‹ Histoire critique des doctrines religieuses de la philosophie moderne [microform]Chapitre 4 sur 54 · XVIJ · texte numérisé non relu

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Kérantlech, Lambert, Lignac, Meister, Mérian, Mesanguy, Necker, Prémontval, Sulzer, Turgot.

L'Angleterre offre un spectacle peu différent. Un trop fidèle sectateur de Locke et de Berkeley, le pénétrant David Hume, y avait bâti, avec le sensualisme et l'idéalisme, un édifice de doute, d'autant plus formidable qu'ébranlant le principe de causaUté même, il menaçait de renverser toute science certaine, toute existence transcendante, et surtout la réaUté de la cause première. On a justement vanté l'élégante perspicacité et la rigueur d'analyse du pyrrhonien d'Edimbourg. Mais on doit rendre hommage aussi à la rectitude, à la précision, à la solidité, à la sagesse dont fit preuve, en combattant cet incrédule de la philosophie, the philosopliical unheliever, toute une école répandue à travers les académies et les églises d'Ecosse. Il y a des motifs plausibles pour taxer de pusillanimité Adam Smith et Ferguson, Reid et Beattie, Oswald et Dugald- Stew art, et peut-être même leurs prédécesseurs, Wollaston et Clarke, Shaftesbury et Newton. Qui voudrait cependant incriminer leur sens commun, leur sens moral ou religieux? Qui ne signerait volontiers les pages où leur premier chef, Hutcheson, décrivait en 1742 l'importance de la théologie naturelle? « Quamquam omnis « philosophia jucunda sit et frugifera, ejus tamen nulla « pars feracior est et uberior illâ, quœ Dei cognitionem (c coîîtinet , quœque dicilur THEOLOGIA NATURAc< LIS ; etc. ' » Point de hardiesse spéculative, point d'essor platonique, point de synthèse absolue et uni-

» A'oyez Hutcheson, Synopsis metaphysica;.

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verselle, répliquez-vous! Il est vrai, mais à celte époque-là il s'agissait, pour la Grande-Bretagne, de rétablir scientifiquement les croyances instinctives et intellectuelles, conditions internes de la foi en Dieu; puis, d'asseoir cette foi même sur l'évidence des causes, tant finales qu'efficientes. Cette double tache, les psychologues et les moralistes écossais l'ont remplie avec honneur.

Voilà quelques faits propres à montrer que le XVI ir siècle n'était pas tout entier indiflerentetméme hostile à ce que Leibniz appelait la cause de Dieu,

Ce n'est pas encore tout. Kant et Jacobi appartiennent à ce siècle tant calomnié, tout aussi bien que Vico et Herder.

Que, par sa critique et son idéalisme, le sage d(^ Kœnigsbergait ramené, malgré lui, une sorte de scepticisme, et favorisé, par contre-coup, un dogmatisme extrême, le panthéisme, nous le prouverons, trop peutêtre, nous-même. En ce moment il convient de nous souvenir que Kant avait pris la plume pour combattre le scepticisme, comme le matérialisme et l'athéisme; que Kant, sincèrement religieux, est l'inventeur, non-seulement d'une nouvelle démonstralion de l'existence divine, mais d'une théologie nouvelle, surnommée morale ou praùque, parce qu'elle tendait à concentrer la foi dans « Taccomplissement de nos devoirs, en tant que préceptes divins. » Ainsi, après la physkO'lhéologie, c'est Vélliico-lliéolofjie que cultive

le XVlir siècle.

Le principal vice du cn^'cisme kantien, le doute sur

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la possibilité de connaître Dieu spéculativement, un disciple de Rousseau s'efforce d'y remédier à sa manière. L'aimable et lumineux Jacobi transplante dans le Nord cette religion du cœur et de l'enthousiasme, cette croyance des intuitions et des pressentiments, qu'il qualifie de fol philosophique ou d'instinct de l'infini ; par laquelle il prétend, non démontrer, mais montrer la présence de Dieu en l'homme, et qu'au surplus il règle et il tempère, en y ajoutant quelques éléments du sérieux écossais, quelques rayons de la clarté française. Jacobi, encore méconnu, est le savant créateur d'une théorie très populaire, celle qui accorde à l'homme une conscience de Dieu et des choses divines, conscience qui est la tige commune des manifestations si diverses par lesquelles nos facultés aspirent isolément à la Divinité, sentiment et imagination, analyse et méditation, volonté et pratique. Il fut le conducteur d'une éUte de maîtres de la jeunesse, tels que Kœppen, Bouterwek. Pries et Calker, et de tous ceux qui opposaient au naturalisme le Dieu-Créateur, qui découvraient dans l'homme un principe moral, surnaturel, et qui regardaient la liberté humaine comme un prodige iiussi incompréhensible, mais aussi incontestable, que l'existence d'un Dieu spirituel et en même temps auteur du monde matériel. La conviction qu'a notre âme d'être supérieure au corps, d'être immatérielle et libre, leur garantissait la réalité d'un Créateur distinct de la création.

Qui ne connaît Vico le juriste et le poëte Herder, ces nouveaux philosophes de ï histoire? Qui ne se rap-

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pelle oui ce qui sépare la Science nouvelle (Uavec les Idées sur l'histoire de l'humanité? Mais tous les deux peuvent être cités comme promoteurs de la spéculation religieuse. L'infortuné et profond Napolitain, longues anriées après sa mort, il est vrai, suscita des métaphysiciens généreux, ardents à faire voir combien Dieu a toujours inspiré les hommes, et combien il se manifeste dans leurs traditions et leurs institutions, dans leurs cultes et leurs ouvrages d'art. Race magnanime et parfois outragée, qui ne s'est pas encore éteinte ! le souille de la Grande-Grèce n'a-t-il pas enilanmié de même le traducteur de Campanella ? On se plait à reprocher à Herder d'avoir considéré Dieu comme l'àme du monde; et il est certain qu'il avait tendrement rajeuni , splendidement emi)elli la substance universelle de Spinosa. Mais il faut convenir aussi que sa brillante vivacité concourut à ranimer le théisme, refroidi et desséché entre les mains de Kant, entre celles même des rationalistes étrangers.

En prononçant le nom de Spinosa, nous a^ons énoncé un nouveau grief. Rien de plus singulier, en effet, et de plus important, que l'avènement posthume de Spinosa, vers la fin du siècle où Bacon et Locke avaient prédominé. Les causes et les efl'ets d'un tel phénomène mériteront de fixer toute notre attention. On verra , pour peu qu'on soit impartial , combien ce système, plein de grandeur et de rigueur, de pureté et de simplicité, est pénétré du double sentiment de l'inconsistance des choses finies et de l'immensité, de Véternité de l'être intini. C'est une hérésie philoso-

INTKODtCTïON.

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