‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inéditsChapitre 84 sur 243 · C'est-à-dire, la prononciation · texte numérisé non relu

C'est-à-dire, la prononciation

3. P. 66 ; après une longue mise en scène où l'auteur introduit ses interlocuteurs à la manière antique.

il existe une Assosiasion (') fonétiqjie don le bu è de substituer dans l'usage V ortografe fonétique a Vortografe tradisionelle aujourd'îii employé. Cette Association phonétique, qui a pour prezidari M. Paul Passi (^),fis du député de la Sène, apprendra sans doute avec plaisir qu'en 1650, Bossuet, encore écolier de théologie, mais préchant déjà au collège de Navarre, écrivait, à peu près comme elle : Prouidance, dispance, pêne, pléne,profétie, son fis {on fils indifféremment), nos cors, conctre, etc. (Méditation pour la veille de l'Assomption (3), 1650).

Il est vrai que si Bossuet connut de bonne heure et essaya ce système, il le réprouva bientôt en pratique, comme il le répudiera un jour solennellement en théorie. M. Marty- Laveaux a publié la réponse de Bossuet évêque à une consultation des Académiciens ses confrères, devant lesquels était posée cette même question toujours pendante : « Il ne faut pas souffrir, déclare-t-il, une fausse règle qu'on a voulu introduire d'écrire comme on prononce, parce qu'en voulant instruire les étrangers et leur faciliter la prononciation de notre langue, on la fait méconnaître aux Français mêmes... On ne lit pas lettre à lettre, mais la figure entière du mot fait son impression tout ensemble sur l'œil et sur l'esprit, de sorte que, quand cette figure est changée considérablement tout à coup, les mots ont perdu les traits qui les rendent reconnaissables à la vue, et les yeux ne sont pas contents (''). » Voilà sa théorie, et voici sa pratique.

On a cru qu'il avait mêlé toute sa vie indistinctement les deux systèmes : c'est une illusion causée par l'ordre liturgique dans lequel on a distribué les manuscrits, comme les impri-

r. Voy. le Courrier de Vaugelas, i^r février 1887.

2. « Pourquoi pas : Pol Pasi ? » demande le Courrier de Vaugelas. Les inconséquences abondaient aussi dans Peietier du Mans.

3. Ms. à Meaux (Grand Séminaire). La date est donnée par Ledieu (Mémoires, p. 26).

4. Marty-Laveaux. Cahiers de Remarques sur l' Orthographe française. — Cf. Petit de Julleville, Notions- générales sur les origines et sur V histoire de la langue

française, p. 139. — Chassang, Grammaire française, p. 494, — Dictionîiaire de V Académie (1878), Préface de M. de Sacy.

mes. Dès avant 1656, il avait renoncé, et renoncé définitivement, à l'orthographe phonétique.

Il y avait renoncé ; nous venons de le démontrer. La rupture était définitive : que l'on prenne en effet tous les sermons déjà datés, postérieurs à 16 j6, ou les lettres autographes qui nous conduisent yV^j-^//'^/^ ^703, on n'y trouvera jamais de retour à V orthographe de la première époque (').

Ainsi, lorsque Bossuet disait à l'Académie : « Il ne faut pas souffrir une fausse règle qu'on a voulu introduire d'écrire ' comme on prononce, » il était comme toujours conséquent I avec lui-même, puisque cette « fausse règle », il y avait long- I temps qu'il l'avait répudiée.

ICe point important est donc désormais acquis. Il nous permettra, à l'occasion, d'écarter plusieurs conjectures propoj sées par M. Gandar, sous réserves d'ailleurs, mais transformées i bientôt par l'autorité de son nom en décisions sans réplique. Nous dirons plus loin quels secours l'orthographe de Bossuet aura encore à nous offrir après cette date de 1656. Examinons auparavant s'il ne sera pas possible de répartir entre eux les manuscrits de la première époque.

Si nous constations une progression croissante ou décroissante dans l'application du système, n'aurions-nous pas trouvé de précieuses indications, capables de nous aider à ranger chronologiquement ces manuscrits de Navarre et de Metz? Il est bien entendu qu'on aurait soin, en même temps, de ne pas les isoler de toutes celles que fournissent d'ailleurs la composition, le style, les allusions historiques, les Mémoires du temps.

Précisons donc maintenant. Certains faits orthographiques, notamment la présence ou l'absence du / intercalaire dans les formes interrogatives, et les variations de certains mots : heureux, le temps, notre, votre, même, etc., peuvent être ici d'une véritable utilité.

I. Nous l'avons a-p'péiée. phonétique, à cause de la tendance qui y domine. Le mot, qu'on a conlesté, n'importe nullement à notre démonstration.

Commençons par suivre dans Bossuet l'histoire de l'emploi ou de la suppression du t euphonique, ou étymologique, ou plutôt analogique, comme on voudra l'appeler, qui se rencontre dans la conjugaison interrogative. Avant 1649, Bossuet était si éloigné de la pensée de supprimer ce t intercalaire, que, dans la Méditation (') sur la Brièveté de la vie (1648), et dans ce qu'on a intitulé: Première rédaction du sermon sur le Bonheur des saints, il le redoublait, en certains cas où il n'est nullement nécessaire. Il ajoutait til (sans trait d'union avant ni après le /), à toute forme interrogative ou inversive, qu'elle se terminât par une voyelle ou par une consonne : Combien ce tans est til clairsemé dans ma vie ? ... que in en reste til ? ... cela uaut til bien la pêne de se donner tant de pêne ? (Brièveté de la vie). ... Y a til emploie;... ne s'est til pas lié?... les régalera til!... se laissera telle répandre!... que fera telle?... y eust til ? (3 ,'bis)... iamais prêtre lui offrit til?... encore est til inconnu ;... a pêne le considerast til. (Méditation sur le Bonheiir des saints) (-). — Bientôt après commence une réaction en sens contraire, qui sera, du reste, bien éphémère. Huit manuscrits en tout contiennent, à ma connaissance, des exemples de la suppression (^). Sur ces huit manuscrits, il n'y en a que quatre où elle soit constante; savoir : 1° le Panégyrique de saint Gorgon (■♦), (9 septembre 1649) : sera-il?... recueillera-elle? ... reste-il? — On le voit, le t est alors remplacé par un trait d'union. — 2° Le sermon dit de la Compassion {^) {2^ des éditions: Y a-il? ne vous samble-il pas?... a-il pas fallu ? . . . que nous a-il fait ? ... pourra-il ? . . . ne nous

1. Nous établirons, par le sens de plusieurs passages, que cet opuscule remonte à l'ordination de Bossuet pour le sous-diaconat (septembre 1648). — Mss., 12.822, f. 370.

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