CHAPITRE III
Cétait là un langage bien orthodoxe pour un gnostique, ou plutôt c'était un langage purement ezotérique, s'accommodant à la Ëiiblesse de ceux auxquels il s'adresse. En effet , il est peu probable qu'un homme qui avait fait, de son propre chef, des modifications aussi radicales dans le système de Marcion, ait abandonné ainsi ce qu'il considérait intérieurement comme un sujet de gloire. ^
Les marcionites, à^tte époque, étaient encore très-attachés à leurs opinions. Us pouvaient désirer la paix avec les orthodoxes , mais ils n'avaient pas à redouter leurs rigueurs Ordiodoxes et scissionnaires, tous les chrétiens gémissaient encore sous les mêmes édits que «lançait contre eux le paganisme persécuteur , ou jouissaient de la même tranquillité sous le paganisme tolérant.
1 Ce n'est pas que nous ne voyions dans Fhistoîre des opinions religieuses ou philosophiques quelques conver^ sions de ce genre. Tertullien préféra le montanisme, S. Augustin, délaissa le parti des manichéens; mais ni Pun ni l'autre n'ayaient enrichi de leur propre fonds la doctrine à laquelle ils renoncèrent. D'ailleurs^ l'un et l'antre ont publié des écrits pour combattre leurs anciennes opinions.
Marcion et Apelles^ à qui l'on suppose des changemeas analogues, avaient, au contraire, créé ou enrichi leurs syi< tèmes, et ni l'un ni l'autre ne les ont jamais combattus*
Aussi les marcionites se conservèrent-ils Icmgtemps encore, non-seulement sous le paganisme triomplla^t, mais encore sous le paganisme suocombànt On les trouve au temps de TertuUic^, d'Origène et d'Eusèbe , comme à l'époque de S. Jérôme , de S. Épiphane ^t de Théodoret
Le Dialogue de la vraie foi Mutile une longue succession d'évêques marcionites^; S. Épiphane rend témoignage de leur nombre et' de la propagation de leurs communautés de Rome sur le reste de l'Italie, dans TÉgypte, la Palestine, l'Arabie , la Syrie , l'île de Chypre , la Thébaïde , la Perse et d'autres lieux ^ ; Théodoret , évêque de Cyrus , rapporte cju'U en convertit un grand nombre dans^ son diocèse ^. Cétait au milieu du cinquièn^e siècle. A cette époque, le zèle des orthodoxes ) appuyé des édits de proscription
1 Pages 809 et 810, édit. d'Origène par de la Rue.
2 Ëpîph., 1. C; p. 5o2.
3 Episiola i45y p. iq22y ed, Paris. « Je n'ai jamais « cessé de combattre^ dit Théodoret ^ pour l'unité du « Fils de Dieu, soit contre les Grecs ^ soit contre les Juife^ « soit contre les malheureux partisans d'Arius et d'£uno- « mius^ soit enfin contre ceux d'Apollinaire et de Margion. ^ Le même auteur rapporte^ dans son Épitre ii5^ (ju'il a converti un millier de marcionites dans son seul diocèse,'
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de l'empire, commençait à triompher d'mie op-^ position qui n'avait jamais été hostile, et qui avait cîierché, dans la personne de plusieurs de ses chefs, à se réunir au parti dominant Cependant on trouve encore des marcionites persécutés par la législation byzantine du sixième siècle*
Ils se perdirent, à cette époque, dans les rangs des orthodoxes. Déjà auparavant ils doivent s'être mêlés avec d'autres gnostiques , et notamment avec les ophites. Théodoret parait les avoir trouvés dans cet* état de fusion avec les ophites , ou les avoir confondus avec eux , suivant les détails qu'il nous en donne. Il rapporte qu'ils entretenaient des serpens pour leur cidte ^ Or, les ophites seuls ont admis le serpent dans leurs cérémonies. D'un autre côté , le même écrivain ajoute, sur un marcionite qui s'abstenait de l'eau pour sa toilette, afin de ne pas recourir à un élément du faiUe démiurge , des détails si conformes aux idées des marcionites, que l'on ne saurait douter de la fusion qui s'était faite, à cette époque, entre les deux sectes. Les gnostiques s'unissaient pour se prêter un mutuel appui
1 Hœret, fahuL f I, ^i'
dans la persécution commune que les lé^slateurs théologiques de Constantînople avaient décrétée contre eux. Cependant, quand Justiniea fidsak fermer les dernières écoles philosophiques d'Athènes 1 , et que les derniers successeurs des Platon et des Aristote furent obligés de mendier un aâle en Perse ^, les successeurs des Valentin et des Marcion durent se convaincre que l'empire romain tout entier ne leur offrait plus d'autre refuge que les rangs des orthodoxes.^
A partir de cette époque , le , platonisme , qui s'était aUié, dans Alexandrie, avec les doctrines orientales; qui semblait devoir s'allier, par Phiion, avec les doctrines chrétiennes, et surtout avec les théories de quelques écoles gnostiques,
1 Jo. Malalœ chronograph, ^ part. II, p. 64; Venet, 1733, fol,
2 C'étaient Isidore, Damascius, Simplicias, Eulalius, Priscianus^ Hermias. ( Agathias, De imperio et rébus. gesU Justin, ùnp.y lih, II y p» 47 sq.; Venet.^ ij^QfJbl.) Trompés dans leur attente, ils quittèrent la cour de Perse et reyinrent dans l'empire } mais quoiqu'on les j tolérât, à la demande de Khosron, leurs écoles ne se rouvrirent pas. (Suidas, s. v* '^pia^tsç»)
3 Cf. Gibbon, History of the décline ^ etc.^ ch. 4o (vers la fin).