PLANCHE VIL
Cette planche offre deux séries distinctes de monumens gnostiques ; les quatre premiers tiennent à Tordre, d'idées qui vient de nous occuper ; les quatre derniers appartiennent au genre des talismans astronomiques.
Figure jl. Abraxas-Panthée, entouré d'un Ophis et de nombreuses légendes,* et planant au-dessus d'une étoile, qui n'est autre que la lune, ainsi que fait voir le croissant dont elle. est accompagnée. Les légendes extérieures, comme il arrive ordinairement dans les dessins de.Fabretti (p. 536), sont illisibles; celles de l'intérieur offrent les noms de Iao, Adonaï, Éloaï 2 ,*
i Chifiet, fig. i5. Gorlée, pi. II, %. 342 et 343. Kircher, p. 4^i.
2 Nous n'avons remarqué ce nom sur aucun autre monument, quoiqu'il soit très-connu dans les théories gnostiques.
et probablement ceux de Yabsaël et OnoeU Le nom d'Abraxas est suivi de la" formule Ablanalh, etc.
Le revers représente plus directement Abraxassoleil, comme on voit par les inscriptions, la tête de lion et le chnouphis, l'un et l'autre radiés*
Figure a. Menées idées sous d'autres emblèmes; d'un côté Abraxas-Panthée, avec le nom d'un seul des sept génies planétaires et la légende connue de semés eilampse; au revers Abraxas- soleil. *
Figure 3. Mêmes idées; d'un cqté Abraxas-Panthée, de l'autre Mitbras- soleil. Ce monument, publié par Capello , est le seul qui fasse connaître, d'une manière aussi positive, l'alliance contractée entre la gnose et les mystérieuses doctrines qui se rattachaient à Mithras.
11 fournît aussi l'une des données les plus décisives pour notre hypothèse sur Abraxas-Panthée. U nous en a fait rejeter une autre *qui semblait expliquer, d'une manière très- simple , une foule de cee monumens, Gelle que le génie à tête de coq n'était autre qulaldab&ath.
C'est en effet une remarque constante que le nom de ce chef des sept ne se trouve sur aucun monument gnostique, tandis que ceux de ses fils et de ses compagnons se trouvent partout. Dès -lors, quoi de plus
i Voyez ci- dessus ^ pi. I/% F* %
naturel que de penser qu'il est représenté par le PaUthée à tête de coq, tandis que ses subordonnés ne sont indiqués que par leurs noms : cette tête de coq né marque -t- elle pas à la fois l'orgueil qui le domine , et la jalousie avec laquelle il veille à ce qu'aucun mortel n'échappe à son pouvoir? Le fouet et le bouclier dont "il est armé, ne sont-ils pas les symboles des efforts qu'il fait sans cesse pour empêcher les pneumatiques de s'élever au plérôme? Les seipens qui lui servent de jambes, ne répondent- ils pas à l'idée qu'on se fait d'Ophiomorphos, et même à l'image de ce démiurge aux jambes tortueuses, dé ce Phtha, dont il n'est qu'une faible copie? Enfin, n'est-il pas toujours entouré des noms ou des signes des puissances célestes qui partagent ses pensées et ses travaux? Il y a plus, un monument que nous aHons examiner (fig. 4), nous montre, dans l'homme à bouclier et à tête de coq? le chef et l'un des sept génies qui président aux sept planètes. Ce chef n'est-il pas évidemment Ialdabaoth? .
Telles étaient les considérations qui nous attachaient à cette hypothèse , d'autant plus qu'elle était ûeuve. Nous l'avons pourtant rejetée par les motifs suivans.
D'abord les emblèmes qui distinguent l'Abraxas- Panthée ne conviennent pas à Ialdabaoth. Le coq,
consacré à Mercure, à Minerve, à Esculape 1 , est, suivant le théosophe Proclus, un emblème du soleil. 2 Suivant les idées chrétiennes il désigne également; une vigilance bienfaisante. Le fléau ou le fouet est, dans tous les monumens d'Egypte, le symbole de la puissance divine ; le bouclier ne peut être que celui de la protection. Les jambes de serpens rappellent à la fois Chnouphis-soleil et Ophis, génie bienfaisant 3 . Tous ces emblèmes caractérisent par conséquent un génie qui possède, au même degré, la puissance, la sagesse et une rassurante vigilance 4. Dès -lors ils ne conviennent aucunement au méchant Ialdabaoth. Le monu r ment (fig. 4) qui les lui attribue est d'une époque très -postérieure. . .
En second lieu, ce génie à tête de coq, Abraxas- Panthée , est souvent accompagné du soleil, tantôt figuré par un Chnouphis , tantôt par Phébus , conduc-» teur du char, tantôt par, le lion, ou l'homme à tête, de lion. Il est armé du fouet, comme l'est souvent ' — — ' 1
1 Pausanias , Eliac*, 2, et un grand nombre de monumens.
2 Comp. Kircher, Œdip. JEg. , t. II, pag. 2, class. a»
3 Cf. Marcrobius , Saturn. , tib. 1 , c 20. « Ad ipsum « soltm species draconis refertur. *
4 M. Bellermann trouve dans ces emblèmes la Pentade basilidienne , vwç , Koyoç , <ppovti<rtç , cvÇict , SSjv&puç» I, p. 63.
le dieu-soleil (Gori, t. I, fig. 39 , 40 , et d'autres momimens). Il est donc le dieu-soleil, ou l'Etre suprême, qui réside, suivant les idées anciennes, dans le soleil, et dont la lumière de cet astre est la plus belle image.
En troisième lieu , ce génie ou ce dieu est presque toujours accompagné d'une ou de plusieurs planètes et du nom mystérieux d'Abraxas, nom que les gnostiques donnaient, ou au dieu-soleil quand ils le considéraient comme plérôme embrassant toutes les intelligences pures 1 , ou à l'ensemble des trois cent soixante- cinq intelligences qui ne sont que des déploiemens du dieu de lumière, du dieu -soleil, du dieu-plérôme. 2
En quatrième lieu, la légende, le soleil a lui, et celle de Mithras , qui accompagne quelquefois ces monument, ne laissent point de doute qu'ils n'aient dû rappeler- spécialement celle des intelligences pures qui a fait révéler le dieu de lumière, le dieu suprême, c'est-à-dire, le sauveur Christos. Dès-lors on comprend
1 Hieronymus , cap. 2 in Amos.
2 Basilides e&se dicit summum deum , nomine Ahraxam, a quo mentem creatam, quam Grœci vovv appellant, indè. . . . et angejos fados ;>ab istis angelis 1 récent os semaginta quinque cœhs institut os» Tertull. / De prœscript. •
aussi les motifs qui en ont fait écarter le nom d'Ialdabaoth, auteur de la mort d\\ Sauveur* Les noms des anges ou du dieu des juifs trouvèrent grâce et place à d'autant plus juste titre, qu'il fallait traverser leur domaine pour parvenir dans celui du plérôme-
Les moDuraens qui occupent le reste de cette planche et les trois suivantes, sont d'un âge et d'un prix fort secondaires. Nous ne les produisons que pour présenter le gnosticisme dans ses principales altérations.
Figure 4. Les génies sont figurés ici comme on ne les voit sur aucun autre monument. Le costume grec ou romain, avec son casque, sa chaussure, son manteau , prédomine* Ialdabaoth , Mars et Onoël (tête d'âne) sont particulièrement distingués.
Le revçrs nous fait voir la tune et le soleil, ou peut-être Sirius, éclairant une femme, dont l'attitude est celle de Vénus sortant de l'eau.
Ce n'est pas Vénus-planète qu'il faut voir dans
cette image, c'est plutôt Vénus-Hélène on Ennoia,
type de l'ame humaine, tombée, par- suite de ses
terrestres désirs, de planète en planète, et ramenée
par le Sauveur à sa pureté primitive et à toute sa
félicité. *
1 Voyez 1. 1.*% p. 200 et suiv. CetteVénus figure aussi, arec les noms de 'quelques génies planétaires , sur un monument que Tient de publier M. Kopp, en face d'une
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Peut-être aussi ce monument se rapporte-t-il à une singulière et immorale croyance des antitactes et des caïnites que nous ayons fait connaître dans l'histoire du gnosticisme. *
Ce monument, publié par Claude du Moh'net 2 , me parait appartenir, soit aux carpocfatiens d'Alexandrie, soit à ceux de la Cyrénaïque.
Figure 5« Talisman astronomique. Harpocrate armé du fouet, et accompagné de l'étoile d'Ânubis, est assb dans un lotus qui s'élève du milieu d'une barque , tel qu'on le voit plusieurs fois sur les zodiaques égyptiens 3 . Il ne paraît point douteux que les scarabées, les cabris, les uréus, les crocodiles et les oiseaux ne figurent d autres étoiles; on twmve, en effet, tous ees animaux sur les zodiaques et les planisphères de l'ancienne Egypte 4. Les planètes sont indiquées par les lettres du revers, qui revendiquent ce monument au gnosticisme. Il est au cabinet de M. Durand, qui nous en a donné de belles empreintes.
brochure intitulée : De varia ratione inscript iones inttrpretanM obscur as. s
1 Tome H, p. 257 et 279.
2 Cabinet de Sain te- Geneviève , p. i3o.
3 Creuzer, Religions de l'antiquité, trad. de M.' Guigqaux $ atlas , pi. 49 •
4 Dupuis , Origine des cultes $ allas , pi. 8 à i3-
Figure 6. Talisman astronomique. Le soleil, la lune, le scorpion , Mars , la vierge et une autre étoile. Ce monument y qui appartient à M. Eckel, pourrait n'être pas gnostique; nous croyons, cependant qu'il tient à la même classe que le précédent, et qu'il a pu être spécialement en usage chez les priscillianistes, auxquels nous allons revendiquer la fig. 8 de notre pi. VIII.
Figure 7. Talisman astronomique, offrant l'image de la lune et , sans doute , celle de Sirius , avec les trois z mystiques qui figurent sur le revers de quelques Abraxas. Tiré de Gori , tome L et , pi. LV.
Figure 8. Ce monument, s'il était d'un autre âge, mériterait d'être classé avec ceux de la planche II, C. Il se rapporte aux dçrnières destinées de l'homme; c'est ce qu'indiquent la tête de mort, le symbole d'Hermès -psychopompe, l'étoile d'Anubis, la lune, séjour de purification des âmes, le sphinx -sérapis, juge au tribunal des régions de F Amen thés, le serpent, emblème de l'immortalité, et la formule de ABAANA0AABA avec les mots de IXi, IH.
Quoique la première de ces formules soit évidemment mal gravée, soit dans Gori, tome I.", 1 pi. i38, soit sur l'original, nous n'avons pas dû la changer.
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Figure i. Composition très-bizarre, appelée le NU Àbraxéen par l'éditeur de ce monument (Gori, III, p. i65)« On y voit en 1 effet un personnage couehé à la manière d'un dieu -fleuve, tenant à la main une corne d'abondance, pour indiquer la fertilité dont il est la source, et portant sur la tête une feuille de ce lotus qui nourrissait souvent le peuple d'Egypte* Le sistre peut se rapporter à ce bruit mystérieux du Nil , que célèbrent souvent les anciens ; V étoile , indique sans doute l'époque de Tannée où commence sa crue bienfaisante. Le mot de ABPASA2> qui a la valeur numérique de 365 , peut signifier lui- '. même le Nil , le mot de N E I A O 2 ayant la même valeur. Les mots de AI, EIO, AI, qui suivent la légende de ABPAZAS, sont d'une écriture aussi singulière que ce dernier, où l'on doit signaler surtout la lettre B.
Ce monument ne peut être que des bas temps; ce n'est pas un monument de science; ce n'est qu'une œuvre de superstition*
Figure a. Composition également bizarre, offrant Abraxas-soleil à la tête de lion radiée, communiquant son action au taureau mitbriaque qui porte un sca-
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rabée entre ses cornes. Un crocodile sert de piédestal à ce groupe.
Le soleil est l'emblème du principe éternel , donnant le premier mouvement à tout ce qui est ; le taureau est le principe et la source de vie d'où est formé tout ce qui existe en dehors de dieu; le scarabée est F emblème de la communication et de l'éternelle reproduction de cette vie, dont le Nil est aussi l'un des symboles*
Les grands principes de la théosophie orientale, de sa mystérieuse doctrine sur la nature spirituelle et phénoménale, se trouvent indiqués ici en traits généraux. A ce titre ce monument serait l'un des plus remarquables, s'il n'était évidemment l'ouvrage d'un syncrétisme peu ancien. Les voyelles planétaires du revers, ainsi que i'Abraxas à tête de lion, le revendiquent au gaosticisme d'une manière incontestable, et le caractérisent connue talisman.
Nous devons une belle empreinte de cette pierre à feu M. le chevalier de Hauteroche, qui la possédait.
Figure 3. Ouvrage à ranger dans la même classe qup les figures 6 , 7 et 8 de la planche suivante. Ce sont* des compositions d'un âge très-postérieur, ou presque moderne, qui d'ailleurs n'ont besoin d'aucune explication ; ils offrent le mélange le plus arbitraire des symboles les plus, connus.
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Nous devons à M. iVlellingen une belle empreinte en soufre de ce monument.
Figuhës 4 à 12. Tous ces monumens ont cela de commun, qu'ils reprenaient des trophées d armes et des guerriers armés qui se placent sous la protection des puissances stellaires , ou des vainqueurs accablant leurs ennemis par suite des vertus que leur accordent leurs protecteurs. Ils paraissent tous avoir servi de talismans et appartenu, du moins en partie, soit aux priscilliamstes , soit à la petite secte des guerriers (ïçcfl tofl iho$) dont parle S* Epiphape (Hmres+, 26), et qui formait une branche des gnostifues proprement dits. Suivant cet auteur, cette petite secte était particulièrement connue en Egypte. Malheureusement ce sont là, sauf quelques renseignemens inconcevables sur leurs mœurs, tous les détails qu'il nous en donne*
Mais si nous considérons qu'ils tenaient à ces gsos*
tiques qui se faisaient un devoir de combattre, de fouler aux pieds toutes les législations existantes, qu'ils traitaient d'impies , d'oeuvres grossières du démiurge, et que leur tqche était de faire triompher les Ibis primitives de l'Etre suprême, nous comprendrons, avec leur mission, le beau noja qu'ils s'attri* buaient.
U est possible que les mithriaques, et surtout les emblèmes de l'épée et de la couronne, que l'on y
présentait aux initiés 1 9 se soient combinés avec les mystèges des guerriers gnostiques. Néanmoins , la couronne tte figure jamais sur ces monumens ; l'épée ne s'y voit qu'une seule fois ; c'est habituellement la lance que portent ces guerriers. H est vrai qu'elle servait aussi aux initiations, témoin ce malheureux passage de Firmieus, qui est depuis long -temps en pbssession
de vexer les critiques, et qui paraît devoir l'être long-temps encore 3 . Ce qui est plus digne d'attention , c'est que Plutarque (01 Ârtaxerxe, c. 3) et Bérose («/• Richter y lib. III 9 p. 70) rapportent qu'on vénérait à Pasargades une déesse désignée par l'épithète de 7ToAsfÀiKfi , et qu'on y conférait les initiations aux dernier» mystères. A une époque où les mithriaques se répandaient dans toutes les parties de l'Occident, les mystères de Pasargades pouvaient fort bien provoquer, à Alexandrie et dans la Cyrénaïque, la secte des ÇÇofltofliKoty qui professaient quelques-unes des plus curieuses doctrines de la gnose.
Chiflet donne au personnage qui figure sur n.° 4 le nom d'Abraxas-Persée, et pense que les gnostiques
1 TertulJian., De corona militis, c. i5. Cf. Zoëga , Abhandlungen , edenie Welcker, p. i45; 161.
2 Julii Firmiei Materni de errore profanarum religîonum Hb., éd. Munter, p. 21.
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ont voulu succède* aux anciens héros de la Grèce, et particulièrement à Persée, vainqueur de tant de monstres dans Tordre moral et physique du monde. Ce sont de ces conjectures qu'on ne fait plus aujourd'hui, et qu'on n'est plus dans le cas de réfuter.
Les figures 4 , 5 et 6 n'offrent point d'autres symboles particuliers. Le principal personnage de figure 7 tient deus serpens ou.chnouphis protecteurs contré, les démons 1 . Figure 8 montre un guerrier, se plaçant sous la protection des douze génies du zodiaque; figure 9 , un guerrier- Anubis. Figures îoetn, des guerriers Parthes , terrassant des ennemis en vertu d'une assistance divine. Ce sont des initiés, ainsi que l'attestent les mots de atyçocyiç êsov, gravés sur le revers. Ces deux monumens, dont le premier existç. à la bibliothèque du Roi, et dont nous devons la connaissance de l'autre à feu M. de Hauteroche, me paraissent aussi rares que curieux. Figure 12 ne présente qu'un trophée d'armes ; mais l'inscription du revers ne permet pas de douter que ce ne soit un monument du même genre. Elle est en mauvais grec, av. %ctçs tîXyis pour tfÀJ/fj;*? 2
1 Planisphère égyptien, dans Dupiris, Origine de tous
les cultes, planches, n.°6. Icon. XXV11 : Dœmonum stcàio.
2 On trouve souvent la formule 1 <fbç pot £&p#v«