‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inéditsChapitre 81 sur 243 · Expressions de Gandar; Bossuet orateur, Introd,, XXXVII · texte numérisé non relu

Expressions de Gandar; Bossuet orateur, Introd,, XXXVII

allusions. Que le texte de l'édition de Versailles, auquel il rapportait ses constatations, eût reproduit fidèlement les manuscrits, cet érudit si consciencieux laissait échapper bien peu d'erreurs. Le second a trouvé dans les manuscrits mêmes (principalement lorsque les textes ne présentaient pas, comme il est assez ordinaire, de ces allusions transparentes pour qui sait lire) les moyens de classer les Carêmes et un certain nombre de sermons isolés. Il serait resté peu de chose à faire après lui, si ses études s'étaient étendues à toute la carrière oratoire de Bossuet : mais on sait qu'elles s'arrêtent au Carême du Louvre (1662), au moment où l'orateur entrait dans la pleine maturité de son génie. Ce n'est que par comparaison qu'il indique incidemment la série des sermons prononcés plus tard dans le Carême de Saint-Germain. Les Avents sont tous postérieurs à 1662 : ils n'ont jamais été exactement classés. Il en est de même de beaucoup de sermons de la maturité et de la vieillesse de l'orateur. Ajoutons que dans l'histoire de sa jeunesse même, beaucoup de problèmes n'ont reçu qu'une solution approximative. Il y a, croyons-nous, intérêt et profit à préciser.

Mais les anciennes méthodes, tout en ayant encore quelque chose à donner, pourvu qu'on les applique avec une nouvelle rigueur, ne seront-elles pas quelquefois impuissantes à trancher les questions réservées à la sagacité ou à la patience des derniers venus? Je n'ai pas besoin de dire que ce sont naturellement les plus obscures. Aussi j'avoue que je ne me serais pas flatté d'atteindre toute la précision désirable, si, aux méthodes ci-dessus énoncées, je n'en avais ajouté une autre, que je puis appeler nouvelle, bien que M. Gandar l'ait entrevue : c'est l'étude minutieuse de l'orthographe de Bossuet.

Cette méthode, qui m'a été particulièrement secourable, mais à la condition d'affronter une besogne longue et fastidieuse, voici le moment de l'exposer, de la justifier et de l'appliquer. Un tableau des principales singularités orthographiques des manuscrits de notre auteur, que nous donnerons

CH. I. NAVARRE ET METZ. lO'

dans l'Appendice, doit être consulté à l'appui de notre démonstration. Il aidera, nous l'espérons, à produire la convic-

; tion chez les lecteurs, à qui l'idée aurait pu paraître le plus hasardée, ou le plus bizarre, au premier abord.

Je n'aurais garde d'étendre à d'autres auteurs la théorie qui va suivre : je n'en connais point à qui elle puisse convenir. Mais je dis que, lorsqu'il s'agit de Bossuet, et spécialement des écrits de sa jeunesse, grâce à un concours tout particulier de circonstances, les variations de son orthographe peuvent fournir les éléments principaux d'une chronologie exactement précise.

Je le sais, des assertions, qui semblent très autorisées, tendraient à écarter par la question préalable une telle prétention. Si l'on doit admettre avec M. Gazier, dans l'Introduction de son édition critique de vingt-trois Serinons choisis, que « l'orthographe de Bossuet est bien la plus capricieuse, souvent même la plus étrange qui se puisse rencontrer (') ; » si l'on trouve dans ses manuscrits « le mépris le plus absolu de l'orthographe telle que notre siècle la comprend (2), » quelle apparence qu'on puisse faire sortir la lumière d'un pareil chaos ?

D'aussi catégoriques affirmations, appuyées sur des exem-

f pies qu'on pouvait croire décisifs, ne devraient-elles pas décourager à l'avance toute tentative de classification fondée

;, sur l'étude de l'orthographe du grand orateur.? Il sera permis

\ toutefois de rappeler que M. Gandar avait parlé incidemment d'une manière moins dédaigneuse de cette orthographe de Bossuet et des secours qu'elle pourrait fournir :

« La date est confirmée, dit-il quelque part, par l'aspect du manuscrit... ; elle léserait au besoin par VorthograplLe, par les formes du style... (3). » — Et d'une manière plus générale : « Des indices de toute nature recueillis dans les

\ I. Introduction, p. XI.

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