I. de Ménars
de Paul Ferry ; et le sufîfragant de Metz, Bédacier, loue hautement (') cette œuvre comme étant un i guide très assuré.» Une des principales fonctions de son ministère à Metz était la direction de la maison de la Propagation dont il était supérieur. Il préludait ainsi à une mission dans laquelle il dépensa le meilleur de sa vie.
Doux et équitable envers les personnes, quoiqu'il combattît sans merci les erreurs, il avait su gagner l'estime et l'amitié du ministre Ferry lui-même (^).
Nous les voyons débattre pacifiquement, en 1666, un de ces projets de réunion, qui furent le rêve favori, mais toujours déçu du zèle de Bossuet. Du moins les retours individuels vinrent souvent, à toutes les époques de sa vie, récompenser et consoler ses efforts. Beaucoup d'âmes humbles, ramenées par l'intermédiaire de l'œuvre des Nouvelles Catholiques ou de celle des Nouveaux Convertis, ne sont connues que de Dieu. Mais des personnages plus en vue ont attiré l'attention des contemporains et de la postérité même. Les plus illustres furent Turenne (1668), le comte de Lorge, son neveu (1668), les Dangeau (1665 et 1668), et leur nièce, M"*^ de Péray, sur la conversion de laquelle nous donnerons plus loin quelques détails (1686), M^ie de Duras, sœur du comte de Lorge, en faveur de laquelle se fit la célèbre conférence (^) entre Bossuet et le ministre Claude (1678), milord Perth, chancelier d'Ecosse, qui entretint ensuite avec l'évêque de Meaux une correspondance, admirable de part et d'autre, mais malj heureusement incomplète, etc. ('^). Il fut converti non par
1. L'approbation de Bédacier, évêque d'Auguste et suffragant de Metz, est du 15 avril 1655.
2. Voy. édit. Lâchât, XYII, 307 et suiv. ; et ch. précédent, p. 232.
3. Sur une conférence antérieure, mais secrète, voy. Floquet, Études, III, 522-524.
4. De 1685 à 1688 d'abord, puis en 1695. — Ledieu raconte (Mémoires, 178) que lacques II, retiré à Saint-Germain, y parlait souvent du dessein qu'il avait formé d'appeler Bossuet à Londres... Bossuet se serait flatté, au dire de Ledieu, « de gagner bien des choses sur les Anglais, à cause du respect qu'ils avaient pour la sainte antiquité ; mais il croyait aussi tirer un grand avantage de leurs divisions domestiques sur la religion.» — Aux convertis désignés ici, on peut ajouter: Obrecht (1684), Isaac Papin (1690), Joseph Saurin (1690), Winslow (1699), milord Lovât (1703), etc.
Bossuet en personne, mais par l'excellent petit livre, qui avait déjà servi à instruire Turenne, X Exposition de la doctrine catholique siw les matières de controverse.
Publié en 1671, cet ouvrage opéra en effet plus de conversions que ne pouvaient faire les plus doctes entretiens de son auteur. Alors se produisait en France un grand mouvement de retour à l'unité religieuse, que la Revocation de VÉdit de Nantes, avec les suites qu'on lui donna, vint compromettre, sous prétexte de l'accélérer. Il eût fallu conduire les «errants » dans le chemin de la vérité ; on essaya de les y précipiter, et le succès fut plus apparent que réel ; là oia il fut véritable, il fut dû, comme nous le verrons à Meaux même, plutôt à la persuasion qu'à la rigueur.
Dans les années précédentes, de 1677 à 1682, Arnauld comptait plus de trente mille abjurations en France ; Pellisson, dans une lettre à Innocent IX, en marquait douze mille (') pour deux années seulement, 1678 à 1680. Si l'on doute de la grande part qu'avait pu avoir le livre de Bossuet dans ces surprenants résultats, qu'on entende les amères récriminations du ministre Jurieu. Ce bouillant adversaire du théologien catholique songeait-il à l'éloge qu'il lui accordait, quand il gémissait sur « les grands et funestes ravages faits dans la cité sainte par le livre de l'évêque de Condom (2), » et exprimait la crainte « de voir la ruine générale du parti ? »
Cinq Fragments sur diverses matières controversées vinrent plus tard (1686) compléter cet ouvrage si plein, mais si succinct dans sa première rédaction. Ces éclaircissements (3), plus volumineux, et de beaucoup, que le livre lui-même, sont
1. Vo\-. pour plus de détails, Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, 353 et suiv.
2. Il avait pourtant, dès l'origine, et avant même qu'il fût publié, été combattu par les bonnes plumes du parti. Un factura intitulé : Contre le Traité mainiscrit Je M. l'abbé Bossuet, se trouve à la Bibliothèque de l'Arsenal : « L'auteur de cet écrit, y est-il dit, quoique des plus éclairés, SQncTo'Mnn peu trop de pouvoir par la subtilité de quelques distinctions faire évanouir la plupart des controverses... » (5.423).
3. Des notes marginales inédites se lisaient sur les manuscrits autoo;raphes (Grand Séminaire de Meaux) ; mais on a trop lardé à les publier, et les 'oords du manuscrit s'en vont en poussière.
La Prédication de Bossuet.
3l8 DEUXIÈME PARTIE.
I d'une beauté achevée : ils pourraient être étudiés comme un j dédommagement de la perte de tant de discours prononcés ' sur les sujets qui y sont traités.
L'ouvrage capital de Bossuet sur le protestantisme est j pourtant postérieur à la Révocation : c'est XHistoire des \ Variations^ qui parut en 1688 ('), et que suivirent les Aver- I iissements aiLx Protestants (1689- 1 69 1 ), et la Défense de VHis- \ toire des Variations (1691) (^).
Bossuet, toujours prêt à se dépenser pour éclairer et convaincre les dissidents, ne se reposa donc jamais sur le pouvoir politique du soin de les convertir par des moyens de son choix. L'intervention du prince lui paraissait utile, mais en définitive secondaire. Nous avons cité une parole de ses manuscrits, qui est du temps de la Révocation : « Humble sujet partout ailleurs, dans la religion j'ose dire que le prince ne va que le second {21 mars 1686). » Une autre, que nous rapporte Raveneau, le curé de Saint-Jean, semble bien représenter sous son double aspect sa pensée sur ce point épineux, auquel il trouvera encore des difficultés quinze ans (3) plus tard ; il disait donc « que si on se contentait de les effrayer par l'autorité royale, sans les instruire, ce serait user d'une injuste domination ; si aussi on se contentait de les enseigner sans leur inspirer des sentiments de crainte, accoutumés à l'erreur, ils seraient trop lents à s'en retirer, et demeureraient
r. Une lettre d'envoi (inédite) au cardinal Cibo est datée du 27 juin 1688. (Faisait partie de la collection de M. l'abbé Bossuet, curé de Saint-Louis en l'Ile.)
2, Ajouter : Traité de la Coniiniinion sous les deux espèces (1682); et Défense de la Tradition, sur la Communion sous une seule espèce (publiée en Ï753). Bossuet en parlait en 1700, i^e hisiruciion sur les Promesses de V Église, comme d'un ouvrage prêt depuis longtemps.— \J Apocalypse (1690). — Instructions pastorales (1686, 1692, 1700 et 1701). — De excidiû Babylonis (publié en 1772).
3. Lettre à M. de Basville, 21 novembre 1700: « Cependant... ne nous lassons t point de traiter une matière si difficile et si essentielle...^ » — Il ne s'agit d'ailleurs l que des seuls hérétiques, non des Juifs ni des païens. L'Église ne revendiquant à leur j égard aucune autorité directe ni indirecte, un prince qui se donne pour un servif leur de l'Eglise ne pourrait exercer de rigueurs qu'à d'autres titres. — Il y aurait
encore, ce semble, à distinguer entre ccu.k qui troublent un état catholique en dogmatisant, ou même en usant les premiers de violence, et ceux qui vivraient paisible-
I ment dans une hérésie dans laquelle ils auraient été élevés. (Voy. une importante
I lettre de Bossuet à un réfugié, du 3 avril i686. )
endurcis. Depuis donc, continue Raveneau, que le roi eut révoqué tout de bon l'édit de Nantes,dans tout son entier...,
il se fit quantité d'abjurations à Meaux, et ici en particulier, » ;
(c'est-à-dire au village de Saint-Jean-les-deux-Jumeaux, dont ^ Raveneau était curé). — Je n'aime guère encore, à vrai dire, cette coopération active du pouvoir civil, toujours menaçante,
difficilement contenue dans des bornes mal définies, et dont ;•
l'Eglise, si elle s'en était servie quelquefois pour se défendre, j
n'avait point usé pour s'établir. Mais il faut au moins recon- \ naître que J3o.ssuet, dans sa conduite personnelle, donna
toujours l'exemple de la modération. i
Il la recommandait de même à ses auxiliaires. Dans le « synode de son clergé, en septembre 1685, c'est-à-dire avant que l'Édit de Nantes eût été « révoqué tout de bon, »
mais lorsqu'on s'essayait à pratiquer en détail cette mesure 1
avant de l'édicter « dans tout son entier, » il remontra à ses '
curés, dit encore Raveneau, « qu'il y avait bien de la précau- l
tion à apporter ; et nonobstant les violences apparentes (') [
qu'on leur fait de la part du roi, il ne fallait que de la douceur |
de notre part, nous qui sommes les dispensateurs des miséri- ■
cordes de Dieu et non les exécuteurs de ses vengeances. » \
Nous l'avons vu au commencement de novembre de cette j. année, faire prier et jeûner les catholiques pour obtenir une i intervention à l'abri de toute suspicion et de toute critique, | celle du ciel même. En même temps il multipliait les efforts \ du zèle le plus actif qui fût jamais. La liste des prédications de cette époque nous le montrera à Lizy, à Meaux, à Claye, à t Nanteuil-lès-Meaux, etc. Suivons-le seulement pendant l'es- f pacede deux ou trois semaines, à la fin de décembre 1685, et ' au commencement de janvier 1686, j Apres le sermon du III^ dimanchederAvent,dont nous avons ^ retrouvé le canevas autographe ('), et qui fut prêché dans la \ — — — — t
I. Elles ne furent bientôt que trop réelles ; mais, redisons-le, ce ne fut guère dans le |
diocèse de Meaux. Quelques répressions d'actes de brigandage furent adoucies, grâce »
à l'intervention de Bossuet. (Cf. Ledieu, Mémoires, 190.) — 2. Voy. ci-dessus, p. 276. '
cathédrale le l6 décembre, il promet de parler le mercredi suivant à Nanteuil-lès-Meaux, et le vendredi, jour de saint Thomas, encore dans la cathédrale. En effet, après avoir été animer de sa présence et de sa parole (') la mission qui se donnait à Nanteuil, il revient à son église. C'était le vendredi, et cependant il y eut, à l'écouter, « autant de monde, dit Rochard, comme en une grande fête. » Le texte de son discours était: Quia vidisii ine,Thp}na,crediiiisti.{]odiX\.,xx,2g.') Il lut l'évangile du jour tout entier, puis « prêcha pour conforter les catholiques, et pour animer et convertir les hérétiques. » Et Rochard, après avoir insisté sur l'excellence des raisons apportées par l'orateur, qui les tirait de l'Ecriture, surtout du Nouveau Testament, « qui était son fort, » et des S S. Pères, qu'il possédait également bien, conclut en disant qu'il faisait aux Protestants <( des objections si fortes, que personne ne pouvait plus douter de ce qu'il disait et prouvait. »
Le lendemain, recevant en la chapelle de l'évêché l'abjuration d'une soixantaine de Protestants des environs de Meaux, « il leur fit un discours très beau et très touchant sur leur réunion à l'Église. » (Idem.)
Le surlendemain, c'était le IV^ dimanche de l'Avent, nouvelle controverse à la cathédrale. Le texte indique le sujet : « Celui qui me mange, vivra lui aussi à cause de moi : » Qui manducat me, et ipse vivet propter me. « L'église, dit encore notre témoin, se trouva entièrement pleine, ainsi qu'à l'ordinaire lorsque ce prélat prêchait. »
Ces attestations authentiques ne valent-elles pas bien les ridicules légendes du siècle dernier sur « ennuyeux comme Bossuet, » et sur l'empressement unanime qu'auraient eu les auditeurs à fuir, lorsqu'ils entendaient la grosse cloche qu'on sonnait trois fois quand l'évêque devait prêcher? (^)
1, Le sermon fut sur Missiiî est Angélus Gabriel, etc. (Luc, I, 26.)
2. Il faut noter pourtant que la ferveur ne dura pas. Treuvé, théologal de Meaux, prêchant devant Bossuet pour l'anniversaire de son sacre, en 1696, se plaignait amèrement que dans sa ville épiscopale ses instructions ne fussent pas « écoutées ni suivies avec la même avidité, avec le même empressement » qu'elles l'étaient au dehors. (Voy. M\gne, Orateurs sacrés, y^l, I2i2-i2<)2.]
Mais achevons. Le jour de Noël, nouveau sermon, « où il se trouva un nombre infini de personnes, ce qui donna beaucoup de consolation à M. notre évêque. » (Rochard.) «A la messe de Minuit, tous les nouveaux convertis du Marché furent à Saint-Etienne, sur le jubé et aux hautes stalles du chœur, et de là considéraient et admiraient les cérémonies. » (Idem.)
Le 30 décembre, dimanche dans l'Octave, sermon à la cathédrale (Saint-Etienne), sut Hoc est corpus meum: « L'église était entièrement pleine, y ayant plus de quatre mille personnes de tous sexe et âge. » (Idem.)
Lepï'janvierjSermon sut \di Jiistificatioti et les Œuvres:<i Vocatum est nomen ejiis Jésus. 1> (Luc, II, 21.) Le soir,Xonfirmation de trois converties aux Ursulines. « L'une d'elles, nous raconte encore le bon Rochard, Jeanne de Vie, fille d'un très grand esprit. . .,qui savait l'Ancien et le Nouveau Testament. . ., était devenue aveugle par une grande douleur de tête. Avant de s'éloigner, il lui fit présent d'une très belle croix d'argent, où était la figure de Notre-Seigneur en relief, et la lui mit au col ; et elle la porta depuis toujours. »
Enfin, après une prédication à Nanteuil-lès-Meaux, le 4 janvier, voici celle du dimanche 6, jour de l'Epiphanie, en la chaire épiscopale : Le texte fut : Et procidentes adoraverunt eiim (évangile du jour). Après avoir expliqué dans l'exorde ce que l'apparition de l'étoile nous doit faire comprendre, — il la considérait sans doute ici, ainsi qu'il l'avait fait autrefois, comme le symbole de la foi et de la grâce qui nous doit conduire au Sauveur, — il s'étendit sur le culte intérieur et sur le culte extérieur. « Le culte intérieur, disait-il, est d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force, de tout son entendement et de toute sa pensée ; le culte extérieur..., de prier Dieu par parole et chanter en l'église les louanges de Dieu. » Par des passages heureusement choisis dans l'Ancien et le Nouveau Testament, par l'autorité des Pères grecs et latins, il établit la légitimité et la nécessité dç
cette double forme du culte rendu à Dieu. Allant jusqu'au principe de toute véritable adoration, qui est la saine notion d'un Dieu créateur, il fut amené à dire un mot du dualisme des Manichéens. Tout en insistant sur ce que l'adoration n'est due qu'à Dieu, il expliqua en quoi consiste l'honneur que l'on rend aux Anges,aux Apôtres,aux Martyrs. Il désabusait ainsi les nouveaux convertis des restes de leurs anciens préjugés. Il entrait dans les moindres détails pratiques, leur expliquant « qu'il fallait se mettre à deux genoux honnêtement dans les églises, et, ajoute Rochard, beaucoup de belles choses qu'on ne se lassait pas d'entendre. » Notre chirurgien annaliste, considérant peut-être que les protestants de Meaux étaient presque tous de modeste condition, laisse échapper dans son compterendu cette étrange réflexion: « A la vérité, il prenait une très grande peine envers tous ces gens-là ! »
Il ne manque pas d'ailleurs de noter l'affluence des auditeurs, qu'il évalue cette fois encore à quatre mille personnes. Bossuet, paraît-il, parla cinq quarts d'heure; mais, dit Rochard, « on l'aurait écouté une journée sans s'y ennuyer. »
Cette douce violence de la persuasion eut seule l'honneur des conversions. Ce n'est pas que les dragons n'eussent paru là comme ailleurs. Mais ils repartirent bientôt (21 décembre 1685). Bossuet faisait mieux que de les employer à convertir les o-ens: il les convertissait eux-mêmes à l'occasion. Ainsi, au sermon du 30 décembre, dont nous avons parlé,nous trouvons parmi les auditeurs les plus attentifs un major, qui s'était converti quelques jours auparavant,et avait faitson abjuration « avec une telle contrition » qu'il avait tiré des larmes de tous les yeux. L'intendant n'avait pu retenir les siennes, « ainsi que M. l'abbé Bossuet, neveu de M, l'évêque. » (Rochard.)
C'était donc à bon droit que Bossuet disait trois mois plus tard, dans sa LettJ'e sur la conwiunion pascale (24 mars 1686) : «Je ne m'étonne pas, mes très chers frères, que vous soyez revenus en foule et avec tant de facilité à l'Église 011 vos ancêtres ont servi Dieu. Le fond même du christianisme, et,
comme je l'ai déjà dit, le caractère du baptême vous y rappelait secrètement. Aucun de vous n'a soufifert de violence ni dans sa personne ni dans ses biens. . . Quand j'ai prêché la sainte parole, le Saint-Esprit vous a fait ressentir que j'étais votre pasteur. Je vous ai vus autour de la chaire avec le même empressement que le reste du troupeau ; la saine doctrine entrait dans votre cœur à mesure qu'on vous l'exposait telle qu'elle est; et les doutes, que l'habitude plutôt que la raison élevait encore dans vos esprits, cédaient peu à peu à la vérité. »
Ce zèle de Bossuet n'était pas épuisé par les soins si actifs qu'il consacrait à ses diocésains. Dès 1683, il reçut, au Val-de- Grâce,à Paris.l'abjuration de deux gentilshommes de l'Auxerrois, Messieurs du Motte, qu'il avait instruits. « Il leur fit, dit Rochard, un discours digne de la force et de la douceur de son esprit, et de toute la réputation qu'il s'est acquise. » Il convertit de même Antoine Marty, du diocèse d'Agen,et « il reçut son abjuration (4 octobre 1685), dit Raveneau, de la manière agréable dont il fait toutes choses. » Il prononça en cette circonstance une homélie sur l'Épître du dimanche précédent (XVI^ après la Pentecôte) : CJiristuvi Jiabitare per fidem in cordibus vestris ; in charitate radicati et fundati ; montrant que les hérétiques n'avaient ni la racine de la foi ni celle de la charité.
On sait qu'il prêcha à Fontainebleau, le 21 octobre 1685 ('), l'abjuration du duc de Richement (^). Il prit son texte de l'évangile du jour (XIX^ dimanche après la Pentecôte) : Compelle intrare. Il donna de cette parole, qui a été l'objet de tant de déclamations, l'interprétation qui avait été autrefois proposée par saint Augustin. Nous avons vu, par sa propre conduite, dans quel sens il l'entendait pratiquement.
La double intervention de l'autorité civile, par elle-même
1. Ledieu dit le 22; Raveneau et Rochard, le 21. Ledieu avoue son erreur en reconnaissant que c'était un dimanche.
2. Fils naturel de Charles II et de la duchesse de Portsmouth. 11 retourna plus tard au protestantisme.
impuissante sur les âmes, et de la persuasion, à laquelle on ne pouvait plus refuser l'occasion de triompher, amena une conversion célèbre entre toutes par la ferveur dont elle fut suivie. Ce fut celle de M"^ du Péray. Son père, protestant obstiné, avait mieux aimé émigrer que d'entendre parler de catholicisme. Elle-même, ayant été conduite aux Nouvelles Catholiques, se montrait d'abord très hostile. Bossuet avait été prié de l'instruire, comme il avait jadis instruit les Dangeau, ses oncles. Elle lui opposait le Bouclier de la foi du ministre du Moulin, son oracle. Bossuet dut discuter avec elle les principaux passages de ce livre où elle se retranchait. Il ne tarda pas à lui mettre sous les yeux certaines contradictions manifestes de son auteur favori : « La demoiselle ne sachant que répondre, raconte Ledieu, avoua depuis qu'elle fut outrée de douleur d'avoir été poussée à bout.» Cependant, comme elle avait beaucoup de bonne foi, avec de l'intelligence et de l'énergie, elle reconnut bientôt la vérité, et n'hésita plus à prononcer son abjuration, qui eut lieu dès le i^"" juj^ 1686. Elle ne s'en tint pas là ; non contente de professer la vraie foi, elle voulut tendre à la perfection. Elle demanda à entrer aux Carmélites. Elle prit le nom de sœur Charlotte de Saint- Cyprien, en l'honneur du saint évêque de Carthage, dans les œuvres duquel elle avait trouvé la vraie religion si aimable, qu'elle croyait lui devoir en grande partie sa conversion. On sent ici combien la profonde connaissance qu'il avait de la Patrologie devait servir à Bossuet dans son ministère auprès des hétérodoxes. Il prêcha la Vêture, le 13 mai 1689, et choisit ce texte, qui rappelait tout ce qu'il y avait eu de laborieux dans cet éclatant retour : « Maledicta terra in opère tiio ; in laboribiis coinedes ex ca ainctis diebiis vitœ tnœ ; spinas et tribiilos germinabit tibi : La terre sera maudite dans votre œuvre; vous n'en tirerez votre nourriture toute votre vie qu'à force de travail ; elle vous produira des ronces et des épines ('). »
I. Gen., ni, 17, 18. — Traduction de Ledieu. Je complète son récit d'après les notes inédites de A. Floquet.
La consolation de l'orateur fut telle en cette circonstance qu'il s'écria: « Quand nous n'aurions que cet exemple, il nous récompenserait de tous les soins et de tous les mouvements que nous nous sommes donnés. »
§ 3. — Missions.
NOMBREUSES furent les missions que Bossuet fit ou fit faire, soit pour les anciens,soit pour les nouveaux catholiques, dans sa ville épiscopale ou dans les paroisses du diocèse. Non content de les prescrire, il y prenait souvent une part personnelle. Nous avons mentionné celle qui couronna le Carême de 1684, dans l'église principale de Meaux. Nous en trouvons une autre à Coulommiers, au commencement de l'année suivante. Durant cette mission, il fait faire (10 janvier 1685) la première communion à cent enfants, leur adressant une exhortation avant et après. Il tint aussi les conférences des dames de Charité, et les conférences ecclésiastiques. Après son repas, il résolvait des cas de conscience, proposés par les missionnaires (').
Nous trouverons d'autres missions, à la Ferté-sous-Jouarre (1685), à Lizy (1685), à Nanteuil-lès-Meaux (1685), à Claye (1686), au Mesnil-Amelot (1686), à Nanteuil-le-Haudouin (1687), à Joui-le-Chatel (1688), à Crouy (1688), à Bouleurre (1689), à Silly (1689}, à Meaux (1692), à Faremoutîers (1696)...
Voici l'indication de l'ordre du jour pendant une semaine, durant la mission de la Ferté (i^^' — 8 juin, 1685):
Le i«=r juin, après avoir exposé les motifs de sa venue, Bossuet exhorta le peuple « à se rendre assidu aux sermons qui se feront durant le cours de sa visite, tant par lui que par les vénérables prêtres qui l'accompagnaient, et à envoyer
I. La clôture (13 janvier) fut marquée par l'abjuration d'un protestant, né au pays de Liège, le sieur Lemenuisier. cordonnier. — Je cite ce fait, parce qu'il est du nombre de ceux qui précédèrent la Révocation.
les enfants aux instructions et au catéchisme des missionnaires. » Ces missionnaires étaient ceux de Crécy, dans le diocèse, ayant à leur tête leur supérieur ('), Jacques Buchon. Parmi les « vénérables prêtres, » qui formaient la suite de Bossuet, se trouvait, cette année encore, Fénelon et l'abbé de Langeron avec lui. Nous voyons celui-ci faire des catéchismes, dont le sujet était désigné par Bossuet : celui du 7 fut sur l'Eucharistie.
Le 2 juin, Bossuet fait un sermon au peuple « sur la transgression irréfléchie des commandements de Dieu. »
Le 3, un dimanche, Fénelon prêche devant Bossuet, qui fait, lui aussi, ce même jour une instruction sur la Confirmation, et confère ce sacrement à mille confirmands.
Le 4, Fénelon prononce «un petit discours » chez les filles charitables, dites de Sainte- Anne.
Le 5, Bossuet confirme et prêche à Saint-Cyr, petite paroisse de la même ville.
Le 6, il fonde une congrégation de dames charitables à l'instar de celle de Meaux, pour soigner les malades. Il leur adresse une exhortation, et donne le premier l'exemple des libéralités.
Le 7, instruction de Bossuet sur la Prière, à Saint-Etienne de Condé, dans la même ville de la Ferté.
La plus célèbre de ces missions est celle de Meaux, pour le Jubilé de 1692. Ledieu en parle. La fausse date qu'il donne est corrigée par la notice des éditions primitives du Vado ad Patrem, qui en fit l'ouverture, et par Rochard, qui enregistre les faits jour par jour, sauf omission. Les Pères Capucins prêchèrent, dit-il, « depuis le dimanche 27 avril jusqu'au 4 juin. » « Ils étaient bien quinze religieux, tous fort savants; » ils avaient à leur tête « le fameux Père Honoré de Cannes, » qui « prêchait le soir, en commençant par les Litanies de la sainte Vierge. » Il y avait en outre conférence le matin, sermon à dix heures, et catéchisme à une heure.
ï . Autre mission par les mêmes, à Bouleurre, en 1689.
La part personnelle de Bossuet fut considérable: « Monsieur l'évêque, dit Rochard, y prêcha bien l'espace de quinze jours, et fit faire la communion générale trois fois. » Avec le sermon d'ouverture, nous avons l'esquisse de celui de la Pentecôte, qui annonçait la clôture prochaine.
§ 4. — Visites pastorales,
LE plus souvent, Bossuet faisait coïncider une visite pastorale avec ses exercices paroissiaux d'une mission ou d'un jubilé. Alors il déclarait en arrivant « que ce n'étaient pas les murailles, les fonts, les autels, la sacristie, ni ce temple matériel qu'il venait visiter, quoique la visite de ces choses extérieures fût une partie de son ministère; mais que la fin principale de sa visite était de mettre en bon état les cœurs, qui sont les vrais temples du Dieu vivant ('). » Puis il exhortait fortement «\es peuples à se rendre assidus aux instructions qui se feraient dans la paroisse. »
Dans la visite pastorale qui précéda la mission de Lizy, en 1685, il insiste sur le compte que les pasteurs et les peuples auront réciproquement à rendre à Dieu, les pasteurs du salut des peuples, et les peuples des instructions, sacrements et autres grâces qu'ils reçoivent par le ministère des pasteurs... (^). » Cette mission cependant, nous l'avons déjà remarqué, avait pour but principal, la conversion des protestants. « Sa confiance était particulièrement aux prières des fidèles, et non en ses soins (3). »
Plusieurs fois il parla, en pareille circonstance, sur « la mission que JésUS-Christ a donnée à ses ministres ("*) : Emîtes docete... ou : Sicut inisit me Pater, et ego niitto vos (5). Souvent il faisait une homélie sur l'évangile du jour: ainsi, le 22 juin 1687, il fait un prône sur ISfisi abiindaverit justitia vestra plus qîiani Scribariun et Pharisœoriun.. . ; c'était l'évan-
I. Procès- verbaux des visites, i^rjuin, 1685. — 2. /èid. — 3. Jèid. — 4. Brégy, 19 août 1686 ; — Crécy, 13 juin i688, — Silly, 5 juin 1689. — 5. Nanteuil-le-Hauçiouin, 21 juin 1687.
gile de ce dimanche, V^ après la Pentecôte. Il avait déjà parlé ce même jour (') sur l'Eucharistie. Ainsi, le dimanche précédent (15 juin), à Charny, il avait prononcé une homélie sur l'évangile du IV^ dimanche : In verho autem tiio laxabo rete^ etc , outre deux autres allocutions, sur la Pénitence, et sur la Confirmation. A la clôture de cette visite, prêchant la récompense promise au courageux changement de vie, sur ce texte : Non siint condignœ passiones Jiujus teniporis ad fnt2irain gloriam qiiœ revelabitur in nobis (Rom., vili, 18), il adressa à ses auditeurs, entre autres exhortations, celle de restituer les papiers de l'église du lieu, que détenaient certains particuliers (^).
Bossuet prêtait ainsi volontiers l'autorité de sa parole aux justes doléances de ses curés. Raveneau, le curé de Saint- Jean-les-deux-Jumeaux, qui nous a laissé un Journal, se terminant malheureusement avec l'année 1687, nous rapporte qu'en cette année, le jour de la Dédicace, Bossuet vint assister à la messe du village de Saint-Jean. Il accepta de faire le
I prône, et de le faire conformément aux desiderata de l'humble pasteur {f) : « Son sujet, dit-il, fut le respect qui est dû aux églises, une fois qu'elles ont été consacrées à Dieu, et la rigueur que JéSUS-Christ exerça envers ceux qui profanaient le temple. Il fit entrer adroitement dans son discours tous les sujets que je lui avais recommandés ; comme par exemple les superstitions de la campagne, la profanation des
■ dimanches et des fêtes, la négligence des parents à envoyer leurs enfants à l'école et au catéchisme, les vengeances dans les tailles, les injustices que l'on se fait les uns aux autres...; l'abus que l'on fait des sacrements, lorsqu'on croit que c'est assez de se confesser du tort que l'on a fait, sans le réparer (4)... »
I. Et la veille sur In vcrbo tuo laxabo rete. (Procès verb. des visites.) — 2. Ibid.
3. 'ë>\xx: cq\.q\\q: Et cum fecisset quasi flagelliun... (Joan., Il, 15). — (Raveneau, 276.)
4. Autres exemples. En mai 1683, exhortation « à ceux de Choisy » d'être plus fidèles à la messe de paroisse ; et menace de renvoyer après la grand' messe, en avançant celle-ci d'une heure, une messe basse, qui se disait à 6 h, du matin et à laquelle
j CH. III. LES SERMONS PERDUS. 329
i On trouvera dans le tableau général de la prédication de l
Bossuet à Meaux, que nous renvoyons à la fin de ce chapitre, 1 1 la mention d'un grand nombre d'instructions familières sur ' les sacrements, sur les vertus théologales ou morales, sur les j fêtes et les cérémonies ecclésiastiques. Signalons deux béné-
! dictions de cloches, la première dans la collégiale de Dam- î ! martin (0 (28 mai 1684), la seconde, neuf ans plus tard, dans l'église paroissiale de cette ville (2).
A Rébais, en avril 1696, Bossuet étant en visite pastorale '
prêcha d'abord le 7 à la paroisse Saint-Jean, et le 8 (diman- i
che), à Saint-Nicolas; puis, à sa réception dans l'abbatiale de ; Saint-Pierre, complimenté en latin par les Bénédictins (3), il
répondit sur-le-champ dans la même langue. Alors, dit le i procès-verbal, on chanta l'antienne : Ecce sacerdos magmis !
§ 5. — Les Religieuses.
APPLIQUE, à l'exemple de saint Paul, « à se faire tout j à tous pour les gagner tous à JésUS-Christ,» Bossuet
était, comme nous venons de le voir, homme de ministère et 5
homme d'action, et ce serait se faire de lui une idée des plus |
fausses que de se le représenter comme habitant immobile '
dans son génie et dans ses grandes pensées. Un de ses soins j
de prédilection fut de faire avancer dans la perfection chré- | tienne, qui « n'est pas dans un degré déterminé, » qui « con-
tous couraient pour être libres plus tôt. En même temps, invitation au procureur fiscal |
de faire observer les ordonnances royales sur les cabarets. — A ceux d'Amilly.recom- |
mandation de faire suivre l'office divin et les instructions par leurs enfants et dômes- ',
tiques. — A Dammartin (27 mai 1684), le curé ayant signalé des négligences concer- (
nant la messe de paroisse, les enfants et domestiques, la fréquentation des sacrements, '
M. de Meaux traita chacun de ces points, montrant dans une « forte exhortation » ; quelle en était l'obligation, et quels en seraient les avantages, etc. — (Procès-verb.
des Visites). ;