ET DE LA LIBERTÉ D EITSEIGNEMENT
nation de Flandre et de celle de Normandie, étrangers à la cause du désordre. Les perturbateurs étaient de Picardie. L'Université prit fait et cause pour ses disciples; les maîtres se rendirent près de la reine, qui ne tint compte de leurs réclamations; près de révêque, qui ne les écouta pas plus favorablement. Alors une délibération fut prise en commun, tous les professeurs quittèrent Paris et se dispersèrent dans les diverses villes du royaume. Les Anglais retournèrent en Angleterre; et à ce propos, il n'est sorte d'instancesque le roi Henri III ne fit aux Français qui voudraient accepter un asile dans ses États.
La reine était irritée de ce coup de hardiesse qu'elle regardait comme une rébellion. L'évêque de Paris fulmina l'excommunication contre les maîtres qui ne reviendraient pas dans un délai fixé. L'Université recourut au pape, son unique appui. Grégoire IX daigna intercéder pour elle; il déplore les dommages résultant de la dispersion des maîtres; il demande l'indulgence du monarque et nomme des commissaires pour négocier la réconciliation. Au fond il reconnaissait le tort de l'Université. Lès négociations durèrent deux ans. Pendant cet intervalle, les Dominicains, profitant de la liberté, ouvrirent deux écoles de théologie dans leur couvent, et les Franciscains suivirent leur exemple. Le succès fut complet, d'autant plus que les religieux avaient confié ces chaires à leurs docteurs les plus éminents,tels qu'Albert le Grand, Hugues de Saint- Cher, Jean de Florence et Alexandre de Haies. L'évêque et le légat favorisaient cfes fondations , et elles
aaa histoire de l'instructiow publique étaient daos le droit commun. Personne ne pouvait s'en plâindrç. L'Université seule en fut singulièrement offensée. Lorsque, grâce à la médiation du pape, qui,$elon ses propres expressions', «avait cru plus à propos d'apaiser la querelle par une économie paternelle que par un jugement en forme,» elle eut obtenu la levée des censures et la réintégratioq dans ses privilèges, elle voulut faire supprimer les trois chaires. La prétention était révoltante : les Dominicains et les Franciscains restèrent en possession,
La paix dura quelque temps : c'est l'époque où l'Université de Paris achève de recevoir son existence et sa constitution. Une bulle nouvelle de Grégoire IX y pou r voit; elle est datée de 1 2 3 1 . Nous en rapporterons les clauses principales; elles fori;iient la charte de l'Université de Paris. « A l'avenir, tout chancelier de rÉglise de Paris devra , le jour de sa prise de posse$sion, en présence de l'évêque ou sur son ordre dans le chapitre, et après avoir appelé deux maîtres représentant l'Université des écoliers, prêter serment que pour les études de théologie et de décret, de bonne foi et selon sa conscience , en temps eV lieu, selon l'état de la cité et l'honneur des facuhés, il n'accordera la licence qu'à ceux qui en seront dignes ^ et qu'il n'admettra pas les indignes, ne faisant acception ni de personnes ni de nations. Et avant qu'il n'accorde la licence à quelqu'un , il devra pendant trois mois, à partir du jour de la demande dç licence, faire avec le plus grand soin, tant auprès
» PuUe 4u i4avfil l33I>d^sÇrçyiçr»^y«^| p. a46.
(Je tous les maîtres présents dans la ville qu'auprès des personnes honorables et lettrées desquelles il^ pourra s?i,voir la vérilé, une enquêtç sur la vie, la science, le talent du postulant, sur le ferme propos ou il est et sur l'espérance qu'il offre de fairq des progrès, et sur toutes les autres choses nécessaires à connaître en pareille occurrence.Après l'eu-» quête ainsi faite, il devra de bonne foi et selon sa conscience, accorder ou refuser la licence den^andée. Les maîtres en théologie et en décret , lorsqu'il^ commenceront à lire ', prêteront serment en public de rendre fidèle témoignage sur les points ci-» dessus. Le chancelier jurera aussi qu'il ne révélera pas les avis des maîtres pour leur nuire; au reste ^ les droits et la liberté des chanoines de Paris, pour professer la théologie et le décret, resteront confirmés. Quant aux physiciens, artistes et autres, le chancelier promettra de bonne foi d'examiner les maîtres et de repousser les ipdignes , n'admettant que ceux qui seraient dignes. . , . • • Que Tévêque, ni son officiai, ni son chancelier, n'imposent aux écoliers aucune peine pécuniaire pour U levée de l'excommunication ou de toute autre censure.Et que le chancelier p'exigje des maîtres à qui U confère la licence aucun serment ni aucune obéissance i qu'il ne reçoive aucun émoluuient ou aucune promesse pour la concession de licence , et qu'il se contente du serment dont il a été question plus haut. r>
» C'est-à-dire, lorsqM'ilsi ç^treropt eu fipnctlQjps, lor^q^'t^s commeiiceront ^ professer^ après la licence obtenue.
aa4 HÎSTOIRE DE L'iNSrnUCTlOK PUBLIQUE
Passant à rorganisation intérieure du corps , le pape. accorde ou plutôt conserve à l'ilniversité le droit de faire des règlements pour sa discipline , et de punir les contrevenants par la soustraction des privilèges de la compagnie. Il confirme les immunités relatives à la juridiction ecclésiastique , et défend expressément au chancelier d'avoir une prison particulière ; les élèves inculpés ne pourront être détenus que dans la prison de l'éveque. D'un autre côté , les écoliers ne devront jamais marcher en armes dans la ville , et TOniversité ne pourra faire jouir des privilèges de scolarité que ceux qui ont un maître certain. Les écoliers ne pourront pas être arrêtés pour dettes, « ce qui est, dit-il , contraire au droit canonique.» Les vacances ne pourront durer plus d'un mois , et pendant ce temps les iacheliers auront la faculté de continuer leurs leçons s'ils le veulent. Deux autres décisions se rapportent, l'une aux successions des étudiants morts à Paris , et l'autre à la taxe des loyei's. La plupart des jeunes gens qui arrivaient dans la capitale ne savaient souvent où se loger. Il n'existait encore qu'un très-petit nombre de collèges ; les bourgeois rançonnaient à plaisir leurs locataires; l'Université prit sur elle de déterminer un maximum. De là des contestations sans fin. Grégoire IX ordonna que le prix des logements serait fixé par deux maîtres de l'Université et deux bourgeois élus du consentement des maîtres; si les bourgeois refusaient de paraître et de délibérer, les maîtres procéderaient sans eux. Cette clause fut ratifiée par le roi.
Enfin /comme sanction de toute là constitution
ET DE LA LIBERTÉ D EWSEIGNEMEinr. aSD
nouvelle, le souverain pontife autorisa l'Université, quand elle serait grièvement lésée dans ses privilèges et ne pourrait obtenir satisfaction ^ à suspendre ou même à cesser ses leçons.
L'Université triomphait, et, en réalité, elle n'avait jamais encore vu son indépendance si complètement garantie. Remarquons ici la sagesse de Grégoire IX. Tous les droits sont respectés et consacrés par sa bulle. Le chancelier de Paris reste en possession de conférer la licence^ mais il doit s'engager par serment à ne la donner qu'à des personnes parfaitement dignes. Les droits des candidats ont pour sauvegarde ce serment prêté en présence des maîtres et les formes de l'enquête prescrite à leur égard. Ainsi leur aptitude n'est pas constatée par un examen individuel, dont les chances sont si aventureuses, dont le résultat est si incertain et si peu concluant; mais elle est décidée par une enquête , voie beaucoup plus efficace et beaucoup plus honorable , précaution beaucoup plus sûre que les certificats et les diplômes, puisqu'elle porte non-seulement sur la science et le talent, mais sur la vie et les mœurs. Les droits des chanoines sont également réservés; ilscontinueront à user de leur légitime pouvoir d'enseigner la théologie , et l'Université n'y pourra porter atteinte; il ne faut pas que le privilège dégénère en monopole. Au surplus, l'Université n'a pas à se plaindre : école de théologie par excellence, elle est l'objet des attentions et des soins particuliers du souverain pontife; elle est l'objet de ses recommandations paternelles. Grégoire IX se rappelait les erreurs de laaS; aussi disait-il:
%%6 HISTOIW PE L'iirSTOUCTION PUBT.IQUE
«çQue Içs maîtres et les écoliers de cette faculté s'exerceqt et travaillept avec de louables efforts; qu'Us ne se montrent pas philosophes, mais qu'ils s*appliquent à devenir Me^'ocfoc^e^, et qu'ils ne disputent dans leurs écoles que sur les questions qu^ peuyent être résolues par les livres théologiques eç les {raités des saints Pères '.»
L'Unive^'sité dut doi^c sa résurrection aux papes. Ils la comblèrent encore de leurs dons. En i a37, Grégoire IX l'exempta de la juridiction canonique de l'ordinaire, çp la soustrayant à toute excommunication qui ne serait pas portée en vertu d'un ordre spécial du Saint-Siège, et Innocent IV rendit perpétuelle cette concession que son prédécesseur n'avait accordée que pour sept ans.
Toutes ces faveurs firent naturellement naître le désir d'entrer dans une corporation si privilégiée. Les Dominicains et les Franciscains qui avaient continué de professer la théologie en toute liberté, et s^ns être encore agrégés à l'Université, ne tardèrent pas à apprécier les avantages d'être admis aux bonpeurs académiques. Mais leur vœu d'humilité s'oppo- ^it à ce qu'ils demandassent la licence. Une bulle d'Innocept ÏV obligea l'Université à leur laisser partager ses privilèges (1244)- L'Université essaya de résjsjer ; les religieux nç demandant pas la licence , on ne la leur donnait p^s. Une nouvelle bulle (1^49) enjoignit au chancelier de l'accorder à ceux dçs frè-
' La bulle se trouve analysée dans Crevier, U I, et reprc^ ^uite dao^ ppe bulle d'UrbainlY, publiée dans le Uo^ièiMe volnme d^ du Boullay, Pist. Um. parisi^nsj^ p. 36S.
res qui en seraient digiies» quand mêpie ila ne h solliciteraient pas.
Les maîtres courbèrent la tête > mais ils ne parr donnèrent pas aux religieux leur dé&ite. Ne pour vant enlever les chaires des Dominicains , ils e^ sayèrent de les réduire : «Sur les douze chaires 4^ théologie que comporte la ville de Paris, écrivaienfei}^ dans un manifeste adressé à tous les prélats de France , trois sont occupées par des chanoip^s , deui^ par les Dominicains, une pour chaque collège régulier des Prémontrés, des Cisterciens^ du Val des Écoliers , des Triqitairesét des Franciscains; il n'en reste que deux pour les séculiers , qui ne sont pas chanoines de la cathédrale. Or, ce partage est nuisible aux études et injuste ^a Et de leur autorité privée les professeurs de théologie firent un règlement qui enlevait une chaire aux Dominicains. Ces derniers protestèrent comme on le suppose , et ils gardèrent leurs deux classes.
L'aiïaire en était là quand, pendant le caréocie de 1 253 , une querelle, pareille à ceile du bourç Saint-Marcel remit en émoi toute la corporation. Un écolier avait été tué, d'auti^ laîasés à demi morts. Au bout d'un mois l'Université n'avait paa cJbtenu satisfaction. Alors^ délibération SQle»nelle, proposition de faire un serment collectif, depcMJirsuivre ^ehn Dieu et rakon, U j.ustiQe qui était due. Mais le$ trois proJQesseura mendiants refusèrent d'adhérer, si l'on ne leura^sturait la possession paij^ible descbairf» de leurs ordres. L'Université seciroyait for^^ ellefit un
' CtcvIm , Ut. U , p. %^\ du BouUay, U III, p. aM»
aaB HISTOIRE DE L*Iir8TRUCTION PUBLIQUE
coup d'État, et retrancha de son corps les deux docteurs de Saint-Dominique. Les mendiants en appelèrent au pape. Les suppôts de l'Université, le recteur lui-même, étant venu s publier à la porte du couvent la sentence qui retranchait les Dominicains du corps universitaire, furent battus, dit-on, par les novices et les élèves. L'Université n'avait pas cru avoir affaire à si rude partie ; elle commença à trembler, elle s'adressa à tous les évéques de la chrétienté, et , pour les intéresser à sa cause , leur représenta que « s'ils laissaient attaquer le fondement de l'Église j qui est l'école de Paris , tout l'édifice était mis en péril. » L'hyperbole était un peu trop présomptueuse, et le Saint-Siège ne jugea pas que le sàlut de l'Église dépendit de la consécration des jalousies ou des mauvais vouloirs de quelques maîtres en théologie.
\je procureur des maîtres et écoliers à Paris près de la cour pontificale, le fameux Guillaume de Saint-Amour, ne servit pas non plus avec beaucoup d'habileté la cause de son corps. Entraîné par un zèle aveugle, il attaqua non-seulement les frères mendiants, mais leur vœu de mendicité; c'était s'en prendre à l'autorité de l'Église et du siège apostolique qui les avait confirmés.
Le pape jugea en fin par la bulle Quasi lignum vitce^ le i4 ^^^^ 1255. Les ordres mendiants sont les représentants de la liberté : le souverain pontife la sauve encore une fois des atteintes d'un corps jaloux et ambitieux. Il commence par faire un éloge remarquable de l'Université , rappelle les faits , et décide «en esprit de paix et de charité.» Pour ne pas liroit;er le pouvoir du chancelier dans la colla-
ET DE LA. LIBERTE d'eNSSIGNEMENT. aSQ
tioii 9 et les droits des postulants dans l'obtention de la licence, il déclare que le chancelier peut l'accorder à quiconque s'en sera montré digne, sans distinction de séculiers ou de réguliers. «Ce qui, renaarque Crevier, mettait les Dominicains à portée d'établir dans leur collège, non pas deux professeurs en théologie, mais autant qu'ils auraient voulu ^. » Quant au secret des délibérations, le pape l'accorde, «pourvu que ces délibérations soient telles qu'on puisse les taire sans exposer le salut des âmes.» Il confirme le droit de cesser ou de suspendre les leçons, mais il exige les deux tiers des suffrages dans chaque faculté. Enfin, il casse et annule les décrets qui avaient exclu les Dominicains, et les réintègre dans tous leurs droits. Par une autre bulle du même jour, adressée aux maîtres en théologie , Alexandre IV voulut les exhorter encore à l'obéissance, et leur déclara que s'ils résistaient, ils s'exposeraient à se faire suspendre de leurs offices et de leurs bénéfices.
L'Université, si solennellement condamnée, rési3ta cependant. Elle usa de ruse , feignit de se dissoudre, et écrivit au pape avec cettesuscription : «Les particuliers y maîtres et étudiants en toute faculté , restes de la dispersion de VUniifersité de Paris^ actuellement demeurant dans cette ville sans faire corps ensemble. :ii — «Nous avions, ajoutent ces maîtres, deux inconvénients à éviter, l'un de vous désobéir, l'autre d'admettre des hommes qui ne nous conviennent point. Quel meilleur moyen pour ne vous
' T,I,liv. a,p. 4i5.
É56 HISÏOIltlÉ M L'iJtstÉUCTtôïf ttnèLlQtTE
point manquer tii à hous-mémes que de rompre tiB* ti^é feôciëlé ? Nous en avions le pouvoir par le droit naturel qui ne retierit persorine en société malgré luî.te — te Au foUd, dît Crevier, à qui la vérité forcé lé lâtlgdge , c*était utl subterfuge. » Ils continùaieht leur* fonctions, et he s'abstenaieht qUe des àcïeà publics. Les Dômitiicains tinrent ferme., et teéurent des docteurs en tout appareil. Les bulles se Succédaieut : Roitté enjoigUait soUs peiue d'excotrifaïUnication qu'otl se soumit ^lahixWe Çuasi lignum. L'tJuIVersité essaya de faire un coitiproniis , elle ne Voulait pâà plier. Cependant sur quatre docteurs ettvôyés par elle près le Saint-Siège, trois firetitledlsoumission; le quatrième, Guillaume de Saint- Amour, eut le chagrin de voir son pamphlet inti* tulé : dti Péril des derniers tempSy brûlé en pleine cathédrale devant le saint-père, cotntne exécrable et injuste. L'Université accablée céda enfin, et elle dut donner le bouuet de docteur au Fràhciscain saint Bonaventnre et au Dottiinibain saint Thomas. Il était difficile pour lès ordres religieux de célébrer leur ti-iomphe d'une ttianière plus éclâ» tante.
Après avoir fait de la colère et de la résistance, l'Université fit de l'hostilité envieuse et de mâUvâîs aloi. Un décret de 1 260 relégua les docteurs jâco*bins à la dernière place, dans les délibérations et assemblées. Cette petite vengeance était Une triste èonsolation pour le corps privilégié. Les Dominicains Vetiaîent d'un seul coup de faire une brèche terrible. Tous les ordres religieux y passèrent à leur suite : le pape Alexandre IV l'airiiit décidé eh |)rin-
VÈ M hiL ti^EBTJ irïi»s£iG»iM@rfV iSt clpé. Les Caritiés et les Augustitls en J)K6filSrèHli
Éh dM?ly l'Université âait battUé : Ife ràohtlJ)dlè icjii'ëllfe avait tenté de s'attribbei- pour le ddctôtâl ëtàît à jaihàis ruiné. Etï fait, Hed dé jihii glbrleHt et de plus utile poiir elle (|be les suites de ëâ d^^faite. Elle y gagria de Compter daiië sotl seiil léfe hoiiimès lés f>lus illustres dU treiziètiie siècle^ ceM qui ont fait de leur épocjiie l'âge d'or de là sciëtiët catholique : Albert le Graiîd, jJhyàiciëtî^ màthéttm^ ticieh, rhéteur, théôlogietij sàitifc THomà^, le ûU du comte d'Aquin, ce génie si élevé, si firbfdttd,' SU méditatif, Cel ange dfe l'École tjUi ttlbntesur Èeà àl»les de feu jusqu'aux «ohimets les plus ardus de la ëfciètice divine, et qui, planant dans Ces hauteur^, embrassé la somme deà cônnaissatices divines et humaitiesj Alexàbdre dé Haleà, lé ddctëUt* irréft*à»gable ; saint Bonaventtîf ë , le doctettr déraî)hi(|tié , aussi hlimble que sa gloire était grâfide; Vitlcebt de Beauvâis, Alexandre de VillëdièU, etc., etc.
On lé vbit^ l'Université tira pt-ofit dé cfetté rivalilë.
III. Rivalité des établissements cFenseighe^èrii. — Les collèges. — Les uniçersités . — Les écoles ecclésiastiques. — Les écoles prwées.
La rivalité a toujours été la vie des études) à cette époque, elle fut plus active que jamais entre leè maîtres séculiers et réguliers. Jamais aussi lès travaux ne furent plus florissants , c'est le mofnent de la fondation de presque tous les c^Z/Éf^é*^ : «ils commencèrent de provigner dans Paris, dit tasquier ';
' Recherches de la France, liv. IX, p. 190.
^5% HISTOIRE DE l'iHSTRUGTION PUBUQUE
lors les fondateurs choisirent leurs domiciles vers le mont Sain te^Geneviève, tant haut que bas.» Au retour de la bataille de Bou vines, et en exécution d'un vœu auquel ils devaient la victoire, les sergents d'armes avaient fondé le collège de SainteClatherine du Val des Écoliers. Lorsque les croisés français eurent enlevé d'assaut Constantinople en i2o4) Teinpereur Baudouin et le pape Innocent III demandèrent à l'Université de Paris des docteurs pour les établir dans la ville des Césars , et en retour ils envoyèrent à Paris de jeunes Grecs pour lesquels fut établi le collège de Constantinople. Bientôt après on vit s'élever ceux desMathurins, des Bons-Enfants ou Pauvres Écoliers, à qui saint Louis légua la somme de lo livres; de Saint-Nicolas du Louvre '; des Bernardins *; des Bons-Enfants de la rue Saint- Victor^, qui eut la première chapelle privée; des Prémontrés 4; des Carmes^; du Trésorier^; de Cluny 7 ; de Tournay ^; dlJarcourt î>; des Cholets '<>; du cardinal Lemoyne " ; de Bayeux " ; de Laon *^ ;
> Fondé en 1217.
^ Fondé en 1246 par Et. deLexington.
' ia57.
* ia52.
^ Fondé en 1268, par Guillaume de Sàane\ trésorier des églises de Rouen.
'® Fondé par le cardinal de Cholets» 1292.
ET DE LA LIBERTÉ d'eNSËIGNEMENT. ^33
de Montaigu '; de Narbonne ^ ; ce qui nous amène jusqu'au commencement du quatorzième siède.
Vers la même époque, les étudiants de la Bretagne ouvrirent trois collèges qui rappelaient leurs vieilles provinces nationales, Tréguier, Cornouailles et Léon. Cette nomenclature, toute stérile qu'elle puisse paraître, était nécessaire à notre sujet. 11 fallait que nous pussions donner une idée de l'activité des études et de la faveur qui s'attachait aux lettres. 11 fallait surtout constater le grand fait qui ressort d'une manière si éclatante de ces diverses fondations, le fait de la liberté. Rien, en effet, ne l'établit aussi positivement que la naissance de toutes ces maisons qui apparaissent sous le bon vouloir des princes de l'État et des princes de l'Église, qui se multiplient par les aumônes des familles les plus humbles, au plein soleil de la concurrence, et sous l'astre vivifiant de la charité catholique. Pas d'entraves , par de formalités , pas d'autorisation préalable. Le donateur achète ou bâtit une maison, il ouvre les portes, il constitue une rente pour les pauvres écoliers qu'il a recueillis pendant sa vie, puis il meurt en paix dans la joie de sa conscience et de ses bonnes œuvres. Nul ne l'a inquiété quand il a tiré du néant ce nouvel acte de bienfaisance^ nul ne portera de jalouses exactions sur les legs de son dernier instant. Bien plus , dans l'oi^anisation , dans le régime intérieur de l'hospice qu'il a construit, de la classe qu'il a érigée, il est libre encore , libre
434 HlSTOlftl WB L^IïTstllUCTldN ^UfitlQÎÎE
eomme le Créateur au milieu de riuBhi; Alnât, dans l'origine 9 la plupart des collèges sont des Uiàt sons d'habitation commune , destinées à téudii* leÈ élèves d'une même province , d'un même dio^ cèsè, d'une même nation. Les uns sont gratuits , les autres reçoivent une rétribution. La pensée qui lésa mis au jour est une pensée d'union et de pitié pout ces pauvres étrangers perdus au sein de la grande ville^ sans appui et sans compagnons. Des exilés bdt souffert de cet isolement, et de retour dans leur pays, ils songent à établir datls cette cité Cosmopolite où ils ont trouvé tant d'amertumes^ une seconde patrie, un refuge pdUr ceUx qUi M suivront. D'ailleurs, si c'est une pensée de commisération envers les étudiants qui 4 grâce à ces collèges, ne seront plus livrés à la rapacité des b6Ur«geois et aux séductions de là ville ^ c'est aussi Utlfe pensée de progrès et d'ordie i de progrès pour les études qui profiteront du calme et de la réuriibn des élèves; d'ordre , à cause de la discipUtife qui planera sur ces jeUties têtes ^ et les courbera ddfcilemeUt àôtïÉ son Joug salutaire.
Nécessairement le régime se i'essentira des habitudes^ du caractère ^ des mœurs de la nation pout* qui le collège est formé. Le bon seris exige la liberté dans ce point , l'équité la fconâacre. Aussi ^ Idt^Uè Robert de Sôrbonne veut faire , ce qui n'avait pas encore été tenté atant lui. Un collège pour les séculiet-S étudiant en théologie , personne ne s'étohnè, personne ne réclame ; quand il a fondé sa pauK^re société de seize élèves, quand il se met à la gouverner sous le titre modeste alors de promèur^
» m LA unmtÈ ij'EirsfetGHiMEirT. ^35 quand il adjoint à sa maison d'autres jeuhes clef ck en état de subtenir à leurs propres dépehsés, quand il fait donner des leçons de théologie dans l'intérieur même de son collège, nouvelle dérogation à Tuteage qui voulait que tous les étudiants allassent aux écoles de la rue du Fouarre; quand, enfin, il prépare une sorte de pépitiière, de petit séthinait*e pour son grand collège , dans ce collège de Calvi, dans cette petite Sorbbnne destinée à de tout jeunes enfants qu'on instruisait dans les sciences élémentaires; cel-tefc c'est bien là l'exercice le plus cohtiplët de l'indépeudani^e.
Les preuves abondent au surplus. Là 1-éihe Jeanne de Navarre , (bmme de Philippe le Bel , eut la généreuse idée de cdusadriér un collège à l'éducation de la noblesse pauvre : elle le dota de soixante-dix bourses 5 dont vingt pour la grammaire, trente pour la logique, vingt pour la théologie. Chaque faculté cdlistitllaitUne lUaison à|)art, ayant chacutle son réfebtoite, son dortoir, ses thaltres particuliers : la chapelle teeule était commune. A la tête de chà*que division étaieUl placés un maltfeetun sous-maitrfe. Un proviseur administrait le temporel, et deux gous^erneurs de r hôtel ^ revêtus par la reine d'un pleiii pouvoir pour régler, changer, ordonner, ajouter, Veillaient au maintien et à la prospérité de l'œuvre. L'Université n'entra pour rien dans ce qui regardait ce collège : seulement les exécuteurs testamentaires de la reine adjoignirent à leul s successeurs le doyen de la Faculté de théologie, comme un des supérieurs de la maison. Ce collège de Navarre devint, seloo Mézerai, l'école de la noblesM frànfaidé: dv teiiipâde
236 HISTOIRE DE l'iWSTRUCTION PUBLIQUE
LouisXl tous les fils de grande famille y étaient élevés, puisque ce prince, renouvelant l'exemple de Sàcrovir à Autun, voulut mettre la main sur ces jeunes gens et les prendre comme otages : « ce qui , dit Louis d'Orléans dans ses notes sur Tacite, ne fut fait qu'une fois, et a toujours été blâmé, ainsi que le jugea le parlement de Paris'.»
Cette liberté de fondation n'était pas seulement le privilège des nationaux , elle s'étendait aux étrangers. En i3a6, unévêque d'Ecosse établit le collège des Écossais; en i334, quatre Italiens créent le collège des Lombards ; en 1 348, le collège des Allemands s'ouvrait près du collège de Navarre.
De toutes ces institutions , chacune avait sa règle propre, sa loi particulière, son existence indépendante. Il y a plus : dans le sein même de la corporation germaient des principes de lutte et de liberté. De grandes discussions s'étaient élevées pour la nomination d'un Recteur. La nation de France faisait un parti, les trois autres se liguèrent contre elle: deux Recteurs furent élus et nul ne voulait céder. Il fallut l'intervention d'un cardinal légat pour terminer la querelle. A ce propos, le rectorat fut fixé à trois mois. « Nos ancêtres, dit Crevier, regardaient comme un objet bien important le maintien de la liberté du corps. On craignait pour elle les longues magistratures, et pendant plus de trois cents ans le règlement du cardinal Simon de Brie fut observé à la lettre*. » A cette jalousie , digne des
' BullaeuSyt. I.
* Histoire de l'Unip, de Paris , liv. II, t. II, p. 1 9.
ET DE LA LIBERTE d'eNSEIGNEBIENT. ^37
républiques de Tantiquité, l'Université alliait un sentiment d'équité naturelle qui lui faisait accueillir tout maître digne et capable, de quelque pays qu'il vînt. En principe, elle ne s'enquérait pas de l'endroit où le candidat avait conquis ses connaissances. Il était savant, il en faisait preuve, cela suffisait. Elle fit de cette loi une solennelle application à un doc* teur venu d'Arabie, qui , non-seulement fut admis d'enthousiasme, mais fut même promu aux honneurs delà régence sans aucune formalité préalable.
Au reste, l'Université savait parfaitement maintenir ses droits , fût-ce contre le roi de France; elle le prouva en 1266. L'affairecependant était de peu de conséquence : il s'agissait de déterminer à quelle nation appartiendrait un écolier, né dans le Beau voisis. Les commissaires nommés par les nations contendantes ayant remis la décision au roi , les vaincus en appelèrent au légat du pape, disant que les arbitres avaient outrepassé leur pouvoir en consentant que V illustre roi de France jugeât urte pareille contestation, et la sentence de l'illustre roi fut cassée.
Elle n'était pas moins énergique vis-à-vis de l'église de Paris et du chancelier. Les gens de l'officialité insultèrent et blessèrent sur le parvis Notre- Dame quelques jeunes écoliers. L'Université porta plainte au pape. C'était son refuge assuré. L'official fut destitué et fit amende honorable. Quant au chancelier, voici le fait: en iîi7ï, ce dignitaire avait conféré la licence en théologie et le doctorat à Ferdinand, fils du roi d'Aragon , sans lui avoir fait subir d'examen ; la compagnie se récria : ses statuts étaient violés, disait-elle. Et pour éviter la récidive,
a38 HISTOIRE HB L*IFSTmUCriOW FTIB^IQUE
elle institua de son chef un autre chancelier. Si elW ^yait jusqu'à un certain point raison dfuis le prin'» cipe, elle avait completemept tort 491^ k coosé^ quence : la licence nç pouvait jamais émaner que du représentant de l'évéque; mai^ pour I9 conçé^ der il devait se soumettre au statut de GrégçirçlX, Le pape Martiq IV décida que toutes lee^ licenoçç accordées par l'Université seule seraient révoquée» et déclarées nulles. Et le chancelier dut se reufeiy mer dans les limites de son serment, et n'admettj^ que des postulants parfaitement dignes et aprè* les enquêtes voulues.
Donc, la liberté du corps était garantie par sa propre force; elle fut encore sanctionnée par les privilèges qu'accorda Philippe le Bel. En i%g5 il exempta par des lettres patentes spéciales les écoliers d'un prêt imposé à tous ses sujets pour les besoins de la guerre '. L'année d'après, il donna une sauvegarde et protection générale à tou&le&maitres, écoliers et messagers de l'Université de Paris et de l'Université d'Orléans ^ Ces privilèges ne laissaieirt
"- Recueil des prmléges, p. 74. Philippus D. G. Franc, rex, etc. Exposuerunt nobis dilecli nostri magistri elschoIaresUnivcrsitatis parisiensis, quod nonnulli barones, notaWles rcgni çostri... pretextu cujusdaro ordinationis nostrae, de mutuis a Dpstris SMbditis pro iropugnatione iBiiçicorum legni ejusdew exigendis, a quibusdam eorum conscholaribus... mutua eiigunt... Quare vobis et vestrum singulis mandamus qiiatenus scholares hujusmodi ad praestationem mutuorum ipsorum a prœdictls baronibiis conopelli minime permittatis, etc.
» ReaufiU, p. 75. a Magistros et scholare$ Parifeîis et Aureli» s^udea^esi seu famulares eisdem midecmnqu^ traxerint origi-
ST D? i\ LiBBUTE i)!w$mGmwMmT. a39 pas que d'irvoir une grande valeyr en ces temps de troubles et de désordre , et ce n était pas un më^ d^Qcre avantage que d'être exempté des emprunts de Philippe le Bel.
La dernière charte peus révèle d'ailleurs un ordrt de faits nouveaux, et nous ramène à parler des étar blissements d'instruction en dehprs de l'Université de Paris, puisqu'elle contieftt le nom de l'Université d'Orlçans, Ce sont d'autres et de précieux témoi<gnages en Javeur de la liberté*
Si le moyen âge, ainsi que nous l'avons expliqué, comprenait et réclamait des lois de privilèges ea matière d'étude, s'il applaudissait à la coustitutioB d'une compagnie telle que celle de l'Université de Paris, il n'entendait nuUepient faire dégénérer ces privilèges en monopole. Rien en effet n'est plus contraire, et dans les mots et dans les choses, que ]e privilège et le monopole.Dès que le premier existe, dès que telles ou telles associations obtiennent des lois particulières, il devient impossible d'établir un monopole, c'est-à-dire,, une loi uniforme, uniqu#, exclusive. Et la France le savait bien, Aussi aurailr elle de toute sa puissance résisté aux prétentions d'arbitraire que pouvait mettre en avant telle ou telle corporation . Les papes les premiei's , les roi« eusuite, se seraient faits alors les gardiens de la liberté publique et universelle , et des gonçf^ssiouji. rivajies
Dem...
eorum.
tentes.
sub nostra volumus protectione manere nuncios
.... eunde et rede|Uiulo transire ngiore solita p^rinit-
a4o HISTOIRE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE
auraient immédiatement réprimé l'orgueil ambitieux des fauteurs du monopole. Par le fait, il ne fut pas besoin de répression : l'indépendance était dans les mœurs comme dans l'équité. Dès le cotnmencement du douzième siècle nous en avons la preuve dans l'établissement de l'Université de Toulouse.
Cette fameuse école date, en effet, du pontificat de Grégoire IX , le même pape à qui l'Université de Paris dut,sinon sa fondation, au moins sa constitution complète. « Elle fut pour telle autorisée par le même Grégoire, dit Pasquier ', l'an ia33, c'est-à-dire, au même an qu'il publia les cinq livres de ses décrétales. La bulle portoit que cette Université est instituée pour y lire , in quacumque facultate légitima. Clause générale que les Toulousains surent fort bien ménager, car ils comprirent sous elle la faculté des droits avec les autres, et ainsi l'ont toujours pratiqué avec honneur. Et de fait, je trouve dans Bartole, que François Accurse, fils du glossateur, s'y étant,par occasion, transporté, y lut la loi unique, etc. Les jurisconsultes disoient que sur les obscurités qui se trouvoient en l'explication d'une loi, consuetudinem optimum esse legis interpretem. En cas semblable, on peut dire n'y avoir commentaire ni truchement plus fidèle d'un vieux titre que l'usage. C'est pourquoi elle se prétend la seconde université de la France après Paris, mais la première de toutes les autres au fait de la loi*.» Ainsi voilà une compagnie rivale , constituée par la même autorité , posée
- ' Rech.de la France, liv. IX, p. 843. * Rech. de la France, liv. IX , p. 845.
.£T D£ I^A LIBERTJS d'eNSEIGNëHENT. 24i
même sur des bases plus larges encore ^ puisque l'étude du droit civil n'existait pas comme faculté à Paris, que le droit canon seul ou décret y était enseigné, et que les maîtres de Toulouse peuvent au contraire professer ia omni facultate. Voilà la meilleure négation du monopole.
Quelques années plus tard fut érigée la faculté de Montpellier. L'école de cette ville remonte à une haute antiquité, et la médecine y fut cultivée dès les premiers siècles de la monarchie. L^s maîtres et écoliers se réunirent en corporatipn, studiumge" nerale, et le pape Nicolas IV les reconnut par une bulle du a6 octobre 1289. Cet acte leur donne le pouvoir de conférer le degré de maître ou docteur dans l'un et l'autre droit, en médecine et es arts. Il n'est pas parlé de la théologie. L'évêque diocésain accordera^ avec le conseil des maîtres, la licence d'enseigner, et «ceux qui l'auront reçue pourront en faire usage et enseigner partout sans aycun nbuvd
examen ' .
Orléans vint ensuite. Le pape Clément V y avait étudié le droit, et l'on sait que depuislongtempscette école jouissait d'une haute renommée en cette matière. Il iroulut conférer au^i^ maîtres les privilèges d'université (i3o6 et iSoy). Il l'érigé, dit*il, sur le modèle de celle de Toulouse : seulement il pe fait mention que des professeurs de l'un et l'aiitre droit. «Dans cette ville, dit Pasquier ^, l'opiniâtreté principalement se logea pour enseigner le droit ro-
' Creviar, <^,eit.y liv. III, t. II, p. xai.
* fiecfierches de, la France, îbid. . . ,
^^a HISTOIRE DE t.'lirSTBtTCTTOir l^UBLIQTTE
main : elle est la première de toutes les autres qui sont au pays coutumier , voire de toute la France, qui porta le nom d'Université des lois , et eut pour parrains le pape Clément V et notre roi Philippe le Bel, ÏV* du nom.»
Nous rappelons ici, non sans dessein, le nom de Philippe le Bel ; c'est qu'il représente Un ordre tout nouveau de prétentions relatives à l'enseignenlfeïit et à la fondation des grands centre^ d'études. Jusqu'ici nous avons vu les papes constituer ou re* connaître les corporations de maîtres et d'écoliers. Le pouvoir civil se contentait de faire respecter les décisions des fondateurs , et parfois il dotait les Communautés d'utiles privilèges. Ici la scène change. Les bourgeois d'Orléans s'étant plaints vivement de^ faveurs que le pape avait octroyées à l'Université nouvelle, et une sédition violente s'en étant suivie, î?hilîppe intervint. Saisissant avec empressement l'occasion de résister à un acte de l'autorité pontificale et de continuer la conduite coupable qu'il îavait tenue envers Boniface VIII, il annula l'Université, qui, disait-il, avait causé tout le trouble; mais par la même ordonnance il rétablit une étude générale en l'un et l'autre droit , à laquelle il rendît, de sa pleine puissance royale, les mêmes privilèges que le pape avait conférés à la corporation. C'était une simple affaire d'hostilité et de mauvais vouloir. Que leroi eût le droit d'établir deS écoles et des universités, rien de toleux, et personne n'âUrait con* testé. Seulement il ne fallait pas qu'il fut question de faculté de théologie ; celle-là relevait directement du Saint-Siège, gardien de la doctrine catholique. Aussi
ET DE LA LIBERTÉ D*ÉI^SEminEMfiirT. ^43
le roi le reconnut explicitement, quand il défendit que Ton créât des maîtres en théologie à Orléans, « pour ne pas déroger, dit-il, aux privilèges accor* a dés à l'école de Paris par le Saint-Siège. » Hom« mage rendu à la source unique de toute science et de toute vérité;
Avec ces diverses institutions, avec celles du même genre qui naquirent bientôt, telles que l'Université de Câht>rs en i33i , de Perpignatien i349, d'Angers en 1398, la concurrence devint plus active et pluâ sérieuse^ et la liberté y gagna.
Mais il ne faudrait pas croire que cette liberté régnât seulement entre les établissements de hautes études ; elle protégeait les écoles de toute nature , celles du clergé, comme celles des particulierSi
L'Église, en effet, n'abandonne pas la mission d'élever la jeunesse. D'une part ^ elle se préoccupe toujours de recruter le sacerdoce; de l'autre, elle étend sa sollicitude sur les enfants de toute classe et de toute condition ; les pauvres ont , comme dans tous les siècles, ses prédilections les plud tendres. Le saint concile de Latran avait rendu cet admirable canon :<c Gomme l'Église de Dieu, semblable à une pieuse mère, est tenue de pourvoir à ce que les pauvres, qui ne peuvent être secourus par les ressources de leurs parents, ne soient pas privés des avantages de l'instruction , chaque église cathédrale aura un maître qui enseignera ses clercs et les pauvres écoliers gratuitement, et un bénéfice
a44 HISTOIRE DE L'ilTSTEUGnOH PUBLIQUE
oonTenable lui sera assigne'. » Et le grand pape Innocent III conclut : « Mais, comme ce précepte n'est pas observé dans plusieurs églises, Nous, confirmant les susdits statuts, nous y ajoutons que, non-seulement dans les églises cathédrales, mais aussi dans toutes les autres qui en auront le moyen, un maître capable soit choisi par le prélat avec son chapitre, pour instruire gratuitement les clercs de CÉglise et les autres enfants dans Tart de la gramipaire. Que, néanmoins, chaque église métropolitaine possède son théologien, qui enseigne la sainte Écriture aux prêtres et aux autres, et les forme surtout à la science qui regarde le salut des âmes ^. » Grégoire IX , enfin, dont on retrouve le nom toutes les fois qu'il s'agit de la propagation des lettres et de l'encouragement des études , Grégoire IX renouvelle les instances et les ordres de ses prédécesseurs.
. U est hors de doute que la voix de ces glorieux pontifes ait été entendue, et que les églises de la chrétienté aient répondu à leurs pastorales exhortations. Nous ne nous arrêterons pas à donner de longs détails sur ce sujet. Cependant, comipe on a cpntesté l'existence des écoles cathédrales à partir de l'établissement des Universités, nous devons établir les preuves de leur durée; c'est toiyours faire l'histoire de la liberté.
> Goncil. Lateranens. Can. in Brtviario Parisiensi, parie au" tumnaliy in fine.
* Innocenti III P. P. in CgncUio générale ^ apud Conring, op. €it., p. 9a.
ST DE LA^LIBERTi bW^BIGNEMENT. ^4^
Le pape Urbain IV, par exemple, fut élevé à l'école de révêché de Troyes *. Un archevêque de Rouen témoigne la plus vive reconnaissance des soins qu'il avait reçus dans celle du chapitre métropolitain de ftormandie^. En l'iOQ, l'écolàtreduMans était un homme célèbre^. Dans le diocèse de Senlis, on voit, à deux reprises difTérentes, un évêque ordonner aux maîtres établis près la collégiale de Saint-Thomas, à Crespy, d'instruire gratuitement les enfants de chœur, et un autre prélat confier la direction des écoles de Sentis à Odoard de Montmoliac. «Tout annonce que des prélats avaient fondé et surveillaient les écoles que possédaient plusieurs villes. Irvin était maître de celle d'Orléans en iîîo3, et si les lettres florissaient à Ghàtillon-sur-Seine , autant que l'affirme Guillaume le Breton, il est impossible de n'en pas conclure qu'elles y étaient soigneusement enseignées^. »
L'éducation populaire ne fut pas non plus négligée par le clergé des villes , et surtout par le clergé des campagnes. Nous n'en voudrions pour témoignage que l'ordonnance de Pierre de la Chapelle, évéque de Carcassonne, puis cardinal , qui rappelle et enjoint ce devoir aux ecclésiastiques de
' Thésaurus anecd.àeD.MaLTtène.
^ Pommeraye, Fie des archep. de Rouen*
^ Cartulaire de Tabbaye de Saint-Vincent, cité par les continuateurs de VHist. litt. t. XYI.
^ Histl littéraire de la France^ continuée par des membres de l'Institut (Académie royale des inscriptions et belles-lettres) » t.XVI, p. 4i»
^46 HISTOIRE DE VlVS^nVCnO^ PUBLIQUE
Son diocèse ( 1 297) *. Et cette obligation ae fut nulle part observée avec plus de soin que dans les villes où se formèrent des U ni versités« A Paris, par exemple , tandis que les maîtres èaarts et les docteurs en théologie exerçaient le haut enseignement , ia grammaire et les notions élémentaires deviiu^entle partage des écoles paroissiales : ce que prouve parfaitement m^ssire Claude Joly, en son traité des écoles de grammaire '. « Dans les commencements du xii« siècle, dit-il , on trouva a propoti, dans rÉglise de Paris, de donner à d'autres ^lises collégiales de la ville des écoles semblables à celle de l'église cathédrale, comme à Saint-Honoré , à Saint-Méry, à Saint*Marcel,^slngulièrement à Saint- Victor, et même à diverses paroisses de la ville.»
(c Les arts d'humanité, ajoutait un autre écrivain^ se répandirent dans les maisons claustrales e^ dans les petites écoles des paroisses, de peur que le voisinage des études inférieures ne nuisît à la n>£(îesté des lettres sacrées, et que les murmures des classas de grammaire ne troublassent les profondes méditations des maîtres supérieurs. »
11 paraîtrait même que peu à peu les écoles car thédrales proprement dites ne s'ouvrirent plus pour les enfants des laïques, qui trouvaient tant de ressources à leur portée dans les petits établissements paroissiaux, et qu'elles furent restreintes à de jeunes clercs qu'on élevait pour le service divin, ou même
^ Rémèrai, (leJciuiemia Parùiensif p. 5t.
BX PS ^'A. LIBERTE D*Eîrs:RlGIÎEMENT* ^4?
spécialement réservées aux enfants de chœur. Mai^ sous ce titre d'enfants de chœur , et sous le nom de maiirise^ l'Église possédait un vérilable petit séminaire pour le sacerdoce. 11 iie faudrait pas ^'imaginer, en effet, qu'autrefois les enfants de chœur fussent ce que nous voyons à présent : de pauvres mercenaires qu'on emploie le matin pour répondre la messe, et les jours de fête pour chanter Toffice, tant bien que mal, et figurer dans les cérémonies. Non , les enfants de chœur étaient des clercs, élevés sans doute par la charité chrétienne ^ sur les fonds de TÉglise, mais vivant ep commun, §Ous une règle fixe, destinés au saint ministère, et ^e préparant par de fortes études à ses augustes fonctions, « Il se mble , disait Claude Joly , au xv!!** siècle, que dansai' Église de Paris ils retiennent encore quelque chose du vieux séminaire auquel ils ont succédé. Car, quoique les douze enfants de chœur de Notre-Dame n'y soient pas reçuç en qualité de titulaires , mais seulement pour aider à l'office par leur voix et par les autres services que peuvent rendre des enfants, néanmoins ils ont. tous ensemble une prébende canoniale dans l'Eglise de Paris, qui est attachée à leur corps , qu'on ap- ^eWeprSende morte ^ à cause qu'elle n'est pas servie par un titulaire particulier , n'ayant tous que le revenu de celte prébende gvec quelques petite^ fondations pour leur subsistance, dont le surplus,
qui va bien plus loin , est fourni par le chapitre
L'ancien enfant de chœur s'appelle le spe^ parce qu'il est en espérance (spes) de sortir bientôt pour être mis au collège de Fortet, dopt rbabitfi^tio» laur
a48 HISTOIRE DE L'iITSTRUCTIOir PUBLIQUE
est destinée pour terminer leurs études' L'habitation des enfants de chœur de. Notre-Dame est dans une maison du doitre qui leur est affectée, où iJs sont instruits , non-seulement dans le chant , mais aussi dans les lettres humaines, ayant pour cela deux maîtres différents, l'un de musique et l'autre de grammaire : d'où cette maison est appelée la maîtrise^ d'un nom s^^emblable à celui dont lé cardinal de Sainte-Marie appelait l'église, ou phitôt l'ancienne école de l'Église de Paris, literaturœ magisterium^. »
Maîtrises, écoles paroissiales, petites écoles, tels sont les humbles mais utiles établissements que le clergé sut entretenir pendant toute la période qui nous occupe. L'histoire n'a pas consacré de longs souvenirs à cet enseignement du peuple et de la bourgeoisie : elle a réservé toutes ses louanges pour les brillantes destinées des Universités et des hautes écoles, a Le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas bien, » disait un pieux et saint archevêque de Paris ^. L'Église continuait, dans le •calme et dans le silence, son admirable travail
' a Le spe aussi porte dans l'Église de Paris la chape de laine noire de chanoine sous 'son chaperon. £t quand les enfants de chœur se courbent au Gloria Patri et à la seconde élévation de la sainte hostie, ou autrement, le spé seul demeure debout, tournant seulement sa face vers Tautel comme les autres chanoines. Et l'on donne aux petits enfants de chœur qui portent la chape ep 1^ fête et en Toctave des SS. Innocents une aumusse sur leur bras, qui sont toutes luarques de la qualité de chanoine. » Ibid,^ p. a33.
* Claude Joly,o/?. cir., p. a34.
^ Monseigneur de Quéleki.
ET DB LA LIB£Rt)£ D'ÉNSÉiGNEMENT.' Û^
pour rinstructîbn des pauvres et des petits,' et tandis que trop souvent la science hautaine et turbulente des docteurs jetait Forgueii et le trouble . dans les esprits et servait d'instrument à d'audacieuses et d'indignes prétentions, le modeste savoir èes magisters répandait l'inappréciable bienfait d'une éducation morale et chrétienne.
Sous ce rapport , les monastères , indépendamment des études supérieures qui y restaient en vigueur et auxquelles se livraient les religieux , rendaient aussi d'importants services. Ainsi,on remarque que le pape Innocent 111 fit recevoir au couvent de Saint-Médard de Soissons le fils d'une pauvre veuve, avec ordre de l'instruire et de l'entretenir jusqu'à l'âge de quinze ans ' . « Â Saint-Maixent , à Sithiu , l'instruction gratuite était donnée , comme par le passé , aux pauvres enfants. On formait aussi des élèves dans le prieuré de Saint^Martin du Mans ; et dans l'abbaye de Gsoin, l'un des règlements portait qu'ilsy resteraient quatre années. Guillaume de Nangis indique une école, dans l'abbaye de Saint- Nicolas au Bois, où les étrangers venaient apprendre la langue française. Sibrand , abbé de Notre-Dame du Jardin prèsd'Utrecht , établit au sein de sa communauté une espèce d'académie à laquelle il préposa un savant nommé Frédéric. Là, des leçons d'histoire profane , l'iexplication des poètes et des livres saints , attiraient un grand nombre d'étudiants. 11 serait facile de citer bien d'autres exemples ^»
• Innocent?. P., EpUtol.fib, XII. ,
* Ck)ntinuatioQ iè'YHisi. Uttériairé àe IaFrànce,i. XVl, p. 4o.
C^^A^ nous sufiiseot, et uqub n'ajoutercm^ qu'un s^ùl fait : c'est que le zèle des. ordres meur diants pour l'étude ne fut pasmoindre que celui d^ communautés plus anciennes. Dans le chapitre général des frères Prêcheurs, tenu à Lyon en id74f les statuts relatifs aux étudiants et profes^ur^ tiennent vingt-^deux articles.
Reste l'enseignement municipal et l'enseignement privé,
a Dans presque toutes les villes, il se rencontrait des maîtres, mais isolés et en petit nombre, La plupart avaient peu de réputation , et si quelqiies-ans étaient plus distingués , la gloire de la ville ou dg bourg s'évanouissait lorsqu'ils mouraient, ou lorsqu'ils se transportaient ailleurs'....» Cette assertion ç$t vraie pour le commencement du xiii^ siècle ; nous ajouterons que l'esprit d'association vint bientôt donner à ces écoles un caractère nouveau de fixité et de durée. Des collèges furent fondés , et les magistrats communaux, les syndics des- muni* cipalités repaissantes y apportèrent une attention jalouse et des soins tout paternels. L'entretien .des écoles a toiyours été, en effet, un des plu^ chers apandge$ du droit municipal , et nos pères^, si zélés pour la conservation de leurs immunités, n'avaient pas abandonné cette liberté , la plus pr^ cieuse de toutes, puisqu'elle tient à l'exercice df l'autorité paternelle et aux intérêts sacrés de la fa^ mille. A Reims , un collège avait été fondé pour le§
» Bi^lffus , Bist, Çnip. Parisiens^ % l|. p. 1 1*
m D« ^4 MB^Eimi vhmsmoKMmJ!^ $$i pauvres écpliers ow Bom Enfants. Eb i^45, le cpUége eut besoin d'une réforme i w fut l'archevêque qui régJa, par de nouveau)^ Statuts, le oaufs des exercices, et qui, du consentement des hçurgeois, institua pour supérieur le scolastique de la cathédrale. Dans le comté d'Auxerre, la bonne comtesse j Mathilde ou Mahaut deCourtenay, dotale collège des Bons^Enfants y en ia$3, d'un terrain qui avait servi de cimetière aux juifs. Vers la fin du siècle, le pénitencier de l'évéché voulut lever 3ur eux un tribut annuel : le principal s'y oppos$^, et les bourgeois prirent fait et cause pour le collège» Les sacrifices ne* coûtaient pas à ces petites municipalités du moyen âge , pour s'assurer des maîtres distingués. Les habitants de Tarascon retinrent dans leur ville Pierre Cardinal, pour instruire la jeynes^e aux bannes mœurs et aux bonnes lettres , et ils lui as&urèrent des émoluments honorables. {1 est vrai que , par une noble émulation , Robert de iDlapleS} les en iip^mnrsa en les exemptant pour deux ans de taille et de subsides. Parfois les princes $e faisaient honneur de solder des prQfes$eur$ : à Toulouse, p«r exemple, avant l'érection de l'Université, Raymond yil payait quatre mille miipcs d'ar- .gefnt pour deux maîtres de théologie , deux de dé- Ciet, et quatre de grammaire. Ailleurs, on trouve le^ chefs d'école se succédant d'une manière non ^nterrompMe^ comoie à Tournay, à 4ngen5, à Oranges,etc,
Mplgré toute cette mnltUnde d'U^âver^ites, d'écoles ecclésiastiques, monastiques ou municipales, renseignement privé n'avait p9$^ çesM* U yi^^^iJi plus
aSa mstbiRii T^E'L^nrsratJCrroi* -publique humble , plus ignore que jamais ; il vivait cependant. « Il est certain que, dans les cités et les bourgades , existaient des écoles privées et particulières, des écoles abécédaires ou des premiers éléments de la grammaire. IL ne parait pas que la philosophie ni la rhétoricpie y fussent enseignées. Elles n'étaient guère tenues que par des grammairiens trwiales ( se restreignant au trivium ), dont la science était parfois si mince, qu'il aurait mieux valu pour eux apprendre que professer'. » Malgré ce dédain pour les pauvres instituteurs privés , du BouUay est obligé de convenir que leur condition et leur savoir s'améliorèrent sensiblement. Vers le commencement du xiii^ siècle se répandirent dans toutes les provinces les élèves des écoles ecclésiastiques , qu'on nommait clericuli vagantes, professeurs nomades qui allaient de ville en ville, et se fixaient dans les lieux où ils se voyaient appréciés. Les seigneurs de château ou les magistrats de commune les retenaient, leur témoignaient estime et affection , et les recommandaient à leurs voisins. Voici un assez curieux exemple de ces lettres de protection accordées aux mattres ambulants : a Au seigneur Hugues de Gournay : Raduif, par la grâce de Dieu, consul de Clermont. — Il faut rechercher les meilleurs grains avec la simjdicité de la colombe. — Comme l'ardeur de l'aflFection peut presque faire l'impossible, je n'ai pas hésité à vous adresser, à vous et à vos clercs , cette missive. J'ai à Glermont un mattre qui s'adonne depuis longtemps à la di-
V ÂiillaBiis , t. ni , p. Sâo.
£T I>£ LA, LIBERTÉ B^C^SEDO^NEMEirr. a 53
rection des écoles , et qui s'y est encore livre cette année. Séduit par la renommée de votre ville {pastelli) , et par l'espoir d'acquérir votre aflFection , il désire arriver , par mon intermédiaire , à ce que souhaite sa volpnté. C'est un homme remarquable par sa connaissance des auteurs, des philosophes et des diverses parties des arts, et par son habileté 4ans la grammaire,; il n'est pas, comme on dit, étranger à la science des lettres sacrées, et, ce qui est le com< plément et l'assaisonnement de toutes choses , il est d'une gravité de mœurs éprouvée. Je mets donc tous mes e0brts, etj'emploie toutes mes instances près de vous et de vos clercs , à obtenir que vous lui accordiez pour l'an prochain la direction scolastique de votre résidence'.» Voilà pour les campagnes et pour les provinces. A Paris même, on trouve des traces de cet enseignement particulier. « Les étudiants en grammaire, dit dom du Breuil^, allaient parla ville, en quelques maisons privées ^ pour apprendre la congruité. » Ces faits, arrachés à l'oubli des temps), suffisent pour établir la p^manence de cette instiniction quisubdstait, à l'ombre de la liberté, dans le secret et sous la sauvegarde delà pauvreté et de la famille.
Nul doute, enfin, que l'éducation domestique, appropriée, il est vrai, aux mœurs et aux usages du temps, ne fût aus$i complètement libre. Les jeupes seigneurs dans la cour de leurs suzerains, les fils de roi, de oomtef ;et de baron apprenaient, outre le
' Apud Ballaeum , t. Il, p. 1 1.
* Antiquités de Paris^VW^^.^'^^. .y.; ^ ;., v » ^ - ,/ »
métier des armes, les sciences nécessaires à leur rang et à leurs fonctions. Celte sorte de littérature à rasage de la noblesse était méti^e as^ea avancée : les progrès de la poésie et delà langue nationale, et Yé* radition^plus ou moins fabuleuse^ dont les poèmes de cette époque sont remplis ^ l'établissement de ces tournois de l'esprit et de la galanterie, qu'on appelait les cours tfamour, les gieuxsùus Pormelj etc., la passion de toute la haute aristocratie pour les premiers essais de notre génie français ; enfin , de plus sérieuses études, celles^ par exemple, dé lâ jurisprudence et des lois indispensables à tout sei* gneur justicier, témoignent assez des soins qui pré* sidaient à l'instruction domestique. 11 y avait une chevalerie de littérature comme une chevalerie de guerre :
Ou s'il veut, pour la foi deflendre Quelque chepaletie entreprendre Oiisoit d* armes où de lectures ^
dit le Roman de la Rose^. Et l'enthousiasme n'était pas moins grand pour l'une que pour l'autre; l'émulation n'était pas moins vive, et les triomphes non moins recherchés. Là encore la liberté gardait lé camp et protégeait la lutte.
Telle eist, pendant lexni* et le xiv* siècle^ la vie du rtioyen âge , ardente , pleine de spontanéité et de force. Tandis que le génie de l'association déploie sa fécondité, l'individualité reste dans son indépen-
V Vers laoQietsuiv, î '
dance et dans son ëdergie. Le pouvoir ecclésias^ tique > le souverain pontificat sâuve Funitë de croyances, en favorisant l'expansion de tous les in« téréts et de tous les droits légitimes. Le pouvoir politique, la royauté encourage les éléments d'ordre et de hiérarchie ; elle respecte l'activité et l'élan àt toutes les institutions naissantes ^ et elle ne soilge ni k restreindre leur influence, ni à ^eu servir comme d'un înstruttient d'^âitaque ou d'ôppre^ibn. Cet heureux équilibre durera«t-il toujours ?