‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inéditsChapitre 228 sur 243 · Rébelliau, Sermons choisis, Introduction, x · texte numérisé non relu

Rébelliau, Sermons choisis, Introduction, x

il pleure la duchesse d'Orléans, où il adresse un si noble et si touchant adieu à Condc ç.\. à l'Oraison funèbre?

M. Gandar, certes, ne l'entendait pas ainsi. Il a écrit, il est vrai, et avec infiniment de justesse, cette parole que nous avons déjà citée : « Le Carême du Louvre marque pour Bossuet, et d'une façon plus générale, pour l'éloquence religieuse en France, au XVir- siècle, ce point, si difficile à saisir, qui est celui de la maturité et de la perfection {}). » Mais cette métaphore du point si difficile à saisir n'amenait pas nécessairement l'idée que cette perfection atteinte fût essentiellement fugitive. L'auteur en effet ajoutait aussitôt : « La maturité pour beaucoup, même parmi les plus illustres, vient tard, et elle dure peu. Elle est venue pour Bossuet à son heure. Elle devait durer plus de trente ans. »

Est-ce à dire que, durant ce vaste espace de temps, cette éloquence soit demeurée immobile dans sa perfection ? Ne dirait-on pas plutôt que Bossuet s'est répété sans cesse à luimême le mot d'Origène, qu'il redisait volontiers dans la chaire : « Il faut renouveler la nouveauté même : » Ipsa novitas innovanda est. Si « la familiarité s'atténue chaque jour davantage dans les derniers ?,er mens prêches à la cour, "h ne reparaît-elle pas, plus à propos, devant d'autres auditoires? Le malheur, c'est que dès lors nous n'avons presque jamais intégralement le texte des sermons qu'il prêche en dehors de la chaire royale. Mais parcourons les esquisses rédigées hâtivement, en vue de Saint-Thomas du Louvre, en 1668. Nous constatons sans peine que le caractère qui domina dans ces discours où une si large part était laissée à l'improvisation, ce fut la simplicité et la véhémence. Sans doute l'orateur s'effaçait le plus qu'il pouvait derrière l'autorité de Dieu même : si c'est en ce sens que l'on trouve sa prédication impersonnelle, ce ne saurait être l'objet d'un blâme : une telle critique eût même été à ses yeux le plus sensible des éloges. Ne souhaitait-il pas dans cette station même {Ego vox,

I, Bossuet orateur, p. 408.

CONCLUSION. [380] l']^

3e dimanche), de n'être autre chose qu'une voix, comme saint Jean-Baptiste ? Dans ce sermon, comme dans celui du i^"" dimanche, on trouve, il est vrai, de l'élévation, mais toujours tempérée par l'emploi des figures les plus saisissantes, empruntées à la nature ou à la vie commune. Hélas ! ces œuvres sont écrites si incomplètement, qu'on les néglige dans les appréciations générales. Il ne serait que juste pourtant qu'elles y apportassent un appoint proportionné à leur grand nombre. Jetons un regard sur l'esquisse que nous avons restituée au quatrième dimanche ('). Est-ce un orateur immobile dans sa majesté que celui qui s'écrie, après avoir paraphrasé la « parabole du figuier tout du long, » comme porte le manuscrit :

« Appliquez à l'âme. Vous avez eu la pluie, vous avez eu le soleil, vous avez eu la culture ; vous n'avez ni profité, ni porté de fruits : vous n'avez plus rien à attendre que la cognée et le feu. Portez des irmts, fructuni bonwn, au goût de Dieu ; digjios fruciiis,à\gr\e?, du changement que vous méditez, dignes des mauvaises œuvres que vous avez faites. Changement total au dedans et au dehors. Proportion avec les mauvaises œuvres ; maxime des Pères : tous sans exception : Qui s'est abandonné aux choses défendues doit s'abstenir des licites ; autant qu'il s'est abandonné, autant doit-il s'abstenir. Mes frères, je ne veux rien exagérer ; Dieu m'est témoin, je désire sincèrement votre salut, et je ne veux ni élargir ni rétrécir les voies de Dieu ; voilà les maximes qui ont enfanté les vrais pénitents : les autres, à la perdition éternelle. Faites-vous des fruits dignes de pénitence ? Ces gorges et ces épaules découvertes étalent à l'impudicité la proie à laquelle elle aspire... » Ce dernier trait n'est-il pas d'une familiarité effrayante (2) .-*

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