Choix de sermons. Avertissement, p. XX
2. Par exemple, parce qu'on ne distinguait pas un brouillon d'avec une mise au net.
3. Presque toujours. II est naturel que des rédactions très rapides, dont la plupart sont des brouillons sublimes, mais enfin des brouillons, contiennent un certain nombre de lapsus, de pures inadvertances. Il ne saurait s'agir de les collectionner pour en faire la matière dune théorie qui ne reposerait sur rien de solide. Qu'on ne les néglige pas toutefois absolument : telle inadvertance, provenant d'un retour involontaire à un usage antérieur, pourra servir à sa manière à établir une date.
Deux sermons sur la sainte Premier sertnon sur la Frovi- Vierge ('), certainement afitérieurs derice (2), à Dijon, 7 mai 16^6, à i6j6.
Cête, même, nôtre, uôtre, être... Geste, mesme, nostre, uostre,
estre.
l Reconêtre, parêtre, il parest, ils Reconnoistre,paroistre, il paroist,
conessent... ils connoissent...
j Feble, feblesse... Foible, foiblesse.
Ramène, uéne, (pêne (3), pléne). Peine, pleine, déreiglez...
Hureux, bienhureux, malhureux, i Heureux, et ses composés
(point d'autre forme). < (6 fois).
, ' Hureux,et lescomposés(7fois).
i, Peust être... Peut estre...
Prouidance, impatiance,uiolance, Prouidence, patience, uiolence,
etc., ie pretans... etc., ie pretens.
Tans, longtans, etc. Temps, printemps, etc
N'est-il pas évident que nous sommes en présence de deux systèmes orthographiques différents et radicalement opposés ? Et ne reconnaît-on pas successivement dans le même auteur, avec autant de sûreté que s'il s'agissait de deux écrivains distincts, l'influence de deux écoles rivales, qui depuis quatre siècles n'ont guère cessé de se disputer l'empire : celle de l'orthographe étymologique, ou crue telle, de beaucoup la plus usitée ; et celle de l'orthographe phonétique, c'est-à-dire,
1.1° Seniion sur la Nativité de la Sainte Vierge (3^ des éditions). Ms. communiqué par M. le chanoine Denis, de Meau.x. Ce sermon contient une allocution à Schonberg, mort en juin 1656 ; il ne peut donc être postérieur au 8 septembre de l'année 1655, pour ne rien dire de plus, quant à présent. — 2° Dans la rédaction presque improvisée de cette œuvre, Bossuet se reporte à un autre sermon, que les éditeurs ont placé au jour de la Compassion (2^ des éditions). Celui-ci est donc forcément plus ancien encore. Le manuscrit est à la Bibliothèque nationale (12.823, f- ^S*^)- — Plus loin, nous préciserons la date de ces deux compositions. (Voy. octobre 1651. — septembre 1652). Il suffisait ici de prouver invinciblement qu'ils sont antérieurs à 1656.
2. Bibliothèque nationale (12.824, f. 122). — La date a été étabhe d'une façon incontestable par ^L Floquet {Études..., I, 379-391). — Cf. l'édition Gandar, p. 100.
3. Ces deux mots manquant dans les deux sermons cités, je les prends dans la Méditation pour la veille de l'Assomption, 1650. — Dans des senr.ons contemporains de celui de la Providence, on trouve ; rameine. ueine.
(sauf les inconséquences), conforme à la prononciation, abstraction faite de toute préoccupation de l'origine des mots ?
Il y avait cent ans et plus que ces deux systèmes étaient jj en présence. C'est ce que nous atteste le très curieux Dialogue \ de VOrtografe e Prononciation Françoese .départi an de7is Hures \ par Jacques Peletier du Mans. — A Poitiers par (') Jan et \ Enguilbert de Marne/, a Vanseigne du Pélican, auec priuilege . du Roe. IS50. .
Là se rencontrent et se combattent les tenants des deux S partis ; et Théodore de Bèze, le défenseur autorisé de cette [ orthographe étymologique à outrance, que l'on désigne encore sous le nom d'orthographe de Bèze, est chargé dans le Dia- \ logue de nous exposer le système de ses contradicteurs : i
<iAdonq' le Signetir Debeze connnança a parler einsi. Cens, | gui antreprenet de corriger notre Ortografe, autant que ie puis | connoe'tre leur intantion e fantesie, ne tandet a autre fin qu'a f rapporter l'Ecriture a la prolation (^) ; e par ce vioien iz taschet \ a an oter la superfiuite e abusion qu'iz diset i être Q). . . »
C'est ce qu'il attaque dans ses objections, et ce qu'on i défend contre lui, et plus encore contre son lieutenant Denis i Sauvage: car pour lui, il disparaît de la scène après le premier t livre, qui est comme le premier acte de la pièce. Les défen- i| seurs sont l'auteur même du Dialogue, Jacques Peletier, et . avec lui Dauron, et /an Martin. Naturellement celui qui a imaginé cette conférence, la conclut au mieux de ses idées. |
L'orthographe phonétique n'a pourtant jamais réussi à obtenir la consécration de l'usage. Et toutefois elle n'a jamais cessé non plus d'avoir ses partisans. Aujourd'hui même (1887),
1. C'est-à-dire ?w/rm^ par On dirait aujourd'hui f//^s, pour éviter l'amphibologie. — Un exemplaire de ce livre rare, celui de Ménage, qui l'a annoté, est à la Bibliothèque nationale. (Réserve,* X, 1953.) — Le volume (216 pages in-i8) débute par l'Apologie à Louis Meigret Lionnoes (Lyonnais), autre partisan de l'orthographe phonétique (p. 1-18).