sein de l'Eglise par l'hérésie de ces derniers siècles ; recherchez les causes de tous ces malheurs: il s'élèvera autour de vous, du creux des enfers, comme un cri lamentable des peuples précipités dans l'abîme : C'est nos indignes pasteurs qui nous ont jetés dans ce lieu de tourment oia nous sommes: leur inutilité et leur ignorance nous les a fait mépriser ; leur vanité et leur corruption nous les a fait haïr, injustement, il est vrai, car il fallait respecter JéSUS-Christ en eux, et les promesses faites à l'Église, mais enfin ils ont donné lieu aux spécieuses déclamations qui nous ont séduits ; ces sentinelles endormies ont laissé entrer l'ennemi, et la foi ancienne s'est anéantie par la négligence de ceux qui en étaient les dépositaires (')... »

— ç novembre 168 1. — Sermon snr /' Unité de V Église — (le seul que Bossuet ait fait imprimer lui-même).

(Plus de manuscrit.)

Le discours swx l'Unité de l Eglise, le seul sermon que Bossuet ait fait imprimer, fut prêché, comme le porte l'édition originale, le 9 novembre i68i,dans l'église des Grands Augustins, à la Messe solennelle du Saint-Esprit, pour l'ouverture de l'Assemblée du clergé, si connue sous le nom d'Assemblée de 1682. Le roi voulait non seulement conserver la Régale, mais encore l'étendre indûment aux diocèses du Midi, qui en étaient exempts (^). Cette prétention encouragée par la servilité, faillit amener les plus graves complications. Certains esprits ambitieux, violents, ou inconsidérés,

i. IVe Sermon des éditions, 2^ point.

2. Voy. Histoire de Louis XI V, par Casimir Gaillardin-, V., 68-87. L'exposé des circonstances où nous ne pouvons entrer ici, y est complet et équitable. — Voy. aussi la Notice de l'édition RébuUiau.

envisageaient avec une faveur à peine dissimulée la pensée d'une rupture de l'Église de France avec l'Église Romaine. Ils étaient inspirés, on regrette de le dire, par le grand Colbert, qui flatta du reste bien d'autres passions dans son maître. Parmi les plus ardents à aigrir les choses, se signalaient Harlai, archevêque de Paris, leTellier, archevêque de Reims, et Choiseul, évêque de Tournai. Ces prélats, qui ont laissé, le premier surtout, une pauvre réputation, étaient tout résignés à accepter un schisme, et à en prendre au besoin l'initiative : Bossuet combattit ces tendances :

« Priez, dit-il au peuple dans sa péroraison, priez tous ensemble... que ce qui doit finir finisse bientôt. Tremblez à l'ombre même de la division ; songez au malheur des peuples qui, ayant rompu l'unité, se rompent en tant de morceaux, et ne voient plus dans leur religion que la confusion de l'enfer et l'horreur de la mort. »

C'est ainsi qu'il faisait adroitement la leçon aux prélats, en ne paraissant s'adresser qu'aux fidèles. Il prêcha, il est vrai, l'unité selon la doctrine gallicane, dans laquelle il avait été élevé, et à laquelle il devait rester fidèle jusqu'à sa mort. Admettant, à la différence de la plupart des Gallicans, et surtout des Gallicans parlementaires, l'indéfectibilité du Saint-Siège en matière de foi ('), que son érudition profonde lui faisait rencontrer dans la Tradition, il restait cependant attaché à cette école, au moyen d'une distinction un peu subtile entre l'indéfectibilité du Siège, et l'infaillibilité personnelle du Pontife, acceptant la première, rejetant la seconde. Tout en se rapprochant donc, beaucoup plus que les théologiens moins instruits qui appartenaient à la même école, de la vérité qui a été définie depuis, il en était encore séparé par une nuance importante. Mais lui-même nous apprendrait au besoin la différence essentielle qu'il y a entre une opinion erronée, soutenue avant la définition de l'Eglise, et l'obstina-

I. Voy. le traité latin de Féaelon de Summi Pontificis auctoritate... c. vu. —

(Edition de Versailles, II, 269.)

cil. II. PARIS ET MEAUX. 269

tion inexcusable de ceux qui persisteraient à la soutenir après cette définition ('). Dans la sécurité où il était sur son orthodoxie, il écrivit, peu de jours après l'ouverture de l'Assemblée, à un Cardinal gallican : « ... Je puis dire que tout le monde jugea que le sermon était respectueux pour les deux puissances, pacifique, de bonne intention ; et si l'effet de la lecture (^) est semblable à celui de la prononciation, j'aurai sujet de louer Dieu (^). »

— t68i, 5 décembre. — Vêture de Marie-Anne de Saint- François Bailly : « Si tjnis vidt post me venire... »

(Manuscrit parti, dit-on, en Amérique.)

<ï Le 5 de décembre 168 1, dit Ledieu d'après un Mémoire des Carmélites, sœur Marie-Anne de Saint-François Bailly, d'une des meilleures familles de Dijon, reçut le voile aux Carmélites [de Paris], de la main de l'ancien évêque de Condom, officiant pontificalement et prêchant sur ce texte : Qui vidt venire post me, etc., d'une manière admirable, dit ellemême cette sainte fille, en 1699, lorsqu'elle était supérieure (•+). »

On a vu plus haut que la prétendue Seconde conclusion de

1. Voy. par exemple, Mémoire de ce qui est à corriger dans la Nouvelle Bibliothèque des ardeurs ecclésiastiques de M. Diipin (Lâchât, XX, 531)... « H est constant que saint Cyprien et les autres de son parti ne sont excusables qu'à cause qu'ils ont erré avant la définition de toute l'Église ; qu'après cette décision, ceux qui ont suivi leurs sentiments sont hérétiques... » — Ibid., 526 : « C'est le génie de nos critiques modernes de trouver grossiers ceux qui reconnaissent dans la papauté une autorité supérieure établie de droit divin, etc. » — Voy. aussi dans une lettre à Leibnitz, du 28 août 1692 (Lâchât, XVIII, 171). ce passage d'une importance capitale: «Je finirai cette lettre en vous avançant deux faits constants : le premier, qu'on ne trouvera dans l'Église catholique aucun exemple où une décision ait été faite autrement qu'en maintenant le dogme qu'on trouvait déjà établi ; le second, qu'on n'en trouvera non plus aucun où une décision déjà faite ait jamais été affaiblie par la postérité. )>

2. .Selon l'abbé Réaume, chanoine de Meaux, ce sermon serait plein d'abominations. {Histoire de Bossuet, II, 77-125.)

3. Lettre au cardinal d'Estrées, i" décembre 1681. Cf. la lettre à Dirois, écrite le lendemain du sermon.

4. Mémoires, 88. — Deforis rapporte la même chose, à cela près qu'il lit : « lorsqu'elle était sous-prieure, » au lieu de « supérieure. » Ledieu, ou son éditeur, pourrait bien s'être trompé ici.

La Prédication de Bossuet.

ce sermon est un notable débris (deux poînts) d'une œuvre qui est plus ancienne de vingt-deux ans (1659).

Le plan de ce remarquable discours (') est tiré du texte même: «Quiconque... désire venir après moi, c'est-à-dire quiconque me veut reconnaître pour son capitaine, il faut... qu'il renonce à soi-même, a ôneg-et senietipsuvi ; — puis, qu'il prenne une généreuse résolution de porter sa croix tous les jours, et tollat cnicem siiam quotidie ; — et qu'il me suive enfin par mille embarras de périls, de supplices et d'ignominies, et seqiiatur me. »

Voilà ce que l'orateur demandait à Dieu « de graver pour jamais» dans l'àme de la pieuse Carmélite. Le souvenir fidèle qu'elle en gardait encore après dix-huit ans, montre que ce vœu fut exaucé, Bossuet en avait exprimé en même temps un autre bien conforme aux anciens sentiments qu'il avait autrefois apportés dans cette chaire : « Qu'il plaise à cet Esprit » qui souffle où il veut « de répandre sur mes lèvres ces deux beaux ornements de l'éloquence chrétienne, je veux dire la simplicité et la vérité ! »

§ 5. — Sermons de Meaux (1682-1704),

SUR trois cents discours ou allocutions, et plus, que Bossuet prononça durant les vingt-deux ans de son épiscopat à Meaux, un dixième seulement nous est parvenu, rarement sous une forme complète. Nous essaierons dans le chapitre suivant de faire revivre le souvenir de tout ce dont il subsiste une mention ou une analyse. Il s'agit ici de compléter la liste des œuvres conservées, en rangeant à leur date celles qui appartiennent à cette époque,

— 7 mars 1 68s, ou 20 février 168^: Une Jiomélie pour le i^^ dimanche de Carême. (Copie à Meaux.)

Une homélie pour le premier dimanche de Carême, noyée

I. Le manuscrit a été vendu à un Américain, il y a une trentaine d'années, par un libraire de Meaux (21 p. in-40, beaucoup de ratures et quelques différences avec les imprimés, m'a-t-il assuré.) Malheureusement il n'a pu retrouver sa note de vente.

jusqu'à présent parmi les Pensées chrétiennes et morales ('), remonte, ce semble, aux débuts du ministère de Bossuet à îvïeaux. Plus tard, ses canevas seront moins développés.

Les anciens éditeurs l'avaient découpée en onze articles, ayant chacun un titre à part. Mais il en existe une copie de la main d'un collaborateur deDeforis, qui la donne avec suite et intégrité. On y distingue aisément un exorde, et trois points, dont le premier et le troisième ont le plus d'étendue.

On reconnaît la voix du Pasteur dans ce passage de la dernière partie :... LJiovnne ne vit pas seulement de pain. « J'ai une autre vie dans la parole de Dieu, dans la vérité, dans l'accomplissement de la volonté divine. Non que je ne vous plaigne dans les misères que vous éprouvez : et je voudrais pourvoir aux besoins de chacun. Mais dans l'impuissance où je me trouve de le faire, je dois donner du moins à tous l'enseignement nécessaire et les consolations qui peuvent les soutenir dans leurs détresses (^). »

Ce langage compatissant suppose un certain nombre de pauvres dans l'auditoire: il n'est pas nécessaire d'attendre « la chère année » de 1693, pour en trouver l'application. S'il fut tenu en 1683, ce fut dans l'église de Chaage, paroisse voisine de la cathédrale ; si l'année suivante, en la cathédrale même.

— 1683, i^^ septembre. Oraison funèbre de la reine Marie- Thérèse, à Saint-Denis. (Plus de manuscrit. Éditée par l'auteur.)

On remarquera dans la seconde partie de ce discours, le passage : « Vous croyez donc que les déplaisirs et les plus mortelles douleurs ne se cachent pas sous la pourpre... » Pour se donner le droit de parler avec tant de liberté, quoique avec tant de discrétion, des « peines secrètes » de la sainte épouse si longtemps offensée, l'orateur avait, quelques instants auparavant, célébré avec enthousiasme « le grand roi, » « le

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