‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inéditsChapitre 66 sur 243 · Ibid., p. 218, lignes · texte numérisé non relu

Ibid., p. 218, lignes

d'un sermon sur le même sujet, prêché à la cour, en 1665. L'esquisse est de 1668, postérieure de huit ans ar.x lignes qui la précèdent ; et quand elle s'interrompt, on supplée à ce qui manque, en cousant à l'œuvre une troisième pièce, antérieure cette fois de quatorze ou quinze ans à ce qu'on venait de nous faire lire. Cette feuille unique a un titre: /'//z//é';/(r^, par lequel Bossuet nous avertissait cependant de la considérer comme ayant une existence individuelle.

Si le lecteur ne trouve pas dans de pareils textes un enchaînement bien rigoureux, ce n'est vraiment pas bien étonnant ; mais à qui convient-il de s'en prendre?

Bossuet, le vrai Bossuet, qui a toujours dans l'ensemble de son œuvre un ordre général, a aussi dans le détail un développement logique de ses grandes et fortes idées. Sans doute, l'ordre chez lui n'est pas aussi extérieur que dans Bourdaloue ou dans Massillon. Ceux-ci juxtaposent, comme dans une habile mosaïque, chacune de leurs preuves ou de leurs amplifications. Après avoir divisé, ils subdivisent, et ils sectionnent encore la plupart du temps chacune de leurs subdivisions. M. Feugère (') a parfaitement fait ressortir les ressources que Bourdaloue trouve dans ce procédé ; il en a reconnu aussi les inconvénients et même l'abus (-). Quand ces procédés sont consacrés par le bon sens et par l'expérience, l'habileté d'un maître peut en tirer un grand parti. Le même critique a réduit à leur juste valeur les objections de Fénelon et de Voltaire contre les divisions en général. Mais il y a quelque chose de mieux encore, c'est une éloquence sans procédés comme celle de Bossuet. Pour Bossuet, la division employée discrètement n'est pas un procédé ; encore moins le procédé unique; c'est seulement un détail dans sa méthode. En quoi consiste la méthode de Bossuet ? Possédant à l'avance la compréhension totale du sujet qu'il va traiter, il

I Bourdaloue, sa prédication et son temps, p. 73, 87, 89. 2. Ibid., 92, 93.

rattache toute vérité à son principe, et la fait suivre de ses conséquences. Il prouve, et plus que personne ; mais au lieu de multiplier les raisonnements, il va droit aux raisons décisives. Les présenter dans l'ordre où elles s'enchaînent, selon la nature même des choses, c'est toute sa démonstration.

C'est donc ici une éloquence synthétique, ayant plus d'analogie avec celle de Démosthène qu'avec celle de Cicéron, mais les dépassant en réalité l'un et l'autre. Toutes les vérités s'y présentent entières, vivantes, s'affirmant et se défendant ! elles-mêmes. Aussi trouve-t-on à chaque page des sermons j; « le fondement de cette doctrine, » ou « la raison d'un si ï grand mystère ; » et cette formule si fréquente dans ceux de \ la jeûnasse: « Pour entendre solidement... remontons jusqu'au principe ; » et plus tard : « Approfondissons davantage cette matière importante; » ou ailleurs: « Plus à fond... Encore plus à fond. » •*

Une telle éloquence pourrait être à la fin trop abstraite, si elle se bornait à donner sans cesse les raisons intrinsèques des choses. Elle y joint des autorités ; elle allègue des exemples. Rien de médiocre dans ceux-ci, ni dans celles-là. Les autorités de Bossuet ne sont pas « l'abbé Rupert, » ou quelque scolastique inconnu ; c'est l'Écriture tout entière, ce sont les Pères les plus illustres : plus que Bourdaloue même ('), il puise ici aux sources qui lui sont si familières. D'autre part, s'il veut prouver par des exemples que la grâce nous peut donner la force de nous vaincre : « Les Apôtres, dit-il, naturellement tremblants et timides, sont rendus invincibles par cette grâce : Paul ne se plaît plus que dans les souffrances; Cyprien, renouvelé par cette grâce, surmonte aisément des difficultés qui lui paraissaient insurmontables... Augustin, dans la plus grande vigueur de son âge, professe la continence, que dix jours auparavant il croyait impossible (2).»

Page 1