V. TUNC VIDEBUNT
Il serait trop long de discuter un à un tous les arguments qui ont été apportés en faveur de l'opinion contraire à la nôtre. La plupart ont réponse dans ce que nous avons dit, en notre première partie, de l'usage constant du double exorde dans les sermons de Bossuet ; de l'habitude de notre auteur de terminer son travail par la rédaction du début, c'est-à-dire de l'avant-propos, ce qui amène dans l'autographe une répétition du texte, dont il y a cent exemples, et dont les éditeurs n'ont pas à tenir compte : ainsi doit être écartée la crainte que ce morceau ne soit inutile ou ne fasse double emploi avec le second exorde.
Certaines autres objections seraient plutôt de nature à confirmer nos conclusions qu'à les infirmer. Ainsi, que l'on ne retrouve aucune écriture qui ressemble à celle de ce fragment parmi celles des familiers de Bossuet qui lui ont quelquefois prêté le secours de leur plume pour transcrire exceptionnellement ses compositions ('), cela peut-il étonner, s'il l'a rédigé lui-même, mais antérieurement aux autres manuscrits venus jusqu'à nous ?
Il en est de même du mot Philippe écrit Phillippus. En 1665, il ne serait pas moins étrange sous la plume d'un ami de Bossuet que sous la sienne ; plus de vingt ans auparavant, il ne l'était ni sous la sienne, ni sous celle d'un autre. N'écrivait-il pas primitivement Cornélius (au lieu de Corneille, le centurion des Actes, x) dans le sermon sur la Bonté et la rigueur de Dieu ? De même, dans le sermon sur la Loi de Dieu, l'épître de saint Cyprien à Donat s'appelle l'épître à Donatus, et saint Cyprien lui-même s'appelle saint Cyprian. Si donc on nous montre par le Discours sur V histoire univer-
I. Le sermon de la Passion de 1662 a été relevé, quelques années plus tard, par une autre main, qui a transcrit également la seconde péroraison du sermon de la Purijicaiion , 1666, avec l'avant-propos : « Un grand empereur a prononcé, » etc. — Antérieurement à 1660, Bossuet s'était servi déjà d'une main étrangère pour faire recopier de volumineux extraits de saint Augustin (plus de 60 p. in-f") ; on le voit reviser ensuite le travail, et corriger les nombreuses fautes de son copiste, surtout dans les abréviations. — Le sermon de la Profession de M'"^ de laVallière a été relevé par Fleury, puis revu et apostille de la main de Bossuet à toutes les pages.
i'^//^ que Bossuet écrit Philippe, et non Phillippus,qu'importe? C'est affaire de date ; et rebuter une page pour cette raison c'est comme si l'on répudiait les manuscrits oti se lit TerUillian, saint Cypriaii,Jiilîan, Dioclétian et Alaxiîniaji..., sows prétexte que pendant les cinquante dernières années de Bossuet on ne trouvera jamais d'autres formes que Tertîillieji, saint Cyprien ('), etc.
Cette divergence d'opinion avec M. Choussy sur l'origine du fragment que nous étudions, n'est pas pour préjudicier à la reconnaissance qu'avec tout le public, et plus que personne, nous devons à cet amateur érudit, pour nous avoir révélé l'existence de manuscrits que l'on pouvait croire perdus pour jamais ; pour avoir le premier rectifié la date assignée au sermon du Jiigenient dernier- (^) ; pour avoir eu l'heureuse idée de publier un fac-similé complet d'un document si important ; ajoutons, pour avoir mis de la meilleure grâce du monde les pièces originales, celles-ci et d'autres, sous les yeux d'un respectueux contradicteur, qui s'était annoncé comme tel.
1. On trouvera encore Ammian Marcellin, dans la Défense de l histoire des Variations (1689). (Voy. Lâchât, XV, 581.)
2. Ce point a une grande importance. L'erreur de Deforis, assignant ce sermon à l'Avent de 1669, en entraînait d'autres à sa suite. M. Gazier lui-même ne les a pas évitées dans son édition critique. {Choix de sermons, p. 327 et suiv. )