‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 25 sur 325 · Mémoires, p · texte numérisé non relu

Mémoires, p

La Prédication (le Bossuet. 3

Sans entrer ici dans la chronologie contentieuse des manuscrits de Bossuet, qui viendra en son temps dans la suite de ces études, on peut reconnaître, au moins approximativement, l'époque où fut rédigé tel ou tel cahier de notes et extraits. Qu'on veuille bien se souvenir seulement de ce que dit M. Gandar ('), que la preuve tirée du seul aspect du manuscrit peut sufifire « pour répartir entre les deux Carêmes de 1662 et de 1666 les sermons qui ont été prêches en présence de Louis XIV ; » que « s'il était permis de briser la reliure des gros volumes conservés à la bibliothèque Impériale pour en modifier l'ordre et former de chacun de ces deux Carêmes un cahier distinct,... aussitôt le partage ne ferait plus l'objet d'un doute. » Du reste, des indications d'un autre ordre viennent presque toujours confirmer l'impression produite par l'étude matérielle de l'autographe.

Voici des notes, qu'on peut, d'après l'écriture, supposer contemporaines des sommaires, c'est-à-dire précédant, mais immédiatement, le Carême du Louvre (1662). Les extraits ou remarques qui s'y lisent, presque entièrement en latin, portent ici sur V Amitié : i In quibuslibet rébus humanis nihil est homini amicum sine homine amico (2) ; » là sur les conditions auxquelles on peut prétendre à exercer Xmitorité : <i Potestas quo animo quaerenda ; » ou contre le danger de se scandaliser du mélange des bons et des méchants, même dans l'Eglise : <i Alte scrutandum est ex scripturis consilium Dei -. pourquoi ce mélange? pourquoi ces Scandales ? pourquoi ce refroidissement de la charité (3) ? » Tout cela ne fait-il pas naturellement songer à certains sermons du Louvre sur la Providence, sur \ Ambition, sur la Cliarité fraternelle ('^) ? Ces

1. Bossuet orateur, p. 397. — Cf. Introduction du même ouvrage, XXXVIII.

2. M«. de la collection Floquet. — Bossuet s'est souvenu de ce texte dans le sermon de 1666 sur la Charité fraternelle.

3. Voy. dans saint .Augustin, Lettre cxxx (olim 121). — Ch. il, n. 4. — Ch. vi, n. 12. etc.

4. Nous n'avons plus que deux pages sur ce sujet, qui soient de 1662 ; mais trois sermons y furent consacrés durant la 2.^ semaine. (Cf. ci-après p. 295.)

questions, indiquées plutôt que résolues, dénotent dans celui qui tenait la plume l'intention de les approfondir bientôt devant l'auditoire royal.

Un signe N. (Notez) nous recommande de même la pensée suivante, qui, dans son laconisme, fait songer aux grandes leçons du sermon sur la Mort i^') :

« Co}inaître riionime. — Connaître l'homme dans son institution. Dans sa ruine, les traces de la bonne institution ; dans son institution, la misère de sa ruine. »

D'autres indiquent plus clairement encore, ce semble, la préoccupation du Carême du Louvre ; celle-ci par exemple : « Être régi de Dieu nous rend capable de bien gouverner. » Ce seul titre contient en germe tout le discours sur les Devoirs des rois (dimanche des Rameaux, 1662). A l'appui de cette maxime, l'auteur note cette phrase de saint Augustin : Deus régit quitus adjutor est eligentibiis bona, et ideo bene regunt qiiia ipsi reguntur a bono (2).

D'autres remarques morales, écrites à la même époque, qui n'ont rien fourni, ce semble, au premier Carême royal, ont été tenues en réserve par l'auteur pour d'autres circonstances. Une pensée de saint Augustin lui semble dès lors très digne de remarque (3) :

« Tollit peccata tribus modis. — Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccata miindi : tollit et dimittendo quae facta sunt, et adjuvando ne fiant, et perducendo ad vitam ubi fieri omnino non possint. »

Elle laissera un tel souvenir dans son esprit que nous le verrons en faire le thèmie de trois discours sur le mystère du nom de Jésus ; à Paris, en 1664 ; à Dijon, en 1668 ; à Paris encore, en 1687. « La rémission des péchés, dira-t-il dans ce dernier

1. L'objet de ce célèbre sermon n'est pas, comme on le pense généralement, la Pensée de la mort, mais les EnseignemePts de la mort. Faute de faire cette remarque, on se méprend aisément sur le sens et la valeur de certains passages.

2. Résumé du supplément de saint Augustin (I Part., de Gcstis Pelag. — Ms. de la collection Floquet).

3. En face de cette remarque (même collection). Nez, c.-à-d. Notez. Ce mot se trouve souvent dans les sommaires, ainsi abrégé ; on ne l'y a pas lu exactement.

l6 PREMIÈRE PARTIE.

discours, le propre ouvrage du Sauveur et la grâce de la nouvelle alliance, se commence dans le baptême, se continue dans toute la vie, et s'achève dans le ciel. C'est ce que (^) saint Augustin nous explique par une excellente doctrine, lui qui interprétant cette parole de saint Jean-Baptiste : Voilà l'Agneau de Dieu, voilà celui gjti ôte les pccJiés du monde, nous enseigne que le Fils de Dieu ôte les péchés, et parce gii il remet ceux qu'on a commis, et parce qu'il nous aide à 71' en plus commettre, et parce qjw^'AX plusieurs périls et par divers exercices il nous mène enfin à la vie heureuse oh. nous ne pouvons plus en commettre aucun. »

Semblablement à ce que nous avons constaté pour les deux Carêmes royaux, Bossuet, à la veille de composer les stations précédentes, celles de 1661 (2) et de 1660, avait noté, en les accompagnant de réflexions personnelles, certains passages des Pères où il voyait quelque rapport avec les sujets qu'il méditait de traiter. Pour les trouver ainsi sans peine et sans hésitation, il fallait qu'il n'en fût pas à sa première lecture. « C'est à Metz, nous dit Ledieu, d'après le témoignage de son maître, où, vivant tranquillement, il avait le plus lu les saints Pères. » C'est ce que confirme une abondance d'Extraits vraiment étonnante, qu'il avait déjà par devers lui au commencement de l'époque de Paris (1659). Tel cahier, qui ne se compose plus que d'une vingtaine de pages in-folio, n'en comptait guère moins de deux cents, puisque la dernière feuille (3) est cotée 192, par l'auteur luimême. On voit de quel formidable appareil d'érudition patristique Bossuet était armé dès avant son premier Carême.

1. Variante ( i'^ rédaction) : « Les paroles de saint Augustin sont trop belles et trop précises pour n'être pas rapportées au commencement de ce discours, puisque aussi bien elles en sont tout le fondement: ... Tollit autetn... » Circoncision , III^ sermon des éditions. Je cite d'après le ms. (12.821, Réserv -, f. 276), qu'elles ne reproduisent pas ici très fidèlement.

2. Dans le Carême de i66i, quand Bossuet renvoie (12.822 f. 89) aux Remarques morales, p. 9, il se réfère à un cahier spécial à cette station.

3. Plus tard ajouté : Post paq. igs : c'était une continuation.

Avec le volumineux recueil que nous venons de mentionner, écrit en entier en latin, tel autre, également antérieur à 1660, joint aux textes latins des réflexions en français. Arrêtons-nous un instant, avant de terminer cette revue, sur quelques feuilles que l'auteur en a lui-même détachées, étant sur le point de prêcher (13 février 1660) sur la Charité fraternelle. Elles étaient paginées 61, 62 (collection Floquet), 63,64 (Bibliothèque nationale) ('), 65, 66 (collection Floquet). Elles présentent cette particularité remarquable qu'elles sont seulement apostillées de la main de Bossuet, et non écrites tout entières par lui. Plusieurs fautes, qu'il corrige, font voir que le copiste qu'il a employé était plus calligraphe que savant. On a en ceci la preuve que, peu de temps avant de fournir sa première station, il a fait une revision de ses notes antérieures, de même qu'avant de prêcher à la cour (1662) il résumera dans les célèbres sommaires autographes la doctrine de ses sermons eux-mêmes.

Ce fragment est un curieux exemple des secours que ces sortes de notes fournirent quelquefois à leur auteur pour la composition presque improvisée de certains discours. C'était, avons-nous dit, en 1660. Il avait à rédiger très hâtivement, — on sait qu'il se laissait volontiers acculer à la dernière heure, — trois sermons consécutifs pour les 13, 14 et 15 février (2). Le premier devait traiter de la Charité fraternelle (Diligite iniinicos vestros...). Bossuet alors se souvient fort à propos de ses extraits : ils contenaient des pensées sur le même sujet tant de saint Augustin que de l'auteur lui-même. Je vais en transcrire quelques lignes, et j'y joindrai a traduction des textes latins, lorsque le sermon nous la fournira.

« Semper debeo caritatem quae sola etsi (^) reddita semper detinet debitorem : [Nous devons toujours la charité, et

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