‹ Histoire critique du gnosticisme..: et de son influence sur lessectes religieuses etChapitre 77 sur 173 · CHAPITRE III. 2o · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. 2o

sophes de l'Inde, Zoro^stre, les ludibalistes et les platoniciens avaient parlé d'esprits tombés, par leurs fiiutes, de degré en degré e( jusque dans des corps humains; mais c'étaient là fies esprits coupables. Ennoia, au contraire, était innocente, et d'autant plus malheureuse : Ennoia est aussi l'ob^ jet d'une rédemption toute spéciale.

Les disàples de Simon, auxquels nous attribuons ici quelques développemens qui ne peuvent être de lui-même, ont cherché des analogies à cette conception dans les idées chrétiennes et dans les traditions mythologiques des Grecs. D'un coté, ils l'ont appelée SaînUEsprit et ProunikoSy désignations très-remarquables; d'un autre coté, ils la nommaient Minerve^ en appliquant à cette ao(p{ac TTe^fjLfÂifJoçœ tout ce que les Grecs disaient d'Artémis-Séléné, c'est-à-dire la lune, considérée comme mère de toute existence terrestre. ^

Cest d'abord un phénomène assez singulier, de voir le Saint-Esprit qualifié de femme; mais, de la part dPun homme familiarisé avec les idées de la chochmahj de la binak^ des sepiroth^ en général, et, en particulier, àthisophia de l'école

1 Iren.^ Kb, I, 20. Epiph., Hœns.^ 21.

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judaïque d'Alexandrie, une teUe dénomination ne doit pas surprendre. D'après les Osséniens, que S. Epiphane qualifie de secte judaïque, et qui tenaient peut-ftre aux esséniens, le Saint-Esprit est femme, et ressemble au Christ ou au Messie. ^ Dans les voyages de l'apôtre S. Thomas , livre apocryphe composé par un gnostique des premiers siècles, on trouve la prière suivante, prononcée au moment d'un acte de baptême ; Venez, mère de miséricorde ; venez , vous , mère qui révélez les mystères cachés, afin que le repos nous arrive dans la huitième maison 2. En même temps le Saint-Esprit est représenté comme la mère des sept cieux planétaires dont parlent h plupart des gnostiques , ^t la huitième maison n'est autre chose que le ciel suprême, asile d'une souveraine félicité. Dans ces doctrines, le Saint- E^rit se confondait avec la sophia, mère des sept

1 Epiph.^ Hœres.f XXI, Dans d'autres systèmes^ il est épouse ou sœur du Christ.

2 Richard Simon ^ Nouvelles observations sur le talc et la version du N. T., p. 8. Cf, Thilo, Acta S. TÂomœ, apostoU, SS- 2^ et 47* Beausobre^ Histoire du manichéisme ^ 1. 1^ p. 42I; 532. Bfosheim^ Geschichte der Schlangeniruder, t. 1; p. i46.

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génies planétaires. Il paraît que la même chose avait lieu chez les simoniens, qui confondaient Ennoia, Sophia et le Pneuma.

La qualification de Prounikos est plus embarrassante que celle de Saint-Esprit; elle se rencontre aussi plus fréquemment chez les basilidiens que chez les simoniens; mais c'est dans le système de ces derniers, système si négligé et si souvent rejeté de l'histoire du gnosticisme, qu'elle trouve sa véritable explication. On lui a cherché aussi des analogies et des précédens dans les doctrines judaïques ; mais le Parunka du Talmud a pu satisfaire aussi peu que l'expUcation donnée par le lexicographe Suidas. Celle d'Épiphane , au contraire, a, sur toutes les autres , l'avantage d'être la plus conforme aux idées des simoniêns ^ Ce mot, dit-il, ne signifie autre chose que des tentatives voluptueuses. Lorsque les Grecs veulent désigner des violences coupables exercées contre l'innocence, ils disent d'un homme, sTrçovviKsvn

1 M. Bellermann, qui s'est occupé particulièrement des nonamens dugnosticisme, propose, dans la troisième de ses dissertations sur les abraxas, p. 37, le mot chaldaïque ^e nusmb, qui signifierait vengeur divin; mai» ce sens serait plus applicable au rédempteur d'Ennoia qu'à elle.

ao6 *' »BOT|OIf I.

rceSlffv, et les mythographes des Grecs parlent d'une beauté particulière qu'ils nomment KtvAÂo? yrqmfiKoç ^. Ces explications^ quel que soit d'ailleurs le degré de connaissance de la langue grecque que l'on accorde àÉpiphane, s'ap|^quent si par&itement à kdestinée d'Hélène-Ennoia, qu'elles doivent nous satisfaire, quoique nous voyions la plu^rt des gnostiques emprunter leur terminologie sacrée aux langues de l'Orient Quant à l'oiig^ie de cette idée de -xo^Biecy qui joue un si grand réle dans l'histoire d'Hélène, il Êiut la chercher smssi dans ce langage oriental, si expressif, qui caractérise lés anciens codes du judaïsme. L'infi' délité de la nation israélite envers Jéhovah est souvent peinte par les prophètes sous cette forte image, et, en général, cette grande idée que Tame, éloignée de la vie divine par des voluptés terrestres, est dans un état de Troçvsi», vis-à*vis son époux céleste, est l'une des plus belles que présente le mysticisme moral de l'Orient >. La première Ennoia de Dieu, étant aussi tombée la pre-

I E{»ph., Hœres. XXV.

3 ^.Glemens Alex.^ Strom. III, p, 466. Acta S. Themœ, apastoli, éd. Thih, p. 44* Philo, Quis nrwn Mnnurvm hœrês., p. Sig.

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