Liste véritable, etc
4. Moitié de marge au manuscrit (12.822, f. 131, 132). — Ecriture fine et rapide; calle de 1666, plus carrée, ferme, mais un peu massive ; marge d',un tiers seulement.
l'œuvre des Convertis de Paris ; il est probable qu'on pouvait toujours compter sur lui pour combler un vide (').
Son manuscrit nous donne, par exception, la date liturgique du discours, avec l'indication de l'auditoire : « N, C. (Nouveaux Convertis) (2), samedi devant le dimanche des Rameaux (3). » L'année, il est vrai, n'est pas indiquée ; mais le ton de l'œuvre confirme l'impression que produit l'examen du manuscrit (4) :
« Je ne sais si j'enfanterai ce que je conçois, ni si la bonne parole que le Saint-Esprit me met dans le cœur pourra sortir i avec tout son efficace. Je suis attentif à un grand spectacle : I je découvre intérieurement Jésus sur Ja Croix, condamnant j de ce tribunal et le monde et ses maximes... » |
Cette éloquence dithyrambique trouve sa vraie place entre l'oraison funèbre de Henriette de France et celle de Henriette d'Angleterre.
— i6yo, 21 août. Oraison funèbre de Henriette-Anne d' An gleterre, à Saint-Denis. (Plus de ms. Éditée par l'auteur.)
Madame^ duchesse d'Orléans, cette jeune femme si intelli- j
genteetsi bonne,queBossuetavait« vue si attentive, » pendant |
qu'il faisait l'oraison funèbre de sa mère, la reine d'Angleterre, I
« devait être, si tôt après, le sujet d'un discours semblable. » |
Fidèle à la grâce, qui avait parlé à son cœur dans ces graves \
circonstances, elle avait par bonheur tiré admirablement ]
parti, pour se retremper dans les sentiments du plus pur |
r. Peut-être eut-on recours à lui, en raison d'une solennité exceptionnelle. Les | derniers mots de l'esquisse nous apprennent que la réunion était présidée par un évêque, auquel l'orateur demande en finissant, de bénir l'assistance. C'était appa- i remment l'archevêque de Paris, Péréfixe, qui mourut quelques mois plus tard.
2. N. C. ne signifie pas Nouvelles Catholiques : la prédication avait lieu chez elles les vendredis de Carême.
3. Mss. , 12.822, f. 169. — La rapidité de la rédaction a fait faire à l'auteur deux | exceptions à ses habitudes : 1° \ Ave a été écrit en tête du discours, — 2° il n'y a 1 qu'une très petite marge. {
4. L'écriture est ici très belle, quoique très précipitée. Le type de 1669 et 1670 est ! celui qu'il faudrait choisir pour montrer dans sa splendeur le magistral trait de plume '; de Bossuet. Les fac-similé de Gandar, qui ne se rapportent qu'à la jeunesse de \ l'auteur, n'en sauraient donner aucune idée.
christianisme, du peu de temps qui s'écoula depuis l'oraison funèbre de sa mère jusqu'à sa propre mort (30 juin 1670). « Le guide qu'elle choisit et n'appela pas en vain, fut l'illustre prêtre dont la parole l'avait si fortement touchée. Les Mémoires de l'abbé Ledieu nous apprennent que Bossuet, se rendant à son désir, non seulement lui traça, comme elle l'avait demandé, une règle de conduite, mais que durant l'année 1670 (dont elle ne vit pas la fin), chaque semaine il venait au Palais-Royal, à des heures réglées, lui apporter ses conseils, entendre ses confidences ou ses aveux, la soutenir par ses instructions ('). »
Ces entretiens, interrompus par le voyage politique de Douvres, ne devaient être repris qu'au lit de mort.
« Le temps a été court, mais l'opération de la grâce a été forte, mais la fidélité de l'âme a été parfaite. C'est l'effet d'un art consommé de réduire en petit tout un grand ouvrage; et la grâce, cette excellente ouvrière, se plaît quelquefois à renfermer en un jour la perfection d'une longue vie if). »
§ 4. — Sermons de M. de Condom (1670-1682).
— 16 jo. Panégyrique de saint François d'Assise, à Saint- Germain. (Plus de maiiuEjrit.)
« T3OSSUET, sacré évêque le 21 septembre 1670, officia JJ pontificalement pour la première fois, le 4 octobre suivant, dans l'Église des Récollets de Saint-Germain en Laye. où l'on célébrait la fête de saint François. La reine y assistait avec mademoiselle d'Orléans, duchesse de Montpensier (3). »
Ce fut, je crois, à cette occasion que le grand orateur traça rapidement une superbe esquisse, qui n'a guère été remarquée
1. Voyez Oraiions funèbres de Bossue/, édition Jacquinet, p. 96. —Cf. TMoquet, Études..., III, 3B2. — Ledieu. Mémoires, 128.
2. Oaison funèbre de Madame (2" partie), p. 153 de l'édit. Jacquinet. 3.FIoquet, Études..., III, 495, note 3.
jusqu'ici. On l'a donnée sous le titre à'Exorde (') pour un panégyrique de saint François d'Assise, à la suite du sermon très archaïque que nous avons pour la fête de ce saint. En réalité le fragment se compose du double exorde et de quelques lignes de notes pour le corps du discours.
Après avoir débuté dans l'avant-propos par cette question dramatique : « Que pensez-vous, mes Révérends Pères, que je veuille faire aujourd'hui dans cette chaire sacrée ? Vous avez assemblé vos amis et vos illustres protecteurs (2), pour rendre leurs respects à votre saint patriarche; et moi je ne prétends autre chose que de le faire passer pour un insensé : je ne veux raconter que ses folies ; c'est l'éloge que je lui destine, c'est le panégyrique que je lui prépare ; » il continue (après VAve) par une exposition du sujet, des plus dignes d'attention. Il faut lire ce préambule, où nous sont expliqués deux desseins de Dieu qui forment toute la suite de son œuvre dans le monde, l'un, « ouvrage de sagesse,» c'est la création ; l'autre, « ouvrage de folie, » c'est « la réparation par la folie de la croix. »
« Dans le premier ouvrage. Dieu se contentait de se montrer ; et pour cela la proportion était nécessaire, comme devant être une image de sa sagesse et de sa beauté immortelle... » Dans le second, « non content de se montrer, il veut s'unir à sa créature, c'est-à-dire l'Infini avec le fini ; il n'y a plus de proportion, ni de mesure à garder : il ne s'avance plus que par des démarches insensées; il saute les montagnes et les collines, du ciel à la crèche, de la crèche, par divers bonds, sur la croix, de la croix au tombeau et au fond des enfers, et de là au plus haut des cieux ; tout est sans ordre, tout est sans mesure. »
Et on arrive enfin à la division par ce principe : « Par les
I. Lâchât, XII, 379. — A en croire les nouvelles éditions, ce ne serait qu'un premier projet abandonné par Bossuet, quand il composa son discours dans sa première jeunesse. Impossiljle de se tromper plus complètement. (Edition Guérin, VIII, 130, — Édition Guillaume, VII, 140.)
■2. Ces « illustres protecteurs » ne font-ils pas songer au voisinage de la cour ?
mêmes démarches que l'Infini s'est joint au fini, par les mêmes
■ le fini doit s'élever à l'Infini. » — D'où on conclut qu'il faut se I ; mettre au-dessus des règles, dût cette perte dans l'Infini
I paraître un égarement. Ainsi François d'Assise a volontaire- \ ment perdu les biens, la honte, et soi-même ; on le verra dédaignant les richesses, affrontant les opprobres, bravant ; les périls.
C'est ainsi que l'éloquence de Bossuet devient plus lyrique ; que jamais, tout en restant logique cependant. Et cette grande
■ voix va se taire ! ou du moins se rapetisser, et se réduire à ne résonner qu'aux oreilles d'un enfant inattentif ! .
Ce fut, ce semble, un vrai sacrifice pour Bossuet que de renoncer à ce grand ministère de la parole sainte, pour lequel il se sentait si bien armé. Il écrivait dans l'intimité, à la fin d'une lettre au maréchal de Bellefonds, du g septembre 1672, ce badinage,qui n'était pas sans quelque chose de sérieux : « Je ne parle point ici ; il faut donc bien que j'écrive, et que j'écrive, et que j'écrive. Hé! ne voilà -t-il pas un beau style pour un si grand prédicateur ! Riez de ma simplicité et de mon enfance, qui cherche encore des jeux. »
Quelques-unes de ces lettres, qu'il s'excusait de faire si nombreuses ou si longues, parce qu'il ne parlait plus, nous , ont été conservées; elles mériteraient d'être étudiées comme ' des modèles d'éloquence et d'éloquence religieuse. Je n'en citerai qu'un exemple, emprunté aux considérations adressées au même Bellefonds sur sa disgrâce :
« Ou'avons-nous affaire du monde et de ses emplois, et de ses folies, et de ses empressements insensés, et de ses actions turbulentes? Considérons dans l'ancienne Loi Moïse, et dans la nouvelle JésUS-Christ. Le premier, destiné à sauver le peuple de la tyrannie des Égyptiens, et à faire luire sur Israël la lumière incorruptible de la Loi, passe quarante ans entiers à mener paître les troupeaux de son beau-père, inconnu aux siens et à lui-même, ne sachant pas à quoi Dieu le pré-
parait par une si longue retraite. Et JésuS-Christ, trente ans obscur et caché, n'ayant pour tout exercice que l'obéissance et n'étant connu au monde que comme le fils d'un charpentier : oh ! quel secret ! oh ! quel mystère ! oh ! quelle profondeur ! oh ! quel abîme ! oh ! que le tumulte du monde, que l'éclat du monde est enseveli et anéanti (') ! »
Avec l'entrée en fonctions du précepteur du Dauphin commencent ces « années d'un perpétuel silence, » à peine interrompu pendant dix années par les cinq discours, tous très remarquables, qui nous sont parvenus, et par deux ou trois allocutions perdues pour nous, que nous mentionnerons en leur lieu.
L'année 167 1 ne nous a rien transmis qui puisse enrichir l'histoire de la prédication de Bossuet. Si l'on envisage sous un aspect plus général celle de son éloquence, on peut citer (6 juin 1671) son Discours de réception à l'Académie.
— Pentecôte^ i6j2. Troisième Sermon des éditions.
(Mss., 12.824, f- i8o-)
Nous rencontrons, l'année suivante, un beau sermon, dont la date est connue depuis longtemps. « Quelque occupation, dit Ledieu, que l'évéque de Condom eût à la cour, dans l'instruction des Nouveaux Catholiques, avec son travail ordinaire pour Monseigneur le Dauphin, il ne laissait pas d'instruire encore en public et d'édifier la cour même par ses sermons. » Entendons toutefois qu'il ne le faisait que très exceptionnellement. « On raconte, ajoute-t-il, l'effet merveilleux de celui du 5 juin 1672, fête de la Pentecôte, à Saint- Germain, dans la chapelle du château, en présence de la reine (le roi étant à sa campagne de Hollande) ; où ce prélat attendrit son auditoire jusqu'à lui faire répandre des larmes de joie, en expliquant les dons du Saint-Esprit if). »