‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inéditsChapitre 215 sur 243 · Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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rien de ce petit discours funèbre de Faremoutiers ('), qui fut, pour ainsi dire, prononcé en famille.

Combien d'autres allocutions, exhortations, conférences, élévations, retentirent dans ces communautés, qui toutes étaient chères au cœur du pasteur, à Meaux, à Jouarre, à Faremoutiers, à Coulommiers, à Collinances, à Rosoy, à Crécy, à Pont-aux-Dames, etc., et même en dehors de son diocèse, à Paris, aux Carmélites, aux Bénédictines, etc. !

Ce fut à Torcy, dans le diocèse de Paris, que madame Cornuau, cette simple, mais fidèle et intelligente admiratrice de Bossuet, prit, après une longue épreuve, l'habit religieux. Bossuet prêcha sa Vêture, en 1697, et sa Profession (que nous avons signalée), le jeudi de la Pentecôte, 22 mai 1698.

Nous n'insisterons pas davantage sur nos renseignements historiques, malheureusement un peu stériles, et dont l'étude est souvent plus curieuse que profitable. Terminons ce qui regarde le ministère de Bossuet auprès des religieuses par deux faits, que nous présentons dans leur édifiante simplicité.

Dès les premiers temps de son séjour à Meaux, il prêcha, à rHôtel-Dieu,la Vêture de la sœur de Saint-Pierre. Dans son exhortation, qu'il fit, nous dit Raveneau, sur le sujet des pauvres, « il représenta à cette fille qu'il les fallait servir avec compassion, avec joie et avec respect. Avec compassion, comme membres de JéSUS-Christ souffrant ; avec joie, comme jÉSUS-CiîRIST même ; avec respect, comme ses seigneurs et ses maîtres, au service desquels il y a à gagner l'héritage du paradis : Esîirivi enijii, et dedistis mihi viandiicare. . . >>

Dans la visite qu'il fit dé Faremoutiers, en novembre 1693, il apprit qu'une religieuse impotente, la sœur de Saint- Gabriel, regrettait vivement de ne pouvoir l'entendre avec

I. A moins que le fragment sur les vertus de sainte Fare {Pensées chrétiennes et morales, XLii, Lâchât, X, 633) n'ait été écrit à cette occasion.

toute la communauté ; il n'hésita pas à lui adresser dans sa chambre « une exhortation particulière (i). »

Tel était cet homme qu'on nous représente comme un génie exterminateur, grâce à la rancune de tant d'erreurs, qui ont senti sa puissance. N'aurions-nous pas eu tort de négliger soit les faits communs qui parlent par leur ensemble, soit les traits particuliers qui révèlent dans toute sa sincérité un caractère souvent méconnu et défiguré à plaisir? i

§ 6. — Bossuet et son clergé.

CETTE bonté toute paternelle de Bossuet paraissait principalement dans ses rapports avec ses prêtres ; ils étaient empreints de la plus sincère cordialité. Nous l'avons vu écoutant leurs vœux, et s'en faisant l'interprète auprès des populations. Nous avons aussi mentionné quelques-unes des Conférences ecclésiastiques, qu'il aimait à présider dans ses tournées pastorales. Il nous reste à dire un mot des synodes, qu'il tenait régulièrement, au mois de septembre, à l'évêché. C'était comme un essai de ce que nous appelons aujourd'hui retraites ecclésiastiques. Le principal intérêt consiste pour | nous dans le discours d'ouverture que le grand évêque pro- « nonçait lui-même tous les ans. Le curé de Saint-Jean, j Raveneau, nous donne un compte-rendu des six premières ' années, de 1682 à 1687 inclusivement. Ledieu analyse les ,i deux derniers discours, ceux de 1701 et de 1702. §

En 1682, le discours du 3 septembre, qui « surpassa, dit Raveneau, tout ce qu'on en pouvait imaginer, >) traita de la ^ sainteté des prêtres. Le pontife en proposa trois caractères : l 1° la prière et la ferveur dans la conversation avec Dieu ; | 2° la parole dans l'instruction ; 3*^ l'exemple dans la conduite personnelle.

C'était comme le programme général qui devait être développé les années suivantes. En 1683 (23 septembre), faisant

I. Procès verbaux des visites. — Cf. le procédé dont il usa envers Jeanne de Vie, la Nouvelle Catholique aveugle. Voy. ci-dessus, p. 321. \

La Prédication de Bossuet, ^' j

remarquer, comme autrefois dans l'Oraison funèbre du Père Bourgoing, le double devoir des prêtres, de parler à Dieu en faveur des peuples, de parler aux peuples de la part de Dieu, il se restreignit à approfondir le premier des deux points, et montra i° la nécessité de la prière en général ; 2° l'obligation spéciale qu'ont les prêtres de prier ; 3° la manière dont il faut le faire.

Le devoir de la prédication fut expliqué dans les synodes de 1684 et de 1685. Les conseils tombés d'une bouche si compétente nous auraient été précieux. Malheureusement, Raveneau avait placé ses extraits sur ce point dans un autre cahier, qui ne nous est pas parvenu. Il nous apprend seulement qu'en 1684, Bossuet demanda à ses prêtres une quadruple préparation : 1° la prière ; 2° la lecture de l'Écriture sainte ; 3° la charité désintéressée ; 4° la bonne vie. En 1685, il dit qu'il fallait prêcher (même hors de la chaire) avec autorité, humilité, prudence et persévérance.

L'année suivante il expliqua admirablement le devoir du catéchiste. Il exposa en quoi il consiste, sa nécessité et les moyens de s'en acquitter avec succès. Il renvoya, pour le surplus, ses collaborateurs à une ample préface, qui devait bientôt paraître en tête du Catcdiisme qu'il allait publier. Ce catéchisme de Bossuet est la plus humble, mais non la moindre production de son génie.

En 1687, revenant sur la mission du prédicateur, il en fit voir la facilité, insistant sur ceci, qu'elle doit être un simple témoignage rendu à la vérité, qu'il est à propos généralement de la faire courte, et que le vrai ministre de la parole divine est le Saint-Esprit.

Tout renseignement nous manque sur les synodes suivants, le curé de Saint-Jean étant mort au commencement de 1688 (ï) ; et il nous faut attendre jusqu'en 1701 et 1702 pour rencontrer dans le Journal de Ledieii 1° le devoir de l'amour

I. Voy. Lâchât, V, 474, une ordonnance synodale sur l'absence des curés, du 24 septembre 1688. — Autres de 1691 et de 1698. Ibid.

divin, jusqu'à un certain degré du moins, dans la pratique de la vie et dans la réception des sacrements ; 2° l'obligation de garder fidèlement le dépôt de la doctrine, le dépôt de la discipline, et le dépôt du temporel des paroisses ; 0 TiuwtJiee, depositum ciistodi, (I Tim., VI, 20.)

C'est ici le dernier discours de Bossuet. Il fut prononcé à l'évéché, le 5 septembre 1702. Quelques mois auparavant, il était monté pour la dernière fois dans sa chaire épiscopale. C'était le dimanche dans l'octave du Saint-Sacrement (18 juin). Déjà, à Pâques et à la Pentecôte, il avait fait un effort surhumain pour surmonter le mal impitoyable qui le minait depuis plusieurs années : « Je veux que vous vous souveniez, avait-il dit le jour de Pâques, qu'un certain évêque, votre Pasteur, qui faisait profession de prêcher la vérité et de la soutenir sans déguisement, a recueilli en un seul discours les vérités capitales de notre salut (^)... »

A ce ton ému et solennel, on sentait l'annonce d'un testament suprême. Bossuet le fit dans le discours de la Fête- Dieu (18 juin 1702) (2) :

« Edent paiiperes et saturabuntur, et laiidabiint Dominiim qui requirunt euni ; vivent corda eorum, etc. (Ps. xxi.)

« Il a dit (nous transcrivons 'l'analyse de son secrétaire, qui, par un secret pressentiment qu'elle pourrait être la dernière, l'a faite avec plus de soin que de coutume) que le jour de Pâques il avait expliqué toute la religion en ces deux mots : le parfait Adorable et le parfait Adorateur ; il en a répété les notions, et il a dit que ce discours ne serait que la continuation du précédent ; qu2 le Psaume XXI, qu'il a nommé le Psaume du délaissement, nous représentait le Fils de Dieu délaissé : Deus, Deus meus, [ut q^iid dereliquisti me ?\ et dans son délaissement instituant le banquet auquel il invitait tous les pauvres : Edent pauperes,Qtc.; que mille ans auparavant, David y avait prédit tous ces mystères, et peint, mieux

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