II. PAQUES
Oui les péchés mêmes, je l'oserai dire, dans lesquels la fragilité humaine fait tomber le juste, si d'un côté ils diminuent la justice, ils l'augmentent et l'accroissent de l'autre. Et comment cela ? C'est qu'ils enflamment les saints désirs de l'homme fidèle, c'est qu'en lui faisant connaître sa servitude, ils lui font désirer bien plus ardemment les bienheureux embrassements de son Dieu, dans lesquels il trouvera la vr^iie liberté ; c'est qu'ils lui font confesser sa propre faiblesse et le besoin qu'il a de la grâce, dans un état d'un profond anéantissement. Et d'autant que le plus juste c'est le plus humble, le péché même en quelque sorte accroît la justice, parce qu'il nous fonde de plus en plus dans l'humilité.
Vivons ainsi, fidèles, vivons ainsi ; faisons que notre faiblesse augmente l'honneur de notre victoire par la grâce de Notre-Seigneur JésUS-Christ. Aimons cette justice divine qui fait que le péché même nous tourne à bien : quand nous voyons croître nos iniquités, songeons à nous enrichir par les bonnes œuvres ('), afin de réparer notre perte. Le fidèle qui vit de la sorte, expiant ses péchés par les aumônes, se purifiant toute sa vie par la pénitence, par le sacrifice d'un cœur contrit, parles œuvres de miséricorde, il ne détruit pas seulement le règne du péché, comme je disais tout à l'heure : je (2) passe maintenant plus outre, et je dis qu'il détruit entièrement le péché, parce que, dit saint Augustin, «comme notre vie n'est pas sans péché, aussi les remèdes pour le purger ne nous manquent pas : » Siciit peccata non defiiernnt^ ita etiam remédia, quitus ptirgarentur, affuerunt. (Ad Hilar, ep. 157, n. 3.)
Enfin celui qui vit de la sorte, détestant les péchés mortels, faisant toute sa vie pénitence pour les véniels, à la manière que je viens de dire avec l'incomparable saint Augustin, il