‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 285 sur 325 · II. PAQUES · texte numérisé non relu

II. PAQUES

en nous ; et d'autant qu'elles s'y commencent par l'Esprit de Dieu, il n'y a aucune puissance en ce monde qui puisse empêcher le progrès de ce grand ouvrage. Nous seuls y pouvons apporter obstacle, parce que notre consentement y est nécessaire. Pour recevoir les bienfaits de Dieu, il faut que nous nous plaisions dans ses volontés. Tout s'accomplira, si nous le voulons : et nous ne le voulons pas ! Quelle fureur ! Quel aveuglement !

Chrétien ('), dans ces saintes solennités, tu as bu à la fontaine de vie dans la source des sacrements. Tu as reçu la grâce, je le veux croire ; tu as repris une vie nouvelle avec Jésus-Christ. Cette vie nouvelle n'est que commencée icibas ; et quand elle sera consommée, elle aura tous ces admirables effets que je te représentais tout à l'heure. Dans un mois, dans dix jours, dans trois jours peut-être tes anciennes habitudes se réveilleront. L'ivrognerie, l'impudicité, la vengeance te rappelleront à leurs faux plaisirs. Tu avais pardonné une injure; le venin de la haine reprendra ses forces. Arrête, misérable. Considère : eh ! que de belles espérances tu vas détruire ! que de beaux commencements tu vas arrêter ! Si c'est une malice insupportable de déraciner la première verdure des champs, parce qu'elle est l'espérance de nos moissons ; si nous tenons à très grande injure que l'on arrache dans nos jardins une jeune plante, parce qu'elle nous promettait (^) de beaux fruits, quelle est notre folie, quelle injure nous faisons-nous à nous-mêmes, à l'Église, à l'Esprit de Dieu, de chasser cet Esprit qui commençait en nous un si grand ouvrage, de mépriser la grâce qui est une semence

1, Cette péroraison est entrée, sans aucune correction, dans le sermon du Carême des Minimes. Il est bien certain que Bossuet ne l'a pas redite textuellement. Dans le sermon du dimanche précédent, il avait fait entendre « une forte réflexion sur les chansfements précipités de l'Honneur...,» qui n'était qu'indiquée dans son manuscrit. (Edit. Gazier, 144.) Ici encore il aura modifié telle pensée, ou telle expression. L'appellation yf.-f^/^.r, qu'il n'a pas remplacée, n'a pas été employée à Paris.

2. Var. Parce qu'elle devait apporter de beau\ fruits. — Les éditeurs, brouillant ces variantes, impriment : « elle nous promettait d'apporter... »

d'immortalité, de perdre la vie nouvelle qui croissant tous les jours, fût venue à cette perfection que je vous ai dite !

Par conséquent, mes frères, « comme JésUS-Christ est ressuscité, ainsi marchons en nouveauté de vie. » Puisque nous sommes ici-bas en cet exil du monde parmi tant de maux, songeons qu'il n'est rien de meilleur que cette belle, cette illustre espérance que Dieu nous présente par JÉSUS- Christ. Après avoir confessé nos péchés dans l'humilité de la pénitence, cessons, cessons d'aimer ce que nous avons détesté solennellement devant le ministre de la sainte Église, en présence de Dieu et de ses saints Anges. N'allons point aux eaux infectées après nous être lavés au sang de JÉSUS. Après avoir « communiqué » à son divin corps, qui est le gage de notre glorieuse résurrection, ne communiquons point à Satan, ni à sa pompe, ni à ses œuvres. Que la joie sainte de l'Esprit de Dieu surmonte la fausse joie de ce monde.

Je me souviens ici, chrétiens, de la joie, de l'allégresse divine et spirituelle qui était autrefois dans l'Église au saint jour de Pâques. C'était vraiment une joie divine, une joie qui honorait jÉSUS-CliRlST, parce qu'elle n'avait point d'autre objet que la gloire de son triomphe. C'était pour cela que les déserts les plus reculés et les solitudes les plus affreuses prenaient une face riante. Maintenant nous nous réjouissons, il n'est que trop vrai ; mais ce n'est pas vous, mon Sauveur, qui êtes la cause de notre joie. Nous nous réjouissons de ce qu'on pourra faire bonne chère en toute licence : plus de jeûne, plus d'austérités ! Si peu de soin que nous avons peut-être apporté pendant le Carême à réparer les désordres de notre vie ('), nous nous en relâcherons tout à fait. Le saint jour de Pâques, destiné pour nous faire commencer une vie nouvelle avec le Sauveur, va ramener sur la terre les pernicieuses délices du siècle, si toutefois nous leur avons donné quelque

I. /'z/-. de nos appétits. — C'était une seconde rédaction. Bossuet revient à la première qu'il récrit.

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