Lâchât, XII, 236, vnr. a
Postulante Bernardine débute par un Ave, emprunté à une œuvre antérieure. Quelques corrections, contemporaines du nouveau sermon, indiquent qu'on a eu raison de lui donner cet exorde. D'autres exemples de ces retours vont se présenter d'eux-mêmes, tandis que nous allons continuer à relever les erreurs et les lacunes des éditions.
VII, VIII. Le sermon qu'on assigne, mais par erreur, au jour des Morts, devrait être précédé d'un avant-propos, que l'auteur se proposait de reprendre dans une composition plus ancienne d'environ quinze ans. Une petite note au crayon, à peine lisible aujourd'hui, nous en avertit : «Ave Maria, Quand je vois ces riches tombeaux. Voy. Pâques ('). » Elle nous permet en même temps de choisir d'une main sûre entre deux exordes, qui commencent de même dans les manuscrits. Il faut prendre celui (2) que les éditeurs ont placé à tort en tête du sermon pour le Samedi-Saint : Christtis resurgens. Celui-ci a son avant-propos qu'il faut lui restituer, tout archaïque qu'il est, comme le sermon lui-même du reste. Quant à celui qu'on lui a substitué, non seulement il servira au sermon dit des Morts, puisqu'il a plu à son auteur de le reprendre, mais je le revendique tout d'abord pour cet ancien sermon de Pâques, auquel l'auteur renvoie, et qu'on chercherait en vain dans les éditions : elles n'en donnent que des lambeaux, mais on peut le reconstituer en entier.
IX. L'avant-propos, qui manque au sermon du III*^ dimanche après la Pentecôte : Dico vobis : Gandiiun eritin cœlo super nno peccatore, etc., existe dans les manuscrits, mais dans un autre volume (3). Il a été considéré par Deforis comme une variante de l'exorde du sexvaoxïponr le temps du Jubilé, sur la Pénitence. Selon la méthode qui lui était chère, il en a découpé quelques phrases pour les y introduire. Celle qu'on va lire devient un non sens dans le sermon du Jubilé: -X Entendons dans notre Evangile quelle abondante satisfaction produira un jour en nous-mêmes l'affliction d'un cœur repentant,
I. Mss. , 12.821, f. 74. — 2. Lâchât, X, 92. — 3. 12.822, f. i.
puisqu'elle en produit déjà dans les anges, auxquels le Fils de Dieu nous promet que la grâce nous fera semblables. » L'exorde du discours où l'on fait parler ainsi Bossuet était-il donc pris aussi du chapitre xv de saint Luc? Nullement, mais de saint Paul, Épître aux Romains, chapitre vi. C'est donc ici une des cent manières dont on a su le rendre incohérent.
X. Nous avons déjà fait une assez belle moisson, ce me semble, dans le champ des exordes. Il reste encore pourtant à glaner: on peut en reconstituer d'autres, ou du moins mentionner les intentions de l'auteur d'après ses indications autographes. Ajoutons donc quelques exemples à ceux qui précèdent.
Le sermon pour le II I^ dimanche du Carême des Minimes» sur les Rechutes, n'a point d'avant-propos. Et cependant Bossuet en chaire n'a pas débuté par la première phrase des éditions, quelque éloquente qu'elle soit : « Il s'agit ici, chrétiens, de faire, s'il se peut, trembler les pécheurs, etc. » Ces paroles n'ont été prononcées que quand l'orateur se relevait de la prière traditionnelle, c'est-à-dire après VAve Maria. Le manuscrit est formel ('). Après le texte : Et fîunt novissiina Jiominis illius pejora prioribus, on lit ceci :
<L Ave Maria, du sermon Qui enim mortui suvius peccato. De l'abus que font les hommes de la miséricorde divine : croient qu'on leur donne le temps de pécher parce qu'on leur en accorde pour se repentir. »
Ici un signe de renvoi, dont nous donnerons tout à l'heure l'explication ; puis : <<, Si une telle ingratitude n'a. nime le zèle des prédicateurs, je ne sais plus, messieurs, quand il faut parler, etc. » (sic).
Le renvoi que nous avons rencontré est facile à vérifier, puisque le sermon auquel se reporte l'auteur, existe : c'est
I. Mss., 12.822, f. 234 — A la suite des paroles que nous citons, un tiers de page in-f" est resté en blanc; ce qui montre que lors même que l'auteur aurait eu le temps de relever l'avant-propos qu'il se contente d'indiquer, il n'aurait pas fallu conclure, de ce qu'on l'aurait lu par exception en tête du manuscrit, qu'il n'avait pas été écrit après coup comme les autres,
précisément ce sermon pour le temps du Jtibilé que nous avons mentionné tout à l'heure. On trouvera dans le second exorde le passage indiqué, et cet « abus que font les hommes de la miséricorde divine. )) Un nouveau renvoi désigne l'endroit oii il faut s'arrêter dans cet emprunt à un ancien texte.
XI. Un auditeur du sermon sur les Rechutes, dont les notes, malheureusement anonymes et incomplètes, sont conservées à la bibliothèque Sainte-Geneviève ('), déclare qu'il possède le discours prononcé par Bossuet. La partie des cahiers de cet amateur, où il l'avait relevé, ne nous étant pas parvenue, nous ne pouvions tirer aucun parti de ses notes pour reconstituer le précédent exorde. Elles nous seront plus utiles par rapport au sermon du second dimanche du même Carême de 1660.
Là encore Bossuet s'était contenté de tracer sur son manuscrit des indications énigmatiques dont les éditeurs n'ont guère tenu compte. A la fin de son premier point, une idée qu'il venait d'exprimer lui avait semblé propre à fournir un début adapté au sujet qu'il avait entrepris d'exposer : Ipsum audite. Il avait noté ceci : <i Ave Maria sur ce qu'il ne reste au chrétien de tous ses sens que l'ouïe. »
Les Bénédictins se sont contentés d'intercaler au milieu de l'exorde primitif, le seul qu'ils donnent, un alinéa: « Le vieil homme a cinq sens: l'homme renouvelé n'a plus que l'ouïe, » etc., qui était marqué d'un signe de renvoi au manuscrit. Telle n'était pas l'intention de Bossuet : il se proposait de débuter par cette phrase ; et il l'a fait, comme l'attestent les premiers mots de l'analyse if) de notre auditeur : « Lhomme corrompu, dit-il, a cinq sens ; Vliomme innocent en a détruit quatre, et n'en a conservé qiCmi seul... »