II. PAQUES
O Marie, nous ne craindrons pas de nous adresser à vous aujourd'hui. L'amertume de vos douleurs est changée en un sentiment de joie ineffable. Vous avez déjà appris la nouvelle que votre Fils bien-aimé a pris au tombeau une nouvelle naissance, et vous n'avez point porté envie à son saint sépulcre de ce qu'il lui a servi de seconde mère ; au contraire, vous n'avez pas eu moins de joie que vous en conçûtes lorsque l'Ange vous vint annoncer qu'il naîtrait de vous, en vous adressant ces paroles par lesquelles nous vous saluons : Ave.
C'est (^) une doctrine excellente de saint Augustin, prise des Écritures divines, que tout ce que Dieu opère dans l'homme juste depuis sa première entrée dans l'Église jusqu'à la résurrection générale, n'est que la suite et l'accomplissement du baptême, de sorte que la sainte nouveauté de vie (2), qui se commence dans les eaux salutaires, n'aura sa dernière perfection que dans cette journée bienheureuse en laquelle (^) la mort étant surmontée, nos corps seront faits semblables au corps glorieux de Notre-Seigneur JéSUS-Christ. Pour entendre cette doctrine, il faut nécessairement remonter plus haut et reprendre la chose jusque dans sa source.
L'homme dans la sainteté de son origine avait reçu de Dieu ces trois dons : la justice, la paix, l'immortalité. Car étant formé selon Dieu, il était juste : régnant sur ses passions, il était paisible en lui-même ; mangeant le fruit de vie, il était immortel. La raison s'étant révoltée contre Dieu, les passions lui refusèrent l'obéissance ; et, l'âme ne buvant plus à cette source inépuisable de vie, devenue elle-même impuissante, elle laissa aussi le corps sans vigueur; c'est pourquoi (^) la mortalité s'en est incontinent emparée. Ainsi pour la ruine totale de l'homme, le péché a détruit la justice, la convoitise
1. Cf. Lâchât, X. Se reporter de la p. 94 à la p. 138 ; et plus loin, pour le i^'' point, à la page 481.