‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 286 sur 325 · II. PAQUES · texte numérisé non relu

II. PAQUES

trêve, et ensevelira dans l'oubli la mortification et la pénitence; tant la discipline est énervée parmi nous ! Nous croyons avoir assez fait quand nous nous sommes acquittés pour la forme d'une confession telle quelle, et d'une communion qui peut-être est un sacrilège. Mais quand même elle serait sainte, comme je le veux présumer, vous n'avez fait que la moitié de l'ouvrage.

Fidèles, je vous en avertis de la part de Dieu, la principale partie reste à faire, qui est d'amender votre mauvaise vie, de corriger le dérèglement de vos mœurs, et de déraciner ces habitudes invétérées qui vous sont comme passées en nature. Si vous en avez été justifiés, j'avoue que vous n'avez plus à craindre la damnation éternelle ; mais ne vous imaginez pas pour cela être en sûreté. Craignez vos mauvaises inclinations ; craignez ces objets qui vous plaisent trop (') ; craignez ces dangereuses rencontres dans lesquelles votre innocence a déjà tant de fois fait naufrage ; que votre expérience vous fasse prudents, et vous oblige à une précaution salutaire.

Car la pénitence a deux qualités qui sont toutes deux également saintes et inviolables. Retenez ceci, s'il vous plaît : la pénitence a deux qualités : elle est le remède pour le passé ; elle est une précaution pour l'avenir. La disposition pour la recevoir comme remède de nos désordres passés, c'est la douleur des péchés que nous avons commis. La disposition pour la recevoir comme précaution de l'avenir, c'est une crainte filiale des péchés que nous pouvons commettre, et des occasions qui nous y entraînent. Gardons-nous bien, fidèles, de violer la sainteté de la pénitence en l'une ou en l'autre de ses parties, de peur de faire injure à la grâce et à la libéralité du Sauveur.

Par conséquent ne perdons jamais cette crainte respectueuse qui est l'unique garde de l'innocence. Craignons de perdre JÉSUS, qui nous a gagnés par son sang. Partout où je le

I. Vctr. plus qu'il n'est convenable à un chrétien qui a participé au corps du Sauveur.

vois, il nous tend les bras, JÉSUS nous tend les bras à la croix: Venez, dit-il, mourir avec moi. JésUS-Christ sortant du tombeau, victorieux de la mort, il nous tend les bras : Venez dit-il, ressusciter avec moi. JésUS-Christ à la dextre (') du Père nous tend les bras : Venez, dit-il, régner avec moi. Vous serez, vous serez un jour tels que je suis en cette glorieuse demeure (^). Vivez, consolez-vous, réjouissez-vous dans cette espérance. Je suis heureux, je suis immortel : soyez immortels à la grâce : vous obtiendrez enfin dans le ciel le dernier accomplissement de la vie nouvelle, c'est-à-dire la justice parfaite, la paix assurée, l'immortalité de l'âme et du corps. Amen.

Sermon (inédit) pour la fête de la Conception, 1668. Avent de Saint-Thomas du Louvre (s).

(Ms. de la collection Rothschild.)

[^Fecit mihi magna gui potens est (+). Luc, i, 49.]

C'EST un trait merveilleux de miséricorde que la promesse de notre salut se trouve presque aussi ancienne que la sentence de notre mort, et qu'un même jour ait été témoin de la chute de nos premiers pères et du rétablissement de leur espérance. Nous voyons en la Genèse, chapitre III, qu'en même temps que Dieu nous condamne, il nous promet

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