‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 276 sur 325 · II. PAQUES · texte numérisé non relu

II. PAQUES

La liberté n'est point parfaite, dit-il, et la paix n'est pas assurée, parce que q< la convoitise qui nous résiste ne peut être combattue sans péril ; elle ne peut être aussi (i) bridée sans contrainte, ni par conséquent modérée (2) sans inquiétude : » nia qiiœ resistttnt, periciiloso debellantiir prœlio ; et illa quœ vicia sunt, nonduni seciiro triumphantur otio ; sed adhuc sollicita premuntiir iviperio (De Civit, Dei, lib. XIX, C.XXVll). Et de là vient que notre justice ici-bas, je parle encore avec le grand Augustin, de là vient que « notre justice consiste plus en la rémission des péchés qu'en la perfection des vertus : » Magis 7'eniissione peccatoruin constat, quant perfectione virtntiini. (Ibid.) Certes je sais que ceux qui sont humbles goûteront cette doctrine tout évangélique, qui est la base de l'humilité chrétienne.

Mais si la vie des justes est accompagnée de péchés, comment est-ce que ma proposition sera véritable, que Dieu détruit le péché dans les justes, même en cette vie ? C'est, s'il vous en souvient, ce que j'avais laissé à résoudre ; maintenant je vous dirai en un mot : J'avoue que les plus grands saints sont pécheurs, et s'ils ne le reconnaissent humblement, ils ne sont pas saints. Ils sont pécheurs, mais ils ne «servent plus au péché : » ils ne sont pas entièrement exempts de péché, mais ils sont délivrés de sa servitude. Il y a quelques restes de péché en eux ; mais le péché n'y règne plus, comme dit l'Apôtre : « Que le péché ne règne plus en vos corps mortels » {Ro?n., VI, 12) ; et ainsi le péché n'y est pas éteint tout à fait, mais le règne du péché y est abattu par le règne de la justice, selon cette parole de l'Apôtre: « Etant libres du péché, vous êtes faits soumis à la justice. » {Ibid., 18.)

Comment est-ce que le règne du péché est abattu dans les justes ? Écoutez l'apôtre saint Paul : Que le péché ne règne plus en vos corps mortels, « pour obéir à ses convoitises. » Vous voyez par là que le péché règne où les convoitises

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