‹ Histoire critique du gnosticisme..: et de son influence sur lessectes religieuses et (volume 2)Chapitre 3 sur 12 · PLANCHE V\ F · texte numérisé non relu

PLANCHE V\ F

Figure i. L'idée d'Abraxas-soleil , chef de tous les génies stellaires, de toutes les intelligences dont l'ame du défunt traverse les régions dans son pèlerinage au plérôme, ressort déjà d'une manière très-précise dans le monument que nous venons d'analyser.

Cette idée se manifeste encore davantage dans celui qui nous occupe. La tête de bélier est le symbole d'Artimon , et la tête de lion celui du soleil , qui est l'image d'Ammon. C'est donc évidemment la lumière suprême et la plus haute puissance du monde intellectuel que représente cet ouvrage. Tous les emblèmes secondaires s'accordent parfaitement avec cette idée principale. La coiffure qui surmente les deux têtes symboliques car ractérise l'océan des cieux ; la croix ansée que le génie tient en mains est le symbole de la vie divine, à laquelle il admet l'homme après sa régénération , indiquée ici par un acte purement animal , et durant cette imraor-

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t alité, que rappellent à la fois le serpent mystérieux et le regard significatif du chien.

La scène de régénération est placée avec beaucoup de sens au-dessus d'une momie; c'est par la mort terrestre que l'âme va à l'immortalité. •

La légende du revers de ce monument semble offrir d'abord les plus grandes difficultés. Les premières lignes se déchiffrent cependant facilement; ce sont les signes des sept régions planétaires , les lettres AEH IOifZT arrangées de six manières différentes; dans la septième ligne on lit deux fois le nom d'Iao.

Les Marcosiens s'étant spécialement servis des voyelles symboles, ainsi que nous avons fait voir (t. II, p. 169), nous devons revendiquer ce monument à leur secte.

Nous fusons cette reveiyjlication d'autant plus volontiers, qu'elle sert à faire interpréter dans le sens le plus élevé l'acte de génération, qui est l'un des symboles les plus essentiels du monument, et que, par conséquent, il importe le plus de bien comprendre. Or, nous avons fait remarquer en général que l'antiquité orientale, dans ses théories, attachait au mot de génération une idée toute spirituelle (t. II, p. 193); et, en particulier, que les Marcosiens éloignaient de cette idée tout ce qu'elle avait de choquant et de vulgaire en Occident (p. 16 5). 11 n'est donc point

douteux que le dogme de la régénération ne soit le seul et sublime objet de la scène que représente la partie inférieure de cette pierre»

Nous ignorons le, sens des lettres TITO Y H qui terminent la légende, et celui du revers de l'inscription MOYCPW, etc., qui entoure la coiffure. Le nom d'aucun législateur, d'aucun patriarche ou prophète d'Israël, ne se trouvant sur les moaumens goostiques, nous ne pensons pas qu'il faille lire ici celui de Moïse.

Nous devons à la bonté de M. Lajard la belle empreinte qui a servi à notre dessin.

Figures a a et a b.

Ces figures , connues en archéologie sous le nom de grilles y se trouvent dans plusieurs recueils de pierres' gravées, entre autres dans les Gemme antiche de Rossi et Maffhfy sous la dénomination tfAbraxas 1 * Nous ne les reproduisons ici que pour combattre cette opinion et pour faire proscrire désormais les grilles des collections des monumens gnostiques.

H est vrai, d'abord, que Ton pourrait reconnaître, dans l'un et l'autre de ces ouvrages, des symboles employés par les gnostiques , le coq , le bélier et la palme ; mais ces emblèmes ne leur appartiennent* pas, il s'en faut, exclusivement, et se trouvent combinés

1 Tome 1.*% fig. 20 et ai.

ici avec l'ibis, le crtfcrodile, le dauphin et la corne d'abondance, que ne présentent pas les véritables Abraxas.

H est vrai, en second lieu, que les Basilidiens, au témoignage de S. Épiphane (Hœres., 27), se servaient d'amulettes d'une composition bizarre, monstrueuse; mais nous ne prétendons pas contester cette donnée, ni enlever aux gnostiques toutes sortes de monumens bizarres; ceux que nous avons déjà expliqués prouvent; de reste, notre disposition à cet égard; seulement il ne paraît pas juste d'attribuer à ces tbéosophes tout ce qui est ou monstrueux ou bizarre en fait de monumens anciens. Il est certain que, dans les grilles, rien n'est absolument gnostique y il y a plus, il ne s'y trouve rien qui puisse faire croire que quelque chose le soit.

Il est vrai, en troisième lieu, que ces grilles montrent trois portraits et que les Basilidiens attachaient grand prix aux portraits des anciens sages, particulièrement k celui de Py thagore, qu'on pourrait reconnaître ici ; mais, d'un autre côté , il est évident que les portraits ne sont pas l'objet essentiel de ce monument, et que, s'il y a quelque idée dominante, ce n'est pas ''celle de rappeler les traits de quelques sages de l'antiquité.*

Il est vrai , en quatrième lieu , et c'est ici une objection élevée par nous-même, que ces monumens pourraient répondre à l'hypothèse de Basilide et d'Isi-

dore sur les âmes adnées (voyez vol. II, p. 76), et caractériser les passions animales qui en naissent dans l'homme; mais cette hypothèse, quelque chère qu'elle pût nous être, en raison même de son origine, n'est, après tout, qu'une hypothèse.

Non -seulement les pierres en question ne me paraissent pas appartenir aux gnosttques, mais encore je ne les considère pas comme des amulettes, ni égyptiennes, ni grecques, ni romaines. Elles offrent tout simplement quelques-unes de ces compositions capricieuses auxquelles s'est souvent abaissé le génie des anciens artistes* C'est ainsi que nous trouvons les têtes du coq, du lion et du cheval, groupés sur deux serpens qui forment une espèce d'anneau 1 , des têtes d'hommes accolées à une tête d'éléphant armée d'un trident 9 , des lièvres se promenant dans des chars attelés de papillons 3 , etc.

En somme , s'il faut se garder du vulgarisme qui dépouille les monumens de l'antiquité des profondes idées qu'y a déposées souvent le géqie de la religion et de la philosophie , il faut aussi se préserver du penchant de prêter aux artistes des intentions qui n'ont jamais été les leurs»

1 Gorlée, Cabinet de pierres antiques, tome I, fig. 1 10.

2 Ibid. , fig. 46-

3 Composition qui se y oit fréquemment.

Figure 3. Les mots à'Iao et i'Abraxas ne laissent point de doute sur l'origine de ce monnaient. C'est l'A$raxas-soleil des gnostiques , comme 1 Indique la tête de lion dont les rayons ont l'air de communiquer lei^r lumière aux yeux dn serpent , suivant une hypothèse de l'ancienne Egypte (voyez tome I, p. 272).

Ce serpent est Cnouphis, ou Agathodémon; il est, en même temps , symbole de l'immortalité coxhme la croix ansée est emblème de la vie divine. Le tout est donc un talisman pour le pèlerinage de l'ame au plé<rôme, ou bien un monument d'initiation relatif au céleste voyage.

11 est impossible de déterminer la secte particulière à laquelle il a pu appartenir*

Ce monument, dont nous devons une superbe empreinte à M. Dumersan, est au cabinet des médailles, Bibliothèque du Roi >v à Paris. *

Figvre 4, Autre Abraxas-soleil d'une combinaison curieuse. C'est le char du soleil conduit par Phébùs, suivant les idées des Grecs , avec l'inscription de Phréj dénomination égyptienne du dieu-soleil 1 . En effet, dans la théogonie de l'Egypte, Phré est fils de Phtha, manifestation d^Ammon, c'est-^à-dire du soleil. H est,

1 Le nom de cette manifestation , ou émanation de Phtha, émanation d'Ammon , est PH ou PI 5 $ est l'article du genre masculin.

suivant Jamblique, Xcéil du monde et Yame de la nature. Champollion, Panthéon égyptien, livraison 4, pi. 24. Cf. Horapollo, Hiéroglyphe, lib. /, $. 6.*.

Telle qu'elle est, cette composition ne peut appartenir qu'à l'Egypte des bas temps, c'est-à-dire à l'Egypte grécisée par l'influence d'Alexandrie, et nous avouons qu'au premier aspect rien ne semble s'y trouver de gnostique. Des Grecs ou dés Egyptiens de l'époque du mélange des cultes, auraient pu exécuter ce monument sans tenir, eux-mêmes au gnosticisme. Cependant la circonstance qu'un monument évidemment gnostique reproduit cette combinaison (voyez figure suivante), semble la revendiquer à la gnose. L'inscription que porte le revers appuie fortement cette induction. En effet , les lettres B B B M A IXI > semblent rappeler le génie Barbelo , que vénérait particulièrement l'une des petites branches des gnostiques (ypyez tome II, p. 2 80). La légende toute entière paraît être tj &06ç(Zfjhœ* Le trait dans les deux A et dans la lettre I n'est qu'un ornement, ainsi qu'on voit dans la lettre H, dont le signe d'union est entrecoupé d'un trait analogue.

Fabretti, qui paraît avoir publié ce monument k

premier, ne savait que faire ni de la légende (pqq ni

de celle du revers, qu'il traite d'illisible et de barbare.

Fabretti, Inscription, antiq., p. 532.

. Figure 5, Abraxas-soleil avec un revers d'une corn-

position plus riche qu'à l'ordinaire, offrant d'un côté le soleil conduisant son char attelé de quatre coursiers et de l'autre Phomme à tête de coq.

Nous ajournons l'explication de ce génie panthée ; quant à l'inscription de Semés Eilanvpse , nous l'avons déjà rencontrée (ci-dessus, p. i 7). Elle signifié le soleil a lui y et, sans doute, ce n'est pas un fait physique, c'est un fait moral que doivent rappeler ces mots. C'est aussi ce qu'ont pensé ceux qui les ont traduits par c'est là le Messie, TVOD'TIT ; explication peu plausible, en ce qu'elle rejette les lettres M et ¥• Cependant, tout en contestant cette interprétation, nous pensons que, par un hasard bien extraordinaire, elle rencontre le dogme qu'il s'agit d'exprimer, celui que le soleil, la manif'estîon du Père inconnu, du dieu des lumières, a lui: aux hommes, dans la personne du sauveur Christos, que les manichéens n'ont pas hésité à assimiler à Mithras (voyez tome II, p. 365).

Le mot d'Iao offre des caractères curieux ; le A est à peine ébauché dans le centre du bouclier ; le il LU est placé sous les deux serpens qui figurent les jambes. Cette forme de l'oméga n'est pas rare*

C'est encore à Fabretti que nous avons emprunté cette figure.

Figure 6. Nous ne donnons ce dessin , qui n'appartient pas au gnosticisme , que pour établir le fait

io EXPLICATION

de l'analogie de9 monumens gnostiques avec les monumens purement grecs et romains- Sauf les rayons solaires ou l'inscription de Phté , cette figure est absolument celle des numéros 4 et 5.

Cette analogie est d'autant plus à remarquer, qu'elle permet des conjectures sur l'âge des monumefcs où se trouve le char du soleil. En effet , ils paraissent appartenir moins à l'Egypte qu'à la Grèce et à l'Occident, et dater des temps postérieurs plutôt que de l'époque primitive du gnostkâsme.

11 est peut-être inutile de rappelfr que ce dessin est tiré de Causei Muséum romanam, u I, fig. 37.

Figure 7. Ici ce n'est plus un simple Âbraxas-soleil que nous avons sous les yeux $ c'est tout ua groupe de puissances sidérales , ou plutôt toute une série de régions stellaires» Ce sont celles du soleil, de la lune; de Sirius, et les sept mondes planétaires, figurés par les lettres A E H 1 ¥ V$ éorites de deux manières différentes sur le revers* Comp. fig* t , pi. V\ F.

Quant à la scène que figure le soleil avec une femme, qui à l'air de l'implorer et qu'à a celui d'écouter avec intérêt, pour pouvoir la juger avec justice, il n'est pas difficile de voir qu'elle représente l'ame sauvée, éclairée, fortifiée et ramenée par Christos, ou Horus-soleil, dans le plerôme, qu'elle avait quitté pour aller habiter la terre et auquel elle brûle de retourner, en s'élevant

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par les mêmes régions planétaires qu'elle ^vait été obligée de passer lors de sa chute. Déjà cette Psyché, dont la Sophia céleste est elle-même le prototype, est à moitié dégagée de la terre ; c'est ce qu'indique la nudité de son buste. Animée du céleste amour, elle ne tardera pas à s'arracher à tous ces attachemens terrestres que figurent les vêtemens qui la couvrent encore.

C'est ainsi que les monumens viennent à l'appui des doctrines que nous a fait connaître l'histoire de la gnose.

Cette figure est tirée de Chiflet, t. I, fig. 1. Nous n'oserions rappeler combien, dans ses explications, cet antiquaire, s'est placé loin de la vérité»

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