CHAPITRE V
Ii^IHSTmCCTIOlf PUBLIQUE ET LA LlBEET^ D 'ElTSElGlTEMEirT SOUS I«À TEOISIÊME HACÉ. SECONDE P^MODE DE l'eXIBTEITCE DES
i»tfiTSRSitiÉ6 (du Eit'aa xvi* sièote).
î. L'Université de Paris. — iJ i. Lutte contre le saint-siége. — S 1. Asservissement de rUnirersilè. ** § B, Perte des pritîléges universitaires.
IL La concurrence et la liberté. — $ i . Les tJniversît& de province Sa. Les collège^, le* écoles et académies particu'*
liéres. -^ S ^ ^^ écoles ecclésiastiques. ^ $ 4« Les ordroBf religieux.
m. La iréfortne et rUniversité, les jésuit» et la liberté» $ t. VXJ- Diversité et le protestantisme. J a. Les jésuites «t l'Unîvarsîté. ( ^. Les sémiuaires.
Il y a quelque chose de singulièrement remar^ quable à voir> lors de ia formation des Uoioer* sîtés, la science renaissant sous les aifêpî^ du la Ubetté ei èfo^ l'action O^ontobipt» dp fÉglîst^
se former en corporation, acquérir des privilèges, forcer le pouvoir royal à la reconnaître et à Faccepter, prendre rang dans les preitii^s ordres de l'Etat , se constituer enfin , et^ au milieu du règne des armes et du triomphe de la force , inaugurer I9 domination de rintdligeqce.
V Instruction publique revêt dès lors une forme qoj^vçUe. Elle i^'est plus, comoie sous les empereuni romainft,ou même comme sous les rois de la seconde race^ l'œuvre de Fautoritë: elle n'est pas instituée par eux, entretenue à leurs frais, environnée du prestige qui s'attache aux créations du souverain. Non, elle est fille de la liberté; elle a été en&ntée dans les pénibles efforts de l'indépendance individuelle, elle a été bercée au vent des orages, et elle a grandi dans les luttes et dans les périls. Et certes, quelle que soit la puissance de l'esprit humain, quelle que soit l'indomptable énergie de la liberté, l'instruction publique eût péri ,.si une main toute-puissante n'eût couvert son berceau , encouragé s^ pas chancelants , soutenu et vivifié ses premiers essais. La papauté, attentive à ranimer le foyer des connaissances humaines^ la papauté^ protectrice naturelle de tous les droits et de tous les intérêts, prit sous sa tut^e ces associations de maîtres et d'élèves qui ne pouvaient vivre que par elle, et qui lui demandaient son secours : elle les confirmade sa pleine puissance, elle les défendit contre toutes les inimitiés, plaida en leur faveur, interposa sa médiation auprès des grands, et, quand il le fallut, fit parler pour elles sa voix dominatrice. Sous cette bienfaisaii te influence, l'insr ti^ubjtion publique rejparut .: le ppwvoip r(>yal la
ET DE LA. LIBJBRTÉ d'eNSEIGNEMJSKT. ^5'J
sanctionna dans le domaine extérieur^ tandis que la papauté l'instituait au nom de Dieu, source de toute science et de toute lumière , et elle fut assurée à la France sous la garantie du privilège.
Mais, en même temps, la liberté se conserve jusque dans le sein des corporations privilégiées; elle ouvre les collèges, protège les fondations, maintient les droits respectifs de ces unités de second ordre qu'on appelle les /acuités, les nations j et qui se subdivisent en tribus. En dehors des Universités, elle perpétue les écoles sacerdotales, les écoles monastiques, les établissements des villes et ceux des particuliers. Tantôt elle se réfugie dans les ordres religieux , et transporte avec eux la lutte au milieu du camp des Universités dont elle veut forcer les barrières. Là encore, c'est le souverain pontificat qui agit; car les moines ne se fondent que sur ses approbations et ne combattent que pour obtenir l'exécution des bulles émanées du chef infaillible de la catholicité. Tantôt elle se couvre des franchises municipales, et revendique les vieux droits de la cité. Phis souvent , elle abrite les intérêts sacrés du sacerdoce, ou de la charité chrétienne. Parfois , enfin , elle se présente sous les dehors de l'indépendance personnelle.
Entre ces deux antagonistes, l'équilibre régnait. Si l'instruction publique avait les dignités, les honneurs, les bénéfices, et toute la splendeur attachée au génie et au savoir; la liberté, plus humble, avait les bienfaits ignorés, la confiance des populations , l'amour de la famille et l'amour du peuple, l'appui de l'Église et la conscience de son bon
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droit. Elle n'avait garde de »e plaindre du partage* Seulement, il eût fallu que cet équilibre durât. Or, deuK choses s'y opposaient, et tendaient, en exagérant la part de Tinstruction publique, k di^ minuer celle delà liberté. C'était, d'une part, l'esprit de domination et de monopole qui semble le tria te apanage de tout corps constitué; de l'autre, Yex-^ tension du pouvoir rojral , qui , au lieu de laisser vivre dans leur indépendance native les institutions qu'il trouvait autour de lui , voulut les régenter à sa manière et à son profit.
Les Universités , celle de Paris surtout, une fois qu'elles sont établies et qu'elles ont pris position dans l'État , manifestent d'incroyables prétentions. L'orgueil , ce compagnon inséparable de la science humaine, cojoimence par faire naitre l'insubordinaliiHi et la révolte, il finit par la bassesse et 1$^ ser^ vilité.
La corporation universitaire de Paris, fière de ses privilèges, vaine de la haute renommée que l'Europe entière accordait à ses docteurs, oublia tout d'abord qu'elle devait son existence et sa force aux successeurs de saint Pierre, et elle n'eut rien de plus à cœur que de se soustraire à leur autorité. Par elle-même, elle n'en avait ni le courage,*'ni la har» diesse, ni la possibilité. 11 lui fallait un appui; elle le rencpntra dans la royauté,dbnt l'esprit dopfiinateur répondait au sien , et elle se jeta dans ses bras.
La royauté l'accueillit avec transport. Une même anipaosité contre le Saint-Siège les rassemblait; elles s'encouragèrent et s'aidèrent mutuellement d^ins cette guerre inique qu'elles déclaraient ^ la puis-
wj! jm Lk lAVKiL^É d'snseignbment. a5g sauce tutélM^e qui avait forpié l'unité chr^tienne^ et qui j seule y gardait la clef de voéte de Fédifice social. Entre les mains de la royauté, l'Université ikviat un formidable instrument <ie combats. La royauté, d'ailleurs, y tpquvait un autre aval»tage. Sans s^en rendre eompte, elle n'avait pu voir qu'avec up oertain déplaisir l'instruction publique constitué^ ^n dehors d'elle-même : pour user de son droit incontestable et fonder des établissements royaux, elle arrivait trop tard. Elle essaya bien, eomme à Orléans, de faire aussi son l/néi^miéj quî ne relevait que de la pleine autorité du trône; mais les places étaient prises de longue date, et il n'y avait pas à revenir sur le passé; seulement, on pouvait modifierlasituation, et dans la pratique, stnon dans le droit , se substituer au pape. Cest ce qui fut fait. A cela, la roi gagnait double i d'abord, il arrachait au Saint-Siège une admirable prérogative , ensuite, il réduisait sous son obéissance uti corps redoutfible qu'ilavait appris à craipdre, et qui aurait pu Mrej contre ses plans, l'obstacle le plus invincible. Une merveilleuse intelligence régna dans l'origine entre les d^ux alliés. L'autorité pontificale seule fut battue en brèoh^; l'Université reçut de noaveauK témoignages de gratitude de l'autorité eivtle. Dams la réalité, elle avait perdu par là son indépendance. Elle s'en aperçut bien quelque temps après; mais le joug était accepté , la chaîne trop solidement rivée pour être brisée. Aloi^s elle tenta de se rapprocher de ce siège apostolique qu'elle avait insulté, elle tâcha de reconquérir sabienveitlance et son secours : il n'était plus temps. Hlle le
a6o HISTOIRE BB L^fNSTRUGTIOK PUBLIQUE
sentit cruellement, quand la royauté , la traitant en sujet rebelle 9 ne se fit pas faute de diminuer ses privilèges.
Et encore, la perte de ces privilèges ne fut pas le seul échec qu'elle éprouva. Les rois, pour s'en £aiire une arme d'attaque et de défense, l'avaient jetée au milieu de la mêlée des affaires publiques. Elle était devenue un corps délibérant, paraissant dans tous les grands débats, envoyant ses docteurs sur tous les champs de bataille de la polémique religieuse ou sociale. D'institution d'études, elle s'était laissé faire institution politique. Elle en eut tous les déboires et toutes les hontes , sans en avoir les avantages et les honneurs. Tantôt, on la voit, enchaînée à la suite du pouvoir, partager ses défaites et couvrir ses fautes ; tantôt, elle est traînée à la remorque des partis qui la déchirent et qui la flétrissent. Subissant la loi du plus fort, instrument de tyrannie ou de licence^ donnant le triste spectacle de t^itfes les apostasies, elle finit, au temps des invasions anglaises, par être l'auxiUaire de tous les ennemis de la France.
Enfin , elle ne sut pas même garder le noble caractère d'orthodoxie qui avait fait sa force et sa gloire.Disons-le cependant, elle s'efforça d'abord de résister aux innovations et à l'hérésie, et il faut lui tenir compte de ses courageuses tentatives. Mais elle avait perdu, dans les discordes civiles , l'énergie et la considération nécessaires pour se faire obéir. Elle sentait le besoin de porter une main vigoureuse sur ses plaies intérieures, et elle ne l'osait pas, elle n'en avait pas le courage. Quandla réfoi'me vint, celle-ci
ET DE LA. LlBÈKTjê d'eNSEÎGNEMENT. 26 1
fut envahie comme une place démantelée ; juste punition de celte première révolté, dont elle avait donné l'exemple , contre l'autorité du souverain pontificat. Le protestantisme, en effet, est la suite logique du gallicanisme, et le gallicanisme était désarmé devant le fils de ses œuvres.
Au XVI* siècle , TUniversité de Paris se vit donc abandonnée des papes qu'elle avait reniés, des rois qu'elle avait trahis, de la foi qu'elle n'avait pas conservée pure. N'ayant pas su opérer dans son sein d'utiles et de sages modifications, elle fut livrée à la merci des parlements, qui lui retirèrent son rôle politique, annulèrent son influence, lui dictèrent des lois, et ne surent pas toujours la défendre.
Entre ces deux extrêmes de révolte et de servitude, d'arrogance et d'humilité, est comprise toute la seconde époque de son histoire; époque de troubles, de prétentions, de décadence, qui s'ouvre à Philippe le Bel et se termine à Henri IV; peu fertile en actes législatifs , trop abondante en événements politiques , et sur laquelle nous nous contenterons d'un rapide aperçu.
Les péripéties de l'instruction publique et des Universités ne nous feront pas oublier les brèves , mais curieuses annales de la concurrence et de la liberté, les annales des collèges, des établissements de provinces, des écoles monastiques, des séminaires , des petites écoles , des ordres religieux, des écoles particulières enfin.
a6a HISTOIRE de i/instrugtion publique
L l'université de paris.
$ I . Lutte contre le Saint-Siège.
. L'Université de Paris n'avait pas pu pardonnerai! Saint-Siège sa défaite dans la querelle des ordre» mendiants. Jalouse de la liberté , pour son propre compte^ elle avait refusé de l'admettre chez ses rivaux. Elle avait perdu son procès, et elle aspirait secrètement à se venger. Les hardiesses de Guillaume de Saint-Amour faisaient des prosélytes , et il ne manquait pas de docteurs de la compagnie qui, dans leur for intérieur, estimassent leur science, sinon leur autorité théologique, fort audessus de celle de l'Église de Rome« lis prenaient d'ailleurs, pour des marques d'infériorité avouée, les déférences et les honneurs dont les souverains pontifes daignaient les combler; ils regardaient sérieu-^ sèment l'école de Paris comme le fondement de la catholiciié, ainsi qu'ils l'écrivaient aux évêques de France ; et, l'orgueil aidant, ils s'imaginèrent qu'ils étaient les victimes d'un pouvoir qui les enviait et qui, pour les humilier, les avait forcés à recevoir comme égaux des religieux nés d'hier et sans crédit dans le monde. Ils ne cherchaient donc qu'une occasion de se mettre en contradiction ouverte avec le siège apostolique, et de lui prouver combien ils étaient redoutables.
Le prétexte leur fut promptement donné. Philippe le Bel était en lutte avec Boniface VIII : ses motifs n'étaient ni plus nobles ni plus plausibles que ceux de l'Université. Il vit immédiatement tout
ET BE liA LIBERTli B'ÉKSEIGIfElIENT» &63
Je parti qu'il tirerait de l'appui de ces illustres mai^ très que l'Europe admirait^ Il le^ flatta^ époUsà leurs griefs , et leur proposa utie feortfe de ligUe ofifensiye et défensiye. L'Université donna danâ le piëge, et quand Philippe tint au Louvre '$on asseioblée dés États j en i3o3j les {)rofesëeur8 j parurent en corps. Là ^ on traita le pape de simofliaqua f d^hérétique^ et on en appela au futur conoild: la pasdion dictait les termes. Huit îouts après j toulfe la compagnie se présenta au palais; ell^ vint renouveler soii adhésion solennelle aux délibérations des ordreë de l'État. Philippe n'avait paa o^é tant espérer : cette démarche ^ entraînant une partie du clergé f semblait assurer le triomphe dé ses plans. C'est un singulier et triste rôle que <%lui de ce monarque i jamais il n'ose se mettre en aVànt, oti dirait qu'il a peur; ce n'est qUe de la rUae. Les prétentions injustes dont seul il doit profiter^ U a l'adresse de les faire soutenir par deun de ëefs sujets qui sont en réalité les plus intéressés à les voir rçjetées. Ainsi^ quand il tente de séparer les églises de son royaume de l'Église de Rôme^ cpiand il parait vouloir les affranchir de l'obéissaneé t[ii>lles doivent au Saint-Sié^e^ son unique but est de tes rendre plus souples à sa propre autorité^ et de tes faire tomber i^ous son jouga £t c'est aux évéqUfes eux-mêmes.^ aux docteurs les plus renommés dé son empire^ qu'il fait prendre l'initiative de là révolte. Toujours sa conduite est la nlétne: Il laiâse souffleter lepape^en préseiicede son ambassadeur, par un homme qu'il paye, mais qu'il désavoue. S'il se montre, s'il brûle les bull^ du $aint-pèr9, il a
l64 HISTOIRE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE
bien soin de ne le faire que devant ses États assemblés, que sur les avis et aux applaudissements de l'Université. Et l'Université ne voyait pas que le feu quiconsumait les bulles deBoniface YIII, dévorait en même temps les titres de son indépendance.
Elle fut d'ailleurs directement frappée. Le pape interdit à tous ceux qui, dans l'étendue delà France, avaient pouvoir de donner licence, de la conférer à aucun candidat de l'Université de Paris et de celle de Toulouse qui l'avait imitée. En retour, elle reçut de nouveaux gages de l'affection de Philippe le Bel. Il confirma ses statuts, puis il astreignit le Cheifalier du guet à prêter serment au recteur de garder les privilèges des maîtres et des écoliers (i3i!i). Mais qu'étaient ces concessions auprès de la docilité qu'il obtenait de ses féaux docteurs? Sa volonté était leur loi suprême. Dans l'affaire ténébreuse des templiers, il eut besoin de leur conseil, et il le leur dicta. « Elle donna son avis conforme aux désirs du roi, dit Crevier* ; c'est toute la part que l'Université prit à cette malheureuse affaire, et c'en est trop à mon gré. »
L'obéissance passive était une dure condition. Elle le sentait, un reste de pudeur l'engageait à s'en délivrer; mais elle n'osait : l'exemple de l'Université d'Orléans l'effrayait. Elle se tut , et essaya seulement de faire sa paix avec le Saint- Siège. Benoit XI consentit à lever les censures de Boniface YIII ; Clément V, au concile de Vienne, ordonna quelques réformes, réprouva les dé-
« L.IH,t.II,p.ao7,
ET DE LA. LIBERTE D'ErCSSIClCEMEICT. ^65
penses excessives du doclorat ', prescrivit l'établissement de chaires de langues grecque, bébralque, arabe et clialdaïque; et Jean XXII confirma tous les actes émanés de ses prédécesseurs en faveur du corps enseignant. Il semble que la bulle de Jean XXII fut une reconnaissance de la rentrée en grâce de l'Université; elle corroborait tous les privilèges accordés , soit par les papes^.soit par les princes. L'Université était donc revenue à la véritable doctrine y et elle avouait de nouveau tenir toute son existence et toutes ses prérogatives de la puissance spirituelle. Du reste , le pape, semblable au père de famille , célébrait par de nouvelles largesses le retour de l'enfant prodigue. Il recommande, par une bulle du i"mai-8 1 317, les maîtres de Paris pour être nommés aux bénéfices ecclésiastiques préférablement à tous les autres. Et enfin , mêlant à ses grâces d'utiles et de sages avertissements, il exhorte l'Université « à réformer ellemême les abus qui existent dans son sein , si elle ne veut pas que le souverain pontife y mette ordre par son autorité. »
A ces pacifiques relations, à cette soumission des docteurs surtout , on s'aperçoit que Philippe le Bel n'est plus. 11 était mort en i3i49et si les germes de discorde semés pendant son règne devaient se développer plus tard avec une déplorable violence, au moins restèrent-ils enfouis pendant quelques années. La France avait alors à combattre pour sa nationalité menacée; elle versait l^plus pur de son sang sur les champs de bataille , et entre les trois
« Fleury, Hist. ecclés., t. XIX.
à66 HISTOIRE DE l'hTSTRUCTION PUBLIQUE
grands et glorieux désastres de Grécy, de Poitiers et d'Arincourt, il n'y avait pas de place aux dis* putes des légistes et aux arguties des clercs. Philippe de Valois trouva le temps j néanmoins ^ de rënduveler les acta de ses pères. Par une ordonnance du i3 mai i338y il confia au prévôt de Paris la garde et la protection des maîtres et écoliers de la ville, et le pouvoir de punir tous ceux qui nuiraient àrUniversité ou à ses suppôts'. Seulement il parait que le roi n'avait pas confiance dans là modération de rUnivet*8ité. Il craignait qu'elle n'abusât de ces avantages , et il nt les lui concéda que pour quatre ans. A l'expiration du délai l'ordonnaiice fut renouvelée : la compagnie s'était montrée docile et souniisé. Le roi, il faut le dire, profitait bi^i, indirectement^ de ces chartes, et leur octroi était aussi utile à son autorité qu'à la sûreté de ses protégés. Ainsi, par exemple, quand en i34o il exempta les écoliers de toute taille, pféûge et impôt onéreux; quand il défendit qu'aucun lëïque pût les forcer à plaider hors de Paris et qu'il établit le prévôt de la capitale jugé et conservateur de ces privilèges , il faisait (kireun pas immense à lâpi^érogàtivë royale; et s'il donnait de pareilles lettres âans /mante j stne Jinancia^ lé gain était de son cèté. En elFet^ les baillis de Normandie et d'autres provinces l*efusaient de reconnaître la juridictiondu prévôt. L'Université se plaignit au roi, etleroi rendit une déclaration, le st mai i345, qui força tous les justiciers du roj^aume à obéir au prévôt en celte partie. Vbilà iinè conquête fort cotisi- ' Bull«us, fi^w^ Uniç.Parkh t. lY*
ET OB LA LIBERIA vî* tVSWSGTXWmWXT. é6*J
durable de la centralisation et dé là justice royale Mil* les justices locales et àur les usages provinciauXi
Grâce à ces services mutuels^ la bonne intelli* gènce se consenra entre le roi et TUniversité) seules ment rUniyehsité tenait énergiquêmestà sesdrôitsi et, dut le salut de la patrie en sôufTrir, elle ne you^ lait pas y déroger un instant< En i356, \eé ëïats du royaume Tot^nt un subside extraordinaire contre les Anglais : noblesse ^ tiers-état^ elergé en suppôt**» tèrent leur part. L'Université résiâta^ et^ comme on contestait 9 elle en appela au papei II faut lerecon^ naître cependant^ si elle fut avare de ses richesses^ elle de refusa pas son sang^ où du tnoins le sang de ses clients. Quand Paris fut menacé par les Anglais^ elle rendit un décret ordonhant à tous les chirurgiens, librtiires, pat*cheminiers, enlumineurs, écrivains^relieurs, de prendre les armes aux ordres du recteur, et de Contribuer à la défense de la yille.
Ge décret et le noiti de clienes nous révèlent une des premières entreprises de domihation t|iie l'oh ait à reprocher à la corporation savante. De gré ou de force, à l'aide du temps et d^lis cifeon^tadces^ elle avait réussi à se faire une population de seKs et de vassaux à qui elle inlposait de^ lois, qui lui prétaieht serment, et qui devaient au besdin combat- Irë et mourir pdur elle. Que, dans l'origine , elle prit des précautions contre telle 6u telle industrie dont eUe était Tunique soutien, qu'elle fît uii aoeord avec les parchemin 1ers, par exemple, pour ne pas être exposée de leur part à des fraudes et à des abus de confiance, rien de plus justf^;^ mais que, ce droit dégépérAt en uoe sorte df- 4^pp(isinfir 0t
!l68 UISTOIRE DE l' INSTRUCTION PUBLIQUE
de suzeraineté y à tel point que nul ne pût être libraire, enlumineur ou écrivain sans son ordre ou sans sa permission, c'est un excès de pouvoir que les mœurs pouvaient tolérer, mais que la justice réprouve. Libre, sans aucun doute, à tous ceux qui le voulaient, de subir une pareille loi ; mais il devait être libre aussi de s'y soustraire. Et ce sera ^ devant la postérité, un véritable sujet de blâme que d'avoir constitué ces essais de monopole, contre lesquels du reste la conscience privée et l'intérêt de chacun protestèrent toujours, et qui ne s'établirent définitivement que par la connivence des magistrats chargés de protéger les intérêts de tous.
Au demeurant, les clients de l'Université avaient paru en armes sur les murs de la ville. Elle essaya, mais vainement , de mahitenir la paix à l'intérieur, lors de la révolte de Marcel et de Charles le Mauvais. Ses bonnes intentions furent reconnues du roi Jean qui, au retour de sa captivité d'Angleterre, lui confirma l'exemption de tout subside, même de l'impôt de la gabelle f- dont Philippe de Valois n'avait pas consenti à la décharger. La faveur dura sous Charles Y. <r Que le Roy Charles amast science et l'estude, disait Christine de Pisan ' , bien le montroit à sa très-amée fille l'Université des clercs de Paris, à laquelle gardoit entièrement les privilèges et franchises et plus encore leur en donnoit, et ne souffrist que leur fussent enfreins. Ija
' Cité dans un Mémoire de V Académie des inscriptions et Mies-'lettretf par M; Boivin , t. H, p. 747 et suiv.
ET DE LA. LIBERTE D*ENSEÎGïnRMEirr, 169
congrégation des clercs a voit en grant reverance ; le recteur, les maistres et les clercs solennels , dont il y a maint, mandoit souvent pour oyr la doctrine de leur science, usoit de leurs conseils de ce qui appartenoità Tesperituaulté, moult les honnouroit et portoit en toutes choses, tenoit benivolans et en paix. »Mais si leroitëmoignait tant d'affection pour ce qui tenait à \ esperituaulté ^ il avait grand soin de renfermer sa chère et amée fille dans les bornes de la soumission. Ainsi, tout en renouvelant ses franchises, tout en forçant le prévôt de Paris à lui faire amende honorable, tout en réprimant les exactions des généraux des aides, il frappa un coup terrible sur la juridiction du Conservateur apostolique^ dernier défenseur de l'indépendance universitaire. Ce Conservateur, représentant du Saint-Siège , choisi par l'Université, et reconnu autrefois par les rois , évoquait à son tribunal spécial toutes les causes qui regardaient les écoliers et les maîtres, et qui intéressaient la compagnie dans ses rapports extérieurs. Les justices ordinaires , et spécialement le prévôt de Paris, se plaignaient sans cesse de ce pouvoir intermédiaire , qui leur enlevait la connaissance d'une foule de procès. Charles n'osa pas l'anéantir : il tourna la difficulté, et dans son ordonnance du 18 mars 1367, il déclara que les affaires de l'Université étaient de sa compétence et de celle de ses cours, mais que, par grâce particulière, il maintenait lé tribunal du Conservateur. Le principe était bouleversé ; la règle devenait exception, et le Conservateur ne tenait plus son autorité que du roi et non du pape. Or, qu'il prit fan-
970 nîwstHMM fm liiirsTAuepioN publique
taisia au roi tde rétablir le droit commun, qui
pourrait s'y opposer?
Ce ne fut qu'un prélude» Bientôt cppnmencèr^qtleB ei^igenoes de la royauté, et l'Uoiversité dut pentrer dan« la yoie des complaisances et des cpp- 0es»ions, Les habitudes d'insubordinatiop qu^ la^ peuples avaient prises vis^à*vis du Saipt^^iége per)daut la eapUvité de Babjlone , ne faisaient que sVnraoiner chaque jour; elles devaient aboutir ait schisme. L'exemple dpnné par la France devipt funeste ( après les papes d'Avignon, les Italiens voulurent un pape italien. Les Français furent mécontents; une ^coqde élection eut lieu et la chrétienté offrit le désplant spectacle de la division. Le roi Charles V, qui avait fait choisir l'antipape Clément VII, voulut fortifier son parti de l'adhésion de ses docteurs, L'Université hésita , se fit prier. Elle avait reconnu Urbain YI, et, selon fa coutume, avait ordonné qu'on lui adressât le rôle contenant la liste des candidats qu'elle présentait pour k nomination des bénéfices, Charles gagne le recteur, apaise quelques différends nouveaux du corps enseignant avec l'olïicialité de Paris , rouvre le triBu- 0al du Conservateur apostolique, et en retour de tant de bons offices , presse une décision. La fiUe des rois recule encore : elle supplie son prince et fioo mettre de permettre qu'elle reste dans le doute^ et qu'elle] ne prononce qu'à l'unanimité des voix. Le ao mai J379, instances réitérées de la part du
« AssemUëe <iu 7 jahvier i ^79, aux Bernardins. Crevier, t. III,
ST Q£ IjK uT^MWfi p'jËirspoirBifiaiTt 3^71 pionarque. ïl a embrassé }'obédii^ppe 4e CJéi^ept VII, disait la lettre, par les- motifs les plu3 consfdémr bles^ et d aussi suffisantes personnes (\\xe l'Uqiver^itf na pouvaient refuser leur cops^ntefpiÇQ);, ^ tel cas qui ^st si grand et notable , et toucha notre foi^ Il fallut bien délibérer. Les facultés de médedn^ ^ fie décret se déclarèrent pour Cléipept ; la faculté def arts dit qu'il y avait partie eptre ses natipps; I4 faculté de théologie se trouvait ^^ trop paût \xon\'* bre pour décider. Le a3 ipai, a^tre^ lettres de qa-i chetplus impérieuses encore^ et troisièiue as^emblé^ de l'Université. La nation de France, les faculté^ de médecine et de décret persistent dans leur opi? pion; la nation de Normandie a4Uère, sauf 1^ forme; les nations de Picardie et d'Angleterre ré? sistent énergiquement , et la Éaculté de théologie^ tout en protestant de son attachement à la vérité de la foi catholique, et de son obéissance au ^^ii)^? Siège, reconnaît Clément VIL Le roi avait ordonné qu'on passât outre à la question de l'unanimité; les députés et le recteur se transportèrent ftu dopr jon du bois de Yinpennes, demandèrent ej^cuse ^q roi du délai apporté à l'exécution de ses ordres, et assurèrent que l'Université se rangeait à l'obédieRCQ de Clément VII , « vu que l'avis porté par trois f^r cuites est censé l'avis de l'Uniyersité. » « Il n^ disait rien que de vrai, ajoutç Crevier '; dans toutes \^ compagnies, l'avis de la plur^ité passe pour celui du corps. Cependant, il est bon d'observer que le
« Liv.V, p. 36.
^7^ HISfOlBE DE L*IirSTRUCTIOir PUBLîQÛF,
défaut de conclusion de la part du Recteur * ëtaît un vice de forme qui infirmait Tautorité de la délibération. »
L'Université ne tarda pas à se repentir de cet acte de faiblesse. L'antipape, trônant à Avignon, accabla le clergé de France d'exactions et d'impôts. Les docteurs de Paris furent éloignés de tous les bénéfices. L'intérêt leur rendit un courage que le bon droit n'avait pas pu leur conserver. Ils réclamèrent auprès de Louis d'Anjou , oncle du malheureux Charles VI et régent du royaume. Le duc d'Anjou ne goûta pas les libertés de langage de l'envoyé de l'Université ; il le fit enlever de son collège et jeter en prison. Le Recteur lui-même, et plusieurs suppôts dont tout le crime était d'avoir reçu ou lu des lettres du pape Urbain , durent chercher leur salut dans la fuite , et la désertion se mit dans les écoles.
Au reste, l'Université, comme la France entière , entrait dans cette époque de violences et de calamités (i38o), qui ne devait cesser qu'après la restauration complète du roi de Bourges. A deux reprises différentes, elle intercéda auprès du roi en faveur des habitants de Paris, après les séditions des maillotins (iSSa et i383) , et le roi se laissa fléchir. L'Université avait bien mérité cette marque de bienveillance : elle venait de vaincre dans son propre sein les résistances soulevées contre le pape
' Le recteur s*était contente d'énoncer Tavis des facultés et des nations, sans vouloir conclure, disant que sa conclusion n'ajouterait rien à la délibération.