‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 46 sur 325 · I. Caractères. De la Chaire · texte numérisé non relu

I. Caractères. De la Chaire

cil. II. LA COMPOSITION. 45

Il ne faut pas croire en effet que les deux exordes fissent double emploi. Le but de l'avant-propos (') était tout autre que celui de l'exorde proprement dit. Les sujets que l'on doit traiter dans la chaire sont d'ordre purement spirituel ; ils ont souvent quelque chose d'abstrait : nous ne pouvons sans effort y tenir attaché le regard de notre âme. Il n'est donc pas oiseux à un prédicateur de chercher avant tout à saisir et à fixer les esprits. Il ne suffirait même pas ici qu'un sentiment de bienveillance pour la personne de l'orateur lui assurât une banale sympathie, ou même lui promît une attention favorable. Nos anciens orateurs, avant le temps où par une molle condescendance on sécularisa, pour ainsi dire, la parole évangélique, se préoccupaient, et avec raison, de faire accueillir leur prédication comme parole sacrée, et de l'armer ainsi à l'avance non seulement contre l'inattention et contre l'irrévérence, mais aussi contre toutes les résistances instinctives des préjugés et des passions.

Tel était le but auquel tendait leur avant-propos. Il avait par conséquent une portée générale : c'était une vue d'ensemble sur le discours, où l'examen intime et détaillé de la question proposée n'avait pas encore à intervenir. Avant de creuser le sujet, on voulait y préparer les esprits et les cœurs ; puis tous ensemble, prédicateur et auditeurs, achevaient cette préparation dans une commune prière. Quoi de mieux entendu que cette façon de procéder ?

Bossuet, en ce point, a ceci de particulier, d'après le témoignage constant et presque unanime de ses manuscrits, que, pénétré de la conviction que le début du discours a sur l'effet utile de tout le reste une influence décisive, il s'était fait une règle de finir parle commencement ; et lui qui se contentait volontiers, pour le corps du discours et pour la péroraison,

I. Avec Bossuet lui-même, j'appellerai avant-propos ou Ave Maria, le premier des deux préambules ; et le second, exorde (proprement dit), ou second exorde. — Dans le sermon sur la Satisaciioti (mss., 12.823, f- 59)> ' "^^ et l'autre ont un titre autographe: Avant-propos. — Exorde. — (Par exception, le premier n'a pas été écrit cette fois après tout le discours. )

La Prédication de Bossuet. 5

d'une préparation sommaire et hâtive, il rédigeait avec un soin exact, mais, je le répète, après l'ensemble de sa composition, son premier exorde. Restait-il un espace libre sur la dernière page de son manuscrit, c'est là qu'il l'écrivait ; sinon, sur une feuille volante.

De là il est résulté deux sortes d'accidents. D'abord plusieurs de ces feuilles isolées se sont perdues d'autant plus facilement qu'elles étaient détachées du reste de l'œuvre ; ensuite un certain nombre d'avant-propos, qui se lisaient en dehors du sermon, ou même qui se rencontraient à la fin du manuscrit, ont été déplacés par les éditeurs On les a crus à tort composés pour une autre circonstance. En voici des exemples.

I. Le premier se rapporte au sermon du second dimanche de l'Avent (i^r^jes éditions). Ici du moins on avait un prétexte plausible ; l'orateur adresse la parole, au cours de cet avant-propos, à des religieuses, dont il n'est plus question dans de reste de l'œuvre. La raison en est que ce discours sur Jésus- Christ, objet de scandale pour les mondains, comme il le fut autrefois aux Juifs, était composé bien plus à l'intention du peuple ('), qu'à l'intention des quelques religieuses de la Propagation de Metz, chez qui le souvenir des mystères du Sauveur faisait « triompher une sainte joie dans une vie si laborieuse. » Du reste si, à ne consulter que les imprimés, on peut conserver quelque hésitation, l'autographe (2) ne permet aucun doute : il nous montre cet Ave écrit de la même plume et du même jet que la composition entière.

n. Une semblable décapitation de discours, que rien cette fois ne semblait excuser, se rencontre au jour de Noël. Il faut reporter au premier des sermons pour cette fête l'exorde isolé qu'on rencontre dans les éditions à la suite du III« ser-

1. Dans cet avant-propos même, l'orateur interpelle ses auditeurs en les appelant aussi : Chrétiens, Fidèles, avant de le conclure par une délicate attention aux <L Chères Sœurs. »

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