‹ Histoire critique des doctrines religieuses de la philosophie moderne [microform]Chapitre 3 sur 54 · C. Bs · texte numérisé non relu

C. Bs

» [.orsque les OEuvres posthumes de Scliellini,^ auront paru, je luemprosserai de combler une lacune, que je devais laisser subsister, pour olxMr à nu grand homme q«ii m'avait honore de sa bieuveiliance.

INTRODUCTION

« A un fanatisme il est toujours aise d'en substituer un autre. » M. S. db Sacy.

Lorsqu'en 1811) ruii des rénovateurs du spiritualisme français, Ro\ cr-Collard, du haut de la tribune législative, pressait l'Eglise et TEtat de s'abstenir de toute intervention séculière et matérielle, dans les destinées de la spéculation abstraite et morale, \oici coujment il s'énonçait : « Sans la philosophie, il n'y a ni a littérature ni science véritable. Si de pernicieuses « doctrines se sont élevées sous son nom, c'est à elle, c( non à l'ignorance, qu'il appartient de les combattre, K à elle seule qu'il est réservé de les détruire. » .fustes alors, ces paroles si simples le sont encore en 1 800, et le seront toujours. Hàtons-nous de les redire, et de les appliquer en particulier à la philosophie reli' ifmise^ à celle qui consacre ses méditations à l'existence et à la nature de Dieu, à ses perfections, à ses relations avec l'univers et avec l'humanité.

De toutes les parlio de la philosophie, c'est la plus suspecte, la plus inquiétée. Mêlée aux intérêts spirituels, les plus délicats à la fois et les plus généraux, mais voulant y satisfaire avec indépendance, elle semble- ii0u\enl une ennemie à ceux qui, mieux iiispirés, y

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[KUirraieiil voir un utile auxiliaire. Aussi est«elle sans cesse occupée à se défendre, tantôt elle-même, et s(îs droits fondés sur ses devoirs, tantôt le chemin et le but de sa foi, le théisme naturel et scientifique. Cetlti tache , cej)endant , \arie sini::ulièrement , selon les temps et les institutions, a^ec la <li\ersitédes atlacpics, au\(pielles il laut proportionner la lésistance. Tel trenre d'agression, telle manière de défense. Les armes eui|)loyées|)ar Descartes et Leibniz, celles même donl se servirent Kant ol Heid, dois eut être remplacées j)ai des insIruuienlsdilVérents, cpioiipie anaioiiues, aujourd'hui cpie les adversaires du monothéisme sont, uou plus seulement les matérialistes, mais ces idéalisles rpii out toujours été les plus ardents antagonistes du matérialisme.

II importe, en elVel, phis (pu3 jamais, de distini»uer avec soin les contradicteurs divers de la philosophie ndiifieuse. et même de les séparer de ses proscripteurs. (leux-ci n'occupent-ils pas des extrémités opposées?

Les uns condanment la religion naturelle, la théologie philosophifpie, parce (pf ils la jugent nuisible à la religion révélée, vaine en elle-même et superilue, par ses eflets pernicieuse et haïssable. Les autres la repoussent, au nom des sciences physiques et exactes, comme le résultat de procédés auxquels ces sciences refusent toute portée sérieuse, toute utilité, toute force pour accroître la sonnne des saines connaissances et iU'> réels progrès de la société.

Nous aurous cent fois Toccasion, la mission d'apj>recierces graves repiM)ches ; mais il y a, ce semble,

INTRODVCTION.

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(piehpie avantage à les abonier dès ce moment, eu peu de lignes. Le lecteur s'orientera plus aisément ensuite, à travers les points de vue variés où l'histoire le transportera.

Rappelons d'abord que les adversaires ecclésiastiques de la philosophie religieuse se partagent euxmêmes en deux groupes dilliciles à confondre. La moindre partie réprouve toute recherche libre, spécialement celle qui fut entreprise ou constituée par Bacon et Galilée, par Descartes et Leibniz, et continuée avec un succès croissant par toutes les générations, jusqu'à la notre. La pluralité absout le siècle de Bossuet et de Kénelon, et ne censure que les temps postérieurs : au jour, disent-ils, succéda une nuit plus ou moins épaisse. Depuis Descartes jus(pi'à Leibniz, il y eut vérité et grandeur; depuis Leibniz, le dernier philosophe, d n'y a (ju'ime longue et détestable succession de sophismes, de mensonges et d'illusions, de uiensonges siutout et de méchancetés !,.

Si la première de ces nuances a l'avantage tVinu' rigueur étroite, d'une conséquence inllexible, la se- C(m(le a-t-elle celui de la justice et de l'équité, le meritiide celte indulgence généreuse qui sait comprendre les erreurs et les i)ardonuer? (]e qui est certain, c est (pi'elles se démententrune l'autre, et sont toutes deux démenties par l'évidence des laits. L'esprit humain ne peui-il rien savoir par lui-même sur Dieu el ses raj)porls avec la création? Alors point de privilège pour le WIT" siècle. Au contraire. Descartes et Leibniz ont-ils pu s'élever jusqu'à Dieu? Alors l'esprit humaui n'est

iNTRomir/non.

pourraient \o\v \n\ utile auxiliaire. Aussi est-elle sans cesse occupée à se défendre, tantôt elle-même, et ses droits fondés sur ses devoirs, tantôt le chemin et le hut de sa foi, le théisme naturel et scientifique. Cetttî tckhe, cependant, varie singulièrement, selon les temi)s et les institutions, avec la diversité des atta(pies, auxquelles il faut proportionner la résistance. Tel -eiu-e d'airression, telle manière de défense. Les armes (Muployées par Descartes et Leibniz, celles même dont se servirent Kant et Ueid, doivent être remplacées par «les instruments dilVérents, quoique analogues, aujourd'hui que les adversaires du monothéisme sont, non plus seulement les matérialistes, mais ces idéalisto ((ui ont toujours été les plus ardents antagonistes du matérialisme.

11 importe, en effet, plus que jamais, de distinguer avec soin les contradicteurs divers de la philosophie religieuse, et même de les séparer de ses proscripteurs. Ceux-ci n'occupent-ils pas des extrémités opposées?

Les uns condamnent la religion naturelle, la théologie philosophique, parce cpi'ils la jugent nuisible à la religion révélée, vaine en elle-même et superflue, par ses effets pernicieuse et haïssable. Les autres la re- |K)ussent, au nom des sciences physiques et exactes, comme le résultat de procédés auxquels ces sciences refusent toute portée sérieuse, toute utilité, toute force pour accroître la somme des saines connaissances et des réels progrès de la société.

Nous aurons cent fois Toccasion, la mission d'apprécier ces graves reproches ; iuais il y a, ce semble,

INTRODUCTION

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(pielciue avantage à les aborder dès ce moment, en |)eu de lignes. Le lecteur s'orientera plus aisément ensuite, à travers les points de vue variés où l'histoire

le transportera.

Rappelons d'abord que les adversaires ecclésiastiques de la philosophie religieuse se partagent euxmêmes en deux groupes diiliciles à confondre. La moindre partie réprouve toute recherche libre, spécialement celle qui fut entreprise ou constituée par Bacon et Galilée, par Descartes et Leibniz, et continuée avec un succès croissant par toutes les générations, jusqu'à la nêtre. La pluralité absout le siècle de Bossuet et de Fénelon, et ne censure que les temps postérieurs : au jour, disent-ils, succéda une nuit plus ou moins épaisse. Depuis Descartes jusqu'à Leibniz, il y eut vérité et grandeur; depuis Leibniz, le dernier philosophe, il n'y a qu'une longue et détestable succession de sophismes, de mensonges et d'illusions, de mensonges surtout et de méchancetés !,.

Si la première de ces nuances a l'avantage d'une rigueur étroite, d'une conséquence inflexible, la seconde a-t-elle celui de la justice et de l'équité, le méritti de celte indulgence généreuse qui sait comprendre les erreurs et les pardonner? Ce qui est certain, c>>t qu'elles se démentent l'une l'autre, et sont toutes deux démenties par l'évidence des faits. L'esprit humaui ne peul-il rien savoir par lui-même sur Dieu et ses ra|)ports avec la création? Alors point de privilège pour le XVir siècle. Au contraire. Descartes et Leibniz ont-ds pu s'élever jusqu'à Dieu? Alors l'esprit humain n'est

INTRODUCTION

pas privé de force et (raiilorité, en matière de religion spéculative. Il y a plus. La philosophie, ayant pu être saine au XVIl'' siècle, peut Tétre encore dans toute autre période; et elle Ta été après Leibniz, et elle devait l'être, ne faisant que continuer Tœuvre duXVlP siècle, avec les mêmes procédés et dans un esprit soni- Mable.

Que Ton veuille ici embrasser d'un coup d'œil impartial les elTorts tentés depuis ITiO, et compter ou peser les noms inscrits plus tard dans les annales de la spéculation religieuse.

L'Allemagne, d'abord, avant de produire Kant, possède une légion d'écrivains, fidèles sectateurs de Leibniz, ou chercheurs libres et populaires, éclectiques et savants, mais tous appliqués à démontrer l'existence de Dieu, moins à l'aide de la seule pensée de Dieu, qu'au moyen de la connaissance détaillée des œuvres divines. On les appelle des physico-théologiens ^ et puisqu'ils défendaient les causes finales par l'histoire naturelle, des tèléologues. Christian Wolf, Meier, Baumgarten ; Crusius, Platner, Tetens, Moïse Mendelssohn, Samuel Reimarus, sont des esprits de second ordre, sans doute, un peu lourds et minutieusement scrupuleux ; mais ce ne sont pas des esprits captieux et pervers. Les éloges que leur accordent, après George Cuvier et Chateaubriand, les théistes anglais et hollandais, les Hofstede de Groot et les Pareau, puis les auteurs qui, depuis 1829, sous les auspices de la Société royale de Londres, ont répondu à l'appel du comte de Bridgewater, pour prouver la Providence par les dé-

lî^TRODUCTlON

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couvertes mêmes des sciences naturelles S Thomas Chalmers, Whewell, Buckland, Maculoch, Babbage ; ces éloges, et l'exemple donné à Rey et à Derham, à Lesseretà Nieuwentyt, à Charles Bonnet et à Pierre Lyonnet, à Trembley et à Lesage, à Paley et à lord Brougham : tout cela devrait les préserver, sinon de l'oubli, du moins d'un mépris injuste. Ce sont, vers 1750, des antagonistes de l'athéisme, d'autant plus respectables, qu'ils se montrent aussi zélés partisans de la tolérance et de l'humanité.

En France, sous l'impulsion puissante d'un concours de causes contraires, après les fausses dévotions de la fin d'un grand règne, après les licences séduisantes d'une régence irresponsable, apparaît une phalange redoutable d'écrivains sceptiques et matérialistes, avocats du hasard, comme La Mettrie et d'Argens, adorateurs de la nécessité physique, comme Helvétius et d'Holbach. Les menaces excessives et vaines d'un iiouvernement faible et immoral encouragent ce débordement de théories mauvaises ou mesquines. Eu 17oT, Louis XY rend un édit portant la peine de mort contre les auteurs d'écrits tendants à attaquer la religion. L'année suivante paraU le fameux livre De V Esprit. Il faut donc beaucoup pardonner aux plumes qui eurent le mérite de combattre le fatalisme athée. Voltaire et Rousseau ne doivent donc pas être confondus avec la coterie holhachique, qu'ils ont blâmée et réfutée. En désaccord entre eux, ils s'entendent pour défendre

1 Bridgewater Treatises. — Cfr. H. de Groot, Institutiones theologiœ naturalis{éù.ny 1839).

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INTnODLCÏiON.

Dieu et l'homme. Il y a chez eux, (lites-vous, un mélange fatal d'erreur et de vérité. Soit : mais où ne découvrez - vous pas un peu de ce mélange ? Relevons l'erreur, à cause de l'empire qu'exercent de si beaux écrivains ; gardons-nous d'avancer que tout y est faux! Reconnaissons que ces célèbres adhérents du théisme furent inconséquents, insuliisants, tantôt téméraires, tantôt timides; avouons qu'ils se contredirent souvent et se trompèrent plus d'une fois : mais s'ensuil-il qu'ils aient voulu abuser et égarer les hommes? En particulier, celui qui marque le mieux, selon Hegel, le passage de Leibniz à Kant, Jean-Jacques, n'est-il pas un peintre supérieur du sentiment religieux, un des plus habiles propagateurs de cet argument : Je sens du divin en moi et hors de moi. Dieu existe donc? L'Europe entière proclame Rousseau le principal fondateur de la théologie du sentiment, comme elle admire en Voltaire tour à tour le panégjrisie du suprême Ordonnateur, et l'antagoniste du fanatisme et de la superstition. Autour de ces esprits éminents, combien de serviteurs de la même cause, moins persuasifs, moins brillants, mais non moins dévoués, ni moins respectables! Grand noml)re de ces pieux et modestes amis de Dieu, comme disait Necker, n'étaient pas Français, ou ne vivaient pas en France, mais ils employaient notre langue pour devenir plus utiles, plus universels. La liste qu'ils composent serait interminable. Bornons-nous aux noms connus : Abauzit, Ancillon,Béguelin, Bergier, Bonnet, Brunet, Castillon, d'Escherny, Euler, Gerdil, Guénard, Hemsterhuys,

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