‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inéditsChapitre 199 sur 243 · I. Edition Gazier, p. 218. — Lâchât, IX · texte numérisé non relu

I. Edition Gazier, p. 218. — Lâchât, IX

2 Sur l Ambition , édition Gandar, p. 416 — C'est à tort que M. Gandar 'avait d'abord douté [Bossuet orateur, 342) s'il y avait eu sermon le troisième dimanche. 3. Gandar, Choix de sermons, p. 489.

i Autant de fois, chrétiens, que cette vérité [évangélique] vous paraît, c'est JésUS-Christ qui vous cherche. Combien de fois vous a-t-il cherchés dans les saintes prédications ! Il n'y a sentier qu'il n'ait parcouru ; il n'y a vérité qu'il n'ait rappelée ; il vous a suivis dans toutes les voies dans lesquelles | votre âme s'égare : tantôt on a parlé des impiétés, tantôt des 1 superstitions ; tantôt de la médisance, tantôt de la flatterie, \ tantôt des attaches et tantôt des aversions criminelles. Un inaii- \ vais riche vous a paru pour faire voir le tableau de V impénitence; \ un Lazare mendiant (') vous a paru pour exciter votre cœur à \ la compassion et votre main aux aumônes, dans ces nécessités désespérantes. Enfin on a couru par tous les détours par lesquels vous pouviez vous perdre ; on a battu toutes les voies par lesquelles on peut entrer dans une âme ; et l'espérance et la crainte, et la douceur et la force, et V Enfer et le Paradis, et la mort certaine et la vie douteuse, tout a été employé. »

Il est aisé de reconnaître dans cette énumération, plus oratoire,ilest vrai,que méthodique,non seulement les sermons conservés qui traitent de la Mort et de l' Impénitence finale, mais encore, parmi ceux qui font défaut, ceux de la troisième semaine, sur la Charité fraternelle et sur la Société envers \ les hommes. Là se voyait, sans doute, ce qu'il importe de ' méditer sur la médisance, sur la flatterie, sur les aversions ; \ peut-être les attaches criminelles étaient-elles traitées à part. Mais V Enfer, du moins, est un sujet nettement indiqué ici ; il l'est également quelques pages plus loin, où Bossuet s'écrie encore : « Pour vous presser de la recevoir [la grâce], je voudrais bien, chrétiens, n'employer ni Vappréhension de la mort, ni la crainte de Venfer et dit jugement, mais le seul attrait de l'amour divin. Et certes, en commençant de respirer l'air, nous devions commencer aussi de respirer pour ainsi dire, le divin

j I. Il semble bien que ce soit ici le même sermon que celui de l' Iinpihitencefinnle,

ou de la mort effrayante du Mauvais riche. Il ya principalement dans les*" point, d'éloquents appels à la charité, dans ces temps de nécesiilés désespérantes. On vit en effet, en cette année de disette (1662), des infortunés mourir de faim en grand nombre.

amour ; ou, parce que notre raison empêchée ne pouvait pas vous connaître encore, ô Dieu vivant, nous devions du moins vous aimer sitôt que nous avons pu aimer quelque chose ('). . .»

Si l'on doutait encore qu'il s'agît ici d'un sermon spécial sur V Enfer, voici un autre témoignage qui trancherait la difficulté. Dans la i''^ partie du sermon de la Pentecôte, prêché devant la reine en 1672 (3^ des éditions), nous lisons au manuscrit ce renvoi : « Cherchez, désirez ce qu'il faut pour rendre un témoignage convaincant: Sermon de l'Enfer, i^r Car[ême] du Louvre, Habent Moysen et prophctas. »

Ce sermon se place historiquement entre ceux de Vlnipenitence finale et de la Providence, au milieu de la seconde semaine du Carême du Louvre. Les mots Habent Moysen et prophetas indiquent-ils le texte du discours ? Ils peuvent désigner simplement le développement auquel l'auteur se reportait en 1672, c'est-à-dire le passage où l'existence de l'enfer était solidement établie. Bossuet après avoir prêché la Mort du Mauvais Riche : Mortmis est aiiteni et dives, prêchant ensuite sa damnation, ne dut pas chercher d'autre texte que celui qui suit immédiatement : Sepnlius est in infenio. Comparant ensuite, dans le sermon sur la Providence, la destinée de ce Mauvais riche avec celle de l'humble Lazare : Fili, recordare, etc., il acheva de réaliser le dessein qu'il avait « pris de faire tout l'entretien de cette semaine sur la triste aventure de ce misérable (-). »

Les deux sermons perdus de la première semaine ont laissé peu de traces, et il est difficile de les identifier. Il semble bien toutefois que l'un des deux, celui du vendredi, dut avoir pour sujet le grand devoir de la prière et le Culte dû à Dieu. En tête du sermon qui porte ce titre, et qui fut destiné au

1. Lire in extenso cet admirable passage, un des plus beaux qu'on puisse rencontrer dans Bossuet lui-même. (Sur I Ardeur de la Pénitence, i^r p. — Édit. Gandar, p. 492. ) ^ ^

2. 'Amx l Impénitence finale, avant-propos. (Edit. Gandar, p. 378.) — Jeudi de la 3^ semaine dans les anciennes éditions.

second Carême royal (1666), on lit ce renvoi, que nous avons déjà signalé ('), parce qu'il représente tout un avant-propos : « Le commencement pour VAve Maria : Ignorance des choses divines. Sermon de la Chananée, p. 8. — La cour à Dieu. » Bossuet, n'ayant prêché que des Petits Carêmes avant 1662, n'avait point eu occasion, avant cette date, de traiter cet évangile de la Chananéenne, qui se lit pendant la première semaine de Carême (-). D'ailleurs l'idée même qu'il faut faire « la cour à Dieu, » fait songer assez naturellement, ce semble, à la Chapelle royale. A ce sermon doivent se rapporter les premiers mots de la récapitulation que nous avons citée: «Tantôt on a parlé des impiétés, tantôt des superstitions ; !> peut-être même les deux sermons (mercredi et vendredi) auront-ils été consacrés à ces enseignements d'importance capitale.

Les trois sermons sur la Charité fraternelle (^), et sur les Rapports sociaux, qui remplirent la troisième semaine, sont rappelés en divers endroits des manuscrits. Avant de prêcher sur le même sujet en i669,aux Nouvelles Catholiques,Bossuet se disait à lui-même : « Il faut bien méditer trois sermons qui regardent la société du genre humain, dans la troisième i semaine du i^r Carême du Louvre. Le fond m'en paraît très | solide ; mais il en faut changer la forme (^). »

Complétant ensuite son esquisse, « après avoir dit, » il revient sur un de ces trois discours :

« Les hommes plus ruineux aux hommes que toute autre cause de ruine. Apparente société : dans le fond rien de plus mal assorti. Presque tous les esprits incompatibles. A la longue on se sépare; de celui-là on ne peut souffrir les injures;

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