‹ Histoire critique et lâegislative de l'instruction publique et de la libertâe de l'enseignement en France (volume 2)Chapitre 40 sur 81 · IL · texte numérisé non relu

IL

cléricale. Les pères de famille, indignés, se soulevèrent contre cette violation nouvelle de leurs droits les plus sacrés ; les catholiques y virent la plus coupable atteinte portée à leur foi et à leur liberté; les évêques réclamèrent au nom de leurs antiques prérogatives et de l'indépendance de l'Eglise.

La lutte commença dans les Chambres. Dès le 2 1 juin , M. le vicomte de Conky, prenant la parole à l'occasion des pétitions relatives aux Jésuites,

s'écrie :

La France catholique a répondu par des cris d'alarme à une résolution que nous appellerons fatale; car, dans notre conviction, elle porte atteinte à la religion de l'État, elle blesse les droits consacrés par la Charte

L'orateur démontre ensuite que l'existence libre des Jésuites est une des conséquences de la Charte, cette loi de liberté qui domine tous les pouvoirs de la société en France.

La Charte, dit -il, reconnaît que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de l'État. Donc elle existe légalement dans l'État, avec ses attributs nécessaires, avec la liberté d'agir selon le vœu de sa conscience, avec la pratique des conseils évangéliques, avec les associations pieuses; caria liberté de conscience est de sa nature absolue et illimitée; et, selon l'expression de Fénelon, nul ne peut forcer le retranchement impénétrable de la liberté du cœur.

Je le dis, Messieurs, avec un sentiment de la plus profonde douleur, et tourmenté par la conviction des malheurs qui nous menacent : si nous cédions au cri des factions, peut-être un jour nos enfants seraient-ils réduits à solliciter cette émancipation que sept millions de catholiques, en Angleterre et en Irlande , demandent vainement encore !

ET DE LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT. 33o,

Et de quel droit, Messieurs, dans un temps de liberté, viendrait-on faire violence à un père, et lui défendre de confier ses enfants à tel ou tel homme , parce qu'il porte tel ou tel habit? Ne serait-ce pas là la plus étrange insulte à cette liberté que l'on se montre si jaloux de défendre?

Que l'on ne s'étonne point si nous combattons les pétitions, ou les actes du pouvoir qui essayeraient d'établir envers une classe de prêtres français un droit d'oppression qui bientôt porterait le trouble dans la société tout entière ; nous réclamons contre ces actes au nom de la justice et de la liberté, et nous repoussons tout ce qu'il y a d'hypocrite dans une liberté qui ne serait que de la servitude : car la tyrannie commence lorsque les pouvoirs franchissent leurs limites et portent atteinte à la morale, cet éternel fondement des devoirs. Des désordres graves deviendraient bientôt la suite d'une telle inquisition ; car il y a dans l'homme un sanctuaire où les pouvoirs delà terre ne peuvent pénétrer sans y porter le trouble....

Nous demandons, Messieurs, la liberté de la religion. Nous serons entendus, ou la France aura cessé d'être libre et la Charte aura existé. Si Ton persistait dans de trop funestes résolutions, nous dirions aux dépositaires du pouvoir : Vous allumez un feu qui ne pourra s'éteindre; craignez que le premier acte empreint des marques de la persécution n'en appelle bientôt de nouveaux, car les premiers pas dans une telle route entraînent sur une pente rapide qu'aucune puissance ne peut plus arrêter. Le désordre et l'anarchie naissant alors de toutes parts : par une déplorable fatalité, les plus nobles sentiments, les intentions les plus pures deviennent impuissantes ; et les peuples, fatigués des convulsions de l'anarchie, sont réduits à invoquer le despotisme pour mettre un terme à tant de malheurs.

Cet admirable discours, que nous aurions voulu pouvoir citer tout entier, fit une impression profonde sur la Chambre, malgré ses préjugés et ses haines aveugles; il restera comme un des plus beaux monuments de courage et d'éloquence dont s'enorgueillissent nos annales parlementaires.

34o HISTOIRE DE i/lNSTRUCTION PUBLIQUE

Huit jours après, la question se représenta avec toute sa vivacité à l'occasion du budget des dépenses. Le 3o juin, M. de Sainte-Marie demanda :

Qu'est-ce donc que ce ministre (de l'instruction publique) qui a son conseil, son budget, et pour contribuables tous les pères de famille? Qu'est-ce donc que cette Université, cette espèce d'État dans l'État, à qui l'éducation publique semble avoir été inféodée, et qui, couvrant le royaume comme d'un réseau, dit avec autorité, aux maîtres : Vous n'aurez le droit d'enseigner qu'avec un diplôme émané de moi; aux élèves : Vous n'aurez le droit d'apprendre qu'en me payant un impôt; aux uns et aux autres : Vous n'enseignerez et vous n'apprendrez que ce que je veux, comme je le veux, et autant que je le veux; aux parents, enfin : Voilà des maîtres qui ont ma confiance, peu importe qu'ils aient la vôtre, ou qu'ils ne l'aient pas; vos enfants seront élevés par eux, ou ne le seront pas du tout.

Dans un tel état de choses , je cherche en vain l'autorité sacrée du père de famille, autorité qu'il tient du Créateur, qui lui a donné le droit et imposé le devoir de veiller sur l'éducation de ses enfants et de la diriger ; droit dont la conséquence est écrite dans tous nos codes, qui rendent le père responsable de la conduite de ses enfants.

Qu'un conquérant qui, dans son mépris des hommes, appelait la jeunesse française matière conscriptive , ou chair à canon, ait imaginé d'établir dans son vaste empire un système uniforme et despotique d'éducation, cela se conçoit; dans ses desseins de guerre éternelle, il n'avait besoin que de soldats. Qu'il ait voulu, en rendant l'éducation coûteuse, concentrer les lumières dans les classes aisées, et laisser les classes pauvres dans l'ignorance, cela se conçoit encore; ce système était conséquent avec celui de son despotisme. Mais que sous un gouvernement constitutionnel, lorsqu'on proclame tous les jours la nécessité de répandre les lumières dans toutes les classes, on persiste à maintenir une institution destinée à servir les vues politiques du gouvernement dont elle était V ouvrage , plutôt qu'à répandre les

bienfaits d'une éducation conforme aux besoins du siècle, voilà ce qui n'est pas aussi facile à concevoir.

Comment ne s'est-on pas aperçu que ce n'était qu'en luttant sans cesse contre le but même des institutions qu'ils étaient appelés à mettre en œuvre, que les premiers chefs de l'Université avaient pu parvenir à opérer quelque bien ?

Que le régime d'une autorité unique et absolue était incompatible avec l'esprit libéral de notre gouvernement ?

Qu'enfin , la taxe universitaire était un obstacle aux bonnes études , et au désir du roi de répandre le bienfait de l'instruction dans toutes les classes de ses sujets]?

Il serait en effet trop extraordinaire qu'on ne s'en fût pas aperçu ; aussi les trois remarques que je viens de lire sont de l'immortel auteur de la Charte.

Ainsi entamée dans la discussion générale , la lutte fut plus vive encore dans la discussion particulière. M. de la Bourdonnaie se fit le généreux organe de tous les griefs amoncelés contre l'Université, et le vengeur de l'autorité paternelle outragée. M. le ministre de l'instruction publique , qui depuis a su réparer avec la noblesse d'un grand cœur et d'un haut esprit les erreurs de sa carrière politique, essaya de donner le change, et réfuta victorieusement ce qui n'avait pas été dit, à savoir : « qu'il fallait soustraire l'éducation à toute espèce de surveillance du gouvernement. » En lui répondant, M. de Sainte-Ma.rie rétablit la question dans son vrai jour.

Le gouvernement, dit-il , peut ouvrir des écoles et leur donner les règles qu'il juge convenables, voilà le droit; mais interdire à la jeunesse, avide d'instruction, de la puiser à d'autres sources plus rapprochées d'elle , et dont les abords lui seraient plus faciles , voilà l'abus de la force !

34^ I&STt)IRÉ DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Envisagée sous ce rapport, la question prend un aspect tout à fait nouveau, depuis les deux ordonnances du 16 juin. En effet, il est reconnu que 47,000 enfants reçoivent, à portée de leurs parents et à très-peu de frais , une éducation soignée dans les écoles secondaires ecclésiastiques. Cette voie est dorénavant fermée pour 27,000 d'entre eux , et il est facile de voir que les trois quarts de ceux-ci sont hors d'état de continuer leurs études dans les collèges de l'Université, supposé même, ce dont il est permis de' douter, que ces établissements inspirassent de la confiance aux parents. Àvez-vous le droit de condamner dans chaque génération 24,000 jeunes gens à l'ignorance? Avez-vous le droit, si par la libre concurrence ils pouvaient trouver les moyens de se procurer une éducation moins dispendieuse, de leur interdire d'en profiter? Non assurément , ou il faut convenir que le mot de liberté est de tous celui que nous comprenons le moins et dont nous abusons le plus.

Puis, ce fut M. Leclerc de Beaulieu qui déclara « que l'histoire caractériserait la création de l'Université comme Y acte le plus despotique des temps modernes. »

Elle est antipathique, continua-t-il, je ne dirai pas seulement à la Charte, ni à aucun autre régime constitutionnel, mais encore à une monarchie absolue , tempérée par les lois et les mœurs , telle qu'était notre ancienne monarchie. Ouvrez le testament politique de Richelieu, vous le verrez reculer devant le monopole de l'enseignement : considérez Louis XIV dans tout l'éclat de sa puissance, jamais il n'a conçu l'idée de forcer les pères de famille d'accorder leur confiance à ceux qui avaient obtenu la sienne. C'est qu'en effet, pour concevoir et exécuter une telle idée, il fallait encore dire : L'État, c'est moi; et moi,

c'est Vépée

Au moment même où un peuple voisin abolit l'acte du test, le second article de l'ordonnance l'introduit au milieu de nous. Que les passions du moment ne nous fassent pas fermer les

yeux sur le danger d'une telle innovation. Elle est injurieuse pour la religion de l'État,, si elle reste bornée à ses congrégations religieuses ; elle porte un caractère de partialité, et tel père de famille dira avec raison : Si vous avez pris vos garanties pour que mon fils ne soit pas élevé par un Jésuite , quelle garantie me donnez-vous pour qu'il ne soit pas élevé par un francmaçon, par un illuminé?

Dans la même séance, M. le baron de l'Épine reprit :

M, le ministre de l'instruction publique a longuement parlé de l'existence de l'Université, de ses nombreux services ; il a même prétendu remonter jusqu'à son origine, la rattachant à cette Université antique qui fit pendant tant de siècles l'honneur de notre France, sans penser que, si cette Université illustre pouvait sortir des ruines où elle a été engloutie, elle répudierait probablement l'honneur d'une telle alliance, et que la fille aînée de nos rois ne reconnaîtrait point pour sa sœur la

fille unique d'un despote

Il nous a dit que la liberté de l'instruction n'entrait pas dans nos institutions : aveu naïf dont je le remercie, et dont on profitera sans doute, pour que cette liberté, qui vaut bien les autres, puisse y entrer un jour.

Il nous a dit que les droits des pères étaient respectés, puisque, après tout, il leur était libre de prendre pour leurs enfants des instituteurs particuliers. Parlait-il sérieusement? et si son caractère de droiture n'était pas aussi connu, ne semblerait-il

pas que la dérision vient ici se mêler à l'injustice?

Il a parlé des deux ordonnances. Messieurs, dirai-je toute ma pensée? je crains que l'Université n'ait point à se féliciter longtemps de cette victoire; je crains que l'opinion publique ne l'accuse d'avoir facilité l'oppression de ses adversaires, d'avoir trouvé plus simple de se débarrasser d'une concurrence importune, que de faire des efforts pour la soutenir; je crains que la pitié publique ne s'attache aux vaincus, ne reproche aux vainqueurs d'avoir convoité leurs dépouilles

On veut concentrer l'éducation dans une seule main, on veut lever un tribut sur toutes les familles, et on ne s'aperçoit pas que, par là, on crée un monopole odieux, une sorte de régime tyrannique, qui blesse à la fois tous les cœurs, toutes les consciences, tous les intérêts. C'est donc contre ce monopole que je viens m'élever aussi ; c'est au nom de la religion et de la nature que je viens réclamer pour les pères la plus précieuse de toutes les libertés, celle de faire élever leurs enfants à leur gré; cette liberté , chez aucun peuple, que je sache, n'a été jusqu'ici contestée. Et voilà que l'Université, couvrant la France de son vaste filet, y enveloppe tous nos enfants d'un seul coup, les regarde comme sa propriété, les évalue à tant par tête ! — Honteuse conscription, conscription plus cruelle que celle quia pesé si longtemps sur nous; car à cette dernière on pouvait encore se soustraire, et les armes dont elle imposait la nécessité conduisaient souvent à la gloire!

Contre de si justes et de si éloquentes accusations, que pouvait-on répondre ? Les défenseurs du monopole en convenaient eux-mêmes; M. Viewnet était forcé de dire : « Les adversaires de l'Université ont le droit pour eux. » Et il ajoutait ces mots, plus significatifs encore: « Je ne suis dans l'exception que par raison d'Etat; mais elle céderait à l'autre, si l'Université ne s'emparait des générations naissantes pour en faire une conscription vraiment nationale contre le fanatisme, l'ignorance et l'ancien régime ! »

A la raison d'État, comme l'entendait M. Viennet, l'Université joignait la force, cette ultima ratio des tyrannies d'ici-bas, et elle demeura maîtresse du terrain.

Elle devait cependant éprouver encore de rudes

assauts. Sa nouvelle victoire fut le signal de plaintes plus amères et plus nombreuses que jamais. Nous renonçons à pouvoir les analyser et les mentionner toutes ; le cadre où nous nous sommes renfermés nous force à passer sous silence bien des actes de courage et de dévouement, bien d'énergiques et de puissantes protestations. Qu'il nous soit seulement permis de rappeler quelques écrits dont l'opinion publique se préoccupa plus vivement alors, en regrettant de ne pouvoir les signaler que par leur titre ou par de rapides citations , et en demandant pardon et indulgence pour ceux que nous omettrions.

Nous laisserons de coté, d'abord, les apologies des Jésuites; il en parut plusieurs à cette époque, mais elles n'ont trait qu'indirectement à notre sujet, et nous devons nous borner à ce qui touche essentiellement l'instruction publique et l'Université.

Tout homme de foi et de cœur se fit un devoir de descendre dans la lice. Nous payerons d'abord un tribut de juste reconnaissance à l'habile et savant écrivain qui publia ces Documents historiques et critiques, dont la lecture produisit un effet si utile et si consolant, et qui, dans sa brochure de l'Université nouvelle, raconta les origines et les développements de ce système tyrannique, né de Robespierre et de Danton, renouvelé par Napoléon Bonaparte, et conservé par l'aveuglement des hommes d'Etat de la restauration. Analysant les travaux de Fabry, et les rajeunissant en quelque sorte par sa vigoureuse analyse, M. de Saint- Victor con-

tinua le récit des actes de l'Université jusqu'à 1828, et mêla sa voix à celles qui repoussaient le monopole et défendaient la liberté.

Puis c'est le comte Félix de Mérode, dont le nom est une des gloires de la Belgique catholique, et qui démontre, avec la loyauté de ses convictions, que « les Jésuites, la Charte, les Ignorantins , l'enseignement mutuel, tout pouvait vivre , quoi qu'on en dît *. »

Je le répète , s'écriait-il , l'éducation des enfants est le plus sacré des droits paternels ; les parents ne peuvent vraiment l'exercer avec le monopole d'une Université qui régente toute l'éducation d'un pays... Ne soyons pas libéraux pour nous seuls et à demi. Quant aux diatribes de mauvaise loi, violences, proscriptions, intolérance philosophique , elles ne servent pas plus la liberté, qu'intrigues, police , gendarmes, inquisition, censure

ne protègent utilement la religion Nulle religion, dans le

siècle où nous sommes, n'a plus besoin de liberté que le catholicisme..

C'est un homme d'esprit et de talent, que la mort a récemment enlevé, M. Bellemare , qui vient servir la cause constitutionnelle et la cause de la religion, en publiant les Trois Procès dans un, le Collège de mon Fils, et la Fin des Jésuites et de bien d'autres.

C'est M. l'abbé Martin du Theil, qui, n'écoutant que son indignation, donne au public une brochure vive et ardente, sous le titre de Coup d'oeil rapide sur l'Instruction publique , acte d'accusation terrible contre l'Université, et dont elle se ressentit longtemps.

1 Paris, chez Dentu, 1828.

ET DE LA. LIBERTE d' ENSEIGNEMENT. S^

C'est M. Laurentie, dont les pages éloquentes racontèrent la Persécution de l'Église catholique ï :

L'Église nationale est déjà proclamée, dit-il. Voici l'enseignement théologique transporté an roi ; voici les évêques dépouillés , humiliés, payés; voici le sacerdoce détruit; voici l'opprobre qui pèse sur les malheureux qui ont une fois touché le sanctuaire et qui n'y ont point pénétré. C'est une infamie désormais d'avoir seulement voulu être prêtre.

Avec quelle force de logique , avec quel entraînement l'habile publiciste flétrit cette violation de tous les droits!

Violation de la liberté de conscience. Un ministre , M. Portalis, veut par la violence pénétrer dans la conscience humaine; il veut lui arracher son secret, ce secret qui est celui de Dieu même.,. Et de quel droit, ministre de la terre, venez-vous demander à un homme ce qu'il a fait pour le ciel2? Quelle est cette usurpation d'un genre nouveau ?

Violation de la Charte3. Voici les paroles de la Charte : « Chacun professe sa religion avec une égale liberté, et obtient pour son culte la même protection. » Laissons la protection , elle est quelquefois pesante. Mais enfin nous sommes libres, nous le sommes tous également. Levez-vous, sectaires, levez-vous, fanatiques; fussiez-vous athées, si vous montrez un temple, un asile comme témoin de vos croyances , vous êtes libres. Levez-vous aussi, catholiques; montrez à découvert vos dogmes et votre foi; la Charte vous le permet; votre liberté est grande ; elle est égale à celle de l'erreur. Voilà la loi. Mais voici l'ordonnance de M. Portalis. Qu'est-ce à dire? D'un côté liberté, égalité; de l'autre, exception et servitude ! La Charte n'y est donc plus !

Violation des droits de l'épiscopat. M. Portalis se croit placé assez haut pour oser dire aux évêques que la mission qui leur

1 Paris, chez Edouard Bricon, 1828.

3 Page 9.

3 Page 16.

348 HISTOIRE DE L'i INSTRUCTION PURLÏQUE

vient de Dieu est insuffisante, et que le choix qu'ils font des docteurs de la foi doit être soumis à des conditions que Jésus- Christ n'avait pas prévues1... Son infaillible autorité préside au gouvernement des évèques. Le garde des sceaux est la règle vivante de l'enseignement.

Violation du sanctuaire. Quoi! un ministre s'arroge le droit

de fixer le nombre des vocations ! Étrange témérité! ici le

mépris de l'homme monte jusqu'à Dieu. Ce n'est pas seulement une vocation personnelle qu'on foule aux pieds, c'est une volonté divine contre laquelle on se révolte. On dispute au ciel ses élus, on dispute par la violence les enfants qu'il avait inspirés, et l'on fait pour la plus sainte et la plus vénérable des vocations ce qu'aucun pouvoir humain n'oserait jamais faire pour

une vocation profane! Il faut que le mépris du sacerdoce

soit passé bien avant dans les mœurs nouvelles pour qu'un évéque croie devoir faire un si terrible usage du pouvoir ministériel 2 !

M. Laurentie termine par un appendice sur l'Université. Il devait bien la connaître, puisqu'il y avait rempli les plus importantes fonctions. L'Université, à ses yeux,

C'est une vaste école où le régime dur du commandement despotique remplace les habitudes paisibles de l'étude et de la piété; une surveillance pesante qui n'empêche pas la corruption, des désordres voilés; un vaste système de tromperie où de beaux dehors couvrent de hideuses réalités... Le vice profond de l'Université, c'est le défaut d'éducation... l'éducation est nulle. Un collège est une prison ; la surveillance y est active, mais les vices du cœur n'y sont point atteints.

Le monopole de l'Université est quelque chose de ruineux et d'insensé. C'est la guerre faite aux familles; c'est la destruction rendue légitime et la violence rendue légale. Cela ne peut se

1 Page 25 et 26.

2 Page 36.

soutenir. Ce qui est absurde périt de soi-même tôt ou tard, et pour hâter sa ruine , il ne faut qu'un peu de persécution.

Il faut peu de réflexion pour faire entendre que demander la liberté de l'enseignement , ce n'est pas détruire le droit naturel de la royauté, de surveiller l'éducation publique. Ce qui est tyrannique , c'est que ce droit de la royauté soit exercé par un corpsj de telle sorte qu'il puisse à son gré détruire toutes les écoles ou les confisquer à son profit1.

L'enthousiasme des honnêtes gens et les sympathies profondes des catholiques répondaient à ces nobles accents. Des voix plus autorisées encore allaient s'élever au milieu des peuples.

Page 1