‹ Histoire critique du texte et des versions de la BibleChapitre 35 sur 37 · LA QUESTION DU CANON DES ÉCRITURES · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU CANON DES ÉCRITURES

ture ont la même autorité divine et que tout ce qui est contenu dans la Bible, étant inspiré de Dieu, appartient en un sens à . Tobjet de la foi, on n'entend pas transformer cliaque verset de la Bible en définition d'infaillible vérité. On connaît l'exemple classique : Utrum et quomodo cauda canis Tob\œ pertmeat ad objectum fidei ? exemple tiré de Tobie, XI, 9 : Tum prœcucurrit canis qui simulfuerat in via, et quasi nuntiiis adveniens blandimenio suœ caudœ gaudebat. Tout passage authentique de l'Écriture a une autorité divine en ce sens qu'il est divinement inspiré, qu'il a comme tel sa raison d'être dans la Bible et une relation plus ou moins élroite avec l'objet propre de la révélation et l'objet principal de l'inspiration, qui est la doctrine de la foi et des mœurs. Mais si tout passage de la Bible a un rapport quelconque avec la vérité révélée et l'objet de la foi, tous ne contiennent pas des vérités de foi ni des vérités certaines en rapport avec la fol, et ceux qui en contiennent peuvent être plus ou moins clairs et précis. Est-il de foi divine que le chien de Tobie a flatté de la queue son vieux maître en rentrant à la maison après le voyage de Médie? Si le passage est authentique (il manque dans le grec), il a une autorité divine en tant qu'il fait partie d'un livre inspiré, mais on ne peut pas lui reconnaître la moindre valeur dogmatique, attendu qu'il ne contient pas de dogme et qu'il ne touche ni de près ni de loin à la démonstration d'une vérité religieuse ou morale. Un trait de ce genre pourrait même n'avoir pas de valeur historique^ s'il se trouvait dans un récit purement fictif, n'ayant pas d'autre objet que l'édification, ou comme ornement de la narration dans une histoire qui serait vraie pour le fond. Il n'aurait alors si l'on peut s'exprimer ainsi, qu'une vérité de pure harmonie, en ce sens qu'il contribuerait à l'agrément du récit, et, d'une manière indirecte, à son efficacité morale.

Selon la tradition chrétienne, tout est vrai dans la Bible ; mais il est évident que cette vérité n'est pas absolue en ce

AU CONCILE DE TRENTE 2a3

sens que l'expression des vérités religieuses serait toujours claire, complète, proportionnée à la culture iniullecluelle de tous les âges, et que la Bible serait par ellemême une autorité infaillible dans tous les ordres de connaissances humaines. Beaucoup de choses dans rÉcrilure n'ont qu'une vérité de proportion, ou si l'on veut, une vérité relative. Tout ce qui a trait au système du monde, dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, bien qu'inadmi;^sible aujourd'hui, n'est pas erroné au point de vue de la fin providentielle de la Bible et peut même être dit vrai en ce sens que les auteurs inspirés l'ont cru nécessairement et qu'ils ont dû le dire pour être compris de leurs contemporains. L'objet de la révélation n'étant pas scientifique, la science du temps où la révélation s'est produite devenait son cadre naturel et indispensable. On n'est pas obligé pourtant de croire au firmament solide, à l'océan supracéleste, à l'immobilité de la terre. Toutes les imperfections qui résultent pour nous des opinions reçues à l'époque où la Bible futécrite^ du défaut d'informations historiques sur les temps primitifs, des procédés de composition beaucoup plus libres que ceux dont usent ou prétendent user les historiens modernes, étaient inévitables et n'étaient pas un défaut au moment où les livres bibliques furent mis en circulation, mais bien plutôt . une qualité, une condition de succès. Autrement, il eût fallu compléter la révélation religieuse et morale par une révélation scientifique beaucoup moins nécessaire que l'autre à l'humanité, et qui, vu les circonstances, aurait prévalu aussi difficilement. Les prophètes elles apôtres n'ont pas été, ils ne pouvaient pas être les promoteurs de la science. Mais ils ont apporté au monde une vérité meilleure que la vérité scientifique, et c'est seulement de la vérité qu'ils prêchent, non delà science dont ils ne s'occupent pas, qu'on doit leur demander compte. Ajoutons qu'un livre vrai pour la science d'une époque cesse de l'être au moins partiellement pour lu

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