Lâchât, IX
C'est cela, messieurs, n'en doutez y a de si bas et qui parait si mal \ pas. L'homme était fondé solide- assorti avec les premiers principes, ment sur la connaissance de Dieu, test le 7nalheiireux effet de sa chute, etc. Il ressemble à un édifice ruiné,
qui dans ses masures renversées conserve encore quelque chose de la beauté et de la grandeur de son premier plan. Fondé dans son origine sur la connaissance de Dieu, etc.
XII. La dernière phrase du prennier point de ce discours, M. Gazier l'a remarqué (') avec raison, est bien difficile à expliquer grammaticalement : « O âme, reviens à Dieu autant du fond que tu t'en étais si profondément retirée.» — « Peutêtre faut-il supprimer l'adverbe jz, » dit encore M. Gazier, qui propose une autre rédaction de la phrase. Le malheureux si est bien au manuscrit ; mais il ne faut pas, ajouterons-nous à notre tour, hésiter à le supprimer, car il appartient à une première rédaction qui était ainsi conçue: « Reviens à Dieu, dont tu t'étais si profondément retirée. »
De même qu'un grand nombre de développements, ainsi que nous l'avons vu, ne semblaient incohérents qu'à cause des interpolations qu'on y avait introduites, de même beaucoup d'expressions ne paraissent manquer de justesse ou offenser la correction (je parle de celle de l'ancienne langue), que parce qu'ils ont été mal lus et mal reproduits par les éditeurs. On connaît l'étrange locution, qui se trouvait dans toutes les éditions du sermon sur la Parole de Dieu jusqu'à i868,et que M. Littré avait cru devoir expliquer dans son Dictionnaire : << Les oreilles sont flattées par l'acadcinie et l'arrangement des paroles (2). » M. Gandar est venu, et il a lu au manuscrit : € Les oreilles sont flattées par la cadence. » Par une autre correction le même éditeur substitue, dans le sermon sur la Loi de Dieti, la vraie leçon « diriger le succès des affaires, »
à celle que donnaient tousses prédécesseurs « diriger les vues des affaires, » ce qui ne présentait aucun sens.
En cent endroits le même critique, ou son disciple M.Gazier, ont dégagé parmi les variantes brouillées comme à plaisir par les éditeurs, particulièrement par M. Lâchât, le texte véritable, la rédaction définitive ; et ils nous ont montré une phrase toujours plus belle quand elle nous apparaît dans sa sincérité.
Tout n'est-il pas dit enfin sur ce point ^ Non, certes ; et on le verra par quelques exemples que je signalerai, parmi beaucoup d'autres, en finissant ce chapitre.
XIII. Dans le premier sermon sur V Honneur, "^xtc^sxé devant Condé, en 1660, on lit dans toutes les éditions, même dans celles de M. Gandar et de M. Gazier ; « Il tient bonne table à ses mines ...» Faut-il entendre avec M. Gandar que la libéralité de l'avare dont on parle n'est qu'une apparence, que ce sont des mines? ou supposer en désespoir de cause une distraction de l'auteur qui aura écrit autre chose (') que sa pensée ? Ni l'un ni l'autre. Il faut lire en ponctuant ainsi : « Cet homme s'est enrichi par des concussions épouvantables, et il vit dans une avarice sordide :tout le monde le méprise. Mais il tient (â est-à-dire, s' il tient) bonne table, à ses mines (2), à la ville et à la campagne : cela paraît libéralité, c'est un fort honnête homme : il fait belle dépense du bien d'autrui. » On voit que M. Gandar faisait un vrai contresens, non sur le mot seulement, mais sur tout le mouvement de la phrase : ce n'est pas l'avare qui tient bonne table, c'est un autre concussionnaire, qui se fera estimer par cette libéralité peu méritoire, tandis que le premier excite le mépris, n'ayant pas ce