LA QUESTION DU CANON DES ECRITURES
science d'une autre époque et qu'un livre qui contiendrait toute science, la vraie vérité sur le fond de toutes choses, serait^ s'il pouvait exister, parfaitement inintelligible pour nous autres pauvres humains, qui sommes accoutumés à voir les choses per spéculum et in ^nigmate^ comme le dit saint Paul.
La tradition catholique a toujours considéré la Bible comme un livre vrai, mais vrai à condition d'être interprété. Qu'estce à dire, sinon que la Bible, prise en elle-même, n'est pas absolument vraie pour tous les temps ? Peut être avons-nous trop subi, sans nous en apercevoir l'influence des anciennes théories protestantes sur l'autorité absolue de la Bible. Nous semblons parfois oublier que l'Église existe justement pour être Torgane permanent, toujours vivant de la révélation , et que la Bible n'est qu'un instrumentaux mains de l'Église. L'instrument n'est pas suffisant par lui-même à produire l'œuvre pour laquelle on l'emploie. La Bible est vraie, mais l'Église est infaillible. C'est l'Église qui adapte aux besoins de chaque époque les principes de la révélation contenue dans la Bible. La Bible ne peut le faire, car un livre ne peut pas s'expliquer lui-même à son lecteur, se proportionner, sans le secours d'autrui, aux idées, à la science, à l'état d'une époque pour laquelle il n'a pas été composé d'abord. La nécessité d'un interprète, et d'un interprète dont le commentaire, sans changer essentiellement, se renouvelle toujours, est aussi évidente que l'imperfection relative du livre à commenter. Omnis scriba dodus in regno cdslorum similis est homini patrifamilias, qui profert de thesauro suo nova et vêlera.
Cet élément relatif et imparfait, qui enveloppe, pour ainsi dire, la révélation contenue dans la Bible, prouve mieux que tous les arguments la nécessité d'un magistère infaillible pour interpréter doctrinalement l'Écriture. L'interprétation privée ne jouit pas pour cela d'une liberté sans frein. Un