‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 288 sur 325 · III. CONCEPTION · texte numérisé non relu

III. CONCEPTION

notre grâce (') ; en prononçant la malédiction contre nous, il prédit au serpent qui nous a trompés que sa tête sera brisée, c'est-à-dire que son empire sera renversé et que nous serons délivrés de sa tyrannie : les menaces et les promesses se touchent, la lumière de la faveur nous reluit dans l'ardeur même de la colère ; afin que nous entendions que Dieu se fâche contre nous comme un bon père, qui dans les sentiments les plus vifs d'une juste indignation ne peut oublier ses miséricordes, ni retenir les effets de ses tendresses.

Bien plus, ô incomparable bonté! Adam même qui nous a perdus et Eve qui est la source de nos malheurs ('), nous sont représentés dans les saintes Lettres comme des images vivantes des mystères qui nous sanctifient. JéSUS-Chkist ne dédaigne pas de s'appeler le nouvel Adam. Marie, sa divine Mère, est la nouvelle Eve ; et, par un secret merveilleux, notre réparation nous est figurée même dans les auteurs de notre ruine.

Je ne dois pas taire en ce lieu la remarque de saint Epiphane, qui, ayant examiné attentivement le passage de la Genèse où Eve est nommée la mère de tous les vivants, observe qu'elle n'est ainsi appelée Q) par l'ordre de Dieu qu'après la condamnation du genre humain, et qu'elle n'avait pas ce beau nom lorsqu'elle était encore dans le Paradis ; si bien, dit saint Épiphane, qu'on ne commence [à l'appeler Mère des vivants qu'après qu'elle est condamnée à n'engendrer plus que des morts... Et c'est ce qui fait dire à ce grand évêque qu'elle est nommée ainsi en énigme, et comme figure de la sainte Vierge, qui étant associée avec JÉSUS-ChriST à la chaste génération des enfants de la nouvelle alliance, est devenue par cette union la vraie mère de tousies vivants, c'est-à-dire de tous les fidèles]... (Ave.)

1. Var. nous promet un libérateur. — Telle était l'expression d'une ancienne rédaction de cette pensée. [Rosaire, 1657, second e.xorde. )

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