‹ Histoire critique du gnosticisme..: et de son influence sur lessectes religieuses et (volume 2)Chapitre 2 sur 12 · PLANCHE V, A, B, C · texte numérisé non relu

PLANCHE V, A, B, C

Jubs trois premières feuilles de cette planche , les feuilles A, B 9 C, sont consacrées à la représentation de PEnsoph des kabbalistes et du plérôme des valentiniens.

Figure i. Table kabbalistique de l'Ensoph, dans sa forme la plus simple et par conséquent la plus ancienne , tirée de livres rabbiniques et de la Kabbcda denudata de Knorr de Rosenrotk.

Jéhovah est distingué en dix sephiroth ou dix attributs, exprimés par autant de sphères émanées les unes des autres, comme les ondulations produites, pat une cause motrice quelconque, dans le sein d'une eau calme* Le mot hébreu de sephiroth est emprunté au grec aQuiÇac.

Figure 2. Table kabbalistique où les sephiroth sont distribuées de manière à offrir la forme d'un homme , suivant l'opinion, que le premier homme fut la révélation, l'image de Dieu, principe déduit de ces mots de la Geuèse : Faisons l'homme à notre image.

On découvre facilement la raison qui a présidé an choix de la place occupée par chacune des sephiroth. La couronne, par exemple, occupe la place de la tête; la beauté celle de la ceinture; le fondement et le règne sont à la base, et ainsi de suite.

Les priscillianistes procédaient d'après la même méthode , en mettant les douze signes du zodiaque à . la place des dix sephiroth de l'Ensoph. Voyez t. II, p. 382 et suivantes.

Figure 3. Combinaison plus compliquée des sephiroth d'Ensoph, en forme' humaine.

N.° i. Couronne'; a, couronne dé la couronne, 4, sagesse de la couronne ; c, prudence de la

couronne.

N. 2. Sagesse.

N.° 3. Prudence.

Ces trois sephiroth constituent l'être doué d'une longue face , Atich-Anpin.

N.° 4. La Magnificence.

N.° 5. La Sévérité.

N.° 6. La Beauté.

N.° 7. La Victoire ou l'Eternité, qui triomphe de

tout le reste.

N.° 8. La Gloire.

N.° 9. Le Fondement.

Ces six sephiroth constituent l'être doué d'une

courte face , Seir-Anpin , dont la tète est indiquée par une grande sphère en renfermant trois, petites , la Sagesse , la Prudence et la Science»

1 N.° 10. Le Règne, distingué en sept petites sphè<res; g, la Sagesse, la Prudence et la Science; A, la Bonté; i, la Force; k 9 la Beauté; /, la Victoire; ut, la Gloire; /», le Fondement.

Ce groupe tout entier, la dixième sephirah, est h femme. La Beauté, encore placée dans la ceinture, peut faire croire que les kabbalistes ont connu Tune des plus belles allégories de la poésie des Grecs, à moins que les Grecs n'aient emprunté eux-mêmes cette allusion à l'Orient.

Ce qui est plus remarquable encore, c'est que l'idée de la syzygic , si fondamentale dans le gnosticisme, est clairement indiquée dans cette table. Nous regardons cette circonstance coiyne Tune de celles qui jettent le plus de jour sur les éonogonies de la gnose. L>es kabbalistes étaient conduits à l'idée de la syzygie par leur hypothèse, reproduite dans les systèmes de l'Occident, sur l'homme primitif, qu'ils faisaient androgyne.

L'analogie entre la Kabbale et la gnose est encore confirmée par des ressemblances de détail. La plupart des sephiroth portaient toute une série de noms, parmi lesquels on trouve ceux de Michaël, de Ga-

briel, de Métatron, de Jéhovah, de Sabaoth, d'Âdonaï, etc. (Knorr a Rosenroth, Kabbaladenudata, apparatus in librum Sohar, p. 8 et suiv.), la plupart reproduits sur les monumens des gnostiques.

Les sephiroth, qui n'étaient, dans l'origine, qu'au nombre de dix sont beaucoup plus nombreux dans les derniers temps de la Kabbale. Dans la figure qui taous occupe, les sphères du plérôme sont au nombre de vingt -quatre, nombre sacré chez les Juifs, approchant beaucoup de celui de trente, que Valentin, suivant les traditions théogoniques des Egyptiens et des Grecs, porta dans sa table du plérôme.

Figure 4. Plérôme des valentiniens , dessiné d'après notre tome II, p.- 104 et suivantes.

Outre les trente éons que donnent l'ogdoade, la décade et la dodécade, imitées assez fidèlement de la théogonie des Egyptien;, le plérôme de l'école valentinienne présente encore quelques éons extraordinaires, Horus, la syzygie de Christos et de Pneuma, et Jésus, personnages dont la destination était analogue, mais dont l'origine fut bien différente.

Si la forme humaine a disparu entièrement de la table valentinienne, l'idée ne s'en est pas moins conservée, Anthropos y figurant comme première émanation de Logos,

PLANCHE L* e , D.

Figure 5. Diagramme des ophites, dessiné par M. Ehrhardt d'après nos explications, t. II, p. 222 et suivantes. Un travail de ce genre m'a paru être le moyen le plus sûr d'arriver, sur ce monument, à des idées aussi précises que le permettent les vagues renseignemens d'Origène.

On doit désirer vivement que les Papyrus du Vatican, qui contiennent entre autres des rituels funéraires où se trouvent les prières qu'adressaient les Égyptiens aux dieux et aux génies des dix régions * , ne tardent pas à être publiés ; ils ne peuvent que répandre plus de lumière encore sur le diagramme. On voit, dans la description que M. Mai a donnée de ces manuscrits , que les ophites ont singulièrement simplifié le pèlerinage du défunt, ainsi que les prières qu'il devait prononcer en abordant les régions des diverses divinités. En effet, outre les supplications pour les génies des dix régions, les Égyptiens en avaient encore pour les génies des quatorze régions, des vingt-une régions, les sept génies de la semaine,

1 Bachmann , Die œgyptischen Papyrus der vaticanischtn Bibliotheky aus dem Italiànischen des Angelo Mai, Leipz* , 1827, p. 16 et 17.

ÎO EXPLICATION

les quatorze génies de la lune, les divinités planétaires, les quatre esprits de YAmenthès y etc.

PLANCHE L w , E.

Nous avons réuni, dans cette feuille, les figures panthées les plus curieuses du gnosticisme, figures dont les ailes forment l'un des principaux attributs. Dans des systèmes qui vivent essentiellement de syncrétisme , rien ne saurait moins surprendre que les figures panifiées; rien ne caractérise mieux l'audace de de la gnose que le symbole des ailes , que reproduisent tous ces monumens , et que les gnostiques trouvaient sur ceux de l'Inde et de la Perse, comme sur ceux de la Grèce, de l'Egypte et de la Judée.

Figure 6. Voyez notre tome I, pag. 274 et suivantes»

Dans cette figure, d'une très-belle exécution, les gnostiques paraissent avoir combiné les caractères d'Athor, Vénus égyptienne, et de Saté, divinité des régions inférieures, ce qui répond parfaitement à la double Sophia du gnosticisme. Dans les croyances égyptiennes, c'est Athor qui accorde à l'ame l'eau de la vie céleste 1 ; dans les croyances gnostiques,

1 Steinbûchel , Beschreibung der A. k. Sammlung cegyp-

tischer Alterthumer. Vienne, 1826.

c'est dans la demeure de Sophia, la huitième maison, que sera célébré, par les époptes, le banquet de la vie divine.

Les symboles que Sophia tient à la main et le vase qu'elle porte sur la tête, paraissent se rapporter à ces idées.

L'attitude des bras et la pose des ailes sont imitées de Saté, la Junon égyptienne. Champollion, Panthéon) •7/ livraison, 7 (A).

Ce qui semble rappeler Athor^ c'est la coiffure et la partie lisible de la légende, les lettres A®Mtt. La lettre Ô ou H est très-souvent rendue par ce signe, M , ce qui a déjà été remarqué par Montfaucon (Palceogr. grœca, p* 180).

H est inutile de dire, que le reste de l'inscription est illisible, quoique les caractères paraissent se prêter à toutes sortes de découvertes. On y trouve, par exemple, les lettres XPO, qui pourraient rappeler %atÇts> le Pneuma-femme, ou son compagnon XÇ&oç.

La Sophia étant considérée par la plupart des gnostiques, et surtout par les ophites, comme la protectrice la plus constante de la race pure , on conçoit qu'ils l'aient invoquée et représentée avec des soins tout particuliers; aussi ce monument est -il un des plus beaux que nous aient laissés les gnostiques. Il est au cabinet de M. Durand, qui a bien voulu nous

en donner des empreintes. Ce qui ajoute à son prix , c'est sa parfaite conservation. Il était inédit.

Figuhe 7. Autre génie panthée, protégeant l'épopte de la gnose, dans son pèlerinage aux régions, de l'éternité.

Le modius sur la tête est le symbole de Sérapi*, divinité des régions inférieures , dont on demande d'abord la protection ; le serpent est celui .de Cneph ou Chnouphis, fils d'Ammon, dieu-soleil, à la région duquel on veut parvenir ; le mot d'Iao est le nom du, génie de la Lune, dont il faut traverser le domaine (voyez vol. II, p. a3i); les quatre bâtons, dont deux servent d'appui, sont les quatre rames mystiques, dont il est souvent question dans les rituels funéraires des Egyptiens ( Mai , Papyrus du Vatican , traduit de Bachmann , p. 17); la pose des ailes indique l'action de la marche et du voyage, et les lettres A M H N T H 2 , mystérieusement éparses , montrent qu'il /agit de se rendre favorables les quatre génies de Yamenthès, de l'enfer, pour lesquels le rituel des Égyptiens contenait également une prière. (Mai, ibid. 9 p. 16.)

Les symboles les plus bizarres de cette composition , sont les poils qui garnissent les genoux et l'espèce de queue du génie. Est-ce l'indication de quelques habitudes terrestres, de quelques penchans

DES PLANCHES. l3

de la vie animale qu'iL faut quitter avant de s'élever dans les régions supérieures ? La queue parait celle du sagittaire dont il faut traverser la région.

La scène que présente le revers de cette pierre est d'une nature analogue aux idées que nous venons de parcourir. Un, mortel, dont on ne .voit guère encore que la tête, s'élève au-dessus de la région terrestre, indiquée par les nuages. Il a traversé le domaine des dix esprits; il entre dans celui des sept planètes, indiquées par sept étoiles (voyez le diagramme des ophi- ' tes, planche L™, Z>); un être à deux têtes éclaire d'un flambeau sa route à travers ces planètes , en lui montrant, au-delà de ce pèlerinage, dans la région du soleil, la palme de l'immortalité. La 'tête de chien et l'étoile de Sirius nous font voir que l'un des deux génies, indiqués ici sur le même corps, est Anubis ou Hermès-Psychopoinpe, que nous rencontrerons plusieurs fois encore ; l'autre ne peut être qu'Harpocrate, qui accompagne presque toujours Anubis dans ces sortes de voyages. 1

Il est probable que la scène du revers se représentait de cette sorte dans la célébration des mystères,

1 II porte le flambeau comme ailleurs , et l'on voit sur sa tête une feuille mal exprimée de la mystique perséi. Voyez De Rossi et Mai, Gemnu antkhe, figure 18.

l4 EXPLICATION

qui devaient donner aux époptes de la gnose une image visible de leurs destinées futures.

L'espèce <Tépée, de forme circulaire, qui se trouve devant le pèlerin , mais qu'il ne tient pas en main et dont il ne se frappe point , comme on l'a cru , s'explique par le diagramme des ophites. C'est à tort qu'on a voulu y trouver une allusion au couteau ou à l'épée des mithriaques, comme on a donné, en général , de ce monument souvent publié les explications les plus bizarres 1 . On y a vu Priape, on y à lu le mot pvtj&jac, souviens -toi (des mystères qu'on t'a révélés) , etc.

Figure 8. Génie panthée, ayant quatre bras, quatre ailes.

Le fléau, qu'il tient à la main droite, est le symbole de la puissance divine; le serpent, à la main gauche, celui de la science des dieux; la coiffure triangulaire est empruntée à la constellation d'Isis, protectrice de l'Egypte , dans le planisphère égyptien 2 . La pose des ailes indiquant également l'action d'un voyage céleste, fl paraît que c'est une sorte de Pandémon planétaire que représente ce monument. Les nageoires de poisson semblent rappeler un autre génie stellaire. La légende

i Chiflet , Montfaucon , Ebermayer, etc.

a Dupuis, Origine des cultes, pi. 5.

DES PLANCHES. l5

CHOSAMILAOTH peut s'expliquer par, <vidit Plerùma, ÏÏH/H WPI, ce qui est en effet le but du voyage que doit protéger ce génie.

Ce monument, belle pierre rouge, exactement reproduite, appartenant au cabinet de la bibliothèque de Strasbourg, était inédite

Figure 9. Génie panthée avec de nouveaux attributs : des ailes au vol, attachées aux hanches, un calice de lotus sur la tête, deux rames au lieu de quatre, les deux mains tenant Tune un scorpion, ce qui rappelle la demeure de la planète Mars; l'autre indiquant, sur l'une des rames, l'acte de peser à la balance; au-dessous de cette indication un scarabée, emblème du soleil, de la génération, de l'immortalité; pour piédestal le nom d'Iao , génie de la planète Saturne.

Sur le revers on lit* les noms de M I X A H A , TABPIHA, KOTZTIHA, PA4>AHA, fort mal indiqués sur ce monument ou fort mal exprimés par ceux' qui Pont publié. C'est ainsi que, dans le nom de Gabriel, il y a K P pour B P. Il nous eût été facile de faire corriger ce dessin par quelques traits, mais n'ayant pas pu nous procurer le monument original , nous avons dû nous borner à reproduire la gravure de Chiflet, Jig. 24.

Tel qu'il est, ce monument avait évidemment pour

l6 EXPLICATION

but, de rappeler aux époptes ou au vulgaire de la gnose , l'immortalité de l'ame , ou le pèlerinage aux régions , supérieures, l'acte symbolique de la pesée des vertus et des fautes. En même temps il devait placer le défunt sous la protection de plusieurs génies ,. tels que ceux de la planète Mar^ et de la lune (Iao), et ceux des étoiles du lion (Michaè'l), de l'aigle (Gabriel), et du serpent (Raphaël). Voyez -vol. II, p. 337.

Nous ignorons de quel astre Koustiel était le génie.

D'après les noms des génies, cette pierre paraît provenir de la secte des ophites.

Figxjbje 10. Panthée d'un dessin tout particulier, avec quatre ailes et quatre, bras, armés d'un fouet à double courroie, d'un marteau, d'un trident, d'un stylet et d'une croix , d'une balance et d'un bout de rame mystique. La tête, qui est jeune et belle, est coiffée de' feuilles d'une plante symbolique, du Lotus; de petites ailes se remarquent sur le devant des pieds, et des jarretières d'une nature trèsrparticulièrè aux genoux. En général , tout est si moderne , dans les symboles et dans l'aspect général de ce monument, publié d'abord par Molinet et tiré du cabinet de Sainte- Geneviève ; tout y est si différent des autres pierres gnostiques, que je le regarde comme l'œuvre d'un maladroit imposteur du moyen âge ou des premiers temps de la restauration des arts»

Les deux lignes de la légende du revêts n'offriraient aucune difficulté; elles sont bien imitées des autres monumens. La première, à gauche, semés eiUpn, est IDjQD £JÀ*/lc (\J/s), le soleil a lui, formule et mélange de langage qui se voient fréquemment sur les monumens des gnostiques. La seconde, qui peut se lire indifféremment de droite à gauche ou de gauche à droite, est la formule si souvent tronquée ou altérée dé 2fct )j? WW> pater nobis tu es. On ne trouve ici que les lettres Lanath. Le tout est une invocation à l'Être suprême, au père du plérôme, appuyée sur sa manifestation dans la personne du Sauveur, Christos-Mithras. Voyez vol. II, p. 3&5, note.

Figure 1 1 . La pierre qui représente ce dessin est au cabinet de feu M* le phevalier de Hauteroches. Elle est d'une exécution si peu nette et se trouve dans un tel état d'usement, qu'il a été difficile d'en avoir une copie lisible. D'un autre côté, elle est d'une composition si riche , sous le rapport des groupes de figures et de caractères , que je n'ai pu me refuser le plaisir de la signaler aux archéologues. Elle était inédite.

La figure principale est un génie panthée à triple visage, la tête surmontée d'un globe qu'entoure un croissant et que recouvre un trident. Deux bras s'appuient sur les rames mystiques ; les ailes sont au vol. Le génie plane au-dessus du lion qui poseisur un cadavre.

l8 EXPLICATION

Le liom est l'emblème du soleil , suivant la symbolique de l'Egypte et de la Perse ; le globe et le croissont nous montrent la lune dans ses phases diverses. C'est donc sous la protection des principales puissances célestes qu'est placée l'ame, dont le corps est resté dans la région inférieure., c'est-à-dire sous le lion-soleil.

Sur le revers du monument, Anubis ou Hermès Psychopompe et Harpocrâte, debout sur la caisse d'une momie, s'entretiennent sans doute de la destinée de l'ame, qui invoque les intelligences supérieures dans les nombreuses légendes qui entourent les deux groupes.

Quelque défigurés que «oient les caractères de ces légendes, on y distingue les formules ABAANA0 et AAXAMI, que nous signalerons encore ailleurs.

Figure i a . Au premier aspect rien n'indique que cette figure puisse appartenir au gnosticîsme. Sa composition totale ne permet pourtant pas de la lui enlever. C'est encore un Pandémon aux quatre ailes, avec les rames mystiques et une sorte de clef ou d'emblème de mystère légèrement indiqués. La coiffure est fort bizarre, se composant d'un léger feuillage , de deux cornes , symbole d'Artimon (soleil), et de sept rayons de lumière, qui figurent les sept planètes. .Le cancer de la main droite rappelle une autre constellation.

Le serpent se mordant la queue, qui forme le piédestal et qui reçoit ordinairement le nom d'Iao ou

DES PLANCHES. ig

quelques emblèmes sidéraux, est resté vide. La seule image du serpent parlait assez clairement à l'intelligence d'un gnostique. -

Le revers des Àbraxas relatifs aux pèlerinages des âmes , reproduit souvent Anubis-Psychopompe et Harpbcrate, sob compagnon. Ici c'est Harpocrate seul qu'on aperçoit, assis dans le calice du lotus, le doigt sur la bouche, un double fouet à la main.

C'est la réunion des plus beaux symboles que l'on eût pu choisir. Harpocrate est le soleil dans son état d'affaiblissement, le soleil d'hiver; c'est l'homme ou l'ame à la fin de sa carrière terrestre , sut le point de se renouveler. Le lotus, dans lequel est assis la divinité, e&t le symbole du Nil et celui de la vie , inépuisable comme la source de ce fleuve. Cf. Creuzer, Relig. de l'antiq., traduction de M. Guignaux, pi. LII, fig. 139 a. Horus, qui joue un grand râle dans les spéculations gnostiques, et qui ramène les âmes à la félicité du plérôme, est souvent représenté, comme Harpocrate, assis dans le calice du lotus.

Chàftet, qui a expliqué ce monument (Macarius- Chiflet , tab. VI , fig. a 5 , cf. p. 74) reproduit pat plusieurs autres, en avait fait le dieu Phanès et le dieu Priape, prenant pour des symboles priapiques les emblèmes qui rappellent Ammon générateur. Cf. Charn» pollion, Panthéon, livr. 1 , pi. III.

TiGtTRE i3. Si la plupart des emblèmes que nous avons remarqués jusqu'à présent sont empruntés aux mystères et à la symbolique de l'Egypte , une grande partie de ceux de la figure i3 paraissent tirés des Mithriaques.

En effet, que l'on compare les monumens si connus qui représentent le dieu Mithras frappant le taureau, on ne pourra s'empêcher de croire, au premier instant, que l'idée, l'action et les symboles sont ici les mêmes. Seulement, au lieu du jeune dieu, qui est plus brillant que le jour qu'il éclaire, c'est un vieillard qui consomme le sacrifice, et, au lieu de frapper un taureau , c'est lui-même qu'il choisit pour victime. Tout le reste paraît identique, le serpent, le chien, le scorpion , le corbeau.

C'est donc un drame religieux tout entier que représente ce monument si petit; mais c'est un drame dont le sens moral est très-différent de celui des scènes mithriaques auxquelles il est emprunté.

Les scènes mithriaques, qui paraissent avoir eu originairement un sens astronomique* et cosmologique, ont reçu , sans doute , dans la célébration des mystères un sens religieux et moral. Par exemple, le chien élevant ses regards paraît avoir été, comme Sirius, l'image de l'immortalité et de la régénération des êtres après l'achèvement de leur cycle terrestre. (Creuzer, Sjm-

DES PLANCHÉS. 31

boUky a.* édition, vol. I, p. 752.) Les autres symboles des mêmes scènes ont reçu, il n'en faut pas douter, des interprétations analogues dans les enseignemens de l'initiation. Ce qui domine dans le monument 'gn ostique que nous examinons , est pourtant d'une nature encore plus élevée ; c'est la doctrine si directe et si positive du pèlerinage de l'ame aux régions suprêmes. Les ailes attachées aux épaules et aux pieds, les rames mystiques et l'attitude entière du personnage qui se frappe, ne permettent pas de doute à cet égard f et tous les symboles doivent être interprétés d'après cette idée principale* Si le poignard de Mithras, entr 'ouvrant les flancs du taureau, est le rayon solaire qui perce les flancs de la terre, l'instrument qui perce ici les parties inférieures du corps humain, est le symbole de la mort du pneumatique qui brise F/enveloppe terrestre de l'ame et lui permet le retour. dans le plérôme.

Le personnage- qui frappe est assimilé au dieu Mithras; mais c'est ici le dieu «soleil dans un sens plus général, c'est le Pandémon Abraxas qui appelle l'ame à lui et qui la' protège dans sa route à travers les régions planétaires.

La queue du sagittaire, le scorpion , le cancer ', etc. ,

1 Dans le nouveau platonisme le cancer est la porte par laquelle les âmes descendent sur la terre.

indiquent d'une manière incontestable le voyage zodiacal.

Notre dessin, fort exact, sauf l'adoucissement apporté au symbole du, soleil générateur, est tiré des Geifimœ antifu* de Lionardo Agostjm (tome II, fig. 36 , édit. de Gronovius)»

Page 1