Q^.GzxiAsx, Tiossuet orateu',', introduction, xvil
SOUS le prétexte assez spécieux qu'on avait déjà dans quelque recoin de leur vaste collection un texte plus ou moins semblable à celui-là, ils nous refusaient de précieux éléments de comparaison entre des rédactions successives. Si elles offraient des répétitions, qui n'en avaient pas été pour les auditoires variables selon les temps et les lieux, elles présentaient toujours en même temps de l'une à l'autre encore plus de différences instructives. Ils aggravaient sans nécessité nos regrets, en augmentant eux-mêmes sans nécessité le nombre des œuvres perdues. Je dois dire, en effet, qu'outre celles dont ils essayèrent de tirer parti à leur manière, en introduisant ailleurs des développements qu'ils y empruntaient, il y en eut encore, j'en ai rencontré la preuve, qu'ils rebutèrent absolument, et ce n'étaient pas toujours les moins admirables. Tel, le sermon prêché le 8 décembre 1668, à la fête de la Conception de la sainte Vierge, dans l'Avent de Saint-Thomas du Louvre. Pas un mot dans les éditions n'en fait soupçonner l'existence ; et cependant, l'autographe malheureusement incomplet m'étant tombé sous les yeux, j'y ai lu une note de Lequeux, qui ne permet pas de douter qu'il n'ait été entre les mains des premiers éditeurs.
Un heureux hasard peut seul permettre, en pareil cas, de réparer leur faute ; du moins ne faudrait-il jamais l'aggraver par des suppressions arbitraires ; et c'est ce que je reproche ici aux savants et consciencieux éditeurs de Versailles, Mais le goût du public en 18 15 était encore trop semblable à celui de la fin du siècle précédent. Les mêmes éditeurs eussent-ils craint aujourd'hui de publier la Logique de Bossiiet, dont ils parlent dans leur Préface, et qu'ils ne donnent pas, sous prétexte qu'on a celle de Port-Royal ?
C'est dans le même esprit qu'ils, retranchent des Pensées chrétiennes et morales un double exorde d'autant plus intéressant qu'il représente, à mon avis, le peu qui nous reste du second sermon d'une station perdue presque en entier, je veux dire le Carême de Saint-Thomas du Louvre (1665).
Je n'en citerai que la division, exprimée d'une façon très saisissante :
«... Parlez donc, ô Sauveur, parlez ; voilà votre peuple à vos pieds, prêt à écouter votre parole. — Chrétiens, je réponds pour vous, et je m'assure que vous avouez en vos cœurs ce que je dis en votre nom dans cette chaire. Ecoutez donc attentivement trois paroles que le Fils de Dieu est venu nous apporter de la part de son Père : la parole de sa doctrine, la parole de ses préceptes, la parole de ses promesses (^). »
Ce plan était identique à celui de 1660. Un autre, destiné, je crois, à la même station, reprenait pour le Vendredi-Saint, avec certaines modifications dans la forme, les idées développées dans le Carême de 1661, à pareil jour : « JÉSUS prodigue tout ce qu'il possède, c'est ce qui fait la perfection de son sacrifice ; JÉSUS en se donnant lui-même achète des âmes, c'est ce qui consomme l'œuvre de la Rédemption ; Jésus en combattant force le ciel, c'est ce qui assure le prix de ses conquêtes.
« Mais qu'apprendrons-nous pour régler nos mœurs dans cet admirable spectacle? Tout ce qui est nécessaire pour notre conduite. Nous apprendrons à mépriser les biens périssables ; car qui ne pourrait ne mépriser pas ce que JÉSUS prodigue ? Nous apprendrons à estim.er nos âmes; car qui pourrait n'estimer pas ce que JÉSUS achète ? Nous apprendrons à désirer le ciel ; car qui pourrait ne désirer pas ce que JÉSUS nous a conquis par tant de travaux ?
« Quitter tout — pour sauver son âme — en allant à Dieu, — n'est-ce pas toute la science du christianisme? et ne la voyez-vous pas toute ramassée en JÉSUS crucifié {-) ? »
Tous les fragments nettement oratoires, devraient trouver place dans la série des sermons et esquisses de Bossuet. Le
1. Se trouve, pour la dernière fois, dans Migne, reproduisant l'édition de 1808. Orateurs sacrés, XXV, 596, ad calcem, et 597.
2. Ce fragment fait suite à celui que nous venons de citer. Voy. le passage entier, ^îigne, XXV, 598, 599 jusqu'au 3''' alinéa : Je ne m'éloiine pas, etc.
recueil des Pensées chrétiennes et morales, réduit d'autant, pourrait, à titre de compensation, s'enrichir d'un certain nombre de réflexions parfaitement authentiques, puisque l'autographe subsiste encore. Exemple :
« Péchés d'' omission et de commission. Jugement dernier. — Le Fils de Dieu ne parle en son jugement que des omissions ; mais de là on peut entendre combien les commissions seront punies.
« Jugement représenté en diverses manières :
« 1° Fermer la porte, clamantibus et dicentibus : Aperi nobis (Matth., XXV, 11). Éternel désir d'entrer in gandium Domini (Ibid., 21, 23); grand par la nature, s'irritera dans la peine. Éternellement: Nescio vos (Ibid., 12): discedite... Le ciel de fer.
« 2° Faire amener et tuer devant lui. Justice du roi qui se plaira dans le supplice des méchants: Interficite ante me {}').
« 3° Séparation des bons d'avec les méchants. Leur société ici-bas fait qu'il épargne ; qu'il ménage les joies et les peines : là l'un et l'autre pur et par conséquent dans sa force : Vini meri, etc. (Ps. LXXIV, 9.)
« 40 Celui qui néglige d'employer le talent ; ou qui n'a point le vêtement nuptial : Ligatis manibiis et pedibus ejus mittite {^) enm in tenebras exteriores : Contrainte; sans action ; toutes les facultés liées, etc.
« Notez : 1° n'avoir point fait valoir le talent : Servuni (3) inutilem. — 2° Ne l'avoir point fait valoir par un bon principe : Nonne in nomine tiio prophetavimus i^)} ... — 3° Ne l'avoir point fait valoir assez tôt. Vierges folles. » (Collection Floquet.)
Ces notes ont été écrites vers 1662, ainsi que les suivantes :
« Nécessité de la grâce et de la prière. — Deux choses principalement convainquent l'homme de la nécessité de la