Y\oo^çX, Études..., II
Carmélites de la rue du Bouloî, où Leurs Majestés entendirent Vêpres, et la prédication de l'abbé Bossuet, dont elles furent très satisfaites. »
Le sermon est l'unique que nous ayons pour le dimancJie dans r Octave de Noël, qui tombait cette année le 30 décembre. M. Floquet {^) déclare n'avoir pu savoir autre chose du sermon que ce qu'en dit la Gazette. C'est qu'il l'avait assigné par erreur à l'époque de Metz (2). Il n'aurait eu garde de le faire, s'il avait tenu compte de l'orthographe du manuscrit. Cet autographe est absolument identique à celui de la Circoncision 1664, écrit le lendemain ou le surlendemain, et ressemble également à un panégyrique prononcé au commencement de cette année, celui de saint Sulpice.
Veut-on des preuves d'une autre nature } Quand l'auteur écrit : Mes sœurs, mes très chères sœurs, ou : âmes saintes (3), à qui songe-t-il, sinon aux pieuses Carmélites } S'il ajoute : messieurs (4) (dans une variante inédite), cela désigne-t-il l'auditoire de Metz, ou celui de Paris?
Ces appellations se rencontrent dans les deux exordes, la seule partie du discours qui ait été rédigée, à proprement parler. Le reste ne consiste qu'en quelques pensées, notées à la hâte, et dont le tour elliptique, comme dans certaines pages de Pascal, semble encore ajoutera la profondeur et à l'éclat. Tel est le début : « JÉSUS ne doit pas dégénérer de sa haute et admirable bassesse. Si de la honte de ce qu'il se cache, plus de ce qu'il se découvre. De pauvres bergers. C'est à eux auxquels il envoie ses anges. Mon Sauveur, cachez-vous plutôt ! »
Or, même dans cette ébauche rapide, il est possible de reconnaître l'auditoire que l'orateur a en vue. Il ne s'adressera pas aux seules religieuses : il aura aussi des enseignements
I. Études..., II, 295. — 2. Études..., I, 446. — 3. Voy. des passages raturés.
4. « Je me propose, messieurs, de vous représenter comme sn raccourci les circonstances particulières de l'histoire de ce Dieu enfant, avec leurs secrets rapports à l'œuvre de la Rédemption de notre nature. Ainsi mon dessein n'est pas aujourd'hui de vous parler simplement de la naissance... » Var. négligée par les éditeurs.
pour les puissances. Voici les conditions auxquelles, après { les pauvres, elles seront reçues à leur tour dans le royaume \ ' de Dieu :
« Trois conditions : offrir son or à JÉSUS, ses richesses à i ses membres ; son encens, lui rendre hommage de sa gran- ; deur ; sa myrrhe, lui présenter au milieu des pompes du
monde le souvenir de sa mort, la mémoire de sa sépulture : ; grand et agréable sacrifice de la main des grands ! » ' Anne d'Autriche, atteinte d'un cancer, voyait, comme ■ Bossuet le dira un jour, la mort s'avancer « sous la figure qui
lui avait toujours paru la plus affreuse (i). » On rapporte que
se dévouant à tous les maux à l'avance, elle agréait toutes I les maladies, le seul cancer excepté (2). Au moment où le
mal « aussi cruel qu'irrémédiable » lui laissait un peu de , répit, Bossuet prit son temps de lui adresser indirectement,
sans trop de dureté, cette exhortation que par sa foi et sa \ piété cette princesse était digne d'entendre : " « Que nous sacrifions volontiers à Dieu des plaisirs
médiocres ! Que nous mettons volontiers au pied de la Croix \ des contradictions légères et des injures de néant ! Que ! nous sommes patients et humbles, lorsqu'il ne faut que i donner à Dieu des choses qui ne coûtent rien à la nature !
Choisissez-moi toute antre croix ; je veux bien souffrir, mais
pas cela ; mais toujours celle qui nous arrive, c'est celle que
nous refusons. »
— 1664. : Circoncision. Sermon aux Carmélites de la rue du •. Bouloi. (Mss., 12,821, f. 342-346 ; 321 ; 328-432.)
1 En beaucoup d'églises les prédications de l'Avent se prolongeaient jusqu'à l'Epiphanie, et quelquefois au-delà. Bossuet \
\ prêcha encore aux Carmélites le jour de la Circoncision. La
il. « Anne, avertie de loin par un mal aussi cruel qu'irrémédiable, vit avancer la mort à pas lents, et sous la figure qui lui avait toujours paru la plus affreuse. » !' [Oraison funèbre de Marie-Thérèse, édition Jacquinet, p. 234.) 2. Voy. Floquet, Études..., II, 267, note 3.
La Prédication de Bossuet.
Gazette^ il est vrai, ne mentionne plus son discours, sans doute parce que les reines ne l'entendirent pas. Il est seulement esquissé, comme le précédent. De plus, il manque aujourd'hui une ou deux feuilles, au milieu {}). Une partie est inédite ; le reste a fourni diverses interpolations que nous signalerons plus loin (2).
— i66^. Païu'gyj'iqne de saint Snlpice, dans Pancienne église de ce nom, iç janvier.
(Manuscrit à la Bibliothèque du Séminaire de Saint-Su Ipicc.)
C'est encore devant Anne d'Autriche que ce discours fut prononcé. Après avoir montré réunies dans ce saint évêque les trois grâces de sanctification qui partagent ordinairement les vocations chrétiennes : — celle de vivre dans le monde sans s'y laisser corrompre ; — celle d'en imprimer le dégoût aux autres et d'en empêcher la contagion: — celle de s'en séparer et de rompre commerce avec lui ; — l'orateur s'adresse encore une fois à la Reine Mère avec une liberté tout apostolique :
« Madame, Votre Majesté y doit penser sérieusement, à ce dernier jour. Nous n'osons y jeter les yeux ; cette pensée nous effraye et fait horreur à tous vos sujets, qui vous regardent comme leur mère aussi bien que comme celle de notre monarque. Mais, madame, autant qu'elle nous fait horreur, autant Votre Majesté se la doit rendre ordinaire et familière. Puisse Votre Majesté être tellement occupée de Dieu, avoir le cœur tellement percé de la crainte de ses jugements, l'âme si vivement pénétrée de l'exactitude et des rigueurs de sa justice, qu'elle se mette en état de rendre bon compte d'une si grande puissance, et de tout le bien qu'elle peut faire, et encore de tout le mal qu'elle peut ou empêcher par autorité, ou modérer par conseils, ou détourner par prudence ! C'est
1. On lit à la fin un renvoi au sermon de l'Annonciation, prêché en 1661 aux Grandes Carmélites, qui aurait pu indiquer quel était cette fois encore l'auditoire.