‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inéditsChapitre 69 sur 243 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

; Passion du Louvre (1662) : « Chrétiens, JÉSUS va mourir ; il ■- baisse la tête, ses yeux se fixent ; il passe, il expire ; c'en i est fait, il a rendu l'âme ..., » et tant d'autres ; en particulier toutes celles des sermons de charité. Mais, outre que dans 1 cette partie du discours, où il était sûr d'être soutenu par son inspiration, il a laissé (') une plus grande part à l'improvisation que dans toutes les autres, et surtout que dans les exordes, les mouvements vifs et spontanés n'ont pas coutume ■ d'attendre chez lui cette extrémité pour se déclarer. Ils éclatent à l'improviste, toujours,du reste,là où ils sont le plus naturels. L'orateur les éprouve, et il les exprime ; il les laisse ou se i' prolonger librement ou librement s'interrompre : il n'a pas , plus besoin de les retenir par force que de les amener par \ machines. Ils sont d'ailleurs si fréquents que je ne m'attarderai ': pas à citer des exemples : on en rencontrera en ouvrant un ? volume quelconque des sermons.

I § 3. — L'élocution. Soin que Bossuet en prend, — Fautes

I de lecture.

; «T 'ORDREet le mouvement qu'on met dans ses pensées,»

J j tel est le style, selon la définition de Buffon. Gardons-

: nous toutefois de considérer le style, surtout celui de Bossuet, ; comme un ornement qui s'ajoute à la pensée. On admet géné- [ ralement avec Fénelon que l'on peut penser bien et s'exprimer I mal ; c'est, par exemple, ce qu'à tort ou à raison il reproche à I Molière. Mais il faut s'entendre. Mal écrire en pensant bien, ne serait-ce pas penser seulement à moitié? J'avoue que telle

I. Pour la même raison, il y a moins d'accidents à réparer dans les péroraisons que partout ailleurs. Il faut pourtant noter qu'en plaçant arbitrairement à la fin du sermon de 1666 sur la Charité fraternelle une péroraison composée en 1662, on charge la mémoire de Bossuet d'une calomnie : on lui fait adresser à Louis XIV des paroles aussi choquantes à l'époque du 2<= Carême, qu'elles étaient convenables à l'époque du premier; que la péroraison du 2^ sermon pour le II I^ dimanche de Carême est une interpolation qui saute aux yeux, en face du manuscrit (12.822, f. 241) ; que celle du i^r sermon pour le I\^^ dimanche est un emprunt illégitime à un des sermons sur l'Ambition ; que le sermon sur le Culte dû à Dieu (vendredi de la 3'^ semaine) n'en a pas d'autre que la 2^ des éditions (Lâchât, IX, 271) : l'alinéa par lequel on termine le discours n'est autre chose que le canevas primitif du 2^ point, etc.

est ma conviction, dussé-je en parlant ainsi me condamner moi-même, avec tous les esprits un peu harassés par les laborieuses recherches de la philologie ou de l'érudition. Nous entendrons donc par «l'ordre et le mouvement qu'on met dans ses pensées/) autre chose qu'une certaine habileté de main dans la distribution des détails, que l'art des proportions et l'emploi heureux des figures. Pour bien des gens, un tour aisé, une souplesse de formes, une parure plus variée que nécessaire, enfin un air à la mode, voilà en quoi consiste ce beau style, que l'on croit de mise dans tous les sujets. C'est le style impersonnel, ce n'est pas un style.Celui de Bossuet est un style très personnel, parce qu'il est inséparable de sa pensée et de son cœur. « Il pense, il sent, et la parole suit. »

Chez lui, les idées sont nettes, comme chez tous les esprits lucides ; et il semble qu'à personne n'ait été accordée une intuition plus profonde, un regard plus pénétrant. A la netteté des vues se joint l'ampleur : les notions sont aussi complètes qu'elles le peuvent être dans notre nature, dont les vues sont toujours courtes par quelque endroit. Tel est le premier élément d'un style véritable, et de son style en particulier : «Ce qui est le plus nécessaire pour former le style, a-t-il écrit lui-même, c'est de bien comprendre la chose ('). »

De là une justesse et une rare propriété dans le choix des expressions. Ajoutez la correction dans le tour : et vous aurez deux qualités très prisées de son siècle, et qui presque seules suffiront à faire de Bourdaloue un écrivain excellent, chez lequel on admirera un langage « clair, exact, précis, sûr et arrêté;» oii chaque mot sera pris «dans son sens propre et dans son étendue vraie. » « Ces qualités, dit M. Feugère (2), Bourdaloue ne les perd jamais : les autres, il les atteint rarement. » On les a contestées à Bossuet, ou parce qu'on ignorait la langue de son temps, ou par suite des fautes de lecture

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