‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 236 sur 325 · Dimanches, mercredis, vendredis · texte numérisé non relu

Dimanches, mercredis, vendredis

les instructions que JésUS-Christ a renfermées dans cet évangile. »

Mais pourquoi y recourir plutôt en 1666 que dans les Carêmes précédents ? Certes les exhortations à la pénitence n'avaient pas manqué jusque-là : outre celles que nous rappelions tout à l'heure pour le Carême de 1662, c'était en 1661 le commentaire de l'épître du F'' dimanche: Adjuvantes exJiortainur, etc.; c'étaient les Rechutes, et les Vaines excuses des pécheurs, dénoncées ci: combattues aux Ill^et V^ dimanches du Carême des Minimes. Est-ce donc le désir de varier la leçon qui préoccupe maintenant l'orateur ? Reconnaissons plutôt que sa vraie préoccupation, c'est le besoin de son auditoire, surtout de l'auditeur principal. Il n'est plus temps de lui recommander de conserver précieusement sa piété, sa justice, son innocence, qui « font la meilleure partie de la félicité publique (') ; » il donne maintenant ouvertement d'autres exemples, sur lesquels se régleront trop volontiers la plupart des courtisans. Que si tous ces coupables, peu désireux de se corriger, saisissent avec empressement tous les prétextes de se soustraire aux objurgations d'un orateur trop pressant, il leur réserve une explication des causes et des suites de la Haine des Jiomnies pour la vérité : « Non, s'écrierat-il alors, non, le soleil éteint tout à coup ne jetterait pas la nature étonnée dans un état plus horrible qu'est celui d'une âme malheureuse où la vérité est éteinte ! »

Ne cherchons pas ailleurs que dans ce même zèle vraiment sacerdotal la raison du choix des sujets traités dans les Avents. Ici encore l'auteur combine admirablement deux inspirations, l'une générale qui vient de l'Eglise'et de sa liturgie, l'autre plus particulière qui lui est fournie par les circorîstances.

I. Allocution à la fin d'un des trois sermons perdus de la 2^ semaine du Louvre, sur la Charité fralentelle. Ce fragment n'a peut-être été conservé que parce que l'évêque de Troyes, le neveu de Bossuet, ne pouvait le prêcher avec le reste. Les éditeurs, en s'obstinant à l'interpoler dans le sermon de 1666, dont ils retranchent, pour faire cette belle opération, la péroraison véritable, se rendent coupables d'une calomnie envers la mémoire de Bossuet.

Il rencontre dans les évangiles du temps la grande voix du Précurseur, « voix dont le désert même est ému ;» il produira à la cour (1665) ce « prédicateur du désert. » « Paraissez donc, divin Précurseur, parlez avec cette vigueur plus que prophétique, et faites trembler les pécheurs superbes sous cette terrible cognée qui porte déjà son coup, non aux branches et aux rameaux, mais au tronc et à la racine de l'arbre, c'est-à-dire à la source même de la vie -.Jam enim securis ad radicem arborum posita est{^).^ Telle est dans les Avents, l'inspiration générale dont l'orateur n'a garde de s'écarter.

11 s'y inspire aussi du besoin particulier des âmes selon les temps et les auditoires. Le i^'" dimanche, à Saint-Thomas du Louvre (1668), il veut sans doute entrer « dans les conduites » de l'Église, qui, pour préparer les voies au Sauveur naissant, i. fait marcher la crainte devant sa face, parce que toujours instruite par le Saint-Esprit et très savante en ses voies, elle sait qu'il veut ébranler les âmes avant que de les rassurer, et donner de la terreur avant que d'inspirer l'amour. » Ici, devant un auditoire mêlé de mondains et d'ecclésiastiques, « dans cette action où il s'agit de représenter ce que Dieu fera de plus grand et de plus terrible, » il s'astreint plus que jamais « à le faire parler tout seul par son Écriture : » sa division est formée de trois menaces extraites du Lévitique et du Deutéronome ; il ajoute même au dernier moment cette note significative : « Suivre l'Écriture de mot à mot et de parole en parole : il ne faut point que l'homme parle, et je ne veux pas ici contrefaire la voix de Dieu ni imiter le tonnerre. »

Entendons-le au même dimanche dans les chapelles royales du Louvre et de Saint-Germain. 11 suivra toujours « les intentions de l'Eglise : avant que de contempler, dit-il (1665), combien JéSUS-ChriST est venu faible, considérons aujour-

I. Voy. , outre le sermon sur ce texte, celui du 3= dimanche sur Ego vox clamantis (4e des éditions), prêché en 1668, à Saint-Thomas du Louvre : « Il a raison de dire en se définissant lui-même, qu'il est une voix, parce que tout parle en lui... Tels devraient être les prédicateurs... J>

d'hui combien il apparaîtra redoutable. » Et dans le sermon de Saint-Germain, annonçant le dessein de l'Eglise de réveiller les pécheurs de leur pernicieux assoupissement : « Le grand Paul, dit-il, mêle sa voix au bruit confus de l'univers et nous dit d'un ton éclatant : O fidèles, l'heure est venue de vous éveiller : Hora est jam nos de somno surgere. Ainsi je ne crois pas quitter l'évangile, mais en prendre l'intention et l'esprit, quand j'interprète l'épître que l'Église lit en ce jour. »

Pourquoi ces sujets ne se sont-ils pas succédé en sens inverse? Redisons encore une fois que,s'il fallait en 1665, tâcher de prévenir le scandale, il s'agissait en 1669 de combattre l'endurcissement et l'impénitence. C'est l'objet même du discours, où « après avoir éveillé ceux qui dorment dans leurs péchés, » il veut en second lieu « vaincre les délais de ceux qui disputent trop longtemps avec leur paresse.» A la fin du sermon, l'orateur s'adressera au roi lui-même : « Que vous servira d'avoir porté à un si haut point la gloire de votre France, de l'avoir rendue si puissante par mer et par terre, et d'avoir fait par vos armes et par vos conseils que le plus célèbre, le plus ancien, le plus noble royaume de l'univers soit aussi en toutes manières le plus redoutable, si après avoir rempli tout le monde de votre nom et toutes les histoires de vos faits, vous ne travaillez encore à des œuvres qui soient comptées devant Dieu et qui méritent d'être écrites au livre de vie?...» Et plus loin, en généralisant habilement la leçon, sans l'affaiblir: <L Dieu, Messieurs, fait un journal de notre vie ; une main divine écrit ce que nous avons fait et ce que nous avons manqué de faire. Notre histoire nous sera un jour représentée et sera représentée à tout l'univers. Songeons donc à la faire belle : effaço7is par la pénitence ce qui nous y couvrirait de confusion et de honte. . . »

Si l'éloge, auquel s'allie si bien la leçon, est ici le plus pompeux que nous lisions dans les sermons,c'est qu'il répond à la période la plus brillante du règne, à celle où l'enivrement de tous les succès se joignait à celui de tous les plaisirs. Mais ici.

comme dans les Oraisons funèbres, le ministre de l'Évangile n'ornait si bien la grandeur humaine que pour l'immoler devant Dieu et l'éternité : « Votre Majesté n'a-t-elle pas vu, dans l'évangile de ce jour, l'étonnement du monde alarmé dansl'attentedu jour effroyable où JésuS-Christ paraîtra en sa majesté? Si les astres, si les éléments, si les grands ouvrages, que Dieu semble avoir voulu bâtir si solidement pour les faire durer toujours, sont menacés de leur ruine, que deviendront les ouvrages qu'auront élevés des mains mortelles?... Peut-on s'imaginer de la grandeur en ce qui ne sera un jour que de la poussière } Il faut remplir d'autres fastes et d'autres annales. »

Il est évident que Bossuet ne flattait pas Louis XIV en parlant ainsi ; pas plus qu'il ne l'avait fait, quand il lui avait représenté dans la première allocution qu'il lui avait adressée qu' « il n'est pas expédient à l'homme de ne voir rien au-dessus de soi (') ; » et que « ceux qui ne découvrent rien sur la terre qui puisse leur faire loi, doivent être d'autant plus préparés à la recevoir d'en haut. » Il n'était pas flatteur, lorsqu'il assaisonnait d'un compliment ou d'une prière délicate un discours qui roulait tout entier sur les Devoirs des rois ; lorsqu'il prétendait « égorger » le cœur profane, « pour mettre en sa place un cœur chrétien.» — « Eh ! quoi 1 ne me permettrezvous pas encore un soupir, encore une complaisance ? — Nul soupir, nulle complaisance que pour JésUS-Christ, et par Jésus-Christ (2). v^ Flattait-il, lorsqu'il insistait à tant de reprises sur les misères des pauvres peuples et sur l'obligation d'y pourvoir (3)? lorsqu'il revenait à la charge, en 1675, dans cette admirable Instruction, où il explique par écrit à Louis XI V,converti en attendant la rechute,quelle doit être la dévotion d'nn roi? lorsqu'en 1681, après une conversion qui devait être plus durable, et offrir du moins quelque consola-

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