Voy. Floquet, Études..., II
3. .\u Grand Séminaire de Meaux. Voy. i)Our plus de détails, Floquet, II, 446-451.
chérie entre toutes, Madeleine de la Porte, qui, alors même, ajoutait à ses libéralités précédentes celle d'une châsse d'argent destinée à contenir les reliques insignes de sainte Bertille, première abbesse de Chelles.
Toutes ces pertes sont fâcheuses sans doute; mais combien l'est plus encore celle de l'oraison funèbre d'Anne d'Autriche, la bien-aimée protectrice des débuts de Bossuet ! Elle fut prononcée « au service solennel du bout de l'an (18 janvier 1667), dans l'église des Carmélites du Bouloi. » Ainsi s'exprime Ledieu ('). Ce qu'il appelle un peu emphatiquement l'église des Carmélites [de la rue] du Bouloi, n'était alors qu'une modeste chapelle, qui ne pouvait guère contenir plus de cinq cents personnes. N'importe ; personne n'acceptera l'appréciation gratuitement dédaigneuse de l'auteur du Siècle de Louis XIV, qui prétend que si ce discours n'a pas été conservé.c'est qu' « il n'était pas encore digne de Bossuet (^). » Qu'on relise la belle péroraison ajoutée au dernier moment, l'année précédente, au sermon d'ouverture de la station du Carême, le jour de la Purification, et l'on verra quels accents il savait trouver pour célébrer, à sa manière et dans le ton qui n'est qu'à lui, une princesse si regrettée. De l'œuvre perdue, le souvenir du texte subsiste seul : Timor Domini ipse est thésaurus ejus:<il^3. crainte de Dieu était son trésor(3).»
Par compensation aux conférences faites au parloir des Carmélites l'année suivante (1668), pendant le Carême, sur les Épîtres du temps, et qui, selon le mémoire des religieuses, « étaient d'une beauté enchantée et de la plus grande utilité du monde, » nous donnerons dans un appendice une pièce importante, dans sa brièveté : elle se rapporte aussi à des Conférences sur V Écriture Sainte, mais à des conférences plutôt scientifiques qu'oratoires, celle du Petit Concile de Saint-Germain et de Versailles, pendant l'éduca-
I. Mémoires, 99. — 2. Cf. Floquet, Études..., III, 118. — 3. Is., xxxiii, 6.
cil. III. LES SERMONS PERDUS. 299
tion du Dauphin. C'est la belle Préface latine, que Bossuet composa pour le Nouveau Testament, et qui, inédite jusqu'à ce jour, est restée dans la célèbre Bible du Concile ('), qui fait partie de la collection Floquet.
Le panégyrique de saint Thomas, apôtre (21 décembre 1668), nous eût valu, s'il eût été conservé, des pages d'une haute valeur apologétique. D'après un passage, effacé dans le sermon de la Pentecôte, 1672, l'auteur insistant sur ce que les apôtres avaient touché de leurs mains JésUS-Christ ressuscité, faisait remarquer dans notre panégyrique que si le toucher est le plus grossier et le plus matériel de tous les sens, il est aussi le moins sujet à l'illusion :
« Les apôtres, disait-il dans le développement reproduit, puis supprimé, en 1672, n'étaient point des spéculatifs (-) qui eussent rêvé dans leur cabinet des mystères inconnus, et qui, entêtés de leurs opinions, les soutinssent opiniâtrement jusques à la mort. JésUS-Christ ressuscité leur avait paru en personne ; ils l'avaient vu de leurs yeux, lui parlant et lui répondant, et souvent et longtemps, et plusieurs ensemble. Bien plus, pour ne laisser aucun doute ni à la sincérité de leur foi, ni à la certitude de leur témoignage, JéSUS-Christ s'était mis entre leurs mains, et leur avait laissé manier et la solidité de son corps et les ouvertures sacrées de ses plaies. Qu'y avait-il de plus convaincant et pour eux qui en ont rendu témoignage,et pour nous qui avons cru le rapport fidèle qu'ils nous ont fait en mourant ? Car le toucher sans doute est le plus grossier et le plus matériel de tous les sens, mais aussi il a cela de particulier. . . Q) Voy. saint Thomas, apôtre. »
1. Bible de Vitré, in-4'>. (Voy. Ledieu, Mémoires, 167.) Les notes écrites sur les marges sont presque toutes de la main de Fleury,secrétaire officieux de èossuet à cette époque, et qualifié « secrétaire du Concile.» (Floquet, Bossuet précepteur, 42Set seq.)
2. Cette première phrase a son pendant au i^r point du panégyrique de saint André; ce qui suit ne se rencontre nulle part ailleurs.
3. Mss., 12.824, f- 189 et f. 186, en commençant par le v°. — Voy. dans le même sermon de la Pentecôte un autre renvoi au panégyrique dé saint Thomas, f. 197 : « Voy. Serm. de saint André, de saint Thomas, quelques considérations et expressions choisies, » etc.
Sur la foi de A. Floquet, les éditeurs modernes ont prétendu que la Vêture prêchée le 8 septembre 1669, était celle qui a pour texte: Martha, Martha, sollicita es... (Lâchât, IX, 455), et ils l'ont intitulée : Véture de Marie- Thérèse- Henriette de la Vieuville. Nous avons signalé l'erreur précédemment ('), elle est évidente en face du manuscrit, plus ancien d'environ quinze ans. Ce qui avait fourni prétexte à cette erreur, c'est que l'ancien sermon avait été, comme celui dont nous déplorons la perte, prononcé le jour de la Nativité de la Sainte Vierge.
On sait la particularité mémorable qui se rattache à l'histoire de ce discours aujourd'hui introuvable. Au sortir de la pieuse cérémonie, Bossuet entrant comme invité dans cet évêché de Meaux, qui devait treize ans plus tard devenir sa demeure, trouva un courrier royal qui lui apportait la notification officielle de sa nomination à celui de Condom.
A la Vêture de M^^e des Coix (28 août 1670). Bossuet fit admirer « la belle morale, l'onction, la tendresse (-) » de son discours. Mada^ne, duchesse d'Orléans, dont l'Oraison funèbre (21 août) retentissait encore, fut remplacée à cette cérémonie, à laquelle elle avait promis d'assister, par sa fille (Mademoiselle), une enfant de neuf ans. En cette seconde solennité funèbre, sorte d'écho de la première, et où, morte au monde, l'ancienne femme de chambre de Madame s'ensevelissait dans le cloître, l'absente, cette « princesse si admirée et si chérie, » ne dut pas être oubliée dans le discours de l'orateur.
En 1680, Bossuet porta la parole en deux circonstances qui nous montrent son caractère sous un jour trop peu connu.
En compensation de sa démission de l'évêché de Condom (31 octobre 1671), il avait reçu, l'année suivante, l'abbaye de