M. DU VATICAN
2. 'ÂTrexaXucpOT) àTioxocXu^Jifia èv 'lapa^jX' èv Ttf> àxoujtaaôf^vai Xaov euXo^eÎTE xuptov.
3. àxouffaxE, paffiX£T<;, xai èvojxfaaffXE, (Taxpàirar èyco sljJit x<{) xup(t{>, èyo) EijJLt qfdOfxat, <}/aXa) x(J) xup(t{> x(J) 6ê(J) 'iffpaTjX.
4. xuptE, èv x^ èÇ68(j) œou èx Stqei'p, èv -c^ aTra^pEtv as è? ttypou 'EôtojjL, Y"^ èdsiffOTj, xal ô oupavôc iWa^Ev ôpojouç, xal al vEcpÉXat EoraÇav uSoap.
5. opT) èffaXEu6^aav àiro TrpoŒw- Ttou xuptou 'EXwei, xouxo ZEivà àirô irpoŒwTCou xupiou Oeoù 'IœpaTiX (1).
On ne voit pas que Lucien et Hésychius se soient servis de signes diacritiques pour marquer les changements introduits dans le texte primitif des Septante. Il est possible cependant que Lucien ait indiqué par un astérisque certaines additions notables (2).
A peine est-il besoin de dire que les trois recensions
(1) S. Jérôme (In 1$. lviii, 11, P. L 24,570) dit au sujet de la recension alexandrine : Quod in aléxandrinis exeniplaribus in priucipio hujus capituli additun^ est : et adhuc in te erit laus mea semper, et in fine : et ossa tua quasi herba orientur et pinguescent et haereditate possidebunt in generationem et generationes, in hebrai- 00 non habetur, $ed ne in LXX quidem emendatis et veris exemplaribus. La remarque n'est pas tout à fait juste : la phrase : et ossa,.» pinguescent, existe dans l'hébreu et dans le grec. Le reste se trouve en réalité dans le ms. Alexandrin, dans saint Cyrille d'Alex. (P. 70, 1273) et dans plu^eurs cursif s (Holmes 26,41, 106, 228, etc.), mais n'est pas dans lems. du Vatican.
(2) Field op, cit. 1, xci.
dont nous venons de parler n'arrêtèrent pas la corruption du texte et qu'elles contribuèrent plutôt à l'augmenter. Aucun concile ne s'occupa de sanctionner Tune ou l'autre recension pour en faire le texte officiel de l'Église d'Orient. Toutes trois étaient déjà, dans une assez large mesure, une corruption du texte traditionnel des Septante, quoique les différences qu'elles présentaient aient pu se trouver déjà en partie dans les manuscrits qui leur servirent de base. Elles ne se gardèrent pas non plus sans altération, soit par l'effet des causes générales de corruption qui se manifestent dans les textes transmis par la copie, soit par l'influence des manuscrits antérieurs, soit par le mélange qui se fit entre elles. Parmi les manuscrits actuellement connus qui contiennent au moins une partie notable de l'Ancien Testament, il en est assurément très peu qui représentent sans le moindre mélange soit le texte hexaplaire, soit celui de Lucien ou celui d'Hésychius. L'influence de la recension hexaplaire semble avoir été prépondérante dans la plupart des manuscrits qui nous sont parvenus : c'est ainsi que nombre d'additions et de changements s'y sont introduits au détriment du vrai texte des Septante ; les doubles traductions qui se rencontrent souvent pour le même passage viennent en partie de là, mais il arrive assez fréquemment que la leçon primitive des Septante a disparu.
Les livres de l'Ancien Testament (comme ceux du Nouveau Testament grec) furent écrits d'abord le plus souvent sur des rouleaux de papyrus (1) ; la substitution du parchemin au papyrus et du codex au rouleau parait s'être accomplie au cours du IIP siècle. Le codex de parchemin, formé par la réunion de plusieurs cahiers et
(1) V. Histoire du texte hébreu, p. 99, 100.
52 HÎSTOiRfî CRITIQUE DtJ TEXTE
affectant l'apparence de nos livres, est d'usage commuii au W siècle. Telles étaient les Bibles qu'Eusèbe de Césarée fit copier pour Constantin et celles que saint Athanase fit copier plus tard pour Tempereur Constant (1). Par la forme de leur écriture, les manuscrits se partagent en deux grandes classes qui se trouvent aussi correspondre à une division chronologique. L'écriture dite onciale (unciales litterœ : lettres hautes d'un pouce) (2) est celle qui a été employée le plus anciennement ; elle ne se rencontre que dans des manuscrits antérieurs au XP siècle. L'écriture cursive a été employée depuis la fin du IX® siècle jusqu'au XVIP siècle.
Les manuscrits onciaux présentent certaines abréviations qui ont généralement pour objet des mots qui reviennent fréquemment :
avo; pour avÔpwTTo; ;
^ôtS pour Saueiû ;
6;, 8u pour Ôeoç, Ôeou ;
tTjX, luX, iff'/)X, pour i(Tpa7)X;
(1) V. Hlst, du canon du Nouveau Testament, 176. On trouve le papier de coton (chartabombycina) employé en Europe au X" siècle, et le papier de chiffe, introduit au XIIl" siècle, devient commun au XIV*; mais les transcriptions de la Bible se firent généralement sur parchemin. Le papier n'avait pas encore supplanté le parchemin lors de l'invention de l'imprimerie. On appelle palimpseste (-rcaXîfJi^^Tjaxoff) un manuscrit dont l'écriture primitive a été grattée pour recevoir un nouveau texte. La cherté de la matière à écrire donna lieu à cet usage dès les temps anciens. Après la conquête de rÉgypte par les Arabes, le parchemin renchérit. L'usage de gratter les manuscrits pour y écrire de nouveaux texte3 devient plus commun. On le signale surtout dans les cloîtres de Bobbio et de Grotta- Ferrata, qui ont fourni la plupart des palimpsestes connus; Noter qu'on grattait les manuscrits bibliques aussi bien que les autres. Le concile in Trullo (692) condamna cette pratique répandue aussi en Orient, mais sans réussir à la supprimer.
(2) Telle est du moins l'explication communément reçue.
:, tTjfx, iXtjjji, etc., pour tepojdaXTrjiJL;
iç, IV), pour i7)(Tou<, tTjaoo; x;, xu, etc., pour xupto;, xuptou, etc. ; [jL7)p, (ipç, etc. pour fJir,TT,p, fxr^xpo;, etc. ; TTTjp pour 7ïaT7)p; ouvo;, pour o'jpavo; ; ';rva,7rv;, etc., pour irN£'J{xa, TrvsufjiaToç; or^p, dp; etc., pour (io)TT)p, (TWTT^po;,
La ponctuation était à peu près nulle dans les manuscrits anciens. Les mots, en général, n'étaient pas séparés. Cependant le manuscrit du Sinaï marque le temps par un alinéa, et le manuscrit du Vatican, par un léger intervalle, le changement de sujet. Le point, les deux points, la virgule se trouvent employés pour la même fin dans le manuscrit Alexandrin. Le simple point a été introduit après coup dans les manuscrits du Vatican et du Sinaï. Dans quelques manuscrits seulement, presque tous les mots sont séparés par un point, à là manière des anciennes inscriptions.
Dans les plus anciens manuscrits, par exemple . dans le manuscrit du Vatican, dans l'Alexandrin et le Sinaïtîque, les Psaumes, les Proverbes, le Cantique, Job, TEcclésiaste, TEcclésiastique, la Sagesse, sont écrits par lignes coupées suivant le sens, et qui, dans les morceaux poétiques, suivent à peu près la distribution des membres parallèles. Mais les manuscrits ne s'accordent pas toujours sur le nombre des lignes ainsi obtenues. Ainsi, le manuscrit du Vatican indique pour le livre de Job 2153 lignes (otti/oi) ; le manuscrit du Sinaï, 2126 ; l'Alexandrin, 2021. Dos différences du même genre se rencontrent dans la manière de distribuer et de compter les lignes des Psaumes (1). Origène, dans les Hexaples,
(1) V. Swete, Tke Old Testament in Greeh, II, introd. v-vi.
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avait ainsi disposé le texte par phrases et membres de phrases, et saint Jérôme a suivi un procédé analogue pour écrire sa traduction des prophètes (1).
La ponctuation s'est développée avec le temps, mais d'une façon peu régulière. D'après Tischendorf, le point d'interrogation (?) apparaît au viii** ou au ix® siècle. Les signes de ponctuation sont d'un usage fréquent à partir du x« siècle. Mais leur emploi n'a été parfaitement régularisé qu'après l'invention de l'imprimerie et à partir du xvi® siècle.
Les manuscrits anciens n'ont que peu ou point d'accents. On ne trouve pas avant le vu* siècle de manuscrits onciaux qui en soient régulièrement pourvus. Saint Épiphane dit néanmoins, que, de son temps, certains manuscrits des Septante étaient accentués (2). On rapporte aussi qu'Euthalius d'Alexandrie avait mis les accents (3) dans son édition des Actes et des Epîtres
(i) Nefno'cum prophetas versibus vidtrit esse descriptos, métro eos exisimei apud Hebrssos ligari, et aliquid simile habere de Psalmis et operihus Salomonis ; sed quod in Demosthcne et Tullio solet [}eri, ut per cola scribantur et commata, qui utiqtie prosa et non versibus conscripserunt, S . Jérôme, Praef. in Is. Noter que le mot versus signifie, à proprement parler, une ligne d'écriture et que S. Jérôme l'emploie souvent dans ce sens. Le mot <rzljoç a la même signification. Le grec avait de plus pour désigner les vers le mot I'itt) . De très bonne heure on compta les lignes et on mesurait ainsi l'étendue d'un ouvrage : c'est ce qu'on appelait la sticbométrie. Les stiques avaient la même étendue et contenaient à peu près le même nombre de caract^es. Dans les écrits en prose la sticbométrie n'avait aucun rapport avec la division logique delà phrase. Dans la poésie la mesure du vers déterminait celle du stique. Il ne faut pas confondre avec cette sticbométrie la distribution du texte per cola et commata j que l'on a souvent désignée par le même nom. La disposition du texte des Psaumes, Proverbes, etc., en diffère également, la longueur des lignes étant très variable.
(2) De pond, et mens. 2. (Pg.42, 237).
(3) Euthalius dispose aussi lé texte par phrases et membres de hrases .
catholiques (vers 466). Ils ont été fréquemment ajoutés plus tard dans les anciens manuscrits. Les signes de Pesprit rude et de Fesprit doux (dont la notation est loin d'êjtre toujours concordante entre les différents témoins) ont été employés plus tôt et plus fréquemment ; mais, dans les manuscrits les plus anciens, ils ne sont pas de première main, et c'est par exception qu'on les y trouve parfois marqués de loin en loin. L'apostrophe se rencontre ça et là, mais non régulièrement, dans les plus anciens manuscrits. Les manuscrits onciaux n'ont pas d'iota souscrit ; on trouve rarement cet iota écrit dans la ligne, et seulement dans les manuscrits les plus récents. Dans les manuscrits cursifs, riota souscrit ne se rencontre pas avant la seconde moitié du xii® siècle, bien que les cursifs plus anciens l'écrivent assez fréquemment dans la ligne. Les manuscrits anciens ne présentent guère, d'autre signe destiné à régler ou à faciliter la lecture du texte que la petite ligne placée au-dessus des mots qui sont écrits en abrégé (1).
On pourra se faire une idée de la forme extérieure du texte par le fragment suivant (I Chron. XVII, 9-10), qui est emprunté au manuscrit du Sinaï (2).
CEArTONKAOûCAP (jai (3) akôv xaôw^ àp-
XHSKAIA4>HMEP]Ï y^;, xai àcp' ^jfxepwv
■' 12NETASAKPITAC wv ETaJa xpi-uàç
EITITONAAONMOr stti tov Iol6^ [jlo'j
us dewti
(1) Pour plus dewtails v. Gregory N.T, grœce III, Prolegomend 99-116.
(2) D'après Scrivener, Introd. tothe Criticism ofthe iV-7. (3o éd.) pi. IV. Le passage est signalé à tort comme appartenant à II Sam. VII 10-11.
(3) Fin du mot Taiçeivuxiai.
ÎGÂKAIETAniNÛ 'lapa^iX, xat kairfvo)-
CAAIIANTAGTOrG ffa (sxauetvwŒot) ai^av-ça; xo\><;
ExePorGGorKAi ^x^po^^^ ^o^ >^3cl
ArSHGûGEKAIOI aùÇ-iido) 7e ' y,ol\ 01 (1)
Dans les plus anciens manuscrits, le texte était disposé sur plusieurs colonnes, comme autrefois dans les rouleaux. C'est ainsi que dans le manuscrit du Vatican, le texte est transcrit sur trois colonnes ; dans le manuscrit duSinaï, sur quatre (sauf pour les livres poétiques, dont le texte est disposé sur deux colonnes, dans le manuscrit du Sinaï comme dans celui du Vatican) ; dans le manuscrit Alexandrin et d'autres encore sur deux colonnes.
Les manuscrits qui renferment TAncien Testament tout entier ne présentent pas toujours les livres dans le même ordre. Voici Tordre suivi dans le manuscrit du Vatican : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deu* téronomé, Josué, Juges, Ruth, Rois I-IV, Paralipomènés I-II, Esdras I (pour nous III), Ksdras II (pour nous Esdras etNéhémie), Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique, Job, Sagesse, Ecclésiastique, Esther, Judith, Tobie, les petits Prophètes (Osée, Amos, Michée, Joël, Abdias, Jonas, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie), Isaïe , Jérémie avec Baruch, les Lamentations et TÉpître, Ézécbiel, Daniel. Le manuscrit du Vatican ne paraît pas avoir jamais contenu les livres des Machabées. Dans le manuscrit Alexandrin, les petits Prophètes suivent immédiatement les Paralipomènes ; puis viennent Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel, Esther, Tobie, Judith, I (III) Esdras, II Esdras (Esdras-Néhémie), quatre livres des Machabées (2), les
(1) Commencement du mot olxoôofjLTJaet.
(2) Sur la présence des apocryphes dans les anciens manuscrits,v.
Psaumes, Job, les Proverbes, TEcclésiaste, le Cantique, la Sagesse et VEcclésiastique. Le manuscrit du Sinaï s'écarte des deux précédents. En règle générale, les Psaumes et les livres didactiques suivaient les livres historiques, et les Prophètes (les petits d'abord, puis les grands) venaient en dernier lieu. C'est du moins la disposition qui est indiquée par les anciens catalogues d'Écritures et qui est gardée approximativement dans le manuscrit du Vatican, dans celui du Sinaï et dans la plupart des manuscrits plus récents.
Les titres de livres sont généralement les mêmes dans les manuscrits. On trouve cependant des variantes pour certains livres. Ainsi le manuscrit Alexandrin a Y6veaiç)coj(ji.oti, eÇoBo; Aiy^TCTou, au lieu de yaveaiç, sÇoBoç ; o tepsuç, pour Esdras (Esdras-Néhémie). 11 y a beaucoup plus de différences dans les souscriptions. D'abord ces souscriptions consistaient dans la simple répétition du titre. On y joignit plus tard diverses indications relatives soit à l'origine du livre soit à la transcription et à la correction du texte, quand la copie était révisée par un correcteur autre que le copiste lui-même, ce qui arrivait très fréquemment. Voici par exemple la souscription qui a été ajoutée à la fin du second livre d'Esdras (Esdras-Néhémie) dans le manuscrit du Sinaï (1) par un correcteur du VIP siècle (d'après Tischendorf et Scrivener) :
Taxov Xiav avuiYpa^ov
Histoire du canon de /'A. T. 91, et Hist, du canon du N, T. 174 et saiv. De même sur le principe qui semble avoir présidé au classement des livres dans la Bible-dite des Septante, v, Hist du canon dt Vk. T. 64-65.
(i ) Reproduit ici d'après Swete, II, 212.
OîOlOp9w[Jl£VOV jzipi TOU
aytou (xapTupoç HajjLcpiXou
ouep avTtYpafov irpo; to) teXei U7ro(nr](i.£ia)(Tiç xtç i8iO)^£tpo; auTou uTrexetTO
[JtSTeXr^ fJiçp6r) xat 8iop6u)Ô7j
Ttpoç Ta e^aitXa Hpiyzvou^ Avxovivoç avTSpaXev IlafJicpiXoç O'.opôcoffa :
Une note du même genre a été placée à la fin du livre d'Esther (1). Quelle différence y avait- il entre un SiopôwTYjç et un àvTtgaXXwv ? Le StopôwxYjç est le « correcteur » proprement dit, dont la critique porte sur l'ensemble et les détails de la copie. 'AvTigaXXetv signifie « comparer » , ici « collationner ». Le rôle d'un crmPaXXwv se bornait sans doute à vérifier la conformité matérielle d'une copie avec son original.
Des lettres initiales plus larges, en marge du texte, indiquaient dans les anciens manuscrits les divisions intérieures des livres ou lesparagra^phes. 11 faut observer cependant que le manuscrit du Vatican ne connaît pas ces lettres initiales. L'existence d'un sectionnement s'y trouve attestée néanmoins par le fait que, de temps en temps, la lettre initiale d'une section dépasse Talignement de la colonne et se trouve dans la marge. Avec le temps, l'indication des paragraphes se fit d'une manière plus apparente : c'est ainsi qu'un correcteur (du VIP siècle, mais différent de celui qui â été mentionné précédemment) a numéroté les sections d'Isaïe dans le manuscrit du Sinaï (2). Dans les manuscrits destinés à l'usage liturgique, les péricopes de TAncien Testament
(1) V. Swete, II, 780.
(2) Swete ï, xxi.
qui étaient lues régulièrement dans l'Église durent être marquées de très bonne heure. Dans le manuscrit Alexandrin, les Psaumes sont précédés de diverses pièces relatives à leur contenu et des xavoveç Y;(j.£ptvo'. <J^aX[i.(i)v, xavoveç vuxTsptvoi ^aX(j.a)v, listes des psaumes affectés aux différentes heures du jour et de la nuit ; après les Psaumes on trouve quatorze cantiques également employés dans la liturgie (l).
Nous avons déjà mentionné les manuscrits onciaux qui contiennent, sauf certaines lacunes plus ou moins considérables, l'Ancien Testament tout entier. Ce sont: le manuscrit du Vatican, le Sinaïtique et l'Alexandrin.
Le manuscrit du Vatican {God, Vaticanus gr. 1209) contient l'Ancien et le Nouveau Testament. Sur les sept cent cinquante-neuf feuillets qui le composent maintenant, six cent dix-sept appartiennent à l'Ancien Testament. Les vingt premiers feuillets du manuscrit primitif, contenant la plus grande partie de la Genèse [Gen. I-XLVI, 28), la partie du feuillet qui portait II Bois (Sam.) II, 5 7, 10-13, et dix feuillets qui portaient trente-trois psaumes {Ps. CV, 27-CXXXVII, 6), ont péri. Les critiques admettent communément que ce manuscrit a été copié vers le milieu du IV*' siècle. On ne sait rien de certain touchant le lieu de son origine ni sur son histoire jusqu'à l'année 1475, où il figure au premier catalogue de la bibliothèque vaticane (fondée en 1448). On a dit qu'il avait été écrit à Rome ou dans le sud de l'Italie et qu'il représentait le texte des Septante non révisé, antérieur à la recension d'Origène (2). La seconde assertion ne peut être admise qu'avec beaucoup de réserves, car il est certain que, pour le livre de
(1) Cantiques de Moïse (fîo?. XV, 1-9; Deut. XXXII), d'Anne, etc., V. Swete, II, IX .
(2) V. Bulletin critique du 15 mai 1886, p. 199.
Job, le manuscrit du Vatican ne contient pas le texte primitif des Septante, mais le texte complété par Théodotion. Il ne saurait donc être question ici du texte antérieur à Origène, mais d'un texte révisé, qui n'est ni le texte hexaplaire ni celui de Lucien. Les critiques désignent le manuscrit du Vatican par la lettre B.
Le manuscrit du Sinaï (Cod. Sinaiticus PetropoUtanus)j désigné par la lettre S ou par n, remonte à peu près à la même date que celui du Vatican et pourrait être un peu plus récent. L'opinion de Tischendorf, qui faisait écrire le Nouveau Testament du manuscrit B par un des quatre scribes dont il pensait reconnaître la main dans le manuscrit S, et qui voyait dans les deux manuscrits deux des Bibles copiées sous la direction d'Eusèbe pour l'empereur Constantin, est loin d'être acceptée par tous les critiques. Il semble que, dans cette hypothèse le texte des deux manuscrits devrait être plus uniforme. Gomment expliquer, par exemple, queBet Scontiennent deux recensions différentes du livre de Tobie? Tischendorf découvrit ce manuscrit en 1844, au couvent de Sainte-Catherine sur le mont Sinaï, au milieu de papiers que les moines employaient à allumer leur feu. Un grand nombre de feuillets avaient déjà été brûlés. Tischendorf obtint alors quarante-trois feuillets qu'il publia en 1846 sous le titre de Codex Friderico-Augustamis (en l'honneur du roi de Saxe, Frédéric-Auguste) et qui contenaient une bonne partie du premier livre des Paralipomènes (I Par. XI, 22.XIV, 17), la fin du second livre d'Esdras (pour nous I Esdr., à partir de IX, 9 et le livre de Néhémie) Esther, le commencement de Tobie (Tob. I-II, 2), la plus grande partie du livre de Jérémie (depuis X, 25 jusqu'à la fin) et le commencement des Lamentations (Lam, l-II, 20). D'un second voyage, en 1853. il ne rapporta qu'un fragment de la Genèse (Gen.
XXIV, 9-10, 41-43). Ce fut seulement dans un troisième voyage, en 1859, qu'il put obtenir, grâce au patronage de l'empereur de Russie, ce qui restait du manuscrit. Cette nouvelle acquisition contenait la fin deTobie, Judith, le premier et le quatrième Jivre des Machabées, Isaïe, ce qui manquait de Jérémie dans le Codex Friderico-Augustanus^ puis les petits Prophètes, sauf les trois premiers (Osée, Amos, Michée), enfin les Psaumes, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique, la Sagesse, l'Ecclésiastique et Job ; le Nouveau Testament s'y trouvait tout entier avec l'Épître de Barnabe et la première partie du Pasteur d'Hermas (1). Quelques fragments de la Genèse et des Nombres {Gen, XXIII, XXIV, Nombr.y, VI, VII), fort mutilés, avaient été rapportés en 1845 par l'archimandrite (depuis évêque) Porphyre Uspenski. Sur sept cent trente feuillets que devait contenir le manuscrit complet, il en reste trois cent quatre-vingt-neuf et demi (en comptant les quarante-trois du Frederico- Augtistanus, et sans les fragments) dont deux cent quarante-deux pour l'Ancien Testament et cent quarantesept pour le Nouveau.
Le manuscrit Alexandrin {Cad. Alcxandrinus Londi* nensis Musaei britannici), écrit vers le milieu ou la fin du V° siècle, et probablement en Egypte, appartenait depuis 1098 aux patriarches d'Alexandrie. Il fut donné en 1628 par le patriarche de Constantinople Cyrille Lu^ car, qui avait été d'abord patriarche d'Alexandrie, au roi d'Angleterre Charles l*^ Ce manuscrit, le manuscrit A (2), formé de quatre tomes, contient sept cent
(1) Le tout fut imprimé à Leipzig en 1862, sous ce titre : Biblio^ rum Codex Sinaiticus Petropolitanus. Les fragments de la Genèse et des Nombres furent édités par Tischendorf en 1867 : Appendix codi-cum celeherr. sinaitici, Vaticani, Alexandrini.
(2) On Pavait désigné ainsi par abréviation, à cause de son ori^
soixante- treize feuillets, dont six cent trente pour PAncien Testament et cent quarante-trois pour le Nouveau, avec les deux Épîtres de saint Clément Romain. Dans TAncien Testament, neuf feuillets sont perdus et cinq sont mutilés : il manque quelques versets de la Genèse {Gen. XIV, 14-17; XV, 1-5, 16-19 ; XVI, 6-9), un fragment notable du premier livre des Rois (I RoisXUy 19- XIV, 9) et plusieurs psaumes (Ps. XLIX, 19-LXXlX, 10).
Il convient de mentionner, après ces trois grands manuscrits, le palimpseste de saint Ephrem {Cod. Ephrœ* mi rescriptus, Paris, Bibliothèque nationale), ou le manuscrit C. Les deux cent neuf feuillets qu'il contient sont le reste d'une Bible complète, copiée vers le milieu du V^ siècle. Au XII® siècle, on passa Téponge sur le texte biblique, afin d'écrire par dessus une traduction grecque de certaines homélies et d'autres œuvres de saint Éphrem. Le manuscrit fut sans doute rapporté d'Orient par JeanLascaris (-J^ISSS) et devint la propriété de Laurent de Médicis. Il appartint plus tard à Catherine de Médicis et fut apporté à Paris. Le texte était écrit sur une seule colonne. Il reste soixante-quatre feuillets de r Ancien Testament et cent quarante-cinq du Nouveau. Dix-neuf feuillets appartiennent au livre de Job, six aux Proverbes, huit à TEcclésiaste, sept à la Sagesse, vingt-trois à l'Ecclésiastique et un au Cantique des cantiques. Le texte primitif est d'ailleurs complètement effacé en plusieurs endroits.
On signale encore plus de trente manuscrits onciaux qui contiennent seulement une partie de l'Ancien Testament, par exemple : le Codex Cottonianus Geneseos
gine. De là est venue ensuite la coutume de désigner les mss. onciaux par une lettre majuscule, en suivant Tordre de l'alphabet.
(Musée britannique) fragments de la Genèse (1), V* ou VI® siècle (Swete, D) ; le Codex Bodleianus Geneseos, (Oxford), la Genèse (2), sauf Gen. XIV, 6-XVII, 24, XX, 14 — XXIV, 54 et la fin du livre à partir de XLII, 18, finduVIIPsiècJe(Swete,E); le Codex Ambrosianus (Milan), grande partie du Pentateuque et do Josué {Gen. XXXI, Ib'Jos, XII, 12) avec de nombreuses lacunes (3), première moitié du V* siècle (Swete, F.); le Codex Coislinianus (Paris), Pentateuque, Josué, Juges, Ruth, et les trois premiers livres des Rois, VP siècle ; le Codex BasilianO'Vaticanus (Rome), livres historiques de TAncien Testament depuis le milieu du Lévitique jusqu'à Esdras-Néhémie et Esther, IX® siècle; le Codex Vindobonensis (Vienne), Genèse, VP siècle ; le Codex SarravianuSj en trois morceaux, l'un à Leyde, l'autre à Paris, le troisième à Saint-Pétersbourg, fragments du Pentateuque, de Josué et des Juges (4), fin du IV siècle ; le Codex Petropolitanus (Saint-Pétersbourg), palimpseste, grande partie du livre des Nombres, VP siècle ; le Codex Tischendorfianus II Lip" siensis (à Leipzig), fragments des Nombres, du Deutéronome, de Josué et des Juges (5), VIP siècle ; le Codex Veronensis (Vérone), psautier gréco-latin, avec le texte grec eu lettres latines (6), VP siècle (Swete, R) ; le Co-
(1) Édité par Tischendorf, Monumenta sacra inedita II. Leipzig, 1857. Cf. Gotch, Supplément to Tischendorf s Beliquiœ, Londres, 1881. ,
(2) Édité par le même, ibid,
(3) Édité par Geriani, Monumenta sacra et profana, III. Milan, 1864.
(4) Les parties conservées à Leyde et à Saint-Pétersbourg ont été éditées par Tischendorf, Mon, Sacr, inedita, III.
(5) Édités par Tischendorf, avec fragments des mêmes livres conservés à Saint-Pétersbourg. Mon. sacr, inedita, n. col, l, Leipzig,
(6) Édité par Blanchini, PsulteriMm duplex,etc., Rome, 1740.
dex Turicensis (Zurich), psautier sur vélin pourpre (1), plusieurs lacimes,VII* siècle (Swete, T.); les Fragmenta papyracea Londinensia (Musée britannique), partie du Psautier (Ps. X. 2- XVIII, 6, XX, 14- XXXIV, 6) sur papyrus (2), âge très diversement apprécié (3), IV- VIP siècle (Swete, U); le Codex Cantabrigiensis {Cenabridge), fragments du Psautier, IX° siècle ; le Codex ParisiensiSy fragments du Psautier IX° siècle ; le Codex Vaticanus (Rome) Job, IX® siècle ; le Codex Venetm (Venise), fin de Job, les Proverbes et les autres livres sapientiaux, tous les Prophètes. Tobie, Judith et les trois livres des Machabées, VHP ou IX° siècle ; le Codex Cryptoferratensis (Grottaferrata), fragments des grands et des petits Prophètes, IX®siècle ; le Codex ClU" romontanus ou Marchalianus ^ aujourd'hui Vaticanus (Rome), les Prophètes, VIP siècle. Tischendorf (4) signale encore un manuscrit de Saint-Pétersbourg, lectionnaire de TAncien Testament, contenant divers morceaux des livres historiques, prophétiques et didastiques, IX*" siècle ; un lectionnaire du même genre (S) est conservé à Trêves, X* ou XP siècle. D'après Tischendorf (6), d'autres fragments de lectionnaires existent dans les bibliothèques de Saint-Pétersbourg, de Munich et de Grottaferrata. Le même auteur mentionne encore
(1) Édile par Tischendorf, Monumenta sact\ ined, IV, Leipzig,
(2) Édité par le même, Monumenta Sacr. ined, I.
(3) Tischendorf y voit le plus ancien des manuscrits connus de la Bible. D'autres critiques s'appuyant sur le caractère paléographique du document ne croient pas devoir remonter plus haut que le Vil'' siècle.
(4) Vet, Tesiamentum grœce (6« éd.) I, proleg. xlv.
(5) Cod. S. Simeonis TrcvirensiSf édité par Steininger. Trêves,
(6) V, Testamentum graece, loc, cit.
daiîs les Prolégomènes de son édition des Septante (1) trois psautiers du IX* siècle, l'un à Moscou, l'autre au monastère de Sainte -Croix près de Jérusalem, le troisième à l'Université de Turin ; un manuscrit de Patmos, YIIP siècle, contenant le livre de Job ; enfin quelques fragments de moindre importance.
Les manuscrits cursifs sont naturellement en beaucoup plus grand nombre que les manuscrits onciaux. On en connaît plus de trois cents, mais la plupart ne contiennent qu'une partie de l'Ancien Testament» Les manuscrits des Psaumes sont incontestablement les plus nombreux. Les abréviations se multiplient dans les manuscrits cursifs ; on y constate aussi l'emploi des ligatures, plusieurs caractères étant amalgamés ensemble, de façon à être écrits d'un seul trait de plume. Il existe aussi beaucoup de lectionnaires. Scholz (2) en signalait soixante-six en 1859. Manuscrits et lectionnaires contiennent des matériaux que la critique a jusqu'à présent peu exploités.
§ ^.Éditions des Septante, Travaux critiques sur cette version,
La plus ancienne édition des Septante est celle qui fut imprimée dans la Polyglotte d'Alcala (ou Complute 1814-1517). Dans la dédicace au pape Léon X, le cardinal Ximénès dit s*être procuré avec beaucoup de peine des manuscrits très anciens, et il dit aussi en avoir reçu de la Bibliothèque vaticane (3). Il est certain que le fa-
(1) Loc, cit.
(2) Nov. Testamentum I, 45.
(3) Tarn hebrœorum quant grxcorum (exemplarium).., multiplicem copiant variis ex locis non sine summo labore couquisiviwus. Atque ex istis guident graeca SancHtati tuœ dehemus, qui ex ipsa apostolica bibliotheca antiquissimos tum V, tum N, Testamenti codices perquant humaneadnos misisti, quinobis in hocnegotiomaximo fuerunt
meux manuscrit B ne fut pas envoyé à Alcala. Mais le P. Vercellone a démontré que deux manuscrits du Vatican (cotés 330 et 346= 108 et 148 dans l'édition Holmes-Parsons, qui sera signalée plus loin) avaient été envoyés à Ximénès, et la comparaison du grec de Complute avec ces deux manuscrits prouve qu'on s'en est réellement servi (1), principalement de l'un d'entre eux (ms. 330). Aucun manuscrit oncial ne fut mis à contribution. Le sénat de Venise avait envoyé un manuscrit provenant de Ja bibliothèque du cardinal Bessarion : d'après Delitzsch (2), une copie du Cod. Venetus Dessarionis (Holmes, 68). Il se trouve que les Septante de Complute, dont le texte a été jugé parfois trop sévèrement, représentent d'une façon plus ou moins exacte la recension de Lucien (3).
Ce texte a été reproduit dans les Polyglottes d'Anvers et de Paris, ainsi que dans plusieurs éditions surtout espagnoles, du XVP siècle et du commencement du XVIP. Il a été réédité en notre siècle dans la Polyglotte de Stier et Theile (1847-1856, et trois éditions suivantes).
L'édition Aldine, qui parut à Venise, en 1518, avait été commencée par Aide Manuce, et fut achevée après la mort de celui-ci (1S15) par son beau-père André Asulanus. Elle a été plusieurs fois réimprimée. On n'est pas fixé sur les sources manuscrites dont elle procède.
adjumento. Les manuscrits dont il s'agit n'étaient cependant pas fort anciens; le ms. 330 est du xiv® siècle; le ms. 346, du xin» siècle. Le Codex Vmeius qui fut envoyé à Ximénès est du xv« siècle et paraît avoir été écrit pour Bessarion (Cornill. Ezechielf 24).
(1) Vercellone, dans V. et N. Testamentum, éd. Mai (Rome, 1857) ï, V. Cf. Disserta%ioni academiche (Rome 1864). 407 et suiv.
(2) Forigesezte Studien zur Entstehungsgeschichte der complutensischen Polyglotte (Leipzig, 1886).
(3) Le cod. Vaticanus 330 appartient à cette recension*
L'éditeur dit avoir puisé dans plusieurs manuscrits très anciens (1). On peut croire qu'il s'agit de manuscrits vénitiens relativement modernes (2). Le texte de l'édition Aldine a été reproduit dans plusieurs éditions allemandes du XVP et du XYII^ siècle.
La principale édition des Septante, celle qui est devenue pour ainsi dire le texte reçu de l'Ancien Testament grec, est l'édition romaine, connue sous le nom d'édition siœtine.
Dans les congrégations où fut discuté le décret concernant l'édition de la Vulgate latine, les Pères de Trente avaient parlé aussi de donner une édition authentique de la Bible grecque. Pie V s'était occupé de réaliser ce désir ; mais il ne semble pas que les travaux préparatoires aient été poussés bien loin sous son pontificat. L'œuvre fut reprise sous Grégoire XIII, à l'instigation du cardinal de Montalte, le futur Sixte V. Une commission de savants parmi lesquels on comptait Pierre Morin (-{- 1 608, qu'il ne faut pas confondre avec le P. Jean Morin, de l'Oratoire), Antoine Agellius, Emmanuel Sa, Flaminius Nobilius, et que présidait le cardinal Carafa, prépara l'édition, qui fut publiée seulement sous le pontificat de SixteV, en 1587 (3). Les travaux préliminaires avaient duré huit ans.
(1) Dans la dédièace au cardinal iEgidius: Ego multis vetustissimis exemplaribus collatis, adhibita etiam quorumdam eruditissimorum hominum cura, Biblia {ut vulgo appellent) graece cuncta descripsi atque in unum volumen reponenda curavi,
(t) Peut-être faut-il compter parmi eux le manuscrit de Bessarion dont il vient d*être question (Gornill, Ezechiel, 79j. Quoi qu'il en soit, l'édition Aldine se rapproche beaucoup plus de l'édition romaine que celle de Complute.
(3J Le titre était ainsi conçu : yj iraXata ôiaOr^xTj | xaxa tod; e^ôo- [jLrjXovta I 8t [au6£VTtot<; | Suœtou s', axpou ap^vspeox; | ex8o6£iaa | Vêtus Testamentum \ juœta Septuaginta | ex auctoritate \ Sixti Y. Pont. Max, | ^ditum.
En tête de Tédition se trouvait la liste des livres de TAncien Testament (1) : on s'était conformé à Tordre suivi dans le manuscrit B. Venait ensuite Tépitre dédicaloire adressée au pape par le cardinal Carafa. On y félicitait Sixte V d'avoir accompli le désir des Pères de Trente (2). Le cardinal rappelait ce qui avait été fait pour obtenir un texte [correct : on avait reconnu que le manuscrit du Vatican était celui qui représentait le mieux l'antique version des Septante, et Ton s'était efforcé d'en reproduire exactement la teneur (3). Dans la préface au lecteur, qu'on sait avoir été écrite par Pierre Morin, on commence par louer les Septante interprètes qui « remplis de l'Esprit de Dieu », traduisirent la Bible de l'hébreu en grec, plus de trois cents ans avant Jésus-Christ (4) ; on rappelle ensuite les travaux d'Ori-
(1) taÇi(;TU)v TTQCTcaXatac ôtaÔYjXvjc pipXtwv ev tY)tSeTr)t ex8o<yet.
(2) Ex quo fit ut vestram non solum pietatem sed etiam sapientiam magnopere admirer, cum videam S. V, de grxcis Bibliis expoliendis idem multos post annos in mentem venisse quod sanctos illos Patres Tridenti congregatos auctoritate ac reverentia ductos verae ac purx Septuaginta interpretationis olim cogitasse cognovi ex actis ejttë concilii nondum pervulgatis» Cf. Hist, du canon du N. T, 265.
(3) Intelleximus cum ex ipsa collatione tum e sacrorum veterum scriptorum consensione, Vaticanum codicem non solum vetustate verum etiam bonitate caeteris anteire; quodque caput est^ ad ipsam quam quxrebamus Septuaginta interpretationem, si non toto libro, majori cerfe ex parte , quam proxime accéder e. Quod mihi cum muU tis aliis argumentis constaret, vel ipso etiam libri titulo, qui est xaTa Touc ep8ofjL7)xovTa, curavi.,. exemplar ipsum, quod ejus valde probaretur auctoritaSy de verbo ad verbum repraesentandum, accurate prius sicubi opus fuit recognitum et notationibus etiam auctum.
(4) Constat enim eos Interprètes y natione quidem Judœos, doctos vero grœce, irecentis uno plus annis ante Christi adventum, cum in ^gyptoregnaret Ptolemaeus Philadelphus, Spiritu sanetoplenos sacra Biblia interpretatos esse, eamque interpretationem a primis Ecclesix nascentis temporibus tum publice in Ecclesiis ad legendum propointam fuisse, tum privatim receptam et explanatam ab ecclesasticiis scriptoribus qui vixerunt ante B. Hieronymum, latinx Vulgatœ edi-
gène et la corruption du texte, qui est attribuée uniquement au mélange des versions grecques avec le texte des Septante, quand la notation hexaplaire eut été effacée par le temps (1). Indépendamment du manuscrit du Vatican, qui est rapporté au IV® siècle, on mentionne parmi les manuscrits dont on s'est servi pour préparer Tédition, un manuscrit oncial, de Venise, provenant de la bibliothèque de Bessarion (2), et un autre, provQuant de la Grande-Grèce et qui appartenait aucardinal Carafa(3), enfin divers manuscrits de la bibliothèque Médicis à Florence. On ne se servit guère de ces manuscrits que pour confirmer ou éclairer la lecture du Codex Vaticanus (4). Ce qui manquait dans ce manuscrit fut emprunté aux autres, mais on ne spécifie pas autrement les sources (8).
tionis auctorem. Un peu plus loin : Septuaginta Interpretum editio... instinciu quodam divinitatis elaboraia.
(1) Facium est ut vetustate notis obliteratis insincera nimls et valde sut dissimilis ad nos pervenerit : quippe qwe insertis ubique aliorum inierpretationibus, aliquibus autem locis duplici atque etiam triplici ejusdem sententiœ interpretatione intrusa, maie praeterea a librariis accepta, suam ob id nitorem integritatemque amiserit.
(2) Holmes 23 (compté à tort parmi les mss. cursifs). C'est le C. Venetus mentionné plus haut p. 64. Tischendorf conjecture que l'on aura emprunté à ce ms, les livres des Machabées. Mais les éditeurs n'ayant rien dit à ce sujet, l'hypothèse de Tischendorf aurait besoin d'être vérifiée par la collation des textes.
(3) Qui liber cum Vaticano codice ita in omnibus consentit, ut cî^edi possit ex eodem arcketypo descriptvs esse. C'est tout ce que l'on savait de ce manuscrit jusqu'à ces derniers temps. M. P. Batiffol l'a retrouvé à la Bibliothèque vaticane, où il porte le n° 1238 du fonds grec. V. Bulletin critique du 15 mars 1889, p. 112-115. De la collation faite par M. Batiffol il résulte que le ms. de Garafa se rapproche beaucoup plus de V Alexandrinus que du Vaticanus.
(4) Praeter hos magno etiam usui fuerunt libri ex Medicea hibliotheca Florentiœ collati, qui Vaticanas lectiones multis locis aut confirmarunt aut illustî'arunt.
(5) Machabaeorum libri absunt ab hoc exemplari, atque item liber Genesisfere totus,,. et liber item Psalmorum, qui a psalmo GV nsque
On déclare encore s'être conformé scrupuleusement à l'exemplaire du Vatican, le seul qui soit par son titre selon les Septante (1). Le décret de Sixte V terminait la série de ces documents préliminaires : le pape prescrivait en termes absolus de recevoir l'Ancien Testament grec tel qu'il était contenu dans la présente édition, comme étant de nature à faciliter l'intelligence de la Vulgate et des anciens Pères (2). En réalité, l'Église catholique a une édition authentique de la Bible grec-
CXXXVIII nimia vetustate mancus est Sed hœc ex aliorum codicum collatione emendata sunt. Une main plus récente a suppléé dans le ms. du Vatican ce qui manquait delà Genèse. Le texte est conforme à celui de Complu te.
(1) Sed libri Vaticani bonitas non tam ex horum codicum (les mss. énumérés précédemment) , miro consemu perspecta est, quam ex eis locis qui partira adducuntur, partira explicantur ah antiquis sacris scriptoribus ; qui fere nusquam hujus exemplaris lectiones non exhibent ac reponunt^ nisi ubi aliorum interpretum locum afferunt, non Septuaginta, Qu^orum editio cum esset nova emendatione perpolienda, recte ad hujus libri normam, qui longe omnium antiquissimus (on dit plus haut que le ms. a été copié ante millesimum ducentesimum annum, hoc est ante tempora b. Hieronymiet non infra, opinion adoptée par les critiques modernes) solus juxta Septuaginta inscribitur (argument allégué déjà par le cardinal Garafa, et dont la faiblesse n'a pas besoin d'être démontrée ; Tischendorf signale à ce propos, dans son édition des Septante I, xxix la souscription des Proverbes dans le palimpseste de s. Ephrem; 7rapoi|jitai joXojjiwvxoç Tcapa £p8o|jnr)xovTa) perpolita est^ vel potius rectissime liber ipse ad litteram quoad fieri potuit per antiqumn orthographiam, aut per librarii lapsus^ est exp7*essus. Nam vêtus illa et jam obsoleta ejus aetatis scriptura aliquibus locis représenta ta non esty cum iamen in aliis omnibus, nisi ubi manifestus apparebat librarii lapsus, ne latum quidem unguem, ut aiunt, ab hujus libri auctoritate diseessum sit, ne iis quidem quw si minus mendo, certe suspicione mendi videbantur non carere,
(2) Volumus et sancimus ad Dei gloriam et Ecclesiae utilitatemy ut Vestus Graecum Testamentnm juxta Septuaginta ita recognitum et expolitum ab omnibus recipiatur ac retineatur, quo potissimum ad latinœ vulgatœ editionis et veterurr. sanctorum Patrum intelligentiam utantur. Le décret de Sixte V est daté du 8 octobre 4586.
que, comme elle a une édition authentique de la Vulgate latine (1).
Le texte des Septante occupait sept cent quatre vingttrois pages in-folio, à deux colonnes, plus deux pages d^additions et de corrections. La distinction des chapitres y était marquée ; mais pas plus que dans les éditions précédentes, on n^ indiquait la distinction des versets. Il n'y avait pas de majuscules pour indiquer les noms propres au commencement des chapitres ou des phrases. A la fin des chapitres se trouvaient des notes signalant les variantes d'Aquila et des autres versions hexaplaires, ainsi que les leçons des Pères, des versions ou des manuscrits ; on y expliquait aussi les passages obscurs. La part principale dans la rédaction de ces notes appartient à Pierre Morin (2).
Nonobstant les protestations de conformité rigoureuse au manuscrit du Vatican, l'édition sixtine ne reproduit pas avec une fidélité absolue le texte de ce manuscrit. En fait, il y a peu de chapitres où les éditeurs ne s'en soient écartés en des points qui ne regardent pas l'orthographe et où il ne s*agit pas de corriger les fautes évidentes du copiste. Leur en faire un reproche serait méconnaître Fobjet de leur travail et Tétat de la science philologique à leur époque (3). Ils ne se proposaient pas de donner une édition critique du Codex VaticanuSy et personne alors ne publiait d'éditions critiques. Ils vou- * laient donner une édition des Septante : ils ont pris
(1) Ce fait n'est pas à négliger quand on disserte sur Tauthentici té de la Vulgate latine. Il suffit de comparer la version des Septante et la Vulgate pour voir dans quelle mesure et dans quel sens Tune et l'autre peuvent être authentiques en même temps. V, Histoire du CanonduN.T.2ioG.
(2) Tischendorf , V. T. gradre, I xxiv.
(3) Nestlé. Septuaginta studien, cité par Swete. I, vu.
pour base de leur édition le manuscrit qu'ils jugeaient le meilleur et qui Pétait en effet ; ils ont complété ce manuscrit et ils en ont aussi modifié le texte en certains endroits, sans doute d'après d'autres autorités et pour des motifs qu'il nous est difficile maintenant d'apprécier dans le détail.
L'édition sixtine n'en était pas moins et elle est restée jusqu'à nos jours la meilleure édition des Septante. Elle a été souvent reproduite par divers éditeurs. Le P. Jean Morin publia en 1628, à Paris, le texte de l'édition sixtine avec la version latine, essai de restitution de l'ancienne Vulgate, que Flaminius Nobilius avait fait imprimer à Rome en 1588. Pour la première fois, la distinction des versets était marquée dans le grec, d'après la Vulgate. Une édition de Londres, 1653, reproduite à Cambridge, 1665, à Amsterdam, 1683, à Leipzig, 1697, contient le texte de l'édition sixtine altéré par le mélange de leçons empruntées au texte de Complute et à l'édition aldine. Walton reproduit le texte de l'édition romaine (1) avec la version de Flaminius Nobilius dans la Polyglotte de Londres, 1657. Bos (Franeker, 1709) suit moins exactement l'édition sixtine : son texte se retrouve dans l'édition de Mill (Amsterdam, 1725), dans celle de Reineccius (1730 et 1757) et dans celle d'Oxford (1805). Mentionnons encore l'édition de Van Ess (Leipzig, 1824, plusieurs fois rééditée depuis, corrigée en 1855) ; celle de Jager (Paris, Didot, 1839) avec la version de Flaminius Nobilius. Ces éditions et d'autres qu'il n'est pas nécessaire d'énumérer ont été dépassées par celles de Tischendorf, dont nous parlerons plus loin.
Une édition des Septante, fondée sur le Codex
(1) Les variantes du ms. alexandrin sont indiquées, mais d*une façon incomplète.
Alexandrinus parut à Oxford, 1707-1720, par les soins de Grabe (1). L'éditeur suit son manuscrit de plus près qu'on n'avait fait dans l'édition sixtine pour le manuscrit du Vatican. Cependant iJ n'en adopte pas l'orthographe et il corrige les fautes de copiste, en prenant soin néanmoins de signaler la correction des plus importantes. Dans les passages où le texte du manuscrit avait été corrigé après coup, il adopte souvent la correction sans indiquer l'autre leçon, et réciproquement, si la correction porte à faux, il la passe sous silence en suivant la leçon primitive. Il reste d'ailleurs entre l'édition et le manuscrit un assez grand nombre de divergences qui ne procèdent.pas d'un changement d'orthographe ou de corrections indispensables. Les lacunes du manuscrit Alexandrin étaient comblées au moyen des éditions antérieures, soit l'édition sixtine, soit celle de Complute ; mais ces compléments étaient imprimés dans un caractère particulier. Grabe voulut de plus imiter Origène et rétablir le texte hexaplaire : il marquait d'un astérisque les passages qu'il supposait ajoutés d'après Théodotion ou les autres interprètes au texte primitif des Septante, et d'un obèle, les passages du grec qui manquaient dans l'hébreu. On comprend que, dans ces conditions, l'édition de Grabe représente d'une manière assez imparfaite le Codex Alexandrinus. L'édition do Grabe a été reproduite par Breitinger (Zurich, 1730- 1732), Reineccius (Leipzig, 1751), et dans l'édition de
(i) Voici le titre du premier volume (rédition en comprend quatre, et les deux derniers ont paru après la mort de Grabe, par les soins de Fr. Lee) : Septuaginta interpretum tomus 1. continens Octateuchum ; quem ex antiquissimo MS. Codice Alexandrino accuratc descriptunif et ope aliorum Exemplariorurh, ac priscorum Scnptorum, prœsertim vero Hexaplaris Editionis Origênianœ^emendatum atque suppletum, additis sœpe asteriscorum et obelorum signis^ summa cura edidit Joannes Erneatus Grabe S, T. P.
Moscou (1821). L'édition de Field (Oxford, 18S9) est une révision de celle de Grabe, d*après le manuscrit Alexandrin (1).
Dans toutes ces éditions, comme d*ailletirs dans tous les manuscrits, on avait pour le livre de Daniel le texte de Théodotion. Le Daniel des Septante ne s'est rencontré jusqu'à présent que dans un seul manuscrit, le Codex Chisianus (bibliothèque Chigi, à Rome), manuscrit cursif du xr siècle, publié pour la première fois à Rome, en 1772, par Simon de Magistris (2). Diverses éditions en ont été données depuis. Il suffit de mentionner la dernière qui est aussi la meilleure, celle de Cozza (Sacr, Bibl. vetustiss. Fragm. III, Rome, 1877).
Un travail considérable, dont le résultat fut médiocre, est la grande édition des Septante (3) qui fut commencée par Holmes et achevée par Parsons (Oxford, 1798- 1827). Le texte est celui de Pédition sixtine ; mais on y a joint la collation d'un très grand nombre de manuscrits (environ trois cents), des éditions antérieures, des citations patristiques, et des anciennes versions dérivées des Septante. C'était une entreprise analogue à celle que Kennicott avait tentée pour l'Ancien Testament hébreu. D'immenses matériaux furent ainsi réunis. Par malheur, les collations avaient été faites souvent avec peu de soin, et le classement de ces données plus ou moins sûres laisse beaucoup à désirer. On peut prendre dans cette édition une idée générale de l'état du texte dans les manuscrits, mais non des éléments de critique suffisamment certains dans les détails (4).
(1) Tischendorf, op, dt. I, lv.
(2) L'édition avait été préparée surtout par Blanchini et Vincent de Regibus.
(3) y. T. grœcum cum variis lectionibus,
(4) Holmesianum.., opus tanta Jiegligentia curatum fuit^ ut parum
Tischendorf, qui a tant contribué aux progrès de la critique textuelle du Nouveau Testament, a rendu aussi de grands services à la critique des Septante par les éditions de la Bible grecque qu'il a données lui-même. Dans ces éditions, Tischendorf s'est contenté de réviser soigneusement le texte de Tédition sixline en la purgeant des fautes incontestables que présentait le texte reçu ; mais il y a joint les variantes du Codex Aleûoandrinus, du Friderico-Augustanm et du palimpseste de saint Éphrem (1). La première édition parut en 1850 ; la seconde, pourvue d'une large introduction et augmentée du Daniel des Septante d'après Tédition de 1772, parut en 1856; deux autres éditions suivirent en 1860 et 1869 ; la cinquième fut publiée en 1875, après la mort de Tischendorf. Le D' E. Nestlé a complété l'œuvre de Tischendorf en y joignant, dans les éditions de 1880 et 1887, une collation de l'édition sixtine avec les manuscrits du Sinaï et du Vatican, complétée par
adjumenti inde sperandum sit in curiosam textus LXX investigation nem„. Evidenter mihi apparuit errasse sœpe Holmes ejusque conti" nuatorertij eirasse sœpe collatores assumptos, et tôt tantaque esse sphalmata, plura interdum in une versu, ut licet varietatem LXX fere totam summatim inde desumere liceat, exigua tamen sit fides singulorum testium, et ex malo hahilu totius collationis dubii et incerti ex illo opère semper procedere debeamus in critica textus ejus^ que recensionum tractatione. Geriani (Mon, sacr, et prof, lîîy xuj, cité dans Swete, 1, ix.
(1) kpparaius criticus si in promptu fuisset ejusmodi qui et multos maximeque antiquissimos testes complecteretur et lectionum varietatem plene atque accurate referret^ arduum opus recensendi textum sitscipi debebat ; certe enim poterat. \t ejusmodi apparatum célèbre Holmesianum opus non modo non praebet sed ne prœparavit quidem.., Proptei^ea eam viam ingressus sum, ut textum per tria saecula p*obatissimum repeter em^ mutatis tantuîAmodo quibus mutatione maxime opus esset, addita vero plena lectionis varietate ex tribus codicibus antiquissimis, quos fere solos utpote editos confidenter adhihère licebat, Tischendorf, op.cit, I, xxin.
l'indication des leçons de l'Alexandrin et du palimpseste de saint Éphrem toutes les fois qu'ils s'accordent avec le manuscrit du Sinaï ou celui du Vatican, ou bien avec tous les deux contre l'édition sixtine (1).
On doit aussiàTischendorf la publication de manuscrits ou fragments de manuscrits qui fournissent des matériaux importants à la critique des Septante : fragments contenus dans le palimpseste de saint Éphrem .'(2) en 1845 ; édition du Codex Sinaiticus (3) en 1846 et 1862 ; édition du Psautier de Zurich, et de Daniel d'après le C Claromonta7ius {i), en 1869; etc. (5). Le manuscrit Alexandrin, édité par Baber d'une façon assez défectueuse au commencement de ce siècle (1812-1828), a été reproduit tout récemment (1879-1883) par la photogravure (6). L'édition du C. Vaticanus préparée par Ae cardinal Maï (-{-1854) et publiée après sa mort en 1857(7), n'était pas pleinement satisfaisante pour la critique: une édition meilleure a été donnée (1868-1881) par les soins de Vercellone (-|- 1869) et de Cozza (8).
Tout dernièrement M. H. Barclay Swete, a commencé
(1) F. T. grgeci codices Vaticanus et Sinaiticus cum texiu recepto collati ah Eberardo Nestlé. Supplementum ediiionum quœ sixtinam sequuniur omniuniy in primis Tischendorfianorum. Cet ouvrage a été aussi publié à part.
(2) Codex Ephrœmi Syri rescriptus sive fragmenta utriusque Testamentiy etc. I. Le tome II. publié le premier en 1843, contient les fragments du N. T.
(3) C. Friderico Augustanus, C. Sinaiticus^ supr , cit.
(4) Monumenta sacra inedita N. colL supr, cit.
(5) Autres éditions de mss. mentionnées plus haut, p. V. aussi les prolégomènes de Tédition des Septante et la liste des écrits de Tischendorf dans Gregory, JV. T. Grœce Hly Prolegomena, 7-22.
(6) Fac-similé of tke Cod. Alexandrinus. I-IV.
(7) y. et N. T, ex antiquissimo cod, Vaticano, I-V. (non terminée).
(8) Bibliorum sacrorum grœcus C. Vaticanus. Sur cette édition, V. Swete, op, cit. ï, xviii.
de publier une édition manuelle des Septante, fondée sur le manuscrit du Vatican avec collation des principaux manuscrits onciaux (1). Cette édition dont il a paru deux volumes (livres historiques et sapientiaux) doit être suivie d'une autre contenant le même texte, mais pourvu d'un apparat critique beaucoup plus considérable : collation de tous les manuscrits onciaux, des manuscrits cursifs les plus importants, des versions anciennes, des citations de l'Ancien Testament qui ont été faites par Philon et les plus notables écrivains ecclésiastiques (2). Cette édition ne sera pas encore une édition critique des Septante ; mais il ne semble pas qu'on puisse faire mieux pour le moment.
Les travaux dont les Hexaples d'Origène ont été l'objet sont une contribution à la critique des Septante. Le plus ancien recueil des fragments hexaplaires est celui qui se trouve dans les notes de l'édition sixtine rédigées par Pierre Morin. Drusius (3) et Bos (4) y ajoutèrent peu de chose. L'édition donnée par Montfaucon (5) l'emporte de beaucoup sur tout ce qui avait précédé, soit par Pabondance soit par l'exactitude des données. Toutefois l'œuvre du savant bénédictin avait besoin sur certains points d'être révisée, et dans ces derniers temps, il est devenu possible de la compléter surtout au moyen des indications et des notes fournies par la version syro-hexaplaire dont nous parlerons plus
(i) T. I, 1887 ; T. 11, 1891 (Cambridge, Uni versity Press). (2)Swete, op. cit. 1, xii. On a réservé pour la grande édition les questions qu'on a coutume de traiter dans les prolégomènes*
(3) Veterurn interpretum graecorum in totum V. T. fragmenta (1622). V. Field. Hexapla I, m.
(4) V. T. ex versione LXX interpretum etc. una cura scholiis etc., nec non fragmentis versionum Aquilœ, Symmachi et Theodotionis (1709), V. Field, op. cit. I. iv
(5) Origenis Hexaplo'um quae super sunt (Paris, 1713).
loin. L'édition des fragments hexaplaires la meilleure et la plus complète qui existe actuellement est celle qui a été donnée par Field, en 1875 (1).
Nous avons dit en racontant Thistoire du texte hébreu de l'Ancien Testament comment la question de la valeur critique des Septante pour la correction du texte hébreu traditionnel s'était posée au XVIP siècle et dans quel sens il convient de la résoudre. Afin que l'on puisse tirer de l'ancienne version grecque toutes les ressources qu'elle contient pour la critique de l'Ancien Testament, il est nécessaire de rétablir autant que possible le texte primitif des Septante et de bien connaître le caractère général de la version, ainsi que leca^ctère particulier de ses différentes parties.
Toutes les publications dont nous venons de parler sont à considérer comme des essais d'édition critique ou des recueils de matériaux. La marche à suivre pour préparer une édition définitive des Septante a été indiquée par P. deLagarde (^ 1891), un des savants qui ont le plus contribué en ce siècle au progrès de la critique de l'Ancien Testament grec (2). Dans ses remarques sur la version grecque des Proverbes (3), publiées en 1863, cet auteur établissait les principes suivants qui ont été admis depuis par les critiques :
1° Tous les manuscrits des Septante présentent un texte qui est immédiatement ou médiatement le résultat d'un travail éclectique ; on ne peut rétablir que par un procédé éclectique le texte primitif, en se réglant sur la connaissance du style de chaque traducteur et en cher-
(1) A Oxford. Même titre que Montfeucon. Supplémenis importants dans Pitra, knalecta sacra III, 555*578.
(2) Nous avons déjà cité et nous citerons encore quelques-uns de ses nombreux travaux.
(3) Cf. Histoire du texte hébreu, 199.
chant à discerner les variantes qui correspondent à un original sémitique de celles qui sont de simples altérations du grec.
2** Quand un verset ou une partie du verset se présentent en double traduction, traduction libre et traduction servile, la traduction la plus libre doit être jugée primitive.
3** Quand le grec présente deux leçons dont Tune correspond au texte massorétique et l'autre ne peut s'expliquer que par une différence de lecture dans Toriginal hébreu, celle-ci doit être considérée comme authentique.
Plus récemment P. de Lagarde a formulé en détail le programme à suivre pour faire une édition critique des Septante. La première chose à faire est de reconstituer les trois recensions qui d'après saint Jérôme avaient cours dans les Églises au IV* siècle. On ne peut pas s'en rapporter à un manuscrit, ce sont les familles entières de manuscrits qu'il faut comparer. Il faut d'abord chercher à rétablir le texte typique des trois grandes familles. Alors seulement, par la comparaison de ces trois textes, on pourra formuler des conclusions sur leur valeur respective comme représentants du texte primitif et procéder à la reconstitution dp celui-ci. Il est évident qu'un tel programme ne peut être exécuté ni par un seul homme ni en peu d'années. Certains critiques l'ont jugé irréalisable. Ce serait avouer qu'il est impossible de rétablir le texte grec de l'Ancien Testament tel qu'il existait avant Origène ; car la recension hexaplaire n'est pas plus que les autres un témoin absolument sûr du texte primitif, et il faudrait pour le moins reconstituer le texte de la recension hexaplaire*
Par quelle recension fallait-il commencer? P* de La-garde a cru qu'il fallait prendre d'abord la mieux carac-
térisée, celle dont les témoins étaient les plus faciles à discerner, et pour laquelle des œuvres aussi étendues que celles de saint Jean Chrysostome et de Théodoret fournissaient un bon moyen de contrôle, la recension d'Antioche. Son intention était de rechercher ensuite et de publier la recension d'Hésychius. Malheureusement le premier volume des Septante selon Lucien (1) a seul paru en 1883. Dans un travail publié après la mort de l'auteur (2) et qui contient les cinq premiers chapitres des Juges selon le manuscrit du Vatican et selon TAlexandrin, P. de Lagarde semble disposée croire que le manuscrit du Vatican, suivi parles versions coptes, représenterait pour le livre des Juges la recension d'Bésychius, et TAlexandrin, suivi par la version syro-hexaplaire le texte d'Origène, Il incline à voir dans ces deux textes des Juges non pas deux recensions, mais deux versions différentes, ce qui parait exagéré (3).
Diverses combinaisons plus ou moins sûres ont été émises dans ces derniers temps soit par Field et P. de Lagarde, soit par d'autres auteurs sur le classement des principaux manuscrits et des anciennes versions. On s'accorde sur les témoins principaux de la version de Lucien. On admet aussi que la plupart des manuscrits actuellement ^dités représentent plus ou moiiis le texte hexaplaire. Ses principaux témoins sont le Codex CoiS" linianus^ leSarravianus, le Claromontanes et la version syro-hexaplaire. Il ne parait pas que Ton soit arrivé touchant la recension d'Hésychius à des conclusions bien certaines. On s'accorde à dire qu'il faut la chercher dans
(1) Librorum V. T. canonicorum pars prior grxce (Gœttingue)*
(2) Septuaginta Studien, (Gœttingue, 1892) supr. cit,
(3) Cf. E. Nestlé, Tlieol LiteraturuUunÇy 3 sept. 1892, p. 443. Il s'agirait plutôt d'une révision du texte primitif d*âprès Théonotion.
les manuscrits qui sont en rapport avec les versions coptes et les citations scripturairôs de saint Anathase et de saint Cyrille d'Alexandrie. M. Ceriani, à qui la critique biblique est redevable d'importantes publications, indique un manuscrit de Ferrare (XIV° siècle, 106 de Holmes), comme le meilleur représentant du texte égyptien (i).
La critique de la version des Septante comme version ne peut pas être beaucoup plus avancée que la critique du lexte. Frankel a publié, en 1841, un travail d'ensemble sur l'ancienne version grecque (2). Cet auteur exagère la valeur critique du texte hébreu traditionnel en imputant à Tarbitraire ou à l'ignorance des interprètes grecs toutes les différences qui existent entre le texte massorétique et la version des Septante. Mais son livre contient d'excellentes observations sur les procédés suivis par les interprètes alexandrins. Des études nombreuses sur les diverses parties de l'Ancien Testament grec ont paru au cours de ce siècle et principalement dans ces derniers temps (3). Quelques unes ont pour auteurs des savants catholiques (4). On peut dire des meilleures que ce sont, à certains égards, des essais plutôt que des travajx définitifs, puisque la critique commence seulement à s'orienter parmi les témoins du texte. Malgré tout ce qui a été déjà fait, il est permis de penser, en coîisidérant ce qui reste à faire, que la critique des Septante en est encore presque à ses débuts.
(1) Lerecensioni dei LXK e la versione délia Itala, dans les comptes-rendus de rinstitut lombard (1886), 2° série, t. XlX, f. IV. Cf. Bulletin crilique du 16 mai 1886, p. 199.
(2) Vorsttidien zu der Sepluaginla.
(3) Indications bibliographiques dans Buhl, op, cV. 12o.
(4) Notamment G. Bickell, De indole ac ralione versione alex. in interpretando libro Jobi (iS^l) ; Scholz, Die alex, Uebersetzung d, B. Jesaias (1878), Der Masorethische Text und die LXX Uebersetzung d. B. Jeremias (1875) ; etc.
Section IP — Critiqué de la version des Septante.
Après ce qu'on vien,t de voir, il est manifeste qu'une critique complète et définitive ne saurait être faite pour le moment. Trop d'incertitudes environnent le sujet. Nous devons nous borner à exposer ici les ressources^ dont on dispose et la mélhode à suivre pour étudier critiquement la version des Septante, et à porter un jugement d'ensemble sur son caractère et sa valeur, d'après les résultais qui semblent maintenant acquis à la science.
§ /, Ressources et méthode.
Les témoins du texte des Septante se répartissent en trois catégories : les manuscrits, les anciennes'versions faites sur le grec, les citations des Pères.
Nous avons donné plus haut un état sommaire des manuscrits. Ce sont évidemment les principaux témoins du texte, puisqu'ils le contiennent d'une manière suivie ; ce sont des témoins directs, tandis que les versions sont des témoins indirects ; ce sont des témoins comr plcts, tandis que les citations des Pères, supposé qu'elles soient exactes, ne sont que des témoignages partiels. Mais ces témoins ont aussi leurs défauts. D'abord ils ne sont pas suffisamment anciens. Il n'y en a pas qui remontent au delà duIV^ siècle de l'ère chrétienne : c'est à-dire que les plus anciens manuscrits sont postérieurs , de quatre, cinq et même six siècles à la version qu'ils représentent ; et justement nous savons que le texte a subi, durant ce temps, des remaniements systématiques, qu'il s'était altéré avant ces remaniements, et que, par suite, tous les manuscrits nous donnent un texte qui
peut être inégalement corrompu, mais qui est toujours assez profondément altéré. De plus, tous ces manuscrits ne sont pas classés, au moins pour la plupart et jusqu'à ce jour, en familles nettement caractérisées. Il n'y a pas eu de massore pour la Bible des Septante. Les trois recensions qui, au dire de saint Jérôme, se partageaient le monde chrétien vers la fin du IV^ siècle, n'ont pas été scrupuleusement gardées. Il y a eu des mélanges, des influences réciproques. C'est pour cette raison que les manuscrits des Septante présentent des variantes considérables et multiples. La différence atteint pour certains livres de telles proportions qu'on est obligé d'admettre l'existence de traductions diverses. Pour d'autres cas où l'unité primitive de la traduction ne paraît pas douteuse, on constate des divergences très importantes, comme entre le manuscrit du Vatican et l'Alexandrin pour les livres des Juges et de Samuel, ou très singulières, comme dans ce manuscrit cursif des Prophètes (1), signalé par le D' Cornill (2), qui a été-ijfluencé par la version d'Aquila et qui offre, entre autres variantes caractéristiques, vingt-huit passages où la particule hébraïque de l'accusatif (n>^) est représentée par par o-uv. La première impression que donne la collation des manu^rits grecs est celle d'une -confusion inextricable sur des points très nombreux. Une considération plus allentive des documents permet néanmoins de commencer un classement que les autres témoins, versions dérivées et citations, aident à poursuivre.
Nous avons d'abord les témoins indirects du texte complet, à savoir les versions anciennes qui ont été
(i; Holmes 6?.
(2) Ezechiel, 78.
faites sur les Septante et dont les principales sont l'ancienne Vulgate latine, les versions copies, la version éthiopienne, la version arménienne et la version syro-hexaplaire. Quelques-unes de ces versions sont plus anciennes que tous les manuscrits ; d'autres sont plus anciennes que la plupart d'entre eux. Chacune d'elles représente le texte des Septante sous une forme déterminée, à un moment donné de l'histoire, le temps précis où la version a élé faite. Si ces versions avaient été conservées dans leur intégrité originelle, on pourrait dire que l'ancienne Vulgate latine représente le texte grec qui avait cours dans l'Église d'Occident vers la fin du IP siècle et au commencement du 111° ; les versions copies représenteraient le texte qui avait cours dans l'Eglise d'Alexandrie vers la même époque ; la version éthiopienne aurait des chances de représenter les Septante dans la receasion d'Hésychius ; ce qu'on sait des origines de la version arménienne donnerait à penser qu'elle représente un texte mélangé des diverses recensions qui existaient au commencement du V* siècle; quant aux parties connues de la version syrohexaplaire, il est certain qu'elles représentent assez fidèlement le texte d'Origène. Mais il s'en faut bien que l'ancienne Vulgate latine soit un t^mom facile à interroger. D^abord on ne la possède pas dans son entier; onsait d'ailleurs qu'elle s'était altérée dans les manuscrits ecclésiastiques avant l'époque de saint Jérôme ; on n'est pas fixé sur ses origines et Ton ignore s'il a existé une ou plusieurs versions latines. Ce que l'on sait fort bien, par exemple, c'est que s'il y a eu seulement une version, celle-ci a subi des transformations telles qu'elles équivalent à l'existence de versions multiples. Voilà donc un témoignage utile, mais un témoignage confus qu'il faut éclaircir et discuter avant de l'employer. Les
deux principales versions coptes se trouvent dans des condiliojis fort analogues à celles de raucienne Vulgate, et elles n'ont pas encore été beaucoup étudiées. La version éthiopienne a subi des remaniements. La version arménienne est un témoin équivoque. D'où il suit qua la critique trouve dans les versions des Septante un auxiliaire très précieux, mais qu'il faut savoir utiliser et dont il faut pour ainsi dire préparer le témoignage.
Les citations de TÉcriture qui sont faites dans les ouvrages de Philon, de Josèphe, dans le Nouveau Testament et chez les écrivains ecclésiastiques, sont aussi un moyen de critique très important. Celles de Philon, de Josèphe, du Nouveau Testament (quand elles viennent des Septante), des Pères apostoliques et des apologistes, procèdent de la version grecque telle qu'elle, existait avant les recensions ; la littérature ecclésiastique plus récente sert de témoin au texte révisé. Le rapport qui exiKsle entre les citations de tel Père et tel manuscrit ou catégorie de manuscrits, peut servir à retrouver le texte particulier de Tune ou l'autre des trois grandes recensions dont parle saint Jérôme. Mais ces témoignages sont partiels et souvent incertains. Les citations courtes peuvent être faites de mémoire et par à peu près : dans ce cas elles ne sauraient fournir une base solide à la critique, à moins que les auteurs n'insistent particulièrement sur la forme du texte, alléguant par exemple la présence de tel mot, ou iuî^istant sur tel détail de rédaction pour appuyer certaines conclusions. Une simple variante qui peut s'expliquer par la liberté de la citation n'a donc pas beaucoup de signification pour la critique. Et d'autre part l'accord des citations avec le texte commun de la Bible grecque n'est pas toujours un témoignage sérieux en faveur de celui-ci,
pafce que nos éditions des Pères sont fondées par fois sur des manuscrits où les citations bibliques ont été plus ou moins modifiées d'après le texte ordinaire. Ainsi, les citations de saint Justin ne sont guère utilisables quand le contexte ne les confirme pas. Notre texte de saint Justin provient d'up seul manuscrit où beaucoup de ces citations, surtout celle^ qui sont un peu étendues, ontété corrigées sur les Septante de Lucien (1). Les ouvrages patristiques où la critique textuelle peut puiser le plus grand nombre d'indications sûres sont les homélies ou les commentaires dans lesquels des livres ou des morceaux considérables de la Bible sont expliqués d'une manière suivie, parce que, dans ce cas, Fauteur avait à sa disposition un texte écrit et que les explications complètent les données fournies par les citations formelles. Dans les cas où Ton ne peut dire avec certitude si les citations sont faites de mémoire ou d'après un texte, leur cnseYnble, quand il s'agit d'œuvres un peu étendues, permet de savoir à quelle recensîon appartenait le texte dont Tauteur se servait ordinairement et de conclure que cette recension était employée à telle époque, dans telle Église. L'étude des citations scripturaires peut donc être féconde en résultats; mais on voit qu'elle est fort compliquée et qu'elle demande à être conduite avec beaucoup de prudence et de sagacité.
Il est évident que l'oii ne peut songer à rétablir le texte primitif des Septante par une simple comparaison
(i) Hatch, Essays, 186-20?. Bousset. Die Evangeliencitate Justim (1891) 18-32. On peut voir un exemple curieux de cette substitution de textes dans le Dialogue avecTryplion, 73 (P. g\ 6,648). S. Justin reproche aux Juifs d'avoir retranché les mots àiro toù ^jXou dans le le psaume XGV(h. XGVI) lOjetces mots ne sont pas dans le texte du psaume, à Fendroit où il se trouve reproduit en entier.
de lous les témoignages dont nous venons de parier, mais qu'il faut procéder avec ordre et classer les témoins. La simple comparaison des citations patristiques et des manuscrits peut servir à améliorer le texte sur certains points et pour certains livres. Ainsi une élude approfondie de la version copto-thébaine de Job donnerait de précieuses indications pour la reconstitution du Job des Septante, tel qu'on le lisait avant les interpolations des recenseurs. Mais pour l'ensemble de l'Ancien Testament grec, le programme fixé par P. de Lagarde s'impose à la critique. Pour atteindre le texte antérieur aux grandes recensions qui se [partageaient le monde chrétien au IV® siècle, il faut fixer d'abord le texte do ces recensions. C'est à elles que se réfèi^enl directement les citations patristiques depuis la fin du IIP siècle ; c'est d'elles que dépendent la plupart des versions, et les plus anciennes en ont subi après coup rinfluence. Supposé qu'on pût rétablir entièrement par des témoignages directs le texte antérieur à Origène, on devrait encore, pour suivre l'histoire de la Bible grecque, reconstituer le texte des recensions. Mais c'est par les recensions que le texle primitif des Septante nous est transmis : il faut traverser les recensions pour le retrouver.
On a vu plus haut que les critiques modernes ont seulement commencé de rétablir le texte des recensions. Le classement des témoins n'est pas encore achevé.
Il a été possible, en comparant les citations de saint Jean Chrysostome et de ïhéodoret avec le texte des manuscrits, de reconnaître un certain nombre de témoins d*après lesquels on pourra sans doute rétablir en entier la recension de Lucien. Parmi les manuscrits onciaux le codex Venetus (1) appartiendrait h celle recension.
(t) Supr. cit. p. 64. Cf. CovniWy Ezecfiiel 15.
P. de Lagarde indique pour les livres historiques les manuscrits 19, 83, 93, 108 [codex Vaticanus 330) et 118 de Holmes-Parsons ; pour les Prophètes, les manuscrits 22, 36, 48, 51, 93, 144,308. Les manuscrits 19, 93 et 108 (Lagarde : /i, m, d), contiennent une double recension d'Esther. Les deux textes ont été reproduits par P. de Lagarde. Tous deux contiennennent les fragments deutérocanoniques, mais le premier texte (EtÔy^p a, dans l'édition de Lagarde) est notablement plus abrégé que l'autre, dont la teneur se rapproche beaucoup du grec ordinaire (dans les manuscrits A^ B, S). Le roi de Perse a nom Assuérus dans le premier, Artaxerxès dans le second. Lequel de ces deux textes représente la recension de Lucien ? les deux procèdent-ils de lui ? Les particularités caractéristiques du premier obligent à y voir le travail personnel d'un recenseur (1). ^P. de Lagarde observe encore, dans l'édition qu'il a donnée des cinq premiers chapitres des Juges d'après le Vaticanus et V Alexandr'mus {Septuagintastudieny supr. cit.) que les témoins de Lucien {d, h) s'accordent génévdiiemeni avQcVAlexandriiius. Les fragments d'une ancienne version latine édités par Vercellone (2), les citations de saint Augustin et la version arménienne s'accordent aussi avec les mêmes témoins. Saint Augustin fait à propos de Juges III, 31 une observation assez curieuse (3) :
Et post enm surrexit Samegar filins Aneath et percussii alienigenas in sexcenios viros prœier viiitlos boum^ et salvavii Israël,.. Non habet aufem inierpretaiio ex hebrœo prêter vi-
(1) S. Jean Chi'ys. paraît citer la recension plus courte [Esth^Yl, 25) Ad pop. Anliocli. hom 3 (P. g. 49, 50).
(2) Varide lecliones, I» Ces fragments viennent d un ins. de la Vulgate (C. Legionensis, \X^ siècle).
(3) Quae^t. in Heptaleuclmm, Vil (P. l, 34, 801 j,
tulos boum, sicut isia quœ secunduni' sepiuaginta est ; s'cut habet illa ex hebreeo vomere occisos sexcentos viros, quod ista non habet.
Or les manuscrits donnent :
B. xal iiràxaÇev toÙ; àXXocpuXouç tiç ^avôpaçèv t(J> àpoTpoTTjot xwv '
A. xat èiraTaJev toùç àXXocpuXou^ eiç iÇavcoatou; àv8pa< èv xtj) àpa- TpoTuoSt èxTo; (xoayo) (lire (XOJ^tOv) ^otov.
A, rf (Lucien) .xaî iiràTaJe toj; àXXocpuXovx; elç àÇaxoaiou; av8pa<; EXTo; [xofT^ç^wv Twv powv.
Ain^i la leçon que saint Augustin présente comme celle des Septante, c'est à-dire la leçon de l'ancienne version latine, est conforme au texte de Lucien. La leçon du Vaticanus se trouve être conforme à- la nouvelle Vulgale ; elle paraît avoir existé dans les manuscrits grecs avant Origène (1), qui la cite comme leçon des Septante ; c'est aussi la leçon donnée par Théodotion:
LM /é'OJandrmw^ donne les deux leçons mêlées. La leçon du Vaticanus, d'ailleurs inexacte comme traduction de rhébreu, paraît avoir été introduite à la place de celle qui nous a élé conservée par Lucien et que Ton jugeait erronée. Il est vrai que la leçon exxoa- [xo^ytov ne semble pas procéder de l'autre par voie d'altération, mais venir d'une fausse lecture de l'hébreu (nsraa, au lieu de toSqi ). Pour cette raison même, elle a chance d'être primitive. Il peut donc y avoir dans la recension de Lucien des lectures particulières qui lui sont bien antérieures.
L'affinité qui existe entre la recension de Lucien et les anciennes versions latines a été signalée déjà par plusieurs critiques (2). 11 faut croire que ces versions
(1) V. In Jud. hom, III (P. g. 12,^ 97) 1 Et percussit Semegar kllopfiylos in sexcenlis vins, in stiva velpede arairi.
(2) Geriani, pour le texte des Lamentations, Monumenta sacra et profana I, xvi (1831); Vercellone, op. cit. (l860.1864j a sig:nalé la
ont été faites ou revisées sur des manuscrits apparentés à ceux qui ont servi de base à la recension de Lucien. On lit, par exemple dans saint Cyprien(S) :
Et suscitabo mihi sacerdotem fidelem, qui omnia quse sunt 4n corde meo faciety et œdificabo ei domum fidelerrij et transi^ bit in conspectn christorum meorum cunctis diebus: et erit, qui remanserit in domo tua^ veniet adorare in obolo pecuniœ et in pane uno (I Sam. II, 35-36).
B. SieXeuiTSTai èvtoTUtov ^ptdxou jjlou ô 'Kepi^oreuwv èv oiV.(}> T^Çet
irpodxuveTv aùtcj) ô^oXoù àpyup lou.
A ira; i Tripi^js-Stov èv olxif) œou t^Çei irpaT/Cuvri^ai a'JTt}) ô^oXou
àpYupîo'i y>.%\ èv àpTtjj sv (lire £v().
Lucien. ôieXeucrîTa'. evoiriov twv ypiTCtb'/ {jlou. ^. iroç 6 uttoXe- X£i(JL|Jitvo; èv T(|) oty.t|) jou T,?£i îcpooxuvr^cjai auTcJ) sv ô^oX^i àp^'^^piou >caî èv apTt}> év(.
Saint Cyprien (1). Ei respondit sacerdos ad David et dixit : No7i sunt panes profani in manu mea, nisi panis sanctus unus; si observait sunt pueriam,uliere^ manducabunt (I Sam. XXI, 5}.
B. oux eljiv àpxoi pi^r^Xoi ùizi t/jv }(^&'ïpà |xou, oti aXX' •/■■ apTOi à'Ytoi £i(jiv £Î 7r£cpuX:eY{Jiiva toc Trxioipià ejtiv àîro Y'->'^3tt>co;, >cai cpà-
A apTo; aYio; £Œ~tv .... 'îrxio(a ôIjiv 7iXv> oltz^ "p'^^tixoç.....
Lucien .... £'. {jl^ 6 apTo;ô à'Y'.o^ .£'. £7"ct ta Tîxi^^pta TtEa/uXa^fAiva aTio Y'jvaao;, xxî cpxYovTai.
Saint Cyprien (2). Et indignatus est (inquit) Dominus in omni seniine Israël et dimovii eos, et dédit eos in direpiionem donec abjiceret eosa fac'e sua, quia disslpatus est Israël a domo Davtdy et constituerunt sibi regem Hieroboam filium Nabat (Il «ois XVII, 20-21).
parenté des fragments de l'ancienne Vulgate [supr. cit. n. l) avec lesmss. 19, 82,93, 108, de Holmes. V.Driver. The Books of Samuel Lxxix-Lxxxn [cf. Lin), plusieurs passages de^ Tancienne Vulgate comparés avec le texte de Lucien.
(5) Testimon, 1, 17. Éd. Hartel, 1, 50-oL
(1) Testim. III, 32. Hartel, 1, 146.
(2) Ep. Lxix. Hartel, I, 754.
ET DES VERSIONS DIjî LA BIBLE 91
B .xaî àTtewjavTo tov xSptov sv Tcavxi aTtipixaTt 'lapaTJA 6'xî
irXïiv 'ijpaTjX sTràvwOev (?) oI'kou Aausio, >ca'. spad^suffov tov 'lepo- ^oàfjL ulov NapaT.
Lucien, xat s6up.'jj6y) xjpto; èTc'auxoT; tuXt^v ô'ti ippaY'^i ^
IdpoçTjX à-TTo TOu oixov Aa'jio, xa'. spadtXeujav ecp' lauTOÙ; tov 'kpopoà{Ji.....
Ces rapprochements doivent paraître suffisamment instructifs.
Il y aurait lieu de comparer la recension de Lucien avec les fragments hexaplaires, afin de connaître la méthode que le recenseur a suivie pour introduire dans le texte ecclésiastique les mots ou passages de l'hébreu qui n'étaient pas dans les Septante. Si l'on en juge par les passages importants du premier livre de Samuel qui ont été ajoutés après coup à la version des Septante et qui se trouvent maintenant dans beaucoup de manuscrits grecs, Lucien se sera servi des interpolations pratiquées par Origène dans la recension hexaplaire, car son texte ressemble beaucoup au texte commun tel qu^on le trouve, par exemple, dans le manuscrit Alexandrin. On nous permettra de citer un texte assez long pour que l'on puisse aisément se rendre compte du rapport qui existe entre Lucien et les manuscrits qui relèvent plus directement de la recension hexaplaire.
LSam. XVII, 12-31.
Lucien Manuscrit A.
l^.xal Aau'.ouloç àvopo; 'Ecppa- xal eTtusv Aotu£Î8 dIo^ àvGpioTTou
6a(ou. ouTo; ex pr^ÔXisfi. 'lo-joa, 'EcppaOsciou .
xai ovo[jLa aùxcjj 'Isjaai, xai auTto
oxTtb uloî. xai 6 àvTipTipsaê'jTspo^ xaî 6 àvTjp èv xaiç TjjJiipats XaoùX
h fijxÉpai? iiao'jX, iX-rjX'jOw; èv TrpîaP'jTspoçèXYjXuOwsivàvôpàaiv. £-eaiv.
Dans ce premier verset, l'Alexandrin garde la trace de rinterpolation. Les mois y.al skev sont en réalilé le commencement du verset 32 ; mais dans le grec primitif ils suivaient immédiatement le verset il. Ils ne correspondent à rien dans l'hébreu actuel, que nos deux interprétations serrent de près. On remarquera la variante de Lucien, Iv iTeatv, ce qui suppose dans Thébreu D^Jua, leçon bien meilleure que celle de l'hébreu massorétique D"'u:ni, suivie par TAlexandrin. La lecture de Lucien est appuyée par la Peschito.