II. Destruction des Jésuites
III. Essais de monopole et d'éducation uniforme. Permanence de la liberté. — § %. Envahissement des collèges des Jésuites. — § 2. Plans d'éducation nationale. — §3. Les écoles des ordres religieux, les collèges des villes, les séminaires, les petites écoles.
Nous arrivons à la dernière période de l'existence des Universités. Pendant les deux siècles qui leur restent à vivre, leur importance, déjà singulièrement diminuée, va décroître encore. Elles ont perdu leur indépendance native; elles se verront enlever leurs derniers privilèges, et, de leur rôle politique, de leur splendeur intellectuelle, elles ne conserveront que des regrets et des souvenirs. Si maintenant, acceptant la situation que les circons-
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tances et leur propre conduite leur ont faite, elles savent se résigner à être des institutions d'études, environnées des reflets d'une gloire passée, disposant seules des avantages attachés à la concession des grades honorifiques que seules elles confèrent; si elles consentent à courir les chances d'une concurrence loyale et à respecter les droits de leurs voisins, et même de leurs rivaux; si, chargées par l'estime générale et par leurs antiques constitutions des honneurs et des fonctions de V instruction publique , elles ne veulent pas porter atteinte à la liberté, et ne songent qu'à triompher par la prépondérance de leur savoir et de leur mérite; elles peuvent aspirer encore à jouer un noble rôle, moins brillant peut être, mais plus utile et surtout plus généreux ; elles peuvent rendre d'admirables services à leur foi, à leur prince et à leur patrie. Par malheur, il n'en sera pas ainsi. L'esprit de jalousie et de domination les entraînera de nouveau dans une lutte acharnée, injuste, impitoyable, contre les établissements dont la supériorité les humilie; et pour satisfaire leur haine, elles n'hésiteront pas à s'associer aux mauvaises passions, à donner la main aux hérétiques, aux ennemis de l'ordre et de la religion. Elles se feront les satellites des parlements, des jansénistes et des philosophes, sans s'apercevoir que cette alliance funeste doit tourner contre elles, et qu'elles creusent l'abîme où bientôt elles seront englouties sous les débris du catholicisme et de la monarchie.
Dans cette voie funeste, où sont engagés les dépositaires les plus élevés de l'instruction publique,
la France courait risque de perdre les éléments de sa prospérité intellectuelle, si la liberté, protectrice des institutions d'éducation privée, protectrice des ordres religieux, protectrice des écoles ecclésiastiques, n'eût ménagé de fécondes ressources , et n'eût détourné en partie le coup terrible porté parla destruction de la compagnie de Jésus.
Aussi , malgré la décadence des Universités, malgré la chute des collèges dirigés par les Jésuites, le regard se repose avec un sentiment d'admiration et de regret sur le spectacle qu'offrait encore l'éducation en 1 789, et sur cette multitude d'écoles de toute nature dont cinquante années d'efforts n'ont pas pu relever les ruines.
I. LUTTE DE L'UNIVERSITÉ CONTRE LA LIBERTÉ JUSQU'A L'EXPULSION DES JÉSUITES.
§ 1 . Reforme de V Université de Paris et concurrence des Jésuites.
Il y avait deux choses que l'Université de Paris ne pouvait pardonner aux Pères de la compagnie de Jésus. La première , c'était , comme le disait Henri IV : « de faire mieux quelle , » mieux par leurs excellentes méthodes , mieux par la gratuité de leur enseignement, mieux par l'affluence de leurs élèves. La seconde , c'était de n'être pas sortis de France, après l'arrêt de i5o,4. Quand l'Université vit que, soumis aux lois, les Pères quittaient le ressort du parlement de Paris, mais restaient dans le ressort des autres parlements qui ne
les avaient pas condamnés; que, loin de se décourager par les violences dont ils étaient les victimes, ils donnaient au contraire plus de développements à leurs collèges, et y attiraient une multitude plus avide et plus nombreuse que jamais; quand elle vit la plupart des évêques confier leurs séminaires à ces pères dont le Pape Grégoire XIII avait érigé en Université la maison de Pont-à-Mousson r, elle comprit que la calomnie et la persécution ne suffiraient pas contre de pareils adversaires, et, sans renoncer à ses plans de destruction , elle voulut essayer de lutter par la concurrence, et de réformer les abus que le contraste avait mis dans toute leur nudité.
L'Université ne faisait en cela que se prêter à un vœu de Henri IV. Le roi, fort peu confiant dans les protestations de sa fille aînée, lui avait demandé de travailler elle-même à corriger les défauts de sa constitution , à prévenir le retour des excès qu'elle avait commis, à prendre, en un mot, les mesures nécessaires pour se renfermer dans l'étude, et s'interdire toute excursion dans le domaine de la politique. Comme l'Université, [toute soumise qu'elle fût, ne paraissait pas très-empressée, Henri avisa, et nomma des commissaires, qui étaient l'archevêque de Bourges, grand-aumônier, le premier président de Harlay, le président de Thou, le procureur général de la Guesle, le lieutenant civil Sé-
i La bulle d'érection se trouve clans le Bullariam Romanum^ t. IV, pag. 95, et dans le Bullarium Magnum , t. II, p. 528. — Cette érection date de i585.
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guier, et le premier président au parlement de Rennes, Faucon de Riz. L'Université dut être sensiblement blessée de cet acte d'autorité et du pouvoir discrétionnaire dont les commissaires étaient revêtus. C'était la première fois que la royauté agissait seule en pareille occurrence , et entreprenait de reviser des statuts, de réformer un corps que le pape avait fondé, que ses légats avaient seuls réglementé jusqu'à ce jour. On se souvenait parfaitement que, même à l'époque de Charles Vil, les gens du roi n'avaient paru qu'en seconde ligne : le cardinal d'Estouteville,i'envoyé du siège apostolique, ordonnait comme législateur, et les pouvoirs des commissaires ne s'étendaient même qu'aux privilèges émanés de la couronne. Que les temps sont changés! ku lieu de l'indépendance, c'est la servitude. Et il n'y a pas à réclamer ; le président de Thou le fait bien voir dans son discours, où il établit la puissance des princes « sur la manutention de la police et discipline ecclésiastique, » ce qu'il prouve à force de citations tirées des lois du Code Justinien , et de l'exemple des empereurs de Rome païenne. L'Université recueillait le fruit de ses révoltes et de ses bassesses; elle courba humblement la tête. Personne, pas même le souverain pontife, ne compatit à son humiliation, et ne songea à la plaindre ou à la défendre.
Résignée à son sort, elle tâcha d'en tirer le meilleur parti possible, et de rétablir au moins la force des études, puisqu'elle ne pouvait sauver ses privilèges et sa liberté. Trois années durant, elle travailla de concert avec la commission , et enfin
l'arrêt de réforme, enregistré en 1598, fui publié en 1600. C'est la dernière charte du corps enseignant. Deux traits spéciaux attirent l'attention dans ces statuts : la haine contre la méthode des Jésuites, et l'envie, la nécessité de les imiter. Ainsi, d'une part, les livres de latin moderne composés par les Pères sont rigoureusement proscrits, et, en même temps, on rend hommage à leurs idées d'amélioration en défendant l'usage des livres de l'antique barbarie. On admet le grec, on en recommande l'étude, et en même temps on exige que le latin soit l'unique langue des classes, et le français est banni comme un idiome vulgaire. On maintient Aristote, et on prohibe les commentaires. On réduit le cours de philosophie, on institue une chaire de mathématiques, maison résiste à l'enseignement de l'histoire. Enfin, quand M. l'avocat général prend la peine de tracer les devoirs de chaque faculté, il a grand soin de prescrire aux théologiens et aux décrélistes de n'avancer rien de contraire aux lois et libertés de l'Église gallicane, et il fait espérer à l'Université que si elle est exacte à obéir à ses statuts, elle « se rétablira dans son ancien lustre sans avoir besoin de nouveaux hommes. » « 11 désignait les Jésuites, ajoute Crevier *• ils sont indiqués ici d'une manière assez vague. Mais l'Université, dans un discours en action de grâces au parlement, s'explique sur leur compte avec beaucoup plus d'énergie. Elle leur attribue en grande partie la cause de sa décadence, et elle les appelle «une nouvelle
'T.VIIjliv.XIIjp.ôg.
Carthage qui étoit venue établir son camp au milieu du pays Latin , un astre contagieux dont les malignes influences ont flétri l'éclat, non-seulement de l'académie de Paris, mais de la plupart des académies du royaume. »
Au reste, c'était peu de chose que de lutter dans les questions de discipline, l'Université essaya d'autres moyens. Elle tenta quelques mesures de monopole : tous les régents des collèges durent obtenir la maîtrise es arts, et la prendre dans l'Université de Paris; double infraction à la loi ancienne, qui n'obligeait nullement les régents au degré de maîtrise, et qui surtout admettait ce titre comme valable, en quelque Université qu'il eût été conféré. Mais la grande affaire restait toujours la gratuité. Impossible de s'y résigner, impossible de la faire adopter. On s'en rapprocha cependant; on abaissa les honoraires des régents, on fixa un minimum, on donna à cette rétribution le caractère de don volontaire, on exempta en principe tous les enfants pauvres. L'œuvre fut entreprise et soutenue avec toute l'ardeur de l'intérêt personnel et de la rivalité. Enfin , pour couronner l'édifice , pour assurer le maintien des statuts, quatre Censeurs furent adjoints au recteur, et durent tous les trois mois faire la visite des collèges. Sous cette législation parlementaire, le pays Latin, le quartier des écoles devint un asile qu'on entoura de mille précautions, qui fut soumis à une surveillance particulière. Tous les objets qui auraient pu distraire les étudiants ou les corrompre, furent écartés; les baladins, les danseurs, les
336 histoire de liastriction plbliqee joueurs d'instruments, les maîtres d'escrime fuient relégués au delà des ponts. Jusqu'ici, rien de plus naturel et de plus équitable. L'Université voulut aller au delà : un article porta défense expresse à toute personne d'instruire à Paris, même dans les maisons particulières, les enfants au-dessus de l 'âge de neuf ans. Cette disposition était tyrannique, et l'Université moderne pourrait l'envier à l'ancienne Université. Elle ne tint pas, l'odieux la fit succomber : un appendice restreignit la défense au quartier de t Université ; « Nul, dit le statut, ne doit garder des enfants qu'il enseigne par des leçons privées, sans les envoyer au collège; » et, de plus, dans ce quartier-là même, on exempte de la loi les bons bourgeois 1 à qui il est loisible d'avoir' chez eux des précepteurs qui instruisent leurs enfants dans leurs maisons, ou qui les conduisent aux écoles publiques. « Cette disposition était raisonnable et presque sage, dit M. Jaquemet l ; c'était une conséquence de toutes les précautions prises pour bannir ce qui pourrait nuire à la jeunesse, qu'on exigeât qu'aucun étranger ne vînt porter dans le quartier entièrement affecté à l'Université , des méthodes nouvelles et des mœurs suspectes. » Si le pays Latin était une terre close, partout ailleurs la liberté demeurait: l'exception confirme la règle. D'ailleurs , telle était la puissance de la liberté même en ces domaines inhospitaliers, qu'elle garantissait encore l'éducation de la famille et l'indépendance du foyer domestique.
' De la liberté d'enseignement , p. 33.
ET DE LA LIBERTÉ d' ENSEIGNEMENT. 33y
En faveur des avantages que la corporation savante espérait retirer de ses statuts réformés , et surtout en vue de la protection qu'elle comptait acquérir de la part du pouvoir royal et de l'autorité judiciaire , elle fit volontiers le sacrifice de ce qui lui était testé de ses anciens privilèges, et elle passa condamnation sur la violation de tous ses droits et de tous ses usages. En théorie, les règlements délibérés par les commissaires du parlement parurent admirables: en pratique, ils furent éludés dans leurs plus utiles dispositions, et ils ne parvinrent pas à sauver une institution qui se perdait par son orgueil et son amour de la domination. La magistrature des Censeurs, les visites rectorales, les prescriptions contre le luxe et contre l'avidité n'existèrent bientôt plus que comme une lettre morte. Un instant ranimée par quelques accès de zèle, l'instruction universitaire retomba dans ses routines, le corps recommença ses manœuvres, et la concurrence qu'il ne put empêcher et qu'il ne sut pas vaincre fit ressortir sa faiblesse et son impuissance.
Ce n'est pas que les princes et les grands n'accordassent protection et appui à l'Université; ainsi le cardinal de Richelieu en acceptant le titre de proviseur du collège de Sorbonne, le fit rebâtir magnifiquement. Mais les princes et les grands comprenaient l'immense utilité sociale de l'émulation , et ils respectaient les droits antérieurs de la famille et des citoyens dans l'enseignement. Le grand cardinal disait: « Il convient que les Universités et les Jésuites enseignent à l'envi, afin que l'émulation
aiguise leurs vertus et que ies sciences soient d'autant plus assurées dans l'État, qu'étant déposées entre les mains de plusieurs gardiens, si les uns viennent à perdre un si sacré dépôt, il se trouve chez les autres1.» Et LouisXIU, en 1610, autorisait les Jésuites, réintégrés depuis sept ans dans leur collège deClermont, à faire des leçons publiques de toutes sciences. Voilà ce que l'Université ne pouvait souffrir, et il fallut un arrêt du conseil, le i5 février 16 18 , pour mettre les RR. Pères à l'abri des tracasseries et des attaques de la corporation.
Il faut le dire, la haine de l'Université ne trouvait d'écho nulle part; l'opinion publique au contraire soutenait les Jésuites, et le roi ne faisait que céder à des vœux unanimes, légitimés parle succès des collèges de la compagnie. Lors de l'assemblée des états tenus à Paris en 161 4 et en 161 5, voici ce qu'on lit mot à mot dans les cahiers des deux chambres de l'Église et de la noblesse: « Il a été ordonné que l'article ci- devant fait en faveur de la compagnie des pères Jésuites et de leur rétablissement pour l'instruction et lecture publique en cette ville de Paris, et pour l'érection d'autres nouveaux collèges es autres villes du royaume, sera mis et inséré dans les principaux et plus importants articles du cahier, et que messeigneurs qui auront soin de la sollicitation des réponses seront suppliés d'avoir en particulière recommandation à ce qu'une réponse favorable à l'effet du dit article soit au plustôt accordée. » L'article est conçu en ces termes :«Les grands fruits
1 Testament politique, première partie, ch. II, sect. 10.
ET DE LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT. 33g
et notables services que les PP. de la Société et Compagnie de Jésus ont fait et font journellement à l'Église catholique et particulièrement à votre royaume, nous obligent de supplier très-humblement Votre Majesté, qu'en considération des bonnes lettres et de la piété dont ils font profession, il lui plaise leur permettre d'enseigner dans leur collège de Clermont et faire leurs fonctions ordinaires dans leurs autres maisons de Paris, comme ils l'ont fait ci-devant; et pour terminer toutes les oppositions et différends de l'Université et autres mus pour ce regard en votre cour de parlement, les évoquer à Vous et à votre conseil, et en interdire la connaissance à tous autres juges. Plaise aussi à Votre Majesté, en les conservant es lieux et endroits de votre royaume où ils sont de présent, les accorder encore à ceux qui les demanderont à l'avenir, les prendre tous en sa protection et sauvegarde, comme il avait plu au feu roi l . » Cet enthousiasme pour les Jésuites était partagé par la nation entière; tandis que la jeunesse dehaut rang affluait dans leurs maisons d'éducation supérieure, les enfants des classes inférieures recevaient l'instruction gratuite dans leurs autres écoles , et l'espoir du sacerdoce était remis aux séminaires qu'ils dirigeaient. En réalité, ils étaient les mailres de l'éducation publique, et ils avaient conquis cette gloire au milieu des périls, des calomnies, de la persécution, par le seul ascendant de leurs vertus et de leur supériorité.
1 La vérité défendue et prouvée par les faits, 2e édition, 1825,
aa.
34o HISTOIRE DE ^INSTRUCTION PUBLIQUE
Comment en aurait -il été autrement? Leurs ennemis sont bien forcés d'avouer « qu'ils avaient adopté un système plus en rapport avec les mœurs du siècle1.» On a beau ajouter avec une certaine intention d'ironie : « Leurs collèges étaient ouverts à tous les arts d'agrément ; la danse, l'escrime même n'en étaient point bannis. Tous les ans la distribution des prix était précédée, non-seulement de tragédies remplies d'allusions politiques2, mais encore de ballets composés par les RR. Pères et dansés par les pins agiles de leurs élèves. Chez eux les études graves devenaient une sorte de récréation. La physique consistait en une série d'expériences amusantes où un démonstrateur ambulant venait montrer quelques phénomènes électriques ou magnétiques , quelques expériences dans le vide, la circulation du sang dans le mésentère d'une grenouille, le spectacle du grossissement de quelques objets par le microscope. L'histoire, dont il n'était pas encore question dans les collèges de l'Université, s'apprenait surtout par l'inspection des médailles. » « La grammaire et la latinité, dit un de leurs règlements, sont des pays assez secs. Il faut égayer l'esprit si l'on veut qu'il s'éveille : les buissons plaisent quand ils sont fleuris. »
On le voit, le dépit perce sous l'exposé des faits :
i Rilian , Tableau de l'instruction secondaire , p. 33.
a Y aurait-il une malignité cachée sous cette expression ? Dans ce cas , le reproche irait bien plus directement à l'Université, dont les statuts obligeaient les juges des concours généraux annuels à donner pour sujet décomposition aux concurrents les événements publics, s'ily en a. (Voir Crevier.)
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retranchons ce que dictela partialité, il restera que les sciences physiques et mathématiques, que l'histoire, que leshelles-lettres étaient enseignées avec grandehabileté par les RR. Pères; qu'ils savaient rendre leurs leçons aussi intéressantes que profitables, et qu'ils y ajoutaient tout ce qui pouvait compléter l'homme. « Quoi ! dit à ce propos un écrivain qui nous est cher1 , non-seulement les Jésuites ont donné asile à l'histoire qui n'avait pas droit de cité dans les collèges universitaires; non-seulement ils ont expliqué dans leurs classes les phénomènes des sciences physiques, objet du profond dédain des maîtres es arts; non-seulement ils ont prétendu jeter quelques fleurs sur les buissons delagrammaireetde la latinité dont l'Université n'aime que les épines, mais, juste ciel! jusqu'où va leur audace? A l'éducation religieuse, à l'éducation scientifique et littéraire ils joignent l'éducation du monde ! A cette jeunesse qui se partagera toutes les carrières , à ces enfants qui seront un jour des gens d'épée et des hommes de cour, à cette société en germe qui a besoin d'être brave, polie, intelligente, les RR. Pères permettent les exercices gymnastiques, les courses à cheval, le maniement des armes , la tragédie , quoi de plus? la danse! la danse, quel scandale! est-ce le comble de l'horreur? Eli bien , non. La dernière circonstance quiaggrave encore toutes ces profanations, c'est que ces pièces et ces ballets, exécutés sous les yeux des RR. Pères, eux-mêmes en étaient les auteurs.
1 M. Charles de Riancey, dans Y Université catholique, t. XV, p. 3oo. (Compte rendu de l'ouvrage de M. Kilian.)
Voilà pourquoi l'Université, gardienne delà religion et des mœurs, leur a livré une guerre de trois cents ans. »
Il est vrai que les Jésuites se vengèrent; d'abord, en multipliant partout leurs établissements , en réunissant à leur collège de Paris ceux du Trésorier, des Cholets, deBayeux, deLaon, deINarbonne, de Dormans-Beauvais,du Plessis, deMarmoutiers, de Reims, de Séez, du Mans, etc.; en fondant de nouvelles institutions à Reims, à Amiens, à Vendôme , à Sens, à Alençon, à Blois, Angoulême, Lyon, etc.; ensuite, en préparant par leurs leçons le glorieux siècle de Louis XIV. C'est à eux, en effet, que revient l'honneur d'avoir créé la plupart des hommes de génie qui illustrèrent cette merveilleuse époque. Aussi, quand, après une visite du grand roi à leur maison de Paris, ils inscrivirent sur la porte: Colle gium Ludovici Magni% ce titre n'était pas usurpé, il revenait de droit aux maîtres qui avaient formé : « dansl'épée, les Condé, les Conti, les Bouillon, les Rohan, les Soubise, les Luxembourg, les Villars,les Montmorency , les Duras, les Brancas, les Grammont, les Boufflers, les Richelieu, les Mortemart, les d'Estrée, les Broglie, les Choiseul , les Beauveau, les Gréqui, etc. ; dans l'Église, les la Rochefoucauld, les Polignac, les Fléchier, les Bossuet , les Huet, les Mailly, les Fleury, lesTencin, les Rochechouart , lesBelzunce, etc. ; dans la robe les Lamoignon, les Séguier, les Pontchartrain , les Bignon, les Novion , les d'Argenson , les Talon , les d'Aligre, les d'Ormesson, les le Bret , les Pothier, les Bouhier , les Montesquieu , les Maupeou , les
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Nicolaï, les Mole, les Hénault,etc; dans les lettres et les sciences, les Juste Lipse, les Descartes, les Cassini , les Tournefort, les Corneille, les Rousseau, les Crébillon , les Molière, les Fontenelle, les Mairan, les Buffon , les d'Olivet, les Voltaire, les Gresset , les Pompignan , etc., etc. \ »
Que pouvait l'Université contre de semblables résultats? La lutte était trop défavorable et elle ne l'acceptait qu'à contre-cœur. Quelques tentatives d'une meilleure organisation des études ne lui réussirent pas. Elle se jeta dans l'intrigue , et jura de détruire ceux qu'elle ne pouvait surpasser.
§ 2 . Les écoles des ordres religieux , les séminaires, les petites écoles.
L'Université était débordée de toutes parts. L'esprit de ferveur s'était ranimé à la vue des impiétés du protestantisme et à l'émulation du progrès de la compagnie de Jésus. Le seizième siècle fut un temps de fondation ou de restauration d'ordres. Le pauvre frère Mathieu de Baschi instituait les Capucins; saint Gaétan et J. P. Caraffe (Paul IV), les Théatins; César de Bus fondait la congrégation de la Doctrine chrétienne. Presque tous ces religieux se livraient à l'enseignement. Puis les écoles des Bénédictins, spécialement des membres de la congrégation de Saint-Maur, se relevaient avec un nouvel éclat. Enfin, l'institut de l'Oratoire, fondé en 16 j 3 par le cardinal de Bérulle, « institut non
1 Apologie de l'institut des Jésuites, par Cérutti, c. XX.
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moins redoutable pour l'Université que les Jésuites, disputait aussi aux anciens établissements l'éducation de la jeunesse. Déjà le collège de Juilly avait acquis une grande célébrité qui s'étendit à plusieurs autres maisons dirigées par lesOratoriens 1. » Leurs principes étaient graves et sévères : « Notre esprit « n'est pas fait pour l'érudition, disaient-ils, mais « l'érudition pour l'esprit, c'est-à-dire qu'on doit « s'en servir pour le régler et le perfectionner. « Or, sa perfection ne consiste qu'en deux choses : « qu'il fuie l'erreur et le mal ; que ses jugements « soient droits et ses aifections réglées. » Ces systèmes étaient la condamnation des usages et des méthodes universitaires.
Il n'y eut pas jusqu'aux solitaires de Port-Royal qui portèrent leur coup à l'enseignement des facultés , en introduisant l'étude approfondie de la langue française dans les collèges , et en essayant de substituer la méthode de Descartes à la scolastique. Le temps n'était pas encore venu où les jansénistes , sous quel habit qu'ils parussent, devaient prêter à l'Université leur appui, et s'associer à sa haine.
Au surplus, l'Université enveloppa dans une même réprobation toute tentative d'instruction qui, de près ou de loin , lui semblait une rivalité. Les corps ne sont jamais plus jaloux que quand ils ont conscience de leur décadence. Ainsi, rien ne fut négligé par la Sorbonne pour s'opposer à l'organisation et aux développements des séminaires. L'as-
1 Kilian, o/j. citât., p. 34.
semblée du clergé, en 161/j, avait décidé que toute personne pourvue d'un bénéfice de trois cents livres de rente serait tenue de contribuer à l'érection du séminaire diocésain l. L'archevêque de Paris, François de Harlay, à l'assemblée de i6i5, et Pévêque de Chartres, L. d'Estampes, à celle de 162 5, avaient demandé le renouvellement de cette prescription. La Sorbonne prit l'alarme, les passions gallicanes s'en mêlèrent, et le mémoire de l'évêque de Chartres fut supprimé. Il est vrai que l'ordonnance de Blois, en 1629, obligea tous les bénéficiers de six cents livres à fournir quelques subsides pour les écoles ecclésiastiques.
Mais il fallait que la Providence mît elle-même la main à l'œuvre. Elle suscita trois grands hommes dont les efforts triomphèrent de tous les obstacles. Ce furent Pierre de Bérulle, dont nous avons déjà parlé, et dont les prêtres se virent appelés par plusieurs évêques pour réformer le clergé de leurs diocèses ; Adrien Bourdoise , dont la congrégation de la cléricature se voua à l'éducation des jeunes clercs, obtint, avec les bâtiments de Saint-Nicolas du Chardonnet, la direction du séminaire de Paris, et se répandit bientôt partout le royaume; saint Vincent de Paul, qui fonda d'abord un collège des Bons- Enfants, et le réunit ensuite au couvent de Saint- Lazare, dont les prêtres occupèrent rapidement la plupart des grands séminaires du midi et les com-
1 Collection des procès-verbaux du clergé de France , t. II, p. i53 et suiv.
346 HISTOIRE DE ï/iNSTRUCTION PUBLIQUE
manderies de Malte *% L'impulsion était donnée, le roi Louis XIV s'y associa comme à toutes les nobles et utiles fondations. Parl'Édit de 1666, il exempta les séminaires de toutes les formalités prescrites pour l'établissement des couvents, communautés ou collèges, et il confirma aux évêques le soin exclusif de leur gouvernement et leur surveillance. Louis XIV ne faisait que se rendre au vœu de l'assemblée de i665, et que favoriser le développement des établissements réalisés à l'envi par la piété et par la charité cbrétienne.
Ainsi , tandis que Christophe d'Autbier de Sisgau rassemblait les missionnaires du Saint-Sacrement, Jean Eudes fonde les Jïudistes, ou prêtres de Jésus et de Marie; Claude Bernard, le pauvre prêtre, construit et dote le collège des Trente-Trois; Poullard Desplaces érige le séminaire du Saint-Esprit; le père de Chauciergues renouvelle les merveilles de l'éducation gratuite pour les pauvres enfants qui se destinent au sacerdoce; le vénérable Olier enfin crée la société de Saint-Sulpice , qui a rendu et qui rend encore d'immenses services à l'Eglise.
On comprend qu'avec de pareils bommes, et après de pareils efforts, la bénédiction de Dieu descendit sur notre patrie , et que Godeau, évêque de Vence, put dire, en 1660 : « Si l'on compare l'état de l'Eglise de France depuis cinquante ans, avec ce qu'il était auparavant, on trouve dans ses ministres
1 VoirAug. Theiner trad. par Cohen, Hist. des institutions d'éducation ecclésiastique , 1. 1.
autant d'instruction , de zèle et de piété qu'il y avait autrefois d'ignorance, de tiédeur et de scandale l. » Rendons aussi une éclatante justice au grand prince qui dirigeait alors les destinées de la France : rien de plus admirable que son pieux empressement à seconder les désirs de l'épiscopat. Il faut lire les préambules de ses lettres patentes de i645 à 1664 % en faveur des séminaires : ce sont des modèles de sagesse, des témoignages de foi et de générosité qu'on n'a pas assez appréciés, et qui honorent au plus haut degré les sentiments chrétiens du petit-fils de saint Louis.
Enfin la grande voix du successeur de Pierre ne cessait de se faire entendre pour encourager l'ardeur des évêques, pour exciter leur sollicitude. L'illustre Benoît XIV, surtout, rappela avec une force tout apostolique combien était étroite et sacrée l'obligation des pasteurs , et combien ils devaient veiller à ce que le clergé reçût une éducation convenable et appropriée aux besoins de l'époque 3.
L'Église ne manquait pas à sa mission. Mais si elle s'occupait de la milice sacerdotale, si elle donnait à la jeunesse des classes élevées l'instruction de ses couvents et de ses congrégations, le peuple et les
1 Traité des séminaires, p. 96.
a Le docteur Theiner en donne plusieurs fragments que nous regrettons de ne pouvoir faire entrer dans les limites de ce livre.
3 Epistola encyclica et commonitoria ad omnes episcopos in Bullario Benedicti P. M, XIV, 1. 1 , p. 4.
pauvres n'étaient pas oubliés. Les petites écoles continuaient toujours. Seulement des précautions plus sérieuses que jamais étaient devenues nécessaires.
On pense bien que les protestants n'avaient eu garde de négliger un moyen aussi puissant que l'instruction des enfants pour propager leurs doctrines. Aussi, dès 1570, le parlement de Paris renditil un arrêt contre les écoles « secrètes et buissonnières , tant de masles que de femelles , tenues sans avoir esté approuvées par le sieur chantre de Paris, collateur des petites écoles. » Et en 1670, monseigneur de Harlay ordonna 1 que « les maistres et maistresses d'école seront établis dans la ville, fauxbourgs et banlieue par le chantre de son église, et ailleurs par les curés des lieux, qui auront soin que les maistres ne reçoivent en leurs écoles que des garçons ; et que s'il se fait autrement, les curés en advertiront, si c'est dans Paris ou la banlieue, le chantre de son église; et si c'est ailleurs, ils en advertiront le promoteur de son officialité pour y mettre ordre. » Ces mesures de sûreté, destinées à garantir l'orthodoxie de l'enseignement, étaient de toute justice dans les écoles soumises à la juridiction ecclésiastique.
A côté des écoles du chantre se trouvaient les écoles de charité, fondées par des particuliers et régies par les curés.
Il advint, nous ne l'ignorons pas, d'assez vives contestations à leur sujet, spécialement à Paris. Le chantre de la cathédrale prétendait avoir le droit
1 Statuts synodaux du sixième jour de juillet 1673, ch. i3.
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exclusif d'institution sur ces écoles ; les curés soutinrent énergiquement le contraire, et l'affaire alla au parlement. Les curés demandaient à « estre maintenus dans leur droit et possession de pourvoir respectivement en leurs paroisses à l'instruction chrétienne des pauvres enfants d'icelles, et d'y commettre à cette fin des maistres pour les garçons et des maistresses pour les filles. » Le chantre, qui aurait désiré faire dégénérer son droit d'inspection sur les écoles paroissiales en un monopole sur toutes les écoles primaires, offrit par voie d'accommodement de faire instruire les pauvres dans les écoles de quartier. Les curés ne se fiaient pas à ces écoles pour deux raisons, parce que les maîtres ou n'enseignaient pas les malheureux, ou les traitaient mal et les faisaient déserter, parce que les pères et mères ne souffraient pas qu'on mêlât « les pauvres gueux, garçons et filles, avec leurs enfants, lesquels les auroient à mépris, et leur saleté, et leurs haillons. « Enfin, ils disaient avec grande vérité : « Il ne faut point craindre, ni par luy (le premier chantre), ni par les maistres et maistresses , la conséquence, et qu'enfin ces escoles de charité rempliront toutes les paroisses, qu'au contraire, il le faut souhaiter : et la charité est une huile d'espanchement dont personne ne peut tarir l'effusion, et qui séparera les curez de la charité? Il est plustost à craindre que cette charité ne refroidisse, et que les escoles d'icelle ne s'affament trop tost.» Le parlement goûta ces motifs, et protégea la liberté: le 1 5 mai 1666, il mit les parties hors de cour, et cependant « permit aux prestres préposés
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par les curez des paroisses et aux femmes de continuer d'instruire, à la charge de ne monstrer qu'aux enfants des pauvres, et par charité. »
Le chantre ne fut pas plus heureux dans ses prétentions contre les religieuses qui enseignaient aussi par charité. Non pas qu'il osât contester en principe; mais, disait-il, l'instruction que donnent les Ursulines ne serait pas moins bonne si elle se faisait avec la participation et sous l'autorité du chantre de l'église métropolitaine. Les religieuses résistèrent. Ursulines, Dames de la congrégation de Notre - Dame se retranchèrent derrière leurs institutions approuvées du saint-siége, et se mirent à l'abri sous l'égide du droit commun et de la liberté : elles soutinrent qu'elles avaient la faculté d'instruire les pauvres et les riches, les externes et les internes. « Ce serait aller contre la liberté publique et la charité, s'écriaient-elles , que iï empêcher les personnes de choisir l'instruction qui leur semble la meilleure et la plus commode. » La vérité parlait pour les bonnes religieuses; le droit et l'opinion publique les soutenaient : elles gagnèrent leur cause. Il en fut de même pour les Sœurs de la Croix, qui obtinrent un arrêt, le 3 mars i65i, qui leur permettait « de continuer d'instruire les filles et personnes du sexe, et deffenses de les troubler. »
On conçoit d'autant moins les tentatives de monopole du chantre de l'Église dej Paris, que luimême était sans cesse occupé à défendre sa propre liberté et celle de ses petites écoles contre les envahissements de l'Université. La corporation jalouse
s'irritait du succès de ces petits établissements qui, selon elle, rendaient les collèges déserts. Elle était bien obligée de reconnaître la liberté du dignitaire capitulaire, et le droit qu'il avait d'instituer des écoles de grammaire. Mais elle éleva des chicanes sur les mots; elle prétendit que la grammaire ne devait pas s'étendre au delà de la lecture et de l'écriture. C'était une iniquité et une absurdité : le chantre répondit victorieusement, cita Quinlilien, Cicéron, saint Augustin , Érasme, Vossius, invoqua l'ancienneté et l'usage , récrimina même contre l'Université et contre le grand nombre de classes qui y étaient établies pour les humanités , et spécialement « les septième et huictième qu'on a érigées depuis quelques années dans certains collèges, où l'on apprend aux enfants à lire r. » Le chantre avait cent fois raison : l'équité était pour lui ; mais il plaidait contre l'Université; et le parlement, lié d'intérêt et d'affection à la fille des rois, consacra ses injustes demandes, sans oser toutefois lui accorder le monopole. Un arrêt de 1675 porta défense aux maîtres d'école d'enseigner autre chose que la lecture et l'écriture. Le chantre était puni par où il avait péché.
Il ne faudrait pas croire que la liberté succombât sous cette attaque: elle en avait bravé de plus redoutables , et elle survivait malgré tous les obstacles.
1 Traité historique des écoles cathédrales et ecclésiastiques , par Me Cl. Joly.
§ 3. Écoles particulières.
C'est elle en effet qui soutient le zèle des particuliers comme elle a soutenu celui de l'Eglise. C'est elle qui, sous la protection des grands, fonde de nouveaux collèges , tels que le fameux collège des Quatre-Nations1 , auquel le cardinal de Mazarin affecta deux millions, une bibliothèque de l\\ ,6/jo volumes, onze régents, dont un de mathématiques; tels encore que le collège des Irlandais , rétabli par les soins de Bailly et la munificence de Louis XIV. C'est elle qui défend contre les envahissements de l'Université, et ces Pédagogies, qui sont devenues de véritables collèges, dont la concurrence nuit à la corporation privilégiée et profite aux études; et ces nombreuses pensions de Permissionnaires quise sont soustraites à la tyrannie des maîtres es arts, et qui vivent sous l'égide du chantre de Notre-Dame. C'est elle enfin qui perpétue les établissements municipaux et ces maisons confiées par les villes à des ecclésiastiques , à des religieux ou à des laïques. C'est elle qui sauve les efforts individuels des hommes de progrès et d'invention; et c'est elle qui garantit et consacre les admirables créations de la charité des fidèles.
La Faculté des arts d'un côté, le premier chantre de l'autre, essayent bien parfois de faire de l'arbitraire: ils n'y réussissent pas mieux l'un que l'autre. La Faculté «jette les hauts cris de ce qu'on voit dans Paris des affiches et des placards de gens sans autorité qui se veulent immiscer d'enseigner dans
1 II fut agrégé à l'Université en 1674.
trois ou six mois les langues latine et grecque, tous les arts libéraux et toutes les sciences relevées. » Elle a beau se plaindre « d'un nommé du Roure, logé au Palais, rue de Lamoignon, qui promet d'enseigner la grammaire, la rhétorique, la philosophie, les mathématiques, la théologie , la jurisprudence, la médecine et beaucoup d'autres choses qui sont dans son tableau. » Elle a beau réclamer contre ce le fameux Vander-Enden quienseignoitl'Alcoranàses escoliers..,, et le nommé Chevalier, logé rue Chapon. » En vain le premier chantre leur faisait-il défense et inhibition, et les condamnait-il comme ùuisoèrmiers , du Roure et Chevalier n'en poursuivaient pas moins leurs leçons ; l'Université en était réduite à accuser le premier d'avoir excité des troubles en Vivarez. Si le chantre condamnait Vander- Enden, le Châtelet rendait une sentence contraire; si le promoteur faisait casser la sentence , Vander- Enden s'en faisait donner mainlevée. Jl continua son exercice, et le parlement n'agit contre lui que quand il fut démontré que son école «servoit de lieu de conférence aux conjurés contre l'Estat1. » La même jouissance du droit d'enseigner se trouve encore chez les maîtres es arts ou bacheliers qui, forts de leurs degrés et de la licence de professer, hic et ubique Lerrarum, se mettaient dans les petits collèges et réunissaient un certain nombre d'écoliers; chez les répétiteurs qui échappaient à la juridiction universitaire en disant qu'ils répétaient seulement les enfants allant aux classes des collèges.
x Claude Joly , op. citat.y p. 348.
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Enfin on voyait sans cesse, grâce aux dotations des particuliers, s'élever des écoles gratuites qui ne relevaient que de leurs fondateurs. Messire Henri de Joyeuse, qui fut depuis le frère Ange de l'ordre des Capucins, avait créé une école pour douze pauvres écoliers du faubourg Saint-Honoré, école dont la direction était remise aux « correcteur et couvent des Minimes de Nigeon.» Et quand le curé
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de Saint-Roch voulut augmenter cette fondation , il passa un contrat avec madame de Joyeuse, duchesse douairière de Guise qui, « de son bon gré, lui a remis et cédé à lui et à ses successeurs curés de Saint-Roch le droit qui lui appartenoit duc^ix, nomination et institution du maistre d'école1. » En i654? M. le curé et la Compagnie de charité de l'église de Saint-Paul établissent cinq écoles poulies pauvres de la paroisse , et ils stipulent que : « il y aura toujours des maistres qui seront choisis entre messieurs les ecclésiastiques habituez delà paroisse par la Compagnie de charité, laquelle agréera aussi les maistresses et le maistre à escriie, après l'examen que les députez auront fait de leur vie, mœurs, conduite et capacité pour enseigner aux pauvres enfants à prier Dieu, le catéchisme, à lire et à escrire. » Plus loin, ce sont les marguilliers de Saint- Leu-Saint-Gilles que Me Santeuil, avocat, charge de nommer les maîtres d'une école de soixante pauvres enfants qu'il établit de ses deniers. Ces faits sont clairs.
Faut-il ajouter encore que les écrivains furent
x Claude Joly, .410.
maintenus en possession du droit d'enseigner « les enfants tant à l'écriture qu'au ject et calcul;» qu'un arrêt de 1661 leur assura, contrairement aux prétentions des maîtres d'école, « qu'ils peuvent avoir des écrits ou livres imprimez pour monstrer l'orthographe; » que d'un autre côté les maîtresses d'école conservèrent la faculté d'enseigner à écrire, malgré lescontestations des écrivains? Et enfin ni le chantre ni la Faculté des arts ne purent empêcher ces hommes dont ils parlaient avec un suprême dé^ dain,« et qui se font à eux-mêmes cet honneur de s'establir maistres indépendants de tout supérieur, comme s'ils étoient capables d'estudes bien plus relevées, à qui ils donnent le nom de belles-lettres et de langues étrangères. » Ceux-là et les autres, « disant qu'ils enseignent les langues allemande, italienne et espagnole , et d'autres encore qui font leçon des langues orientales, » n'en continuèrent pas moins comme ils avaient toujours fait, et les récriminations ne servirent qu'à dévoiler de maladroites idées de domination , dont le bon sens public fit justice.
Disons-le cependant : entre le chantre et l'Université, il y avait une grande différence. Le chantre agissait par l'exagération d'un principe salutaire. Qu'il eût un droit d'inspection et de surveillance au nom de l'autorité ecclésiastique ; que, selon l'expression des arrêts, il fût le gardien de la foi orthodoxe dans les petites écoles, rien de plus juste aune époque où la liberté religieuse n'existait pas. Mais de cette surveillance à l'institution ? du droit de fermer l'école à celui de donner seul l'autorisa-
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tion de l'ouvrir, la distance est immense, et le chantre avait tort de la vouloir franchir. Reconnaissons néanmoins que , s'il tombait dans un excès d'autorité, il ne cédait pas à un sentiment de jalousie et de cupidité : toujours la collation à laquelle il prétendait était gratuite, et il laissait la plus complète liberté de méthode aux maîtres qu'il approuvait. L'Université , au contraire, ne voulait que détruire et étouffer la concurrence; et si elle espérait parvenir à imposer des autorisations, c'était pour les faire payer. Ainsi agit-elle quand un arrêt du parlement de 1689 sanctionna la défense qu'elle avait faite à toute personne de recevoir , en quelque lieu que ce fût, des écoliers au-dessus de 9 ans, sansles envoyer aux collèges. Elle se réserva d'accorder des permissions pour lesquelles elle exigeait un tribut de 5o livres. La prescription était trop odieuse et ne dura pas.
Ce fut néanmoins un premier pas vers de plus audacieuses entreprises. L'esprit parlementaire qui s'était courbé sous le fouet de Louis XIV, commençait à renaître : le jansénisme intriguait sourdement. L'Université leur donna la main. Ils se réunirent dans la haine commune qu'ils portaient aux Jésuites. Les parlements ne leur pardonnaient pas d'être les soutiens du Saint-Siège; les Jansénistes d'être les fléaux de l'hérésie; les Facultés d'être les maîtres de l'éducation. Ces trois alliés jurèrent la destruction de la Société. Un dernier auxiliaire vint se joindre à eux , auxiliaire sur lequel ils n'avaient pas compté, et qui devait les précipiter ensuite dans la ruine; c'était le Philosophisme.